Margra, Joseph

Biographie


Né le 9 février 1807 (bien comme né le 9 février 1807 dans son acte de dépôt à lhospice de Nancy ; le 10 février 1807 in Archives nationales F/1dIII/37, in Archives nationales F/1dIII/39 et in Archives de la préfecture de police AA 370 ; mais bien le 9 février 1807 in Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension) à Nancy (Meurthe), il fut admis comme enfant trouvé abandonné à la porte d’entrée de l’hospice Saint-Stanislas, dans les circonstances décrites ainsi par l’extrait de registre du dépôt des enfants trouvés : « Il avait un bonnet d’indienne fond lilas, trois linges, une bande, une chemise, une couverture de laine tricotée, le tout très usé. » Confié à une nourrice, dont le mari était Maury, Charles, marchand de sel à Mailly (Meurthe), puis n’ayant jamais été réclamé par personne, il fut élevé par ce couple, qui, séduit « par son attachement et son obéissance », le considéra comme s’il eût été leur propre enfant. En 1830, il était étudiant en médecine chez le docteur Ession à Clichy-la-Garenne. Blessé, il fut soigné à l’hospice de la Charité du 29 juillet au 26 septembre et du 7 au 28 octobre 1830, puis à la maison de convalescence de Saint-Cloud du 2 au 8 novembre 1830. Un premier certificat de notoriété témoignait ainsi de sa conduite : « Je, soussigné, Petit, rentier, demeurant à Paris, rue Saint-Joseph n° 17, certifie avoir vu M. Margra, étudiant en médecine, le 28 juillet, les armes à la main, formant un groupe boulevard Montmartre, s’étant de là rendu au Théâtre des Variétés pour y avoir des armes, ce qu’il obtint par la fermeté de son commandement ; alors il a fait marcher avec lui tous ceux qu’il rencontrait, pour aller faire distribuer les armes qui se trouvaient au grand opéra, ce qu’il a encore obtenu. Et, de là, M. Margra s’est transporté dans la rue de Richelieu avec toute sa suite, où ils y passèrent la nuit. Le lendemain matin 29, je rencontrai M. Margra place des Petits-Pères, qui emmenait des soldats du poste de la Banque de France, qu’il venait de désarmer et les a conduits à la mairie du IIIe arrondissement, ayant remarqué plusieurs fois que le combattant s’étant distingué d’une manière honorable et avec un courage héroïque. » Signé, le 1er juillet 1831 : Petit, rentier, demeurant 17, rue Saint-Joseph. Robelot, locataire du 22, rue Saint-Thomas-du-Louvre donnait, le 3 décembre 1830, ce deuxième témoignage : « Déclare avoir vu M. Margra étudiant en médecine dedans le combat qui a eu lieu à la sortie du Louvre dans la rue du Carrousel et place du Carrousel. Je certifie que le sieur Margra, couvert d’un habit veste vert et d’un chapeau gris, armé d’un fusil, d’un sabre et d’une giberne avec buffleterie, m’a beaucoup surpris par le courage héroïque qu’il mit dans l’action du combat qui fit la prise des Tuileries. Je certifie aussi que M. Margra, trois quarts d’heure après fut rapporté blessé au pied et déposé avec d’autres blessés dans la cour de la maison […]. Reconnaissant le combattant que j’avais remarqué si zélé, je le fis transférer dans mon logis même où il resta une heure à peu près ; de là il fut transporté à l’hospice de la Charité. » Il venait d’être blessé, rue de Rohan, d’une décharge de mitraille reçue au pied et au genou droit et à la cuisse gauche. Un troisième certificat était ainsi rédigé, en date du 9 décembre 1830 : « Nous, soussignés, Canivet, naturaliste-réparateur, demeurant rue Saint-Thomas-du-Louvre n° 22, les propriétaires de ladite maison et divers locataires y demeurant, certifions que M. Margra, étudiant en médecine, demeurant à Clichy-la-Garenne près Paris, a combattu dans la journée du 29 juillet ; qu’ayant les armes à la main il a été blessé de plusieurs coups de feu, qu’il était couvert du sang qui coulait de ses blessures. Nous l’avons vu dans un état de faiblesse telle que nous avons dû le placer sur un matelas et lui prodiguer nos soins que son état présent exigeait et que son dévouement lui méritait. Nous n’avons d’autre regret que de n’avoir pu faire assez pour celui dont le sang se répandait pour une si belle cause. » Signé, le 9 décembre 1830 : Canivet, E. ; Daricourt ; Auclair ; Heriot, horloger, demeurant 22, rue Saint-Thomas-du-Louvre. Un quatrième certificat était ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, médecin chargé du service médical de la commune de Clichy-la-Garenne, arrondissement de Saint-Denis (Seine), certifie que l’état de illisible où j’ai vu le nommé Joseph Margra, la bonne disposition que j’ai reconnue en lui, jointe à une fidélité à toute épreuve sont les motifs puissants qui lui ont mérité toute mon estime. S’il prit part aux événements de la grande semaine de Juillet il ne l’a fait que après en avoir obtenu mon assentiment. » Signé, à Clichy, le 30 août 1830 : Sion illisible, médecin. Lui-même, le 1er septembre 1830, depuis l’hospice de la Charité où il était soigné, faisait parvenir la lettre suivante au général Fabvier, président de la Commission des récompenses nationales : « Le nommé Joseph Margra, âgé de vingt-trois ans, enfant trouvé de l’hospice Saint-Stanislas de la ville de Nancy (Meurthe), étudiant en médecine chez M. le docteur Ession à Clichy-la-Garenne banlieue de Paris, expose que le 27 juillet 1830 il a pris les armes et, en vrai Lorrain, il a combattu durant la grande semaine. Mais, le 29, après avoir aidé à la prise du Louvre et celle des Tuileries, il se dirigeait du côté du Palais-Royal où la fusillade se faisait entendre il fut atteint d’un coup de fusil chargé à mitraille qui lui a fait onze blessures aux genoux et aux cuisses droits et gauches. Le fusil de Margra était chargé, il ajusta son adversaire et l’étendit roide mort ; il était décoré ; sans perdre de temps, l’étudiant se lance sur son ennemi ; tandis qu’il lui arrachait la croix d’honneur, une balle frappa Margra et lui emporta deux orteils du pied droit. Ramassé sur le champ de bataille, on le transporta à l’hôpital de la Charité à Pais, où il est encore aujourd’hui Salle Saint-Louis, n° 35. Margra, déjà trop malheureux de n’avoir jamais connu les auteurs de ses jours, les blessures qui lui ont été faites le 29 juillet augmentent son infortune, de manière à le rendre le plus malheureux des hommes. Mais, comptant sur la bienveillance de monsieur le général Fabvier, il ose espérer qu’il obtiendra une pension en récompense du sang qu’il a versé pour la patrie. » Il remit la croix qu’il avait arrachée à un officier suisse au maire de Clichy. Il fut ensuite admis à la maison de convalescence de Saint-Cloud, où il reçut une partie de son équipement de garde national. Il reçut un secours de soixante-dix francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIIe arrondissement, sous-préfecture de Saint-Denis. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la sous-préfecture de Saint-Denis. Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 7 avril 1831, la conclusion suivante : « A été atteint, dans les journées de Juillet, de blessures par arme à feu (décharge de mitraille), premièrement au pied droit avec perte du quatrième orteil ; deuxièmement derrière la malléole interne du côté droit ; troisièmement à la partie antérieure du genou droit ; quatrièmement à la partie interne et inférieure de la cuisse gauche ; blessures guéries mais avec perte d’une partie d’orteil et quelques difficultés et douleurs dans les mouvements. » Il fut admis dans la 3e classe des blessés et fut pensionné de trois cents francs. Il lui fut accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Sa médaille lui fut délivrée le 28 juin 1831. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants, sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet ; dans son dossier, il est fait état de onze blessures reçues. Il cosigna le certificat suivant en faveur de la dame Vieillescazes : « Nous, soussignés, blessés dans les combats du 29 juillet, ayant reçu les premiers soins à la pharmacie du château des Tuileries, certifions que madame Vieillescazes nous a prodigué les soins avec un entier dévouement et que nous l’avons vu affronter le feu le plus meurtrier pour porter ses secours aux blessés et que de plus elle s’est empressée de donner de nos nouvelles à nos familles. Nous formons le vœu sincère que l’autorité puisse reconnaître cette conduite vraiment patriotique. » Il fut compromis dans l’émeute républicaine des 5 et 6 juin 1832 ; en témoigne ce certificat délivré, en date du 7 août 1848, par O’Reilly, devenu secrétaire général de la préfecture de police, et qui lui délivra le certificat suivant : « Je, soussigné, certifie pour servir au besoin que M. le docteur Adde-Margras a été poursuivi et incarcéré pour ses opinions politiques en l’année 1832 et compromis dans les affaires de juin de la même année. Arrêté le 6 juin 1832 et mis en liberté le 29 septembre de la même année. » En 1842, docteur en médecine, il se plaignait que ses blessures n’avaient pas cessé de le faire souffrir et l’obligeaient à se déplacer en voiture quand les malades l’appelaient ; il ne reçut sans doute aucun secours. Il participa à la Révolution de février. La Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février donnait comme indications sur son compte qu’il avait reçu onze blessures en juillet 1830, qu’il avait été prévenu dans l’émeute des 5 et 6 juin 1832 et qu’il avait pansé les blessés du massacre des rues des Capucines et Basse-du-Rempart. On trouve dans le Figaro du 8 mars 1848, cet article concernant sa participation aux combats de Février : « Les malheureuses victimes du massacre du ministère Guizot, se trouvant rue Basse-du-Rempart n° 48 et 50, ont été soignées et pansées par le citoyen Adde-Margras (de Nancy), médecin, chasseur de la IIe légion, rue du Faubourg-Montmartre, qui, dans cette circonstance, était en même temps et chirurgien et combattant. Il est du devoir de la publicité d’ajouter que ce citoyen a maintenu le bon ordre aux Tuileries, en criant à tue-tête : “Mes amis, ne touchons à rien ! Respectons tout ! Sortons d’ici aussi noblement que nous y sommes entrés !... Gardons-nous de ternir le triomphe de ce jour !” Un coffret de bijoux, de grande valeur, a été arraché par lui de mains infidèles et remis à un garde du château, qui, accompagné de deux chasseurs de la IIe légion et de deux élèves de l’Ecole polytechnique, l’a emporté pour en faire le dépôt. » Il était porteur du certificat suivant : « Je m’empresse d’attester que le docteur Adde-Margras de Nancy montra le plus grand zèle à donner ses soins à plusieurs des victimes qui tombèrent le 23 février sur le boulevard des Capucines. Il vint chez moi plusieurs fois pendant la nuit qui suivit cet événement et malgré des difficultés de toute sorte donna ses soins aux sieurs Carrière, mari et femme, fruitiers 20, rue de Miromesnil, et Givon aussi demeurant dans la même rue. Il a également soigné les sieurs Crestiaine illisible et Mark recueillis dans la maison que j’habite par d’autres personnes. » Signé le 31 juillet 1848 : Siochan de Kersabite (sic, c’est pourtant la signature lire sans doute Sioc’han de Kersabiec), L., Ch., demeurant 48 bis, rue Basse-du-Rempart. Ce témoignage était apostillé par Debré, Claude, demeurant 48 bis, rue Basse-du-Rempart ; Mahé, demeurant 48 bis, rue Basse-du-Rempart ; Gauthier, 50, rue Basse-du-Rempart ; Jannot, blessé, demeurant 162, rue du Faubourg-Poissonnière ; Mévillaz, demeurant 48 bis, rue Basse-du-Rempart ; Givon, Antoine, demeurant 40, rue de Miromesnil ; Bouville illisible, demeurant 48 bis, rue Basse-du-Rempart. On trouve dans son dossier ce mot de recommandation, en date du 7 août 1848, signé de Favre, Jules et adressé au président de la Commission des récompenses nationales : « Je prends la liberté de donner ce mot de recommandation à M. Adde-Margras, que je connais depuis de longues années déjà et que je crois parfaitement digne de ce qu’il réclame. Sa situation personnelle est on ne peut plus honorable et je vous remercie à l’avance de la bienveillance que vous lui accorderez. » Le 5 août 1848, il sollicitait une place de médecin du ministère des Affaires étrangères ou de l’octroi rive droite ou de la Régie ou du mont-de-piété ; après avoir rappelé tous ses titres, il ajoutait alors la précision suivante sur ses antécédents : « […] Enfin, en juin dernier, j’ai concouru au maintien de l’ordre en prodiguant mes soins aux blessés […]. » Il fut proposé par la Commission des récompenses nationales pour « le signe honorifique qui sera créé pour perpétuer nos mémorables journées de Février » mais qui ne fut jamais créé. Il était marié en 1848. Il demeurait rue de Paris à Clichy en 1830 ; chez le docteur Ession à Clichy-la-Garenne en 1830-1831 ; 57, bd Saint-Martin en 1842 ; 17, rue du Faubourg-Montmartre en 1848. Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusquau 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 103 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes de larrondissement de Saint-Denis lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 113 ; Archives de Paris VD6 281 n° 1 in dossier Vieillescazes dame ; Archives de Paris VK3 48 ; Archives de Paris VK3 39, département de la Seine, arrondissement de Saint-Denis, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, idem Récompenses nationales, remise des brevets de la médaille de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIIe arrondissement, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Saint-Denis, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille, arrondissement de Saint-Denis (on trouve aussi ces mêmes listes deux fois in Archives de Paris VK3 39) ; Archives nationales F/1dIII/65 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) XIIIe arrondissement, arrondissement de Saint-Denis, blessés de la 3e classe ; Archives de la préfecture de police AA 370 (sous le nom dAdde-Margras, Joseph). Il nest dans aucune des listes de médecins in VD4 11…

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