Martinault, Etienne
Biographie
Né vers 1798 à La Rochelle. Homme de lettres. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IVe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il adressa, le 23 juin 1831, la lettre suivante à cette Commission, afin d’obtenir la Croix de Juillet : « Peu de jours avant que la première liste des combattants de Juillet, désignés pour la croix, fût publiée, j’adressai à la Commission de la rue du Mont-Blanc les deux certificats que j’ai l’honneur de vous transmettre sous ce pli ; plusieurs des membres de cette Commission, entre autres MM. Charreau (voir sans doute Chareau, Paul, Benjamin ?), Vicard (voir Vicard, Louis), Crampel (voir Crampel Louis André), Delanoix (voir sans doute Delanoy ?), Château-Giron (voir Château Giron de, René, Charles, Hyppolyte), etc., auxquels je racontais le peu que j’avais fait dans les grandes journées, me disent : “Vous méritez la croix spéciale, vous l’aurez, n’en doutez pas ; mais il faut attendre la deuxième liste parce que vous vous y prenez un peu tard.” J’attendis et je crus devoir compter sur des promesses. Cependant trois ou quatre jours avant la deuxième publication des noms des nouveaux récompensés, M. Delanoix m’envoya chercher à 4 heures du soir par un blessé de Juillet, qui marchait avec des béquilles, et n’arriva à la maison qu’à 4 heures et demie. Je n’y étais pas, on m’envoya prévenir et je me rendis à 5 heures sonnant à la Commission ; mais les bureaux étaient fermés. Le lendemain, je rencontrai M. Delanoix, qui me dit : « M. Martinault, j’en suis bien fâché, je vous ai envoyé chercher hier, vous n’êtes pas venu vous présenter au jury, qui vous a attendu ; vous ne serez point porté pour la décoration de Juillet.” Je me contentai de lui observer qu’il aurait dû me faire prévenir l’avant-veille. J’écrivis dans ce sens aux membres de la Commission, en leur redemandant mes pièces. Sans doute que si j’avais été un homme à offrir à M. Delanoix ce que quelques-uns n’ont pas rougi de lui offrir et donner, comme on le dit généralement, il n’eût pas manqué de me faire porter sur l’état des décorés. J’étais du nombre de ceux qui faisaient partie de son arrondissement, je ne devais pas m’adresser à d’autres qu’à lui ; et d’ailleurs je devais aussi compter sur la promesse de ne pas m’omettre, qu’il m’avait faite avec tant d’empressement. Je viens donc vous prier, messieurs, de vouloir bien réparer cette injustice puisque vous vous êtes chargés de la noble mission de réparer toutes celles commises par la Commission de la rue du Mont-Blanc. En complétant le grand travail que vous avez généreusement entrepris, la patrie vous devra de la reconnaissance et les enfants de Juillet applaudiront à votre dévouement. Pour que vous puissiez être plus facilement éclairés, messieurs, permettez que je transcrive ici l’analyse de mes actions dans les trois jours de juillet, telle que je l’ai transcrite alors, sans autre but que celui d’une satisfaction particulière, bien excusable sans doute. Le 27 à 4 heures du soir, menacé d’être sabré sur la place du Palais-Royal par un brigadier de gendarmerie parce que je pérorai et criai Vive la charte ! Parcouru le Palais-Royal, la rue Vivienne, la place de la Bourse, les boulevards, en continuant de parler ; prêté mes épaules et donné de l’argent à des gamins rue Richelieu pour couper les cordes des réverbères afin de nous créer le moyen des représailles. Vu prendre les armes qui se trouvaient dans la boutique de Lepage. Moi, je n’en ai pas pris, j’ai peut-être eu tort. Rentré à plus de minuit. Le 28 au matin, animé les groupes. Rassemblement des gardes nationaux aux Petits-Pères. Un jeune homme tomba mort à quelques pas du corps de garde de la Banque, par l’une des balles du 59e régiment qui, soit disant, tire en l’air. Un vieillard tombe aussi, baigné dans son sang sous la galerie du passage Colbert. On crie vengeance. Vu la fin de la bataille de la rue des Prouvaires. A ranimé les groupes dans les rues des Arcis et Planche-Mibray, en face le pont de Notre-Dame. Une femme tombe morte au coin de la rue Planche-Mibray, sur le quai. Elle était bien jeune encore. Arrivée d’un bataillon de la garde royale, appuyé de cavalerie par les Tuileries, pour opérer sa jonction avec ceux à l’Hôtel de ville. Le 15e léger se place en bataille de autre côté du pont Notre-Dame, en face de la rue Mibray. On craint d’être pris entre deux feux. Je cherche à rassurer et à ranimer le courage. Le 15e ne tire pas. La garde royale et la cavalerie sont repoussées par la balle des braves et les pavés qui, de toutes parts, tombent sur elles des maisons. Je m’empare d’un fusil que venait de lâcher un garde royal. Un homme du peuple voulant s’emparer du sac d’un militaire tué, un autre veut l’en empêcher ; dispute ; je m’en mêle et ce dernier jette le sac à la rivière. Projet d’une barricade à l’autre bout du quai de la Mégisserie. Rallié les braves pour l’exécuter. Sauvé en quelque sorte un officier suisse ou garde royal sur ce quai. La mitraille empêche d’établir la barricade. Acheté des cartouches. Donné de l’argent à des braves pour boire. Au nouveau pont d’Arcole, du côté du pont Notre-Dame, j’y déchire la cartouche jusqu’à 7 ou 8 heures du soir. Un malheureux vieillard s’y fait tuer en allant planter le noble drapeau à l’autre bout du pont. Il avait recommencé trop souvent. Sonné le tocsin à Notre-Dame. Tocsin sublime ! Parcouru les rues Saint-Martin, Saint-Denis, les boulevards, la rue Richelieu etc. Deux voyageurs pour le compte de MM. Lafayette et Laffitte. Bataille avec les gendarmes dans leur corps de garde, au marché des Innocents, de 11 heures à minuit. On n’est pas en force et l’on se retire. Rentré chez moi à plus d’1 heure du matin. On ne me reconnaît pas. Extinction de voix. Le 29, les balles suisses parties du Louvre me réveillent. Charles IX !! (allusion à Charles IX, accusé d’avoir ordonné le massacre de la Saint-Barthélemy depuis le Louvre, N.D.A.). De ma croisée, je vois les Suisses mais je vois aussi les braves qui, aux premiers rayons du jour, viennent, s’avancent par le quai jusque sous les flèches du Louvre. Défense de tirer à l’hôtel. Je vais au Palais-Royal. Un ancien garde du corps m’annonce que Raguse vient d’être tué sur la place du Palais par la balle d’un de ses amis. Au Théâtre Richelieu (lire au Théâtre-Français, N.D.A.), je tins le feu pendant une heure. On prend une pièce de canon et on l’emmène à l’autre bout de la rue. Passé dans la rue du Rempart. Contribué à sauver des gardes royaux. Bientôt tout est fini. Au corps de garde de cavalerie des Tuileries, à côté de la rue de Rohan, contribué encore à sauver un officier. Travaillé aux barricades avec tout le monde le soir dans ma rue, par mesure de précaution. » Il joignait deux certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que dans la journée du 29 juillet, après 9 ou 10 heures du matin, M. Martinault est sorti de chez moi pour se porter aux environs du Palais-Royal, là où le danger pouvait être le plus éminent, que c’est de ma croisée, donnant sur la rue du Lycée que je l’ai revu à diverses fois, prenant une part active au mouvement. J’atteste aussi que dans tous les temps j’ai connu à M. Martinault une opinion très prononcée de libéralisme et une conduite exempte de tous reproches. » Signé, le 20 mars 1831 : Tobinel, attaché à la liste civile, demeurant rue du Lycée. Le second certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, atteste que M. Etienne Martinault s’est trouvé le 29 juillet à l’affaire de la rue de Rohan ; sa bonne contenance et son courage lui ont mérité des éloges. » Signé, le 20 novembre 1830 : Gavaudan, Edouard (voir sans doute Gavaudan), sous-lieutenant d’infanterie à Courbevoie. Il fut l’un des signataires d’une lettre de protestation auprès de la Commission des récompenses nationale contre l’attitude de Duchesne, Louis, Jean, Bernard (voir ce nom), qui avait détourné des sommes versées au profit des blessés de Juillet ; de la même manière, il signala la conduite de Duchesne, Louis, Jean, Bernard à la Commission des réclamants. En 1835, homme de lettres (il travaillait dans un journal de sciences), membre de la Société des Droits de l’Homme, il fut conduit à La Force, le 28 février 1834, pour complot (sans doute, comme le dit Boireau, à l’occasion des émeutes de la porte Saint-Martin où lui-même fut aussi compromis), renvoyé par la cour de Paris, le 20 décembre 1834, conduit de nouveau en prison, le 26 mai 1835, pour provocation au renversement du gouvernement et libéré le 14 juillet 1835 par la 3e chambre. Le préfet de police, Gisquet, dit à son sujet, en novembre 1835 : « [...] Le sieur Martinault est connu depuis plusieurs années de mon administration. Il a été également et à plusieurs reprises l’objet de poursuites judiciaires. Employé à Meaux dans le service des fourrages de la Guerre, il fut destitué en 1833 et à son retour à Paris, il se jeta dans les menées républicaines dont il n’a cessé de s’occuper à compter de cette époque. C’était un des membres les plus ardents des associations dissoutes en 1834. Vous connaissez le rôle qu’il a joué dans l’affaire des défenseurs des prévenus d’avril. En mai dernier, Martinault s’est donné beaucoup de mouvement pour reconstituer ces mêmes associations républicaines. Je décernai contre lui un mandat d’amener mais une ordonnance de non-lieu fut rendue par la chambre du conseil, faute de preuves. Après sa sortie de prison, il a recommencé ses menées. Il était continuellement avec les plus fougueux des anciens sectionnaires, notamment Lechalier [...]. Dans le courant de septembre dernier j’ai eu l’honneur de vous adresser une lettre qu’un nommé Spirat avait tenté d’introduire à Sainte-Pélagie en allant visiter un des détenus, et qui contenait des détails sur les nouveaux projets des anarchistes. Les initiales Mart... dont cette lettre était signée et différentes autres circonstances m’ont fait penser que Martinault pouvait bien en être l’auteur [...]. » Une autre note de police mais très peu fiable dit qu’il aurait assisté avec Rabouin et Mauduit aux essais, à la campagne, de l’explosion de la machine de Fieschi. Suspecté au moment de cet attentat, comme « ancien membre de la Société des Droits de l’Homme et originairement impliqué dans le complot et les attentats d’avril 1834 », il fut arrêté le 29 juillet 1835, sur mandat du préfet de police, dans le cadre de l’attentat de Fieschi. Une perquisition faite à son domicile fut infructueuse. Aucune charge ne s’élevant contre lui à raison de l’attentat, il fut mis en liberté quelques jours après. Mais bientôt la justice apprit qu’il avait passé une partie de la journée du 28 juillet avec Boireau, et Boireau lui-même en convint. Boireau dit à son sujet dans son interrogatoire du 3 août : « C’est un homme de lettres ; je l’ai connu à La Force où je suis resté trois mois moins dix jours pour avoir été arrêté au café des Deux-Portes. – Avez-vous vu souvent Martinault depuis votre séjour à La Force ? – Je ne l’avais jamais revu. Je l’ai rencontré ce jour-là, comme par hasard. » Un nouveau mandat fut alors délivré contre lui et de nouvelles recherches effectuées. Une note de police du 10 octobre 1835 dit que Martinault « fait aujourd’hui l’éloge de Boireau, en disant qu’il ne veut compromettre personne ». Martinault avait quitté son domicile et la justice crut qu’il serait impossible de le retrouver, quand il fut arrêté le 3 décembre 1835. Faute de charges suffisantes, il fut cependant relâché. Il fut signalé ainsi, par un rapport de police, en date du 18 mars 1837 : « Le sieur Martineau, dont mon administration et l’autorité judiciaire ont eu si souvent à s’occuper sous le rapport politique, est noté à mon cabinet comme demeurant en ce moment rue et hôtel Bergère n° 20 bis, récemment encore il demeurait 6, rue d’Angevilliers. » On trouve encore le nom de Martinault dans un rapport de police, en date du 6 février 1836 : « Voici ce que les républicains disent aujourd’hui. Petitjean, Martinault et Herford sont accusés d’avoir eu avec Pepin des relations pour la politique. Il paraît que Petitjean aurait quitté Paris, craignant d’être compromis dans l’affaire Fieschi, des bruits injurieux courent sur le compte de ces trois personnes. Ils auraient, dit-on, reçu de fortes sommes de la part des carlistes pour agir en se disant républicains. Pépin et Petitjean étaient les principaux chefs d’une bande d’environ cent conspirateurs organisée à Paris dans le but d’attenter aux jours du roi. On assure que si Petitjean est en Suisse, il a choisi cette retraite afin d’être au milieu des légitimistes les plus influents. L’autorité peut être mise sur les traces d’intrigues importantes dans l’affaire de l’attentat, en faisant arrêter Jeandon, peintre, demeurant rue du Harlai-Dauphine, n° 2. Il est marié avec la sœur de Petitjean ; il est très indiscret et craint d’être mis en prison. En lui faisant subir plusieurs interrogatoires, on arracherait de lui des révélations utiles. C’est un mauvais peintre ; s’il trouve de l’ouvrage chez plusieurs nobles, c’est à cause de son alliance avec Petitjean, du moins il le dit en s’en vantant. Il pourra faire connaître les noms des individus qui entretiennent des relations avec Martinault. Ce dernier ne quittait pas Petitjean un seul instant de la journée. Ils s’occupaient sans cesse d’affaires politiques. » Martinault, signa, le 1er mars 1848 et comme « ancien détenu politique, membre du comité des droits de l’homme en 1832 », le certificat suivant en faveur de Nouvel, Louis, commis marchand, né le 10 juin 1796 à Vimoutiers (Orne), demeurant 19, rue du Petit-Carreau, quand il fit valoir ses droits auprès de la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février : « Je, soussigné, certifie que le citoyen Nouvel, commis marchand, est un républicain de vieille date ; qu’il a été l’un des premiers membres de la Société des droits de l’homme dans la section Washington présidée par le citoyen Pichonnier ; qu’il s’était trouvé avant aux affaires de Juin et depuis qu’on l’a encore vu dans celles d’Avril, d’après le témoignage de plusieurs citoyens. » Il demeurait 6, rue d’Angevilliers en 1831 ; 33, rue du Four-Saint-Honoré en 1834 ; 6, rue d’Angevilliers (en garni, une chambre au 3e étage) en 1835. Archives de la préfecture de police AA 401 ; Archives de la préfecture de police AA 405 in dossier Nouvel, Louis. Sur l’affaire Fieschi : Procès de Fieschi et de ses complices, chez A. E. Bourdin, Paris, 1836 ; Attentat du 28 juillet 1835, Cour des pairs, volume 1, Paris, 1836, p. 264, 352 ; Archives nationales CC 675 dossier Boireau p. 11 ; Archives nationales CC 680 ; Archives nationales CC 692 3e liasse. pièce 67 ; Archives nationales CC 708 dossier Grison ; Archives de la préfecture de police AA 405 in dossier Nouvel, Louis ; Archives de la préfecture de police AA 423 Attentat Fieschi.