Magnin, Jean-Louis (ou parfois Louis, Joseph)
Biographie
Né le 8 février 1806 à Cessieu (Isère), il se faisait appeler Magnin de Cessieux. Etudiant en Droit. Il fut blessé d’un coup de feu reçu à la malléole externe du pied droit, d’un autre coup de feu qui l’atteignit superficiellement au côté gauche de la poitrine, les deux derniers orteils du pied gauche écrasés par un coup de pied de cheval, avec amputation de la première phalange du cinquième orteil, atteint par un coup de baïonnette reçue à l’avant-bras gauche, un coup de sabre au pouce gauche, contusionné aux reins. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il fut, à la visite médicale du 28 mai 1831, admis dans la 2e catégorie de la 2e classe des blessés avec une indemnité de six cents francs versés sur deux ans (sous les prénoms de Jean-Louis sur les listes du Moniteur universel et in Archives nationales F/1dIII/34, sous le prénom de Jean sur les listes de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830), « s’il peut être constaté par la Commission que ses blessures sont le résultat de la part que le sieur Magnin a prise aux événements de Juillet ». Il reçut une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. En 1832, il fit de nombreuses pétitions pour obtenir une pension. A cette date, il apparaissait comme le protégé du député du Rhône, Prunelle, et le baron Louis lui avait fait obtenir une place de percepteur, dans laquelle il n’avait pas su se maintenir. En janvier 1833, une note du ministère de l’Intérieur rapportait sur Magnin : « Le sieur Magnin, qui se fait appeler de Cessieux, du nom de son village, a présenté, pour obtenir une pension comme blessé de Juillet, une pétition revêtue de nombreuses apostilles. M. le ministre a désiré que cette pétition fût mise sous ses yeux. Il importe de faire connaître ce qu’est Monsieur Magnin, qui se prétend victime d’un si funeste oubli de la part de la Commission des récompenses. M. Magnin fait sonner bien haut ses faits d’armes en juillet, après lesquels, comme il le dit fort modestement dans un de ses imprimés il s’est reposé sous les lauriers de Mars et de la victoire. Cependant les informations prises par la Commission la portèrent à croire que les cinq blessures reçues par ce Magnin ne provenaient point des journées de Juillet, auxquelles il n’a jamais pu prouver qu’il avait pris part. Tout portait à croire au contraire que Magnin avait reçu des coups de sabre et avait eu le pied écrasé par un cheval de garde municipal pendant les troubles du mois de décembre 1830 (procès des ministres). En effet il produit une copie d’un certificat signé de M. Dupuytren, qui constate que M. Magnin est entré à l’Hôtel-Dieu le 7 janvier 1831 pour se faire soigner de diverses plaies et d’une blessure aux 4e et 5e orteils du pied gauche. Il est sorti de l’hôpital le 7 février suivant (un mois après juste). Et Magnin après avoir si maladroitement produit ce certificat vient impudemment dire que sa guérison lui a coûté vingt mille francs. Il n’a rien reçu, dit-il, de la Commission des récompenses. Il a cru n’avoir pas besoin de faire des démarches, sa conduite étant suffisante pour lui faire obtenir honneurs et pension. Malheureusement pour lui, les procès-verbaux du jury médical existent et l’on verra par celui ci-joint que Magnin s’est présenté à la visite du jury le 28 mai 1831, qu’il a été reconnu atteint des légères blessures dont il se plaint et qu’une indemnité temporaire pendant deux ans (600 francs) lui a été accordée s’il pouvait être constaté que ses blessures fussent le résultat de la part qu’il avait prise aux événements de Juillet. Cette décision a été revue et confirmée par le jury le 18 juin 1831 mais jamais Magnin n’a pu fournir la preuve qu’on lui demandait. Toutefois la Commission, pour le faire taire, lui fit donner son indemnité qu’il avait du reste presque déjà touchée en entier en secours mensuels reçus à la mairie du IIe arrondissement. Magnin s’est présenté à plusieurs jurys d’arrondissement pour solliciter soit la décoration soit la médaille de Juillet. Il a été repoussé par tous. Voilà l’homme si injustement victime d’un impardonnable oubli !!! Un pièce curieuse est son histoire en vers et son portrait avant, pendant et après. Il a fait quelques dupes avec cette lithographie, pour laquelle, d’après les listes imprimées ci-jointes, il a recueilli des souscriptions pour 900 francs à peu près. Ce qu’il y a de pénible c’est de voir un pareil intrigant surprendre la religion de bon nombre d’honorables députés, qui ont eu la bonté d’apostiller sa pétition. » Un autre rapport du ministre de l’Intérieur établit sur son compte en avril 1833, la conclusion suivante : « De l’examen des pièces, il résulte que la Commission des récompenses nationales, en allouant au pétitionnaire un secours temporaire de 600 francs, l’a invité à justifier de ses droits à la pension mais que, malgré cette invitation, n’ayant point été mise à même d’en reconnaître la validité, elle s’est trouvée fondée à repousser ses prétentions. Les renseignements que j’ai d’ailleurs pris sur M. Magnin (de Cessieux) sont loin de lui être favorables ; tous sont de nature à faire naître des doutes sur la participation qu’il s’attribue aux événements de Juillet. » Il reçut cependant cent francs de secours en 1833. En 1837, de nouveaux renseignements précisaient : « Le sieur Magnin de Cessieux, qui sollicite un secours comme combattant de Juillet, […] demeure rue Lepelletier, n° 13. La conduite mystérieuse de ce pétitionnaire ne prévient pas en sa faveur. Il sort de bonne heure et rentre tard. Cependant il serait rigoureux et léger de le juger d’après l’opinion des personnes qui ont des rapports de position avec lui car ce qu’il y a de plus évident chez lui c’est un dénuement absolu ; le sieur Magnin de Cessieux a très peu d’effets dans son logement, éprouve une gêne notoire et doit quarante-six francs à son logeur. » Il reçut cependant encore cent cinquante francs de secours en mai 1837. La Gazette des tribunaux des 9 septembre et 26 octobre 1837 relata dans quelles circonstances il fut condamné à cinq années de prison pour escroquerie : « On se rappelle M. Magnin de Cessieux, ses prétendues promesses de Juillet, son projet de monument à élever par la lithographie aux héros des grandes journées. C’était en 1833 que parurent ses prospectus. Alors comme aujourd’hui les souscripteurs, pauvres badauds de la grande famille des actionnaires, mordirent à l’hameçon et mirent de l’argent dans l’entreprise Magnin de Cessieux. Quand les dessins du fameux monument parurent, les souscripteurs s’aperçurent que leur argent avait servi à faire les affaires de Magnin. L’un des dessins, par exemple, représentait trois fois le portrait de M. Magnin avant, pendant et après la révolution de Juillet avec des vers héroïques dans lesquels l’auteur racontait son courage et les services rendus par lui à la cause de la liberté. Autour d’une immense pancarte étaient représentées dix-neuf belles actions dans lesquelles Magnin, héros et dessinateur, s’était peint, seul contre tous et partout victorieux. Ainsi, on lisait sous chacun de ses petits tableaux Magnin de Cessieux soutient la fusillade. Il arrache deux Suisses des rangs. Il tue deux gardes royaux. Il enterre les morts et secourt les blessés. Il est inutile de dire que les souscripteurs furent entièrement floués (l’expression est consacrée). L’illustre auteur du monument à élever aux héros de Juillet tourna ses vues d’un autre côté et plusieurs fois il eut à rendre compte de ses spéculations devant les tribunaux. L’affaire qui l’amène aujourd’hui devant la septième chambre va pour quelque temps en arrêter le cours. Une demoiselle Godefroy expose que, récemment débarquée au Havre, avec une somme de quatre cents francs, qui composait son avoir, elle lut, pour son malheur, dans un journal, qu’on demandait une jeune personne pour tenir un cabinet littéraire, avec promesse de quatre cents francs d’honoraires par année. Elle se présenta, fut adressée à M. Magnin (qui ne s’appelle plus de Cessieux) et apprit de lui qu’il fallait avant tout qu’elle déposât un cautionnement de quatre cents francs. Elle eut l’imprudence de faire ce dépôt, que depuis il lui a été impossible de se faire rendre. Au lieu de placer la demoiselle Godefroy dans un cabinet littéraire, M. Magnin l’avait fait demeurer en garni. “C’était dans l’un des meubles de ce garni, ajoute la plaignante, que j’avais placé mon argent. Alors que je voulus l’y reprendre, je ne le trouvais plus. Cet homme me l’avait volé.”
M. Magnin (d’un ton doucereux). Tout cela est histoire, fable, roman, mensonge.
Le président. Niez-vous avoir pris les quatre cents francs.
Magnin. Assurément, je le nie. Je prouverai que tout cela est faux. J’avais pris cette fille comme bonne à tout faire. Nous avons dépensé les quatre cents francs ensemble en parties de plaisir.
Le président. Comment ! Vous qui vous prétendez, dans l’instruction, si bien élevé ! Issu de parents honorables ! Vous faites des parties de plaisir avec une servante et vous dépensez son argent.
Magnin. Ceci est tout à fait extra judiciaire. Je vous prie d’entendre une témoin à décharge.
La dame Lettier, premier témoin à décharge prête serment.
Magnin. Je vous prie d’interroger le témoin sur ma moralité.
Le témoin. J’ai bien manqué d’être escroquée par le prévenu.
Magnin. Permettez, Permettez, vous faites erreur, je vous prie de déposer sur ma moralité.
Le président. Voilà un singulier témoin à décharge.
Le témoin. Monsieur m’a parlé d’une place où il fallait un cautionnement de douze à quinze cents francs. J’ai une rente de neuf cents francs ; il voulait me faire remettre le titre pour le cautionnement.
Un conducteur de diligence dépose d’un fait semblable et en des termes aussi favorables au prévenu.
Magnin. C’est inconcevable ! Je n’ai jamais vu une ligue comme celle-là. (Apercevant un portier qui s’avance pour déposer) Ah ! Bien ! Voilà un homme qui me connaît et qui va me rendre justice. Je prie monsieur le président de l’interroger sur ma moralité.
Le portier. Tout ce que je puis dire, c’est que j’ai vu venir chez monsieur plus de cent cinquante femmes qui croyaient avoir des places et qui se plaignaient d’être escroquées.
Magnin. Permettez, Permettez, vous faites erreur. C’est sur ma moralité que je vous interroge.
Le portier. Eh bien ! Je réponds ; j’ai cru que c’était des femmes qu’il enrôlait pour figurantes de théâtre.
Un autre témoin à décharge se présente. Je ne connais, dit-il, M. Magnin que pour son affaire de Dijon, où il était accusé de faux.
Le président. Avez-vous encore beaucoup de témoins à décharge comme cela ?
La dame Salle déclare que son mari a été chargé de graver les armes de M. Magnin de Cessieux.
Magnin. Permettez, Permettez, ce n’est pas cela que je demande.
Le président. Le tribunal désire connaître cette circonstance.
Le témoin. M. Magnin a fait graver sa carte avec une couronne de comte, une légende et le titre de receveur du Roussillon.
Le président. La cause est entendue. »
Le tribunal condamna Magnin à trois ans de prison, qui furent, en appel, transformés en cinq ans. En 1839, il était détenu à la maison centrale de Melun. En 1842, une note du ministère de l’Intérieur concluait à son sujet : « Dans l’opinion du bureau, le sieur Magnin est un intrigant qui a toujours cherché, en trompant la religion des honorables députés de l’Isère, à exploiter les cicatrices dont il est porteur et dont le jury médical a, à la vérité, reconnu l’existence mais en émettant l’avis qu’elles ne lui donneraient droit à une indemnité temporaire que s’il pouvait être constaté que ces blessures fussent le résultat de la part que le sieur Magnin aurait prise aux événements de Juillet. » Il demeurait 31, rue Neuve-des-Bons-Enfants en 1831 ; 13, rue Lepelletier en garni en 1837. Liste n° 8, des blessés de Juillet ayant reçu une indemnité temporaire, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont été admis à des secours temporaires (300 fr. pendant deux ans), Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la IIe catégorie de la IIe classe du IIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives p. 69 (sous le nom de Magnin, Jean), liste nominative du IIe arrondissement des personnes au nom desquelles il a été déposé diverses sommes à la caisse de la préfecture du département de la Seine pour y être réclamées par qui de droit, avant le 1er janvier 1834, terme de la déchéance, p. 116, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés temporairement pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement et par la caisse municipale, pendant le mois de novembre ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des (243) citoyens blessés dans les journées de Juillet et admis en raison de leurs blessures à des secours temporaires basés d’après le jury médical ; Archives nationales F/1dIII/64 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) IIe arrondissement, blessés de 2e classe 2e catégorie (sous le nom de Magnin, Jean) et aussi même référence liste nominative des personnes pour lesquelles il a été déposé diverses sommes à la caisse de la préfecture du département de la Seine pour y être réclamées par qui de droit jusqu’au 31 décembre 1833, (ancien) IIe arrondissement, blessés de la 2e catégorie de la 2e classe.