Martin, Jean, Marie
Biographie
Né vers 1792 à Paris. Compositeur d’imprimerie. En mars 1848, rappelant sa conduite en juillet 1830, il sollicita dans ces termes auprès du nouveau gouvernement : « Puisque vous jugez nécessaire que l’on dise ce qu’on a fait en 1830, voilà ma part : j’ai combattu au pont d’Arcole ; j’ai vu le jeune homme de ce nom planter le drapeau au milieu de nous, drapeau qui nous a valu une belle brûlée ; nous fûmes plusieurs fois obligés de battre en retraite, mais nous reprîmes nos positions. Un officier retraité et décoré, avec lequel j’avais eu une vive altercation, la veille, et à qui j’avais proposé de vider notre querelle, venue à la suite d’une conversation sur l’Ecole, qu’il calomniait, me créa bien des obstacles, faisant le métier d’avertir les gendarmes quand il me voyait venir sur le quai et me faisant traquer partout. Quelques jeunes gens m’ayant suivi dans la rue basse, lieu que j’avais choisi pour me reposer, en furent victimes ; plusieurs gendarmes qui s’étaient mis en embuscade firent une décharge qui en blessa trois ; j’échappai, comme par miracle, une femme m’ayant poussé dans une allée, en poussant un cri aigu. Dégoûté d’être ainsi traqué partout, je me retirai d’assez mauvaise humeur et bien fatigué. Le lendemain, j’étais à Neuilly, où l’aide de camp du maréchal Gérard me donna le commandement du pont avec quatorze hommes contre un régiment de cuirassiers. Mais pendant notre engagement avec les cuirassiers, on vint m’avertir que les lanciers débouchaient par la porte Maillot. Cette nouvelle était grave car, pris sur nos derrières, nous pouvions être taillés en pièce, ayant déjà beaucoup d’ouvrage devant nous. J’envoyai donc quérir l’aide de camp, auquel je fis dire d’amener avec lui une soixantaine d’hommes ; je me dirigeai moi-même vers la porte du parc, pendant que le sergent commandait le feu au pont. “Que faut-il faire, me dit l’aide de camp ? – Il faut, lui dis-je, prendre une trentaine d’hommes avec vous, entrer dans la loge du concierge, lui faire donner les clés de la grille, qui nous servira de barricade, et mettre les fusiliers de distance en distance pour empêcher ces messieurs de la briser. L’aide de camp entra donc avec quelques hommes et rapporta les clés. Pendant qu’il les demandait, je tenais le reste de notre troupe prête à entrer s’il en était besoin pour faire sortir l’aide de camp. Voilà mes deux principales actions, le reste ne mérite pas la peine d’être cité, je n’en eusse même pas parlé si je n’étais aussi malheureux et si je n’étais sans occupation depuis cinq mois. La seule récompense que je demande serait un petit secours en argent pour payer mon loyer et pour vivre jusqu’à ce que mes occupations reprissent leur cours ordinaire. Si une place de garçon de bureau se trouvait vacante, cela me ferait grand plaisir, mais pour le moment c’est du pain et mon loyer car, passé aujourd’hui, je ne sais comment je ferai pour vivre. Je suis parisien et bon républicain, comme je vais vous le prouver : la semaine dernière j’ai mis à la cotisation pour la République, je n’avais que cela. Je joins ici un petit discours que je devais prononcer au club, au sujet du rappel de l’armée ; je crois qu’il vous fera plaisir. » Le texte du discours était ainsi rédigé :
« Discours relatif au peuple et à l’armée, par M. Martin, typographe, à ses camarades du club.
Quelques-uns d’entre nous ont témoigné le désir de voir s’éloigner pour quelque temps encore de la capitale leurs frères de l’armée active. Gardons-nous, mes amis, d’une semblable pensée. Notre querelle de famille est terminée à l’avantage de tous, aussi ces braves ont-ils presque aussitôt reconnu le drapeau de la république. Ne séparons pas les lauriers de Mazagran, d’Isly, de Mogador de ceux que nous avons conquis sur l’aristocratie. La gloire est le bénéfice des braves. Vous avez tous montré que nous étiez dignes d’y participer, partagez-la entre vous. Que les cœurs se rapprochent, que les mains se serrent, qu’on oublie le passé pour ne voir que l’avenir. Unissons-nous à jamais contre l’ennemi extérieur ; je dis ennemi, car il y a encore un autocrate et des rois en Europe. Unissons-nous car nous sommes tous soldats. Unissons-nous car cette union c’est notre force et si nous avons montré à l’Europe à vaincre les tyrans, montrons lui encore à pardonner à ceux qui ne sont que les instruments et les victimes de leurs perfidies. Gloire aux illustres députés qui, sans arme, et au nombre de neuf seulement, osèrent résister à toutes les autorités supérieures, à la vue d’une armée de quatre-vingt mille hommes. Bustes des Spartiates, brisez-vous car vous étiez trois cents aux Thermopyles et n’aviez devant vous que soixante-dix mille Perses. Honneur à ceux qui exposèrent leur fortune et leur vie, pour mieux nous rendre la liberté. Vive le Gouvernement provisoire ! vive la république ! vive les braves ! » Sa demande fut classée sans suite, car il ne figurait sur aucune liste ni au travail de la Commission des récompenses nationales, et un rapport de police, en janvier 1849, apportait les informations suivantes : « Sans ouvrage dans ce moment-ci, il s’adonne souvent à la boisson. Il a été écroué comme insurgé de juin au fort de l’Est le 22 juillet et mis en liberté le 24 septembre. » Il demeurait 7, rue Beaubourg en 1848 et 1849. Archives nationales F/1dIII/65.