Martin, Prosper, Marie
Biographie
Né le 30 fructidor an V (16 ou 21 septembre 1797) à Bièvres (Seine-et-Oise), fils de Martin, Jean-Pierre, et de Vignette, Marie, Françoise, Julienne. Ancien soldat au 38e régiment de ligne, remplaçant pour la classe de 1817 et entré au service en décembre 1818. Scieur de long en 1824, homme de confiance, ouvrier à la Manufacture de Bièvres de Dollfus en 1830. Il quitta son domicile le 29 juillet vers 6 heures et demie du matin, pour se rendre à Paris, en manches de chemise, afin de porter une lettre de la part de Careau, médecin à Bièvres, chez Duriez, marchand papetier 53, rue des Fossés-Monsieur-le-Prince. Sur sa route, il rencontra Lévêque, Pierre, journalier, qui allait lui aussi porter des lettres de monsieur Dollfus, adressées à sa maison, 24, rue du Sentier, et qui n’ayant pas pu dépasser la place Saint-Michel, revenait sur ses pas. Martin lui demanda sa veste de drap bleu, lui disant que s’il ne revenait pas il n’aurait qu’à prendre la sienne. Arrivé à destination, Martin rendit visite à Berthicot, Jacques, marchand fruitier demeurant 49, rue des Fossés-Monsieur-le-Prince, son ancien compagnon d’arme au 38e régiment, et lui demanda s’il connaissait Durieux. Après avoir remis la lettre, Martin alla boire chez Berthicot une bouteille de bière puis continua sa route vers le Pont-Neuf. Connaissant le « caractère ardent » de Martin, Berthicot voulut l’accompagner mais la femme de ce dernier l’en empêcha. Le 30 juillet, un homme vint apporter la lettre à Dollfus, affirmant l’avoir trouvée dans la poche d’un « homme tué la veille sur la place du Carrousel du côté de la rue de l’Echelle, qui venait d’être relevé et enterré au charnier des Innocents ». Boissy, Charles, Julien (voir ce nom), scieur de long, témoigna dans ces termes sur les circonstances probables de la mort de Martin, Prosper, Marie, qu’il avait vu armé d’un pistolet d’arçon et d’un demi-espadon : « Le 29 juillet dernier dans l’après-midi, venant de se battre à la grève à Paris et allant avec les autres pour prendre le château des Tuileries, il a vu sur la place du Carrousel le sieur Prosper, Marie, Martin, qu’il connaît depuis une douzaine d’années, et étant entrés chacun de leur côté dans le château des Tuileries, il le revit sortir des caves dudit château, tenant une bouteille de chaque main et lui a donné en ce moment un coup à boire ; qu’ils se sont séparés en se donnant rendez-vous dans la rue Saint-Denis et qu’il ne l’a pas revu depuis cet instant. […] Peu d’instants après avoir quitté ledit sieur Martin, il a entendu tirer deux coups de canon chargés à mitraille et qu’il est à présumer que le sieur Martin a perdu la vie dans cet instant. » Un autre certificat, ainsi rédigé, constatait les conditions de sa disparition : « Nous, soussignés, propriétaires et patentés domiciliés à Bièvres, département de Seine-et-Oise, certifions que le nommé Prosper, Martin, journalier, est parti pour Paris, le jeudi 29 juillet dernier ; qu’il n’a pas reparu depuis ; que plusieurs d’entre nous ont fait des recherches à son égard et que d’après tout ce que nous avons pu recueillir et la connaissance que nous avons de son caractère décidé et de son opinion prononcée, nous sommes tous moralement persuadés que ledit Prosper Martin a succombé en combattant pour la liberté. » Signé, le 9 août 1830 (pour les noms lisibles) : Manuel, marchand de vin ; Godard, épicier ; Renette, arquebusier ; Claveau, marchand de vin ; Perperot ; Cotton, menuisier ; Collet, meunier et propriétaire ; Villaine, propriétaire et marchand boucher ; Ménant, propriétaire et serrurier ; Giraut, capitaine en retraite et propriétaire ; Labbé, maçon ; Barré, propriétaire et aubergiste ; Popot, charron ; Dollfus, propriétaire et manufacturier. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement et sans doute aussi par celle de l’arrondissement de Saint-Denis et sans doute aussi par celle du (ancien) Xe arrondissement puisqu’il s’y trouve un dossier individuel. Le 15 mars 1831, devant le juge de paix du canton de Palaiseau, comparurent : Dollfus, Henry, Pierre, né vers 1792, maire de la commune de Bièvres, y demeurant ; Boissy, Charles, Julien (voir ce nom), né vers 1808, scieur de long, demeurant à Verrières ; Renette, Adolphe, Henry, Bernard, né vers 1791, arquebusier, demeurant à Bièvres. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Martin, Prosper, Marie « et être parfaitement convaincus qu’il a été tué ledit jour 29 juillet dernier en combattant à l’attaque des Tuileries, qu’il a même été vu par le sieur Boissy, l’un d’eux, dans ces moments au lieu du combat, ainsi qu’il résulte d’une déclaration par lui précédemment faite devant M. le maire de Sceaux ». Plusieurs autres certificats attestaient les circonstances de sa disparition. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Jacques Berthicot, marchand fruitier, domicilié à Paris, rue des Fossés-Monsieur-le-Prince n° 49, certifie que le nommé Prosper Martin, mon ancien compagnon d’armes au 38e régiment de ligne, maintenant ouvrier à la manufacture de Bièvres, son lieu de naissance, s’est présenté chez moi, le jeudi 29 juillet dernier dans la matinée, demandant après M. Durieux mon voisin pour lequel il était porteur d’une lettre ; après l’avoir remise à son adresse, il est venu boire avec moi une bouteille de bière ; ensuite il a continué sa route vers le Pont-Neuf. Connaissant son caractère ardent, je voulais l’accompagner mais j’en ai été empêché par les instances de ma femme et les siennes propres. Je suis moralement persuadé qu’il a été se joindre aux défenseurs de nos libertés. » Signé, le 7 août 1830 : Berthicot, Jacques, demeurant 49, rue des Fossés-Monsieur-le-Prince, vis-à-vis celle de Vaugirard. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le nommé Prosper Martin, de Bièvres, s’est présenté chez moi le 29 juillet 1830, m’apportant une lettre de M. Careau, médecin à Bièvres, datée du 28 au soir. Il m’a été désigné par mon voisin, son ancien compagnon d’armes, sous les noms ci-dessus indiqués. On doit retrouver dans le fond de sa casquette la réponse à M. Careau, écrite de la main de ma nièce ; elle est sans adresse ni signature. » Signé, le 7 août 1830 : Duriez, marchand papetier, demeurant 53, rue Monsieur-le-Prince. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine, déclare qu’ayant appris le 28 juillet dernier que le nommé Prosper Martin devait partir le lendemain matin pour aller se joindre aux braves citoyens de Paris je lui remis une lettre pour M. Duriez, marchand de papier, demeurant à Paris, rue Monsieur-le-Prince n° 52 (sic et par erreur). Je certifie en outre que ledit Prosper Martin n’est point revenu à Bièvres et que tous les renseignements que j’ai pu prendre sur son compte me portent à croire qu’il est mort en combattant pour la liberté. » Signé, le 6 août 1830 : Careau, médecin, demeurant à Bièvres. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, portier de la maison rue du Sentier n° 24, habitée par MM Dollfus Baumgarten et cie, manufacturiers à Bièvres, certifie que le 30 juillet dernier un inconnu m’a apporté des lettres que j’ai reconnues venir de la maison de Bièvres et que l’ayant questionné pour savoir de qui il les tenait il m’a affirmé les avoir trouvées dans les poches d’un homme tué la veille sur la place du Carrousel, du côté de la rue de l’Echelle, qui venait d’être relevé et enterré au charnier des Innocents. » Signé, le 7 août 1830 : Charnoz, portier. Suivait le certificat suivant : « Je, soussigné, manufacturier à Bièvres, déclare avoir remis à Prosper Martin, journalier employé chez moi, les lettres dont il est fait mention dans le certificat ci-dessus et que le billet sans adresse ni signature, portant ces mots Donnez-moi des nouvelles dont fait mention le certificat de M. Piot, épicier rue Saint-Denis, lui a été remis en ma présence par M. Thierry, mon associé, le jeudi 29 juillet entre 6 et 7 heures du matin. » Signé : Dollfus, manufacturier. Martin laissait une veuve, Fausset, Olympe, Félicité, (bien Fausset, Olympe, Félicité, dans son acte de naissance ; Fausset in Archives de Paris VD6 559 n° 1, sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel et in Archives nationales F/1dIII/36 ; parfois comme dans son acte de mariage Faussé, Olympe, Félicité), née le 18 brumaire an XII (bien 18 brumaire an XII dans son acte de naissance ; parfois comme par exemple dans son acte de mariage le 10 brumaire an XII) (2 novembre 1803) (mais le 21 brumaire an XII in Archives nationales F/1dIII/36 et in Archives nationales F/1dIII/38 B) à Bièvres (Seine) (elle-même fille de Fausset, Germain, Thomas, treillageur, et de Neveu, Anne, son épouse), journalière, qui fut pensionnée de cinq cents francs et à qui fut accordé, par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Les époux s’étaient mariés le 15 mai 1824 à Bièvres. Il laissait deux enfants, qui furent pensionnés : Prosper, Alcide, né le 22 août 1827 (bien le 22 août 1827 dans son acte de naissance ; parfois mais par erreur le 23 août 1827) à Bièvres, et Louis, Désiré, né le 29 octobre 1829 aussi à Bièvres. Seul Louis, Désiré apparaît comme ayant reçu par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Le conseil de famille des orphelins était composé de la mère et de Martin, Louis, scieur de long, subrogé-tuteur, demeurant à Bièvres en 1831. Prosper, Alcide ayant atteint sa septième année en 1834, fut pensionné de sept cents francs. Le bulletin individuel de Martin, Prosper, Alcide, est classé par erreur à Hérembert. Sa mère était alors ouvrière dans une fabrique d’indiennes à Bièvres ; elle touchait une pension de cinq cents francs et une rente annuelle de soixante-quinze francs. Tous les ans, elle faisait des économies sur ces deux sommes, afin de destiner son fils à la profession de dessinateur. Prosper, Alcide allait à l’école d’enseignement mutuel de Bièvres. En 1835, Louis, Désiré était élève dans une pension de Bièvres. En 1836, Alcide, Prosper était élève externe dans une pension. Martin, Prosper, Marie demeurait à Bièvres de 1824 à 1830 ; sa veuve, même commune en 1831. Le nom de Martin (P.-M. Martin) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Liste n° 4, des veuves de victimes de Juillet, pensionnées annuellement de cinq cents francs, Liste n° 5, des orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Veuves de victimes de Juillet, qui ont obtenu une pension annuelle et viagère de cinq cents francs, Orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 54, 93 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du Xe arrondissement p. 108, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes de l’arrondissement de Saint-Denis p. 112 lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832 ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, Etat nominatif des orphelins dont les bulletins individuels ont été remis le 14 janvier 1832 au bureau de la souscription nationale à la préfecture de la Seine (les deux enfants sont inscrits sur cette liste), Etat nominatif des veuves dont les bulletins individuels ont été remis le 4 octobre 1831 au bureau de la souscription nationale à la préfecture de la Seine, idem dossiers individuels ; Archives de Paris VD 4 13 pièce 3671, Etat, par arrondissement et par âge, des orphelins et orphelines de Juillet, Etat général des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins et orphelines de Juillet (on trouve le même document dans Archives de Paris VK3 23) (on trouve le même document dans Archives de Paris VK3 23) ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (ancien XIIIe arrondissement, arrondissement de Saint-Denis) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux veuves pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831, par la mairie du (ancien) Xe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 et état des sommes payées aux orphelins pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 (l’apostille suivante est inscrite en face de son nom : Porté à l’arrondissement de Sceaux) ; Archives nationales F/1dIII/38 B, orphelins du (ancien) VIIIe arrondissement, orphelins du (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis), orphelins des départements et Commission des récompenses nationales, état des veuves des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet (dossier de cinq états et 260 veuves) et état des orphelins de victimes de Juillet dont les noms et dates de naissance n’ont pas été inscrits conformément à leurs actes de naissance ; Archives nationales F/1dIII/40 (année 1838 VIIIe arrondissement ; année 1838 arrondissement de Saint-Denis ; année 1839 VIIIe arrondissement); Archives nationales F/1dIII/55; Archives nationales F/1dIII/58 in dossier Hérembert; Archives nationales F/1dIII/65 ; Archives nationales F/1dIII/65 in dossier Marquet ; Archives nationales F/1dIII/82, Comité des pensions, liste de présence, liste des orphelins aussi état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) Xe arrondissement, veuves, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) XIIIe arrondissement, arrondissement de Saint-Denis, orphelins (sous le nom de Martin, Louis, Désiré) et aussi Commission des récompenses nationales, état des orphelins de victimes de Juillet, dont il paraît que les noms et dates de naissance n’ont pas été inscrits conformément à leurs actes de naissance (sans que d’erreur fût apparue) ; Archives nationales F 15 2557-2559, état officiel des orphelins (ancien VIIIe arrondissement) avec l’indication « passé au (ancien) Xe arrondissement » et état officiel des orphelins (ancien) Xe arrondissement et aussi même référence, un cahier intitulé Noms des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins pensionnés ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 83, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841.