Ludet fils, Jean-Jacques

Biographie


Né vers 1787 à Paris. Fontainier. Il ne fit aucune demande devant la Commission des récompenses nationales. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] XIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet. Le 15 septembre 1831, il adressa la lettre suivante à la Commission : « […] A l’honneur de vous exposer qu’il croyait depuis longtemps que les réclamations n’étaient plus admises. Ayant appris qu’elles l’étaient encore il vous adresse celle-ci contenant ce qu’il a fait dans les trois jours. Le 27 juillet 1830 après-midi, il fut quartier Saint-Honoré, où vit une des premières victimes. Il fut présent à une des premières barricades qui se commença le 27 au soir rue Saint-Honoré, entre la rue de l’Arbre-Sec et une petite rue conduisant à la halle au blé. Le 28 au matin, il retourna dans le même quartier. L’après-midi, il dirigea ses pas du côté de la Grève ; mais la troupe de ligne barrant le passage au bout du quai aux Fleurs, il fut obligé de rétrograder. Il fut ensuite à la mairie du (ancien) XIe arrondissement demander des cartouches ; il n’y en avait pas. Ayant jadis travaillé à l’artifice, il proposa d’organiser une fabrique et l’organisa à la hâte, fit faire des mandrins, rassembla des citoyens de bonne volonté et leur montra ce travail, auquel il a passé de suite plusieurs jours. Il fut ensuite à l’expédition de Rambouillet. Il n’est peut-être pas indifférent de rappeler que même après que l’ennemi fut expulsé de Paris, la fabrication de cartouches était peu importante, d’autant plus que nous avions appris que deux régiments de cavalerie se disposaient à nous attaquer du côté de la barrière d’Enfer. C’est pourquoi en peu de temps les barricades de ce quartier prirent un aspect formidable. Nous étions dans cette circonstance accablés de demandeurs de cartouches et nous en avions très peu pour marcher sur Rambouillet, beaucoup même n’en n’avaient pas. On peut dire que nous ne sommes pas battus à Rambouillet, comme nous en avions cependant l’intention et il savait plus que bien d’autres qu’en cas de bataille il y avait bien de dangers à courir. Etant entré, chemin faisant, dans une conversation confidentielle avec M. Roux, élève de l’Ecole polytechnique, avec si peu de munitions, sans cavalerie, beaucoup d’entre nous mal armés, sans fusils, la plupart des Rouennais qui nous avaient rejoints à Trappes n’avaient que des bâtons, sans compter le défaut de manœuvres, M. Roux lui disait : “Ce n’est plus Paris, c’est la campagne, l’ennemi a vingt-cinq pièces de canon et deux régiments de cavalerie.” M. Roux étant parti de Paris peu de temps après, l’exposant va lui écrire pour le prier de lui envoyer un certificat (il est à Metz). Il vous en fera part aussitôt qu’il l’aura reçu. La révolution de Juillet lui a coûté cher et lui coûte encore tous les jours. Depuis vingt ans qu’il expose sa vie pour ses concitoyens, il n’a pas encore de décoration. Avant peu il ajoutera quelque chose d’important à ce qu’il a déjà fait pour sa patrie. Il invoque, messieurs, votre bienveillante justice pour qu’il soit fait droit à sa réclamation aux fins de participer aux récompenses nationales et surtout pour la décoration, n’ayant rien au monde d’aussi cher que l’honneur. » Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, une lettre ainsi rédigé par Roux : « Je suis persuadé que l’attestation que vous me demandez ne vous sera d’aucune utilité ; parce que j’ai été témoin que l’expédition de Rambouillet a été considérée comme nulle parmi les titres à présenter pour les récompenses. Mais comme je me rappelle parfaitement tout ce que vous m’avez signalé, je me fais un plaisir de certifier la vérité et je désire qu’elle puisse vous être utile. Je certifie donc que j’ai rencontré à l’expédition de Rambouillet M. Ludet fils, avec qui j’ai fait une partie de la route ; il paraissait bien disposé à se battre. Je déclare de plus, puisque M. Ludet me le rappelle, qu’il m’a beaucoup soulagé en me donnant un peu de pain ; il y avait fort longtemps que je n’avais mangé. P. S. Je n’ai pas pu faire légaliser ma signature ; mais dans le cas où vous seriez forcé de faire constater sa validité, vous iriez chez mon ancien camarade et ami M. de Lannoy (voir Lannoy Raignault de, Camille, François), membre des Récompenses nationales, élève ingénieur à l’Ecole des Ponts et Chaussées. S’il était en congé, M. Delers, un de mes amis, demeurant rue Richer n° 6, pourrait certifier que la signature ci-dessus est bien la mienne. Il me reste, monsieur, à vous remercier de la chanson patriotique que vous avez eu la complaisance de m’envoyer. » Signé : Roux (J. ou G.), sous-lieutenant du génie. Ludet avait apposé la mention suivante à la suite du certificat : « Ludet a été le 14 octobre à l’Ecole des Ponts et Chaussées pour faire attester la signature de M. Roux par M. de Lannoy, il n’y était pas et ne sera à Paris que le 20 novembre 1831. De là, il fut chez M. Delers, on lui répondit qu’il était à la campagne à Passy. » Le deuxième certificat, une copie ainsi rédigée : « Je, soussigné, certifie que M. Ludet fils a passé plusieurs jours et nuits à faire un service très actif et d’un intérêt majeur, que par son zèle il a bien mérité de ses concitoyens. » Signé, le 2 août 1830 : Courcier (voir Courcier, Amédée, Toussaint), adjudant-major provisoire de la XIe légion, demeurant dans le quartier du Luxembourg. Le troisième certificat, une copie ainsi rédigée : « Nous, soussignés, certifions que le citoyen Ludet, Jean-Jacques, âgé de quarante-quatre ans, natif de Paris, y demeurant rue des Mathurins-Sorbonne n° 23, profession de fontainier, nous proposa d’organiser une fabrique de cartouches dans les trois jours de Juillet 1830 à la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il ne put manquer d’être accueilli pour un service d’autant plus important que nous n’avions pas une seule cartouche et que nous étions accablés de demandeurs. Lui-même était venu à la mairie pour en demander et il l’organisa en effet, travail auquel il a passé de suite plusieurs jours et nuits sans rétribution. » Signé, le 8 septembre 1831 manque la signature dans cette copie de certificat. Le quatrième certificat, une copie ainsi rédigée : « Je certifie avoir vu M. Ludet à la mairie du (ancien) XIe arrondissement le 29 juillet 1830, qu’il était en train de fabriquer des cartouches dans la salle des mariages. » Signé, le 8 septembre 1831 : Courcier (voir Courcier, Amédée, Toussaint), adjudant-major du 3e bataillon de la XIe légion ; Renouard, Paul, chef de bataillon ; Dobignier, chef du 3e troisième bataillon de la XIe légion ; Peyre (voir Peyre, Antoine, Marie), adjoint provisoire à la mairie du (ancien) XIe arrondissement, chargé de la partie militaire. Le cinquième certificat, une copie ainsi rédigée : « Je, soussigné, déclare qu’il est à ma connaissance que M. Ludet fils a travaillé à la mairie du (ancien) XIe arrondissement pendant les journées des 29 et 30 juillet 1830, et pendant la nuit à la confection de cartouches. » Signé le 20 septembre 1831 : Crapelet, membre de la commission municipale provisoire élue à la mairie le 29 juillet 1830. Le sixième certificat, une copie ainsi rédigée : « Je certifie que le sieur Ludet fils a travaillé à faire des cartouches à la mairie du (ancien) XIe arrondissement, pendant les journées des 29 et 30 juillet 1830. » Signé, le 27 septembre 1831 : Tiliard, chef de bataillon. Ludet était garde national à la 4e compagnie du 2e bataillon de la XIe légion. Il était indiqué sur les fiches de la Commission comme sans fortune. Il demeurait 23, rue des Mathurins-Sorbonne en 1831. Archives de la préfecture de police AA 399.

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