Marchand-Dubreuil, Charles, François

Biographie


Né le 14 décembre 1794 à Paris. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. En 1831, il était sous-préfet à Abbeville (Somme). En juillet 1831, il donna procuration à son frère, Marchand-Dubreuil, Alexandre, Noël, lui aussi médaillé dans le même arrondissement, pour retirer en son nom sa médaille. En 1833, il était sous-préfet de l’arrondissement de Blaye, quand y fut enfermée la duchesse de Berry après sa capture par la police de Louis-Philippe. Le gouvernement de Louis-Philippe, plutôt que de juger la mère du jeune Henri V, dont elle cherchait à faire retrouver les droits, préféra la déshonorer, parce qu’il la sut enceinte. Marchand-Dubreuil fut un de ceux à qui revint la honte de signer le procès-verbal de l’accouchement en public de la duchesse. Chateaubriand, dans ses Mémoires doutre-tombe, devait, comme légitimiste, stigmatiser la conduite du gouvernement dans cet affaire : « Mais ce qu’il faut vouer à l’exécration, ce qui n’a pas d’exemple dans l’histoire, c’est la torture impudique infligée à une faible femme, seule, privée de secours, accablée de toutes les forces d’un gouvernement conjuré contre elle, comme s’il s’agissait de vaincre une puissance formidable. Des parents livrant eux-mêmes leur fille à la risée des laquais, la tenant par les quatre membres afin qu’elle accouche en public ; appelant les autorités du coin, les geôliers, les espions, les passants, pour voir sortir l’enfant des entrailles de leur prisonnière, de même qu’on avait appelé la France à voir naître son Roi ! (allusion à la coutume royale de faire naître en public les enfants royaux, N.D.A.) Et quelle mère ? la mère de l’orphelin banni dont on occupe le trône ! Trouverait-on dans les bagnes une famille assez mal née pour avoir la pensée de flétrir un de ses enfants d’une telle ignominie ? N’eût-il pas été plus noble de tuer madame la duchesse de Berry que de lui faire subir la plus tyrannique humiliation ? » Salaberry, dans ses Souvenirs politiques du comte de Salaberry sur la Restauration (1821-1830), rapporte ainsi les circonstances de l’accouchement du premier enfant de la duchesse, le jeune Henri : « La dame Bourgeois, tout émue, toute tremblante, allumait une bougie, quand la princesse lui dit : “Ne soyez plus inquiète, c’est Henri.” L’héroïque duchesse de Berry avait déjà touché l’enfant et s’était assurée de son sexe. “Le témoin, disait-elle, le témoin !” On lui dit qu’on allait chercher le maréchal de Coigny. “Non, dit-elle, non, le témoin, le maréchal Suchet.” Le maréchal, le témoin, arriva. “Tenez, monsieur le maréchal, voyez, Monsieur le maréchal, il me tient.” Suchet, stupéfait, se prosternait et refusait d’approcher davantage. “Approchez, lui répéta la princesse vous le voyez, il me tient.” “Monsieur, dit-elle alors à l’accoucheur, à présent faites votre service.” S.A.R. le duc d’Orléans arrive et dit au maréchal, assez haut pour que le comte de Clermont-Lodève l’ait entendu et répète avec indignation : “Mais, monsieur le maréchal, l’avez-vous bien vu, tenait-il ? – Oui, Monseigneur, je l’ai bien vu ; d’ailleurs, je vous l’avais promis.” La princesse avait donc raison de tenir au témoin. Que de choses dans son cri : le témoin ! le témoin ! ») Et quelle mère ? la mère de l’orphelin banni dont on occupe le trône ! Trouverait-on dans les bagnes une famille assez mal née pour avoir la pensée de flétrir un de ses enfants d’une telle ignominie ? N’eût-il pas été plus noble de tuer madame la duchesse de Berry que de lui faire subir la plus tyrannique humiliation ? » Louis Blanc, dans ses Révélations historiques, comme républicain, retint les mêmes accusations : « Quant à la conduite de l’ex-roi à l’égard de la duchesse de Berri, la justifie qui l’ose ! Retenir captive, sans autre dessein que de livrer au monde le secret et la preuve de ses amours, une femme, une nièce ; entourer sa grossesse d’espions ; donner à surprendre à des gens de police, dans le moment précis de son accouchement, la date de son déshonneur, et, chose à peine croyable, chose à jamais odieuse ! ordonner que, de ce déshonneur, on dresse procès-verbal !... “Les témoins entreront dans la chambre à coucher, assisteront à la naissance de l’enfant : le sous-préfet de Blaye, le maire, un de ses adjoints, le président du tribunal, le procureur du roi, le juge de paix, le commandant de la garde nationale, MM. Dubois et Ménière. Ces témoins entreront dans la chambre à coucher au début du travail de l’enfantement ; ils constateront l’identité de la princesse. Ils lui demanderont si elle est grosse, si elle se sent près d’accoucher. On fera mention de ses réponses ou de son silence. Les témoins visiteront ensuite la chambre, les cabinets, les armoires, les secrétaires, les tiroirs des commodes et jusqu’au lit de la princesse, pour voir s’il n’y a pas d’enfant nouveau-né dans l’appartement. Il sera fait mention des vagissements de l’enfant au moment de sa naissance.” » Le 10 mai 1833, le procès-verbal d’accouchement de la duchesse de Berry, fut dressé, signé du maréchal Bugeaud, aussi député, commandant supérieur de la citadelle de Blaye, et des témoins appelés à sa requête : Dubois, Antoine, professeur de médecine ; Marchand-Dubreuil, Charles, François (voir ce nom), sous-préfet de l’arrondissement de Blaye ; Pastoureau, Daniel, Théotime, président du tribunal de première instance de Blaye ; Nadaud, Pierre, procureur du tribunal de première instance de Blaye ; Bellon, Guillaume, président du tribunal de commerce et adjoint au maire de Blaye ; Bordes, Charles, commandant de la garde nationale de Blaye ; Descrambes, Elie, curé de Blaye ; Delord, Pierre, Camille, commandant de la place de Blaye ; Dufresne, Claude, Olivier, commissaire civil du gouvernement. La duchesse ne fit aucune difficulté pour reconnaître son accouchement et son enfant. Dans ses Souvenirs dun médecin de Paris, le docteur Poumiès de la Siboutie, rapportait les faits suivants sur cette affaire : « Louis-Philippe savait où était la duchesse de Berry, et certes il ne voulait point la faire arrêter. Il lui dépêcha M. Carlier, chef de la police municipale de Paris, pour l’engager à quitter la France. Elle s’y refusa obstinément : “Dites à Louis-Philippe, répliqua-t-elle à M. Carlier, que dans deux mois je pourrai vous charger pour lui de la même mission !” Le parti légitimiste fut abasourdi en apprenant la grossesse de Madame. On n’en convenait pas devant les profanes ; mais en famille, les portes bien fermées, on la traitait durement. De mauvais plaisants prétendaient qu’en se voyant enceinte, elle se serait écriée en tapant du pied : “Si je savais quel est le maladroit qui a fait cela !” » Selon Histoire des préfets, de Pierre-Henry : « Marchand-Dubreuil, devenu préfet de l’Ain en 1833, mourut étrangement en 1834, d’un fusil qui éclata accidentellement, le jour de son mariage, alors qu’il s’habillait pour la cérémonie. » Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, liste des citoyens décorés de la médaille, XIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, prestations de serment et autorisations de retirer des brevets, reçus de brevets, convocations des décorés à la mairie ; Archives de Paris VK3 32, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIe arrondissement ; Annuaire historique universel pour 1833, Tencé, Paris, Thoisnier-Delaplace, 1834, p. 230 ; Révélations historiques, Louis Blanc, Bruxelles, Meline, Cans et Cie, 1859, tome Ier, p. 31-32 ; Chateaubriand, Mémoires doutre-tombe, Le Livre de poche, Paris, 1973, tome 3, p. 409 ; Histoire des préfets, Pierre-Henry, Nouvelles éditions latines, Paris, 1950, p. 132.

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