Madden, John, Byrn
Biographie
Né le 25 avril 1780 à Dublin (Irlande). Irlandais. Rentier. La chronique de l’époque rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « M. Madden, Anglais, demeurant à Passy, blessé dangereusement à la tête, et poursuivi par un lancier, n’a dû la vie sauve qu’à un de ses ouvriers qui combattait auprès de lui et qui d’un coup de pistolet a terrassé son indigne adversaire. On trouve dans Croquis historique touchant l’époque actuelle, la mention suivante le concernant : « Je ne résiste pas au plaisir qui m’agite de particulariser, non seulement les traits de courage qui se rattachent à M. Madden, dans nos trois mémorables journées, mais d’entretenir mes lecteurs de son désintéressement, et de leur rappeler la généreuse hospitalité qu’il offrit au général Berton en 1823. M. Madden (John Byrne) naquit à Dublin (Irlande) en 1780. Dès son extrême jeunesse, son noble caractère se prononça en faveur de la liberté de sa patrie. Les historiens ayant retracé fidèlement les traits caractéristiques des envahissements de l’autorité sur les libertés de ce peuple courageux, je me dispenserai d’entrer dans aucun des détails qui s’y rapportent, ni de parler de la part extrêmement active que M. Madden y prit, pour amener le jour du triomphe de ses concitoyens. Je me bornerai purement et simplement, je le répète, à décrire la belle conduite qu’il a tenue envers nos criminels oppresseurs, dans nos trois immortelles journées. A l’instant que l’héroïque peuple parisien apprend l’attentat qui est dirigé contre sa liberté, M. Madden s’arme, et marche dans les endroits les plus périlleux : il laisse dans plusieurs rues qu’il traverse des marques de son génie, de son zèle et de son courage. Là il force un serrurier à ouvrir sa boutique pour se procurer de longs morceaux de fer, pour faire dépaver dans plusieurs endroits, et barrer les rues pour empêcher la cavalerie d’y avoir accès ; ici il arrête en quelque sorte les passants, pour travailler aux barricades qu’il est indispensable d’avoir pour la défense commune des habitants du quartier Saint-Avoye, puis enfin arrive sur les boulevards. S’apercevant que la partie de ces belles promenades, qui prend de la rue du Temple jusques vers la porte Saint-Martin, est dépourvue de barricades, de suite il détermine les charpentiers et autres constitutionnels à abattre les arbres, afin de les employer à la construction des obstacles qu’il est de la dernière nécessité de posséder dans cet endroit, qui semble être le point de mire des hommes pervers qui font, couler le sang de leurs frères. Ici, comme ailleurs, M. Madden ouvre sa bourse aux ouvriers patriotes qui travaillent, au milieu des balles, à multiplier les obstacles avec un sang-froid imperturbable. Ceux-ci n’acceptent que ce qu’il leur faut pour se procurer du vin et de l’eau-de-vie, puis continuent leurs précieux travaux qu’ils terminent avec une vitesse qui semble tenir du prodige. Désormais la cavalerie ne fera plus ses charges meurtrières sur ce point ; désormais l’artillerie n’y portera plus le désordre, n’y vomira plus la mort ; désormais enfin les bras employés aux barricades vont être occupés à frapper nos coupables adversaires. Les patriotes se portent en avant, et attaquent avec fureur les gardes royaux qui font un épouvantable carnage de nos amis ; mais nos rangs se regarnissent, et l’on venge ceux d’entre nous que le plomb assassin a atteints. M. Madden, connu pour son adresse au tir de l’arme à feu, était toujours un de nos précieux combattants qui se rapprochaient le plus des Suisses surtout. Armé d’excellents pistolets, il punissait la témérité de ceux qui marchaient sur le point qu’il occupait. Que de fois n’a-t-on pas vu ce digne Irlandais s’exposer à une mort presque certaine, non seulement pour attaquer l’ennemi commun, mais aussi pour venger ses braves compagnons d’armes, qui tombaient à ses côtés en criant Vengeance ! Tous ces faits nous sont connus, et cela pour cause : nous avons de quoi persuader les plus incrédules s’il s’en trouve. Du reste, M. Madden porte une large et glorieuse cicatrice sur la figure, qui lui tient lieu de certificat, incontestablement vrai. Nous avons aussi, entre nos mains, de quoi les persuader touchant les horribles persécutions qui furent dirigées contre lui, par les gens que la France vient de repousser avec horreur de son sein : M. Madden était coupable à leurs yeux pour avoir donné une généreuse hospitalité à l’infortuné général Berton. N’ayant pas pu se venger de cet honorable étranger en l’enveloppant dans la conspiration de ce général, quatre ans après la malignité jésuitique dirigée par Mangin, d’infâme célébrité, alors procureur du roi à Poitiers, et enfin par son digne émule Franchet, lui suscita un procès aussi absurde qu’atroce, qui avait pour but de faire tomber la tête de M. Madden sur l’échafaud, après l’avoir tenu au secret l’espace de cinq mois. Ceux de mes chers concitoyens qui seront curieux de savoir ce qu’il en est sur ce chapitre, n’auront qu’à consulter le Constitutionnel du 27 mars 1827, le Courrier français du même jour, de la même année, et enfin le numéro de ce dernier journal du 2 avril 1827, ainsi que le Moniteur du 1er avril de la susdite année. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il présenta, en 1831, auprès de la Commission des récompenses nationales une requête pour qu’elle appuie sa demande sa naturalisation. Il rappelait ainsi les liens qui l’avaient uni à la France : « Après la révolution de mon pays, dans laquelle je fis mes premières armes, je vins en France en qualité d’ingénieur mécanicien. Dès lors, je fus tout à la France et je résolus de faire profiter mon industrie à ma patrie adoptive. Ainsi je créais ou j’organisai les filatures de coton de Rochefort (Seine-et-Oise), de Versailles, de Rothan (Vosges) et de Wasselone (Bas-Rhin). La plupart de ces établissements subsistent encore aujourd’hui. Plus tard, je pris du service comme chef de construction dans le 6e corps de la Grande Armée. Blessé le 26 octobre 1813 à Wangfried près Goetting, je fus fais prisonnier par les Russes. La chute de l’Empire me rendit aux arts mécaniques, à mes travaux de prédilection. Le Bulletin des lois contient six brevets d’invention qui me furent accordés pour différents appareils et mécanismes. Je fus de plus honorablement mentionné dans le rapport de la commission dont Monge était le président, instituée pour parvenir à résoudre le problème de la filature du lin mécanique. Enfin, j’étais en 1827 chef d’un établissement important (Forges) au château Lavallière (Indre-et-Loire) lorsqu’un bannissement administratif vint me frapper dans ma retraite. Ma persécution fut motivée par la sympathie que j’avais montrée pour la cause de l’infortuné Berton : on me dénonça pour crime imaginaire, devant la cour d’assises de Tours, où mon innocence fut reconnue par arrêt du 16 mars 1827. Mais l’autorité administrative d’alors, dominée par l’influence des Franchet et Delavau n’en poursuivit pas moins son but : on m’exila de France, par mesure de police et sous prétexte de l’exagération de mes opinions politiques et de mon influence dangereuse dans le pays. Je ne pus rentrer en France que sous le ministère Martignac. Sont venus nos trois jours de gloire civique, les 27, 28 et 29 juillet. J’y luttai de patriotisme avec les patriotes. Des ouvriers qui avaient déjà combattu avec moi sous les drapeaux de l’Empire me reconnurent. Ils me firent leur chef et je les guidais contre les baïonnettes suisses et les lanciers de la garde. Votre commission, messieurs, pourra s’en référer aux pièces qui me concernent : elle m’a jugé digne de la Croix de Juillet, sans que je l’aie demandée. Au milieu de mes études et de mes expériences dans les arts mécaniques, l’une de mes pensées les plus persévérantes est de créer pour la marine française les moyens de rivaliser avec la puissance maritime des Anglais, ce fléau du monde politique et commercial. Mes découvertes dans la navigation par la vapeur, plusieurs fois soumises au gouvernement, ont attiré son attention. Récemment, une commission nommée par le ministère de la Marine vient d’approuver des procédés que j’ai fait connaître. Ils peuvent être exécutés au profit de la France ; c’est mon vœu le plus cher. Mais le ministre n’en peut confier l’exécution qu’à un Français, et je suis étranger […]. » Il ajoutait regarder l’obtention de la nationalité française, comme une nouvelle récompense nationale. Millancourt, Louis, Jacques (voir ce nom) donnait son nom comme une des personnes auprès desquelles on pouvait prendre des renseignements sur le compte de sa participation aux combats de Juillet, quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants. Il demeurait 26, quai de Passy en 1831. « Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 309 ; Croquis historique touchant l’époque actuelle, chez l’auteur, rue de la Paix, n° 13 et chez Dondey-Dupré, Paris, septembre 1830, p. 23-28 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/64 ; Archives de la préfecture de police AA 403 in dossier Millancourt, Louis, Jacques.