Lunel, Joseph, Joachim

Biographie


Né le 8 avril 1799 à Paris, d’un père originaire de l’Auvergne. Elève de l’Ecole normale pour l’enseignement élémentaire, professeur d’écriture, employé comme maître d’études à la pension de Brigandat à Passy de janvier à juillet 1830. Le 28 août 1830, il adressait la lettre suivante (soit à Lafayette soit au général Fabvier), et alors qu’il avait perdu son emploi dans le pensionnat où il était occupé « pour avoir voulu marcher avec mes concitoyens pour la défense de la liberté » : « Le 31 juillet, il était un de ceux qui ont pris au pont de Sèvres une pièce de huit, un caisson et treize hommes d’artillerie. Il était à ce poste sous les ordres du sieur Filias (voir Fillias, Pierre, François), ancien officier, demeurant rue de Miromesnil. Ladite pièce et le caisson ont été conduits à Vaugirard et, de là, à l’Hôtel de ville. Le 3 août, il s’est remis sous les ordres du capitaine Basson (voir Basson, Valentin) pour aller à Rambouillet ; il s’est trouvé, un instant, sous les ordres de l’élève Pommaret (voir Pomaret) ; il en est revenu le 4. La mort ne l’a point frappé. Il a sans doute été réservé pour défendre nos droits constitutionnels si les ennemis de la patrie et du trône de Philippe Ier osaient les attaquer. Il a quitté son emploi pour voler au poste que la liberté lui avait assigné. Sa mère est veuve, il en est le seul soutien. Il n’a encore demandé aucun secours, ni aucune récompense. Et cependant il a perdu son emploi. Vous jugerez, général, dans votre sagesse, si l’exposant a des droits aux bontés de Sa Majesté. » Le 8 septembre 1830, il adressait cette nouvelle lettre à la Commission des récompenses nationales : « A l’honneur de vous exposer qu’il a eu l’avantage de participer aux glorieuses journées des 27, 28 et 29 juillet dernier, sous les ordres du brave capitaine Basson (voir Basson, Valentin). Le 27, au rassemblement de la Bourse, le 28 à l’enlèvement du poste de la Banque, de celui du Français et ils parvinrent à se rendre maître de la maison du chapelier, rue Saint-Honoré au coin de celle de Rohan, après avoir essuyé un feu continuel ils parvinrent au Carrousel le 29 dudit. Le capitaine Basson ordonna un mouvement pour tourner les Tuileries. Il commanda au lieutenant Dufour de se porter à la terrasse des Feuillants, de l’escalader et de se jeter en tirailleur dans le jardin. Le lieutenant opéra ce mouvement avec courage. La terrasse fut escaladée vis-à-vis l’hôtel Talleyrand. On pénétra dans le jardin. A cette affaire, le lieutenant Dufour a été tué. Le 30, l’exposant s’est trouvé à Passy. Il fut étonné de ne pas voir flotter à la porte de la mairie le drapeau tricolore. M. le général Rewbell, qui se trouvait en tournée pour reconnaître, fut averti par l’exposant que la commune de Passy ne possédait pas encore le drapeau tricolore. M. le général descendit de cheval, entra à la mairie et le fit arborer à la grande satisfaction de tous les citoyens. Samedi 31, il était un de ceux qui s’emparèrent d’une pièce de huit, d’un caisson et de treize artilleurs au pont de Sèvres. Il accompagna cette prise à Vaugirard dans l’ancien séminaire. M. Fillias (voir Fillias, Pierre, François), ancien officier, qui demeure rue de Miromesnil, faubourg Saint-Honoré, commandait ce mouvement. L’exposant regrette de ne pouvoir citer le nom de l’élève de l’Ecole polytechnique qui a concouru à cette prise. Dans la nuit du 2 au 3 août, il se trouvait sous les ordres du sergent Béraud, au poste des Ecuries du roi. Le 3, il partit pour Rambouillet. Il se trouva de nouveau sous les ordres du capitaine Basson. L’armée nationale victorieuse, il partit le 4 pour Ville-d’Avray avec M. Pomaret (voir ce nom) et Chedeville (voir Chedeville, Jean-François), ancien sous-lieutenant […]. » Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier, ainsi rédigé : « Je certifie que le nommé Lunel, Joseph, professeur, m’a suivi dans les journées glorieuses des 27, 28 et 29 juillet dernier ; que, dans tous les mouvements que j’ordonnais de faire, je l’ai vu partout avec courage et intrépidité ; qu’il a participé à la prise du poste de la Banque, du Français, et particulièrement à l’attaque de la maison du chapelier, rue Saint-Honoré au coin de celle de Rohan, où il a démontré son dévouement à la cause nationale ; qu’il a participé à l’enlèvement du poste du Carrousel et à la prise de la pièce de canon, qu’il m’a accompagné lorsque je l’ai conduite au général Lafayette ; qu’il a participé avec le lieutenant Dufour Gaillard à l’escalade de la terrasse des Feuillants, que j’ordonnai de faire ; qu’il est parvenu à se jeter en tirailleur dans le jardin des Tuileries, dans laquelle attaque le lieutenant Dufour a été tué ; qu’il m’a suivi le 3 août à Rambouillet, qu’il s’y est constamment conduit avec courage ; que dans nos mémorables journées il se trouvait où il fallait attaquer et repousser les ennemis de nos libertés. Son courage, son intrépidité et son sang-froid sont sans exemple. Son patriotisme m’est connu. […] Je certifie de plus qu’il a quitté son pensionnat pour me suivre et qu’il soutient sa mère. » Signé, le 9 septembre 1830 : capitaine Basson (voir Basson, Valentin) ; le même capitaine Basson en signa un autre en sa faveur à peu près identique. Le deuxième, ainsi rédigé : « Je, soussigné, commandant le poste des Ecuries du roi, certifie que le nommé Lunel, a passé la nuit du 2 au 3 août à mon poste et qu’il s’est parfaitement conduit tant qu’il a été sous ma juridiction. » Signé le 3 août 1830 : Beraud (voir ce nom ?), commandant du poste des Ecuries du roi. Il reçut un secours de trente francs le 16 septembre 1830 auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Il sollicitait une place d’expéditionnaire ou autre dans une des administrations. Inscrit par le marquis Marmier, colonel de la Ire légion, à la 1re compagnie du 1er bataillon de la Ire légion de la garde nationale (capitaine Delaunay), il sollicita d’être habillé gratuitement de son habit de garde national et de n’avoir pas à monter la garde à Paris. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Il ne fut pas admis dans la 1re catégorie de la 2e classe des blessés, son nom étant rayé sur les listes de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Il reçut sa médaille le 6 juillet 1831, et son brevet le 13 septembre de la même année. En 1831, n’ayant jamais rien demandé, dans une position critique, sans occupation depuis plusieurs mois, sa mère, veuve (depuis 1812) et infirme, malade et inscrite aux indigents, il sollicita une « gratification qui le mette à même, en allégeant ses maux, de célébrer nos fêtes nationales » ; il reçut, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, comme chaque décoré, auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1833, écrivain public, Il reçut, comme décoré de Juillet, une somme de vingt-cinq francs, en 1833, à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution de Juillet. En 1834, il sollicitait des secours, se disant « l’un de ceux admis à présenter au roi et à la reine, à l’occasion de leurs fêtes, leur respect et leur dévouement. […] Seul soutien de sa mère, veuve, âgée et privée de l’usage de la vue. Dans ce moment, à cause de la démolition de plusieurs bâtiments rue Royale prolongée, pour l’achèvement des abords de la Madeleine, où il avait une échoppe d’écrivain, laquelle a été démolie le 17 septembre dernier, il se trouve dans l’impossibilité de procurer à sa respectable mère les soins que réclament son grand âge et ses infirmités » ; les secours étaient destinés à lui permettre d’établir un autre bureau. Le préfet de police confirma qu’il était « effectivement l’unique soutien de sa mère, âgée de 68 ans et aveugle depuis douze ans ; son échoppe d’écrivain public a été supprimé par suite de la démolition des bâtiments place de la Madeleine, et il se trouve aujourd’hui à peu près sans ressources », ajoutant : « On continue de faire le plus grand éloge de sa conduite. » Le préfet de la Seine précisait : « Cet homme est recommandable par les soins qu’il prodigue à sa mère, veuve, âgée de soixante-cinq ans, aveugle depuis dix ans, sans autre appui que ce fils et n’ayant d’autres ressources que les faibles secours qu’elle reçoit du bureau de bienfaisance. Lunel partageait avec sa mère les modiques produits de sa profession. Ils en sont l’un et l’autre presque entièrement privés par la suppression de l’échoppe qu’il occupait sur la place de la Madeleine. Le réduit qu’ils habitent ensemble présente l’aspect d’une misère profonde. D’un autre côté, le sieur Lunel se recommande à l’intérêt de l’administration par la conduite qu’il a tenue dans les journées de Juillet et aussi dans des circonstances ultérieures, où il s’est toujours montré dévoué au gouvernement. » Il reçut, comme décoré de Juillet, une gratification de huit francs, en juillet 1834, à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution. En 1835, il était élève-maître de l’Ecole normale de Paris pour l’enseignement élémentaire, mais n’avait « que deux élèves, dont les prix sont modiques », pour vivre et pouvoir soutenir sa mère. Il adressa une demande de secours au maire du (ancien) Ier arrondissement : « A chaque anniversaire de Juillet, il est un devoir que je ne cesserai de remplir. Dévoué au roi et aux magistrats qui le représentent, je m’empresserai toujours, monsieur le maire, de vous réitérer l’expression du respect que je vous porte. […] Plusieurs fois j’ai eu l’honneur de faire partie de la députation des décorés du (ancien) Ier arrondissement admise devant le roi. Cette année encore, j’augmenterai le nombre. Ma respectable mère, qui est veuve, âgée et privée de l’usage de la vue, dont je suis le seul soutien, est ma seule consolation. Mes faibles talents n’ont point été repoussés mais ils n’ont pas été accueillis, toutes mes demandes pour obtenir un emploi n’ont point eu de réponse. Ma bonne mère partageait avec moi le fruit de quelques leçons en ville ; le départ de plusieurs élèves à la campagne me force de suspendre en partie tous mes soins et pourtant elle en a véritablement besoin. Je ne puis satisfaire son propriétaire, envers lequel elle est débitrice. » Il reçut cent cinquante (mais une fois cinquante in F/9/1154) francs. Sa mère reçut un secours de quarante francs en 1849, à titre de mère d’un médaillé de Juillet. En 1850, elle était signalée par l’administration comme décédée, sans héritier connu. Il demeurait 63, rue de Chaillot en 1830-1831 ; 47, rue de Chaillot en 1833-1835 ; sa mère, 41, rue de Chaillot en 1849. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 91, liasse n° 5, état nominatif des décorés de Juillet qui ont reçu l’indemnité de vingt-cinq francs accordée par décision de M. le préfet de police, contenue dans sa lettre du 26 juillet [1833] ; Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement, liste des blessés indemnitaires de la 1re classe, compte établi du 1er août 1830 au 31 août 1831, où son nom est rayé, idem Bordereau des sommes payées aux décorés de la croix et de la médaille de Juillet, non blessés, pour l’indemnité qui leur a été accordée à l’occasion de l’anniversaire des trois jours, par décision de la Commission des récompenses nationales en date du 23 juillet 1831, idem liste des médaillés du (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VD6 121 n° 2 mairie du (ancien) 1er arrondissement, liasse 7, liste des secours aux combattants (sous le nom de Lunel, Joseph) ; Archives de Paris VK3 24, département de la Seine, (ancien) Ier arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet ; Archives de Paris VK3 25 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille, (ancien) Ier arrondissement et aussi même référence une liste de remise des brevets accompagnant la médaille de Juillet, idem même référence Mairie du (ancien) Ier arrondissement, Etat de répartition entre les décorés de Juillet de la somme de trois cent cinquante-neuf francs et quatre-vingt-quinze centimes mise à la disposition du maire du (ancien) Ier arrondissement, le 30 juillet 1834 ; Archives de Paris VK3 26, (ancien) Ier arrondissement de Paris, état des habitants du (ancien) Ier arrondissement qui ont été blessés dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; Archives de Paris VK3 26, Commission de la souscription nationale, mairie du (ancien) Ier arrondissement de Paris, état nominatif des individus dans une position exceptionnelle dont les bulletins individuels ont été remis le 26 novembre 1831 au bureau de la Souscription nationale à la préfecture de la Seine (sous le nom de Lunel, Joseph) ; Archives de Paris VK3 28 un récapitulatif alphabétique des secours donnés aux combattants avec indication précise des dates ; Archives de Paris VK3 32, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 47 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ier arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ier arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/64 ; Archives nationales F/1dIII/69 in dossier Notin ; Archives nationales F/9/1154, secours aux victimes de Juillet 1831-1835 ; Archives nationales F/9/1156 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Avis du prochain ordonnancement d’une somme de 10.545 francs pour être répartie entre 210 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, ladite somme imputable sur le budget du ministère de l’Intérieur, exercice 1849, minute 43 et minute 46, idem rapport du 18 juin 1850 et suivants, minutes 120-126.

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