Lyon, Charles
Biographie
Né en 1797 à Paris. Cordonnier en 1830 ou formier en 1839. Il est répertorié (sous le numéro 674) dans la liste des demandes de secours posées auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, après la révolution. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 21 janvier 1831, contient les indications suivantes sur sa participation aux combats : « Le 28, rien. Le 29, à Babylone à l’arrière-garde. A vu un homme en casque de cuivre, qui avait pris le commandement et s’est retiré au fort de l’affaire, est revenu au feu et a répondu à un homme qui lui demandait d’où il venait, qu’il avait été prendre un verre d’eau sucrée. Cet homme est M. Maës. » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 21 janvier 1831, à aucune voix pour la croix, cinq voix pour la médaille et une voix pour une mention. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il signa deux certificats en faveur de Couturon, Jacques, Paul. Le premier certificat attestait qu’il avait « marché pendant les trois jours de Juillet » ; le second certificat était ainsi rédigé : « Je certifie que le nommé Couturon, Jacques, Paul, cuisinier, s’est trouvé à l’affaire de Babylone le 29 juillet 1830. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fut arrêté le 27 mars 1834 pour provocation à crimes et délits. Il fut saisi à son domicile soixante-cinq brochures et cahiers divers. Fieschi, qui prétendait le connaître depuis 1831, le désigna comme devant être surveillé parce que s’occupant habituellement d’intrigues politiques, la preuve en étant qu’il avait déjà été « pris deux ou trois fois par le gouvernement ». Il était aussi un de ceux dont Fieschi parla comme ayant manifesté de la haine contre Lavocat. C’était chez lui, de plus, que Pepin avoua, au cours du procès, qu’il était passé dans la matinée du 28 juillet, jour de l’attentat : « Je fus chez un nommé Lyon, à qui j’ai prêté de l’argent pour travailler de son état ; il est assigné. J’y restai à peine deux minutes. » Le fait était d’autant plus grave qu’on, soupçonnait Pepin d’avoir fait le tour de ses amis républicains pour les prévenir de se tenir prêts avant l’attentat. Dans une déclaration à Lavocat, Fieschi dit : « Je me suis trouvé une fois avec Lyon et un autre de l’atelier de Duval. Ils parlaient ensemble des sociétés, des émeutes etc. et de la manière de se procurer des armes en cas d’attaque et Lyon disait que l’on devait d’abord attaquer les capitaines d’armes qui ont toujours des armes chez eux et les sergents majors et attaquer les casernes quand la troupe était sortie et prendre les armes des hommes malades, au cachot, etc. » Une perquisition fut ordonnée chez Lyon mais la police ne trouva rien, et Lyon, quant à lui, nia connaître Fieschi. Interrogé, il reconnut avoir fait partie de la Société des Droits de l’Homme mais ne plus en faire partie depuis longtemps ; il dit aussi avoir déjà été arrêté parce qu’on avait trouvé son nom et son adresse sur une liste saisie à Sainte-Pélagie, et à la question s’il connaissait Morey, il répondit avoir connu un sieur Morey comme faisant partie de la Commission des récompenses nationales mais avoir toujours ignoré son adresse. Un rapport de police, en date du 16 août 1835, dit de lui : « [...] Un nommé Lyon, formier, demeurant rue Neuve-Sainte-Geneviève près la caserne est aussi lié avec Morey. Cet individu est le même qui, aux événements de Juin, a parcouru la rue des Fossés-Saint-Marcel, le sabre à la main, et qui s’est emparé du poste des Gobelins. On assure que le jour ou le lendemain du 28 [juillet 1835], il aurait dit au menuisier, son voisin, qui demeure rue Neuve-Sainte-Geneviève et du Pot-de-Fer, qu’il n’y avait qu’un honnête homme qui eût pu faire le coup. » Un autre rapport de police du 7 février 1836 dit : « Il est certain que, depuis les événements de juillet le sieur Lyon, formier, demeurant rue Neuve-Sainte-Geneviève, n° 17, au domicile duquel il a été fait des perquisitions, se tient en garde contre lui-même dans ses démarches ; néanmoins, il professe hautement son opinion hostile au gouvernement. C’est un homme d’autant plus dangereux, qu’il est très entreprenant, courageux, doué d’une grande force physique et de beaucoup d’esprit naturel. Les poursuites dont il a été l’objet n’ont fait que l’irriter au lieu de l’abattre. Il a été de tout temps l’un des chefs de section de la Société des Droits de l’Homme et d’autres sociétés secrètes. Il tenait un dépôt de journaux incendiaires et brochures séditieuses qu’il faisait passer à ses amis politiques de son voisinage. Enfin, aujourd’hui il ne jouit pas d’une meilleure réputation dans son quartier où il inspire de la terreur ; s’il s’occupe encore d’intrigues, il y apporte une grande circonspection. » Au procès : « Lyon dépose que Pepin auquel il devait cent cinquante francs est venu chez lui le 28 juillet, entre midi et une heure, et qu’il a pensé qu’il était venu parce qu’il ne l’avait pas encore remboursé, quoique Pepin ne lui eût pas demandé d’argent. [...] – Pepin n’a pas parlé politique, de la revue ? – Non, il m’a dit qu’il avait des affaires du côté de la rue Neuve-Guillemin. [...]– Vous étiez de la Société des Droits de l’Homme ? – J’en ai fait partie. – Vous êtes chef de la section Louvel ? – Lorsque j’ai fait partie de la section, il n’y avait pas de nom aux sections, il n’y avait pas même de chef ; on se remplaçait chacun à son tour. – Vous êtes inscrit comme chef dans les archives saisies à Sainte-Pélagie ? – C’est possible ; mais je n’ai jamais fait partie d’une section, quand elles ont pris des noms. [...] J’avais acheté du bois chez mon marchand ; ce bois ne pouvait me servir ; et comme il fallait que je le payasse, je me trouvais dans l’embarras. M. Pepin me prêta cent cinquante francs. J’en employai une partie à payer le marchand, et l’autre à acheter du bois dont je pusse me servir. » Au sujet des œuvres de Saint Just trouvées chez Pepin, Fieschi dit : « Quant aux œuvres de Saint-Just, qu’il dit que lui ai offertes, c’est moi qui ai acheté ce volume chez Lyon, témoin à décharge de Pepin, et qui demeure rue Sainte-Geneviève ; je l’ai remis à Pepin pour cinquante-quatre sous. » Quand Chabert fut arrêté, on trouva sur lui le nom et l’adresse de Lyon (Lyon formier 17, rue Neuve-Sainte-Geneviève). Il fut arrêté le 27 avril 1836 pour association illicite. On saisit chez lui : une lithographie de la liberté ; deux caricatures ; une chanson ; le journal le Prolétaire ; un prospectus de l’Egalitaire ; une protestation contre le service de la garde nationale ; une copie manuscrite d’un discours de Voyer d’Argenson ; quatre-vingt-dix-neuf livraisons des Entretiens populaires. Il fut arrêté le 14 juillet 1839 pour intrigues politiques. On saisit chez lui deux imprimés et une pièce manuscrite ayant trait à la politique. Muisement, Guillaume, dans l’exposé qu’il fit sur sa conduite politique sous le règne de Louis-Philippe, pour faire valoir devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février ses droits à un emploi, donnait les informations suivantes sur Lyon : « […] J’ai fait partie des Sociétés des familles et des Saisons. J’étais sous les ordres du citoyen Lyon, formier […]. » Lyon lui délivra d’ailleurs, le 15 juin 1848 et comme « ex-membre du comité dit des Saisons » le certificat suivant : « Je, soussigné, certifie que le sieur Nuisement, Georges (sic), exerçant la profession de maroquinier, demeurant rue Pascal, quartier Saint-Marcel, a fait partie de la Société des saisons, s’est comporté avec toute la sagesse due à la position qu’il occupait alors ; ainsi que le courage digne d’éloges (les 13 et 14 mai 1839. » Il apostilla (Il signe bien Lion, « décoré de Juillet, victime de Juin, d’Avril, de la fabrication de poudre et des affaires de mai » les demandes de Delabarre, Louis, François et Delabarre, Alexandre, père et fils, en 1848, pour obtenir une récompense nationale suite à leur participation à la Révolution de Février. Il signa, le 12 mai 1848, le certificat suivant en faveur de Pradel, Firmin et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février : « Nous, soussignés, voulant rendre hommage à la vérité, sur l’honneur et sur notre conscience, certifions que le citoyen Pradel, Firmin, âgé de cinquante-sept ans, ex-ciseleur, né à Paris (Seine), demeurant rue de la Bienfaisance n° 27, (ancien) Ier arrondissement, a combattu pendant les trois journées de juillet 1830, dont il y a été blessé aux barricades de la rue Bar-du-Bec dans le moment où nous avons été obligés d’abandonner ; les ayant reprises, nous l’avons trouvé évanoui environ une heure après ; que par nos soins nous l’avons rendu à la vie. Ensuite il a repris les armes avec courage et dévouement et combattu avec nous jusqu’à la fin, dont nous sommes entrés des premiers au palais des Tuileries. Dont la conduite dans ces circonstances a été digne d’éloges qui caractérise un ancien militaire sous l’Empire. Nous lui avons délivré le présent certificat avec plaisir pour lui servir et valoir devant qui de droit, attendu qu’il a refusé toute espèce de récompense à cette époque, vu la position aisée dans ce temps. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1849, à titre de médaillé de Juillet. Il ne se présenta pas pour toucher la somme qui lui avait été allouée, selon l’administration. Il reçut un secours de quarante francs en 1850, à titre de médaillé de Juillet. Il était marié et père de deux enfants en 1848. Il demeurait 17, rue des Fossés-Saint-Marcel en 1830-1831 ; 17, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève en 1834-1836 ; 46, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève (ou 44, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève in Archives de la préfecture de police AA 369, Emploi d’une somme de 350 francs, provenant d’allocations non retirées par des décorés ou blessés de Juillet, exercice 1849, minutes 51-56) en 1839 ; 40, rue Descartes en 1848 ; 43, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève en 1849 (mais 44, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève in Archives de la préfecture de police AA 369 minute 84, et aussi minutes 94 à 99). Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 682 n° 3, liste des médaillés et liste des demandes de secours posées auprès de la mairie ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (cité deux fois dont la deuxième sous le numéro 674) ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 21 janvier 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 21 janvier 1831, idem un feuillet intitulé Individus qui se sont présentés sans dossier ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/15/3884, Commission des récompenses nationales, détenus politiques 2e catégorie, pensions ; Procès de Fieschi et de ses complices, chez A. E. Bourdin, Paris, 1836, p. 32, 50 et tome 3, p. 32 et 168 déposition de Lyon ; Attentat du 28 juillet 1835, Cour des pairs, volume 1, Paris, 1836, p. 365 et 366 ; Archives nationales CC 673 D 2 6e déclaration, CC 681 dossier Auzias, CC 682 dossier Lyon, CC 697 p. 54 ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853, projet d’accorder à 289 décorés, médaillés, blessés, combattants de Juillet et veuves, etc., rapport approuvé le 26 avril 1849, minute 21 et suivantes, idem minute 26 et suivantes (sous le nom de Lion, Charles) ; Archives de la préfecture de police AA 369, Emploi d’une somme de 350 francs, provenant d’allocations non retirées par des décorés ou blessés de Juillet, exercice 1849, minutes 51-56, idem Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou médaillés qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 84, idem Proposition d’accorder à cent quarante décorés, blessés et veuves de Juillet domiciliés dans le département de la Seine des secours s’élevant à la somme de 6.980 francs, minutes 94 à 99 ; Archives de la préfecture de police AA 381 in dossier Couturon, Jacques, Paul ; Archives de la préfecture de police AA 383 in dossier Delabarre, Louis, François ; Archives de la préfecture de police AA 404 in dossier Muisement, Guillaume ; Archives de la préfecture de police AA 409 in dossier Pradel, Firmin ; Archives de la préfecture de police AA 425, soulèvement républicain des 12 et 13 mai 1839.