Maire, Jean-Louis, Pierre
Biographie
Né le 9 messidor an V à Paris. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet, le 20 mars 1848, la lettre suivante à la Commission : « J’ai servi la patrie dans toutes les circonstances où je me suis trouvé. Enfant de la république, je n’ai fait que mon devoir, jamais je n’ai rien réclamé. Depuis l’âge de seize ans je monte la garde, c’est-à-dire de la formation en 1813 ; j’ai été vingt ans sergent, comme on peut s’en convaincre à l’état-major de la IVe légion. Je n’ai jamais voulu accepter de grade plus élevé, quoique mes camarades m’en eussent souvent prié. Né à Paris l’an V, le 9 messidor, je n’avais que dix-sept ans lorsque l’ennemi envahit notre belle France. J’allais au-devant jusqu’à Meaux pour aider nos braves et ne suis rentré dans Paris qu’après que la trahison lui en eût ouvert les portes. J’avais reçu quelques blessures légères, dont on voit encore les cicatrices, je n’en parle pas mais ce que je puis affirmer c’est que si chaque Parisien en état de porter les armes en eût fait autant que moi, il n’y aurait plus eu un seul ennemi pour entrer dans Paris. Plus tard, électeur du (ancien) IVe arrondissement, j’ai voté pour le général Foy, de glorieuse mémoire et après pour le général Mathieu Dumas. En 1830, le 28 juillet, j’ai protégé, le pistolet à la main, et mis à l’abri chez moi plus de quarante personnes qui sans ma fermeté auraient été massacrés, soit par les balles soit par le sabre des gendarmes. Ayant été dans la nécessité de faire feu sur l’un d’eux qui les poursuivait jusque dans ma boutique ; un peu après je donnais ce que j’avais pour venir en aide aux combattants et aux blessés. J’étais marchand bottier, Saint-Honoré n° 173, au coin de la rue du Coq ; on peut constater le fait. Le lendemain 29, je faisais feu de ma fenêtre au premier étage, chose également facile à constater car je crois être le seul qui ait tiré de cette sorte sur les gardes royaux occupant le Palais-Royal. Comme ils ripostaient ferme, j’ai eu mes vitres de la boutique et du premier étage ainsi que toute ma devanture criblées de balles, ce qui m’a occasionné un grand dommage. J’aurais pu réclamer, je ne l’ai pas fait, j’étais trop content de la victoire du peuple et d’avoir sauvé la vie à un grand nombre de mes concitoyens. Le même jour, nous étant réunis environ deux cents gardes nationaux, nous avons passé la nuit dans la cour d’Aligre, prêts à nous porter où besoin serait. Le 1er août, je commandais le poste de la halle au blé, où il n’y avait ni porte ni fenêtre, c’était l’ancien poste des gendarmes que le peuple avait détruit dans le combat. En 1831, le tour de garde de la IVe légion au Luxembourg étant arrivé, ma compagnie, commandée par le citoyen Fossard (voir Fossard, Jean-Baptiste, Pierre), un des vainqueurs de la Bastille, occupait le poste nommé Friedland. chargé vers minuit de faire une ronde dans l’intérieur de la prison, je vis dans la cour une voiture attelée, ce qui éveilla mes soupçons. Comme on ne fit pas attention à mon rapport, je résolus de veiller moi-même. Le peuple nous entourait, demandant la condamnation des ministres et il était évident pour moi qu’on voulait les faire évader. En effet, peu après entra par la dernière grille de la rue de Vaugirard une compagnie de troupe de ligne qui se dirigea sans bruit vers la cour que je venais de quitter. Ils laissèrent leurs armes en faisceaux sous la garde de deux factionnaires, que je désarmais sans résistance et je fis porter tous les fusils à notre poste. Le bruit s’étant répandu de suite, je fus demandé à la Cour des pairs, où le général Lafayette, après avoir écouté mon rapport, loua beaucoup ma conduite. Il me dit des choses que je ne puis répéter ici mais il avait raison car la nuit suivante les ministres étaient partis et en sûreté. Le général m’avait dit d’aller le voir chez lui. Comme je ne briguais ni honneur ni récompense et étant d’ailleurs obligé de veiller à mon établissement qui souffrait puisque nous étions tous les jours sous les armes, je ne me rendis pas à son aimable invitation, chose que j’ai toujours regrettée depuis puisque cela m’aurait procuré le plaisir et l’avantage de causer avec le grand citoyen. Ayant fait des pertes nombreuses dans le commerce, je me suis en 1844 retiré avec presque rien à Thionville pays de ma femme, où j’espérais trouver un petit emploi dans un bureau. Les principaux de la ville s’accordent à dire que je suis très capable d’en remplir un. Je ne sais si ma franchise libérale déplaît ou si on craint que je ne sois trop clairvoyant le fait est qu’à chaque place vacante c’est un ignorant, pour ne pas dire plus, qui l’obtient. Si c’est partout de même il faut que la république prenne garde, beaucoup d’hommes retournent leur habit et voilà tout. Ils restent les mêmes, tout prêts à le retourner encore s’il le faut. Dans un banquet à quinze francs par tête, pour fêter le nouvel ordre de choses, un convive attaché au greffe du tribunal a crié au dessert Vive le roi ! A bas la république ! accompagné de très sales paroles. Cet homme est encore en place, il a trouvé des chefs pour l’excuser et le soutenir. Je n’ose pas en dire davantage. Dans une petite ville, quand on n’a pas de fortune, il faut se tenir à l’écart. Tout est abus, c’est la véritable aristocratie, déguisée en bourgeoisie. Je crois que malgré toute la bonne volonté possible, le gouvernement sera contraint de changer quelques hommes. Eh bien ! citoyens, le premier emploi vacant, je le demande. La république peut compter sur moi. Zèle, dévouement, fermeté sera ma ligne de conduite comme ordre, liberté, indépendance nationale doit être notre cri de ralliement. Citoyens, voici mes antécédents. J’ai besoin d’un emploi pour m’aider à élever mes trois garçons mais servir la république selon mes faibles moyens est mon plus grand désir. Si vous prenez la présente en considération, je donnerai tous renseignements qu’on désirera sur mon compte. Voici l’âge de mes trois fils : Pierre, François, Léon, Maire né le 2 avril 1831 ; Emile, François, Barthélemy Maire né le 22 juin 1833 et Jean-François, Ernest Maire né le 18 octobre 1840. » Il ne se présenta pas aux convocations de la Commission. Il demeurait 173, rue Saint-Honoré en juillet 1830 ; 168, rue Saint-Honoré par la suite ; 200, rue des Places à Thionville en 1848. Archives de la préfecture de police AA 400.