Mardelle, Jean, Alexandre
Biographie
Né vers 1773. Parti en 1792, comme grenadier dans le 3e bataillon de Paris qui rejoignait l’armée commandée par le général Lafayette. Sous-lieutenant à la 1re compagnie du 1er bataillon du 83e régiment d’infanterie de l’Armée du Nord, présent à Jemmapes, Neerwinden et Fleurus, il fut blessé d’un coup de feu à la jambe droite, le 12 mai 1793, dans le bois de Saint-Amand, à l’attaque d’une redoute défendue par les Autrichiens. Le commandant fit le rapport suivant sur sa conduite : « […] S’est conduit dans cette action en vrai républicain, en restant au combat malgré sa blessure et en se précipitant un des premiers dans ladite redoute à la prise de laquelle il a puissamment contribué par son intrépidité et son sang-froid et […] il y a fait prisonniers un officier et cinq soldats. » Le 12 septembre, sous-lieutenant à la 154e demi-brigade du 2e bataillon de l’Armée des Côtes de Cherbourg, il fut blessé de sept coups de sabre « dans un combat militaire, et […] il s’y est particulièrement très distingué », selon son commandant. Il fut, le 9 nivôse an IX admis à la retraite, par suite des nombreuses blessures reçues dont une le privait de l’usage de la main gauche, pour un montant de six cent quarante-cinq francs. Il entra comme rédacteur dans les bureaux de la 1re division du ministère de la Guerre. En mai 1815, il fut rappelé, comme tous les anciens militaires, afin d’être dirigé sur les places militaires à défendre : « Vous n’aurez d’autres devoirs à remplir dans la place que celui d’être un modèle de discipline et de courage pour les gardes nationales, d’autre service que celui de leur instruction et, en cas de siège, vous êtes au poste d’honneur », lui était-il expliqué. Et le 25 mai 1815, le ministre de la Guerre lui ordonnait « de se rendre sans délai auprès de M. le lieutenant général baron Darricaut, rue Caumartin, n° 14, organisateur des bataillons de la garde nationale pour être employé selon son grade ». Il expliquait ainsi comment il obéit à cet ordre et quelles en furent plus tard les conséquences : « Quoique marié, j’obéis sans retard à cet ordre et me hâtai de m’habiller et de m’équiper à mes frais. C’est à cette époque qu’on me vit souvent dans les bureaux du ministère, revêtu de l’uniforme de fédéré. J’y fus signalé et quand les malheurs de la France furent combles, je fus en butte à toutes sortes de dénonciations ; on me destitua de ma place et, par suite, je fus exposé aux persécutions de la police. ». Sous la seconde Restauration, il fut privé de son emploi et admis à une pension de sept cent cinq francs (soit un total de mille trois cent cinquante francs en 1830). Il resta quinze ans sans emploi. Il relata ainsi, en septembre 1830, sa participation aux combats des trois jours : « […] Je me suis trouvé armé dès le premier jour. Le 28, j’étais d’abord sur le quai des Augustins, ensuite à la place du Châtelet, où j’ai payé de ma personne et le lendemain je faisais le coup de fusil sur le pont des Arts où j’ai couru bien des dangers. […] Sans doute une foule de braves se sont dévoués comme je l’ai fait, mais mon dévouement à moi date de plus de quarante ans et, quoique marié, je suis parti pour Rambouillet à la tête d’un détachement de braves. » Il joignait à sa demande un certificat ainsi rédigé : « Je soussigné, ex-colonel provisoire de la XIe légion, certifie que M. Mardelle a pris les armes dès le 28 au matin, qu’il a pris la part la plus active aux deux glorieuses journées. Il est de plus à ma connaissance qu’il a formé un détachement à la tête duquel il est parti pour Rambouillet. Je puis de plus répondre de son zèle et de son patriotisme à toute épreuve. » Signé Peyre, aide de camp du général Lafayette. Dès le 2 août 1830, il demanda à être réintégré dans les bureaux du ministère de la Guerre, mais craignit rapidement « d’être confondu dans la foule des solliciteurs ». Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il ne reçut aucune réponse, puisque le 31 mars 1831, il écrivait à Beytout, membre de la Commission des récompenses nationales la lettre suivante : « Monsieur,
»Lorsque j’eus dernièrement l’honneur de vous voir à la Conciergerie, que je visite fréquemment depuis que mes amis y sont détenus, je fus très surpris de ce que vous avez dit, devant Cavaignac, que vous n’aviez aucune connaissance de ma demande. Il est cependant certain qu’il s’est chargé lui-même de la remettre à la Commission, qu’il attesté les faits qu’elle renferme et que M. Guinard, qui connaît ma conduite l’a également appuyée. La part active que j’ai prise dans les diverses affaires des derniers jours de Juillet est connue d’une foule de gens : je pourrais même prouver que je fus le premier de mon quartier à prendre les armes et que mon exemple a entraîné beaucoup de citoyens. Quoique j’aie eu l’occasion de me battre sur plusieurs points, je sais, en ma qualité d’ancien militaire, apprécier les choses à leur juste valeur. N’ayant pas eu le bonheur de contribuer à la prise du Louvre ni à celle de l’Hôtel de ville, je me suis borné à demander la médaille et j’y tiens d’autant plus que je crois l’avoir méritée. J’ai été constamment sur pied pendant les premières journées. MM. Cavaignac, Guinard et autres braves ont été témoins de mon. zèle. M. Drouineau m’a rencontré deux fois, revenant de l’action. De plus j’ai fait le voyage de Rambouillet dans la même voiture que mon ami, Alexandre Dumas. […] Dès le 2 août, j’adressai au ministre de la Guerre, [une] pétition […]. On me fit les plus belles promesses, qui ne s’effectuèrent point. Je produisis depuis plusieurs autres pétitions, appuyées par les recommandations du général Lafayette, du général Mathieu Dumas, de MM. Chardel, Joubert, etc., et de certificats qui attestaient que j’avais pris part à la nouvelle révolution. Enfin, je m’avisai de me faire recommander par la Commission des récompenses nationales et M. Guinard, qui me connaît depuis nombre d’années fit une démarche dans mon intérêt auprès de M. Baradère, secrétaire général du ministère de la Guerre ; mais j’ai tout lieu de croire que cela a produit l’effet contraire de ce que j’attendais car depuis lors tout espoir d’être réintégré dans mon emploi m’a été ravi. Je ne puis plus même obtenir d’audience. » Il terminait sa lettre, en demandant la simple médaille de Juillet. Il demeurait 17, rue du Four-Saint-Germain en 1830-1831. Les Volontaires nationaux pendant la révolution, Chassin et Hennet, Paris, Quantin, 1899, tome I, p. 46 ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1.