Manach, Fidèle
Biographie
Huissier près le tribunal de première instance de Valenciennes (Nord). Le 9 mai 1831, il adressa la lettre suivante au ministère de l’Intérieur, afin de solliciter la décoration de Juillet : « Aussitôt l’apparition à Valenciennes des fatales ordonnances du 25 juillet, tout le monde sentit qu’il en résulterait des malheurs, le peuple connaissant à présent et ses droits et ses devoirs. Pendant quelques jours la ville fut sans nouvelle officielle de ce qui se passait dans Paris. Ce n’était que par quelques voyageurs échappés par hasard que l’on sut dans notre ville ce se passait dans la capitale. Le 1er août (c’était un dimanche), les rassemblements furent plus nombreux. La diligence arriva assez tard dans la soirée. Le drapeau tricolore flottait sur son impériale. M. le procureur du roi, dont l’exposant était le secrétaire, le pria d’aller le prévenir s’il arrivait quelque chose de bouveau, afin de prévenir les malheurs que tout le monde redoutait. Aussitôt que l’exposant apprit que le drapeau tricolore était arrivé à Valenciennes, après l’avoir vu lui-même, il s’empressa d’en avertir M. le procureur du roi, qui l’invita à l’accompagner jusque chez M. le sous-préfet afin de se concerter avec lui et les autres autorités pour maintenir la tranquillité publique et le respect dû aux personnes et aux propriétés. Arrivés chez M. le sous-préfet, on dit à M. le procureur du roi qu’il était allé avec M. Waymel, adjoint chez M. le lieutenant du roi. M. le procureur du roi alla, avec l’exposant, rejoindre ces messieurs, qu’ils rejoignirent dans la rue. Tout faisait penser que l’entretien qui eut lieu entre les autorités civiles et militaires fut orageux car M. l’adjoint suppliait M. le lieutenant du roi de ne point faire monter le régiment de dragons à cheval ; que s’il suivait cette détermination, il ferait couler le sang dans notre ville, malheur que l’on pouvait, selon lui, éviter en faisant faire des patrouilles par des détachements de garde nationale et de troupe de ligne mêlées. M. le lieutenant de Praine ne voulut rien entendre et, continuant à marcher seul devant tous ceux qui le suppliaient, menaçait toujours qu’il allait mettre la garnison sous les armes et ferait respecter l’autorité de Charles X. M. l’adjoint, en lui réitérant sa prière, lui fit observer qu’il ne pourrait répondre de l’exaspération des esprits en voyant un pareil déploiement de forces et que ce serait lui la cause si le sang serait venu à verser. M. le lieutenant du roi dégaina alors son épée, en allait frapper M. l’adjoint, en lui disant que le sien serait le premier qui coulerait, si l’exposant, n’écoutant d’autre sentiment que celui de sauver la vie à un homme, passa derrière M. l’adjoint, saisit la main et le coude de M. le lieutenant du roi et, par un mouvement vif et fort, le désarma. Ce n’est qu’alors, alors seulement, que M. le lieutenant, se trouvant désarmé, commença à entendre la raison. Sur l’ordre de M. le sous-préfet, l’exposant rendit son épée à M. le lieutenant du roi. On assembla après cette scène, de concert avec M. le lieutenant du roi, qui y donna son autorisation, des patrouilles de la garde nationale et de la ligne. La soirée se passa très tranquillement du reste, chacun étant entré chez soi vers minuit et il n’y eut aucun malheur à déplorer. Voilà le récit fidèle de ce qui s’est passé le 1er août à Valenciennes. Si M. le lieutenant du roi avait fait monter le régiment de dragons à cheval, quel aurait été le résultat de cette mesure de sang ? Grâce à Dieu, il n’a point coulé. Si par cette action, l’exposant a empêché le sang de couler et que cette action puisse lui donner quelque droit aux récompenses décernées par la loi de décembre 1830, il a l’honneur, M. le ministre, de vous supplier d’avoir la bonté, si vous le jugez à propos, de le mettre au nombre de ceux qui sollicitent cette récompenses. » Il demeurait à Valenciennes (Nord) en 1830-1831. Archives nationales F/1dIII/81, dossier Nord.