Mangin, Charles, Victor, Amédée, dit Mangin, Victor
Biographie
Propriétaire et rédacteur de l’Ami de la charte. Il fut proposé par le préfet et en supplément de la liste préparée par la Commission pour recevoir la médaille de Juillet (aussi ailleurs la Croix de Juillet) par la Commission des récompenses nationales de la ville de Nantes. Le préfet donna la raison suivante : « Il n’était véritablement pas dans l’endroit où l’on se battait mais il exposai sa vie et tout ce qu’il possédait en faisant afficher une proclamation aux habitants, en faisant placarder un appel à la résistance, enfin personne n’a contribué plus que lui à l’insurrection et n’aurait porté plus certainement sa tête sur le billot. » Bremens, Auguste, Joseph dit Vochez (voir ce nom) le cite comme un des témoins de sa conduite pendant les événements. Il fut un des très nombreux (deux pages de nom, voir la liste à Catheaugrue, Frédéric, Julien) qui, en mai 1832, apostillèrent la lettre que Catheaugrue fit parvenir à son député, afin d’obtenir, en raison des blessures qu’il avait reçues, une pension du gouvernement : « Lorsque le peuple parisien détruisait en quelques heures une insupportable tyrannie, de généreux citoyens, s’associant à ces périls, luttaient au même instant contre un pouvoir exécré qui ne fut trop longtemps que l’opprobre de notre belle patrie. Partout en France comme à l’étranger, des souscriptions furent ouvertes pour venir au secours des hommes que leurs blessures mettaient hors d’état de pourvoir aux besoins de leurs familles, et des veuves de ceux qui étaient restés sur le champ de bataille. Le roi, que nos vœux appelaient au trône et que nos bras y avaient placé, créa pour nous une décoration spéciale et mit à la disposition de ses ministres un fonds destiné aux pensions qui furent accordées depuis. De tous les blessés de Nantes, je suis, par une étrange fatalité, resté seul dans l’oubli pour la pension annuelle. Ce qui m’a convaincu de la chose c’est que j’ai vu mes frères d’armes du 30 juillet toucher tout récemment leur trimestre, et, sans vanité, Monsieur, je peux me compter au nombre de ces braves défenseurs de nos libertés. Retenu longtemps par mes graves blessures et qui se sont rouvertes le 24 septembre dernier, je fus, pendant ce temps, obligé de confier à des ouvriers la direction de mon établissement, qui a depuis beaucoup perdu de sa valeur : aussi je me demande pourquoi je n’ai pas eu part à la munificence du gouvernement. Est-ce pour avoir distribué des armes à plusieurs de mes concitoyens et qui ont combattu avec moi ? je ne le pense pas. Mon dévouement a été trop louable. Cependant, par mes blessures, je me vois sur le point de réduire ma famille à la plus affreuse misère, à laquelle j’ai, pour ma patrie, volontairement contribué. Je vous prie donc, Monsieur, de prendre en considération l’exposé sincère de ces faits. C’est avec toute la franchise d’un bon patriote que j’ai l’honneur de vous adresser ma demande. J’ai l’honneur, etc. » Son descendant Giraud-Mangin in Nantes en 1830 et les journées de Juillet, donne les précisions biographiques suivantes sur Mangin, Charles, Victor, Amédée : « L’Ami de la Charte, fondé en 1819 par le père de Charles-Victor-Amédée Mangin, son directeur. Qu’il me soit permis ici de rappeler que les Mangin, dont j’ai l’honneur d’être un descendant, ont fondé, dès la fin du XVIIIe siècle, le premier journal de Nantes, et au cours du XIXe siècle soutenu, au prix de risques dangereux et de condamnations multipliées, les idées de tolérance et de liberté. En 1830, mon aïeul, âgé de 43 ans, est le défenseur intègre des lois constitutionnelles et des classes ouvrières, en attendant de pouvoir faire profession de foi républicaine. Ses articles violents contre le sectarisme religieux et les abus du pouvoir lui valent de nombreux procès et des mois de prison. Précisément, sa campagne contre le candidat officiel Dudon le fait condamner en juillet 1830 à six mois de prison et 2.000 francs d’amende. Son journal a une part prépondérante dans la protestation des libéraux et des ouvriers contre les ordonnances de Charles X. Voici un spécimen de sa polémique vigoureuse, extrait de l’article qu’il publia à l’occasion du nouvel an 1830, comme souhaits de l’Ami de la Charte : «Que la France soit heureuse! En manifestant ce vœu, nous désirons naturellement que la Charte soit maintenue dans toute sa force; qu’elle ne soit ni violée, comme on l’a déjà fait en créant le double vote ni éludée, comme on voudrait le faire en donnant aux communes une organisation quelconque par ordonnance [...]. Le commerce souffre, les fabriques et manufactures sont inactives, les moines s’engraissent, l’agriculture languit, les propriétaires se ruinent, le peuple est dans la misère, les missionnaires et les congrégations s’enrichissent, l’industrie est sans encouragement, les écrivains sont poursuivis […]. » Archives nationales F/1dIII/80, Loire-Inférieure ; Nantes en 1830 et les journées de Juillet, Giraud-Mangin, in Revue d’histoire moderne et contemporaine, année 1931, pp. 459-460.