Masse, François, Marie, Joseph
Biographie
Né à Sallanches (département du Léman), fils de Masse, Jean-François et de Davail, Marie, Josette ou Darvey, Marie, Josette. Perruquier. Il fut conduit le 1er août 1830 à l’hospice de Bicêtre, parce que souffrant d’aliénation, par suite des événements. Il y mourut le 3 août suivant. Le dossier d’examen des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IVe arrondissement. Le certificat médical suivant tentait d’établir les circonstances de son décès : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, certifie qu’étant depuis plus de cinq ans le médecin et l’accoucheur de madame Masse, rue de la Grande-Friperie, j’ai toujours vu M. Masse, son mari, jouir d’une très bonne santé. Ce n’est seulement que le vendredi soir 30 juillet, pour la première fois, que j’ai été appelé pour le soigner d’une encéphalite aiguë avec délire fanatique, laquelle maladie m’a paru être déterminée par ce qui s’est passé dans les journées de Juillet, même mois. » Signé, le 14 décembre 1830 : Manseau, Jean-Baptiste (voir ce nom), médecin. De nombreux témoins relatèrent ainsi, le 6 août 1830, les événements qui avaient contribué à son aliénation : « Le lundi, jour où ces déplorables ordonnances parurent, un voisin, en passant, lui dit que le Moniteur les contenait ; il ne voulut pas le croire, mais ce voisin, voulant prouver son assertion, lui proposa d’aller au Palais-Royal pour s’en assurer ; ils partirent en effet et revinrent quelque temps après apportant avec eux le journal le Messager des Chambres. Je remarquai que M. Masse était accablé de tristesse ; il garda un morne silence pendant une heure, au bout de laquelle cependant, il m’adressa la parole. “Charles X, me dit-il, a fait une grande sottise mais nous ne la souffrirons pas. Plutôt la mort !” Là-dessus, il prit ses enfants sur ses genoux, les embrassa en prononçant ces mots “Quoi ! J’aurais fait des esclaves ? Non, non, je suis Français. Mon cher Léonidas, dit-il à son fils (il se nomme Léon et son père se plaisait à l’appeler Léonidas), tu grandiras et comme moi tu aimeras la liberté !” Le soir arriva, nous nous couchâmes mais il ne dormit pas, tant il était agité. Le lendemain, mardi, sa femme l’empêcha de sortir, ce qui le contraria beaucoup mais il ne put résister à ses larmes. Sur le soir, parut le National ; on l’engagea à le lire en public ; il y mit tant de feu et d’énergie que l’enthousiasme de ceux qui l’écoutaient était à son comble. Ses paroles étaient éloquentes et persuasives ; les larmes coulaient avec abondance de ses yeux. Lorsqu’il eut fini la lecture, il fut couvert d’applaudissements, auxquels succéda le cri général de Vive la charte, Vive la France et Vive la liberté. Depuis ce moment, aucun journal ne paraissait dans le quartier sans qu’on vînt le prier de le lire et ils lui firent tellement impression que sa tête n’y put tenir. De ce jour, date le malheur qui lui est arrivé. Le mercredi, pour avoir de la poudre et des munitions, il distribua l’argent qu’il avait chez lui ; puis il donna tout son vin aux braves qui allaient combattre. Lorsque la fusillade commença rue Saint-Honoré, il voulut y aller, mais sa femme lui rappela ses enfants, lui disant qu’il ne fallait pas s’exposer sans armes ; Elle fit tant enfin qu’il resta ; mais il s’échappa bientôt pour aller se battre au Palais-Royal. Le jeudi, ce fut lui le premier qui fit les barricades dans sa rue ; dans l’après-midi, une fausse alerte eut lieu ; alors il sortit comme un furieux, criant de toutes ses forces Montez des pavés dans les maisons et il rentra de suite en disant Nous sommes tous perdus. Quelque temps après, le capitaine Vicaire, son beau-frère, rentra ; il venait de poser le drapeau aux Tuileries. Il lui dit qu’il avait traversé le feu avec huit autres, dévoués comme lui ; qu’ils trouvèrent en entrant un gardien, décoré de la Légion d’honneur, qui, s’adressant à lui, le pria de ne pas lui faire de mal ; auquel il répondit Soyez tranquille mon brave, vous n’êtes pas avec des assassins mais avec des amis, des Français qui défendent leurs droits. Ils lui demandèrent le chemin du dôme et il les fit passer par la salle des Maréchaux ; ils y arrivèrent, mais la porte était fermée. Un d’eux la frappa de toutes ses forces sans pouvoir l’ouvrir. Le capitaine Vicaire [Vicaire, Michel, N.D.A.] lui demanda la hache et voulant faire aigre, il cassa le manche. Voyant cela il se coucha sur le dos et frappa des pieds, avec tant de force que la serrure sauta sur les cloches. Ils montèrent alors et posèrent l’étendard de la liberté. Il demanda à ceux qui étaient avec lui de se donner les noms, les adresses mutuellement mais soit crainte de se compromettre soit qu’ils ne réfléchirent que ce pouvait être utile ils ne voulurent pas le faire. Il prit alors une pièce de monnaie et écrivit son nom sur le plomb du dôme. Il dit encore qu’il avait maintenu l’ordre autant qu’il avait pu et qu’il avait fait remettre en place des glands dont un individu s’était fait une ceinture. Nous ne sommes pas venus ici pour voler, dit-il à ceux qui l’entouraient. Tout ce qu’il y a au château appartient à la France et nous devons le respecter. Après ce récit, M. Masse manifesta le plaisir d’y aller ; le frère, ne connaissant pas sa position, l’y mena ; il monta vers le drapeau. Dans ce moment, les troupes qui étaient aux Champs-Elysées firent un mouvement. Il crut qu’elles revenaient charger sur le château. Bon père de famille, sa femme, ses enfants se présentèrent à son imagination. Croyant sa mort certaine, il se frappa et rentra quelque temps après totalement aliéné. Tels sont les faits qui l’ont amené dans la situation déplorable où il se trouve, laissant une femme, trois enfants dans une position bien critique, et sa boutique livrée entre les mains des garçons. » Ce récit était signé de : Saladin, demeurant rue du Contrat-Social ; Dufour jeune, marchand de meubles, demeurant 25, rue de la Tonnellerie ; Gueniot, marchand de vin ; Chevalier père, marchand de coton, demeurant 25, rue de la Grande-Friperie ; Legrand, épicier, demeurant rue du Contrat-Social ; Gillet père, ancien commissaire des Guerres, témoin oculaire, demeurant 10, rue des Arcis ; Leblanc ; Blondet, chapelier ; Augé-Havinet ; Drule ; Dupluvinage, propriétaire ; Veillé, demeurant 14, rue de la Tonnellerie ; Guyon, demeurant 23, rue Tirechappe ; Quesney, demeurant 15, rue de la Grande-Friperie. Un autre certificat, en date du 15 décembre 1830, attestait que « avec une intime conviction que le défunt Masse, François, Marie, Joseph jouissait de toutes ses facultés morales, fonctions intellectuelles et d’une santé parfaite avant les événements des grandes journées, où il a si dignement figuré et rempli fidèlement les devoirs d’un vrai Français ». Signé (pour les noms lisibles), le 15 décembre 1830 : Saladin, demeurant 5, rue du Contrat-Social ; ...onnier, capitaine, demeurant rue de la Poterie ; ...ivernois, demeurant 12-14, rue du Cimetière-Saint-Nicolas ; Demouy demeurant 14, rue du Marché-aux-Poirées ; Vallé, lieutenant, demeurant 14, rue de la Tonnellerie ; Müller, demeurant 26, quai de la Mégisserie ; Perrot, propriétaire, demeurant 10, quai de Gesvres ; Hocquet, sergent, demeurant 18, rue de la ... ; Loutre ; Legrand, épicier, demeurant 2, rue du Contrat-Social ; Leblanc ; Augé-Havinet, marchand de soieries, demeurant 9, rue de la Tonnellerie ; Quesney, demeurant 15, rue de la Grande-Friperie ; Blondet, chapelier, demeurant 8, rue Brisemiche, qui ajoutait : « Je certifie avoir connu M. Masse depuis son enfance, étant du même lieu ; un homme très sain d’esprit et illisible. » Le 9 février 1831, devant le maire du (ancien) IVe arrondissement, comparurent : Quesney, Jacques, Laurent, marchand épicier, demeurant 18, rue de la Grande-Friperie (sic) ; Vallé, Jean-Baptiste, marchand bottier, chevalier de la Légion d’honneur, demeurant 14, rue de la Tonnellerie ; Mounier, François, Aimé, marchand mercier, demeurant 32, rue de la Grande-Friperie. Ils attestèrent savoir que Masse, François, Marie, Joseph « a combattu dans les journées de Juillet pour la liberté, que c’est par suite de ce qu’il a éprouvé alors qu’il a perdu la raison et a été conduit à l’hospice de Bicêtre, où il est décédé le 3 août suivant ». Sa veuve s’appelait Morel, Anne, Joséphine (ou Josette sur les listes de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830 ; mais Moret, Anne, Josette in Archives nationales F/1dIII/38 A et in Archives de la préfecture de police AA 401), née le 27 brumaire an X (18 novembre 1801) à Samoens (royaume de Sardaigne), fille naturelle de Morel, Jeanne, veuve Vicaire ; il l’avait épousée le 10 septembre 1825 à Samoens. Elle reçut un secours de cent vingt francs (sous le nom de Molle) en août 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Elle après la révolution, un total de quarante francs de secours auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Ses trois enfants se nommaient Joséphine, Hortense, née le 2 juillet 1826 à Paris, François, Léon, né le 30 novembre 1827 à Paris, et Victoire Elisabeth, née le 2 juin 1829 aussi à Paris. La Commission des récompenses nationales rejeta la demande de pension présentée pour la veuve et les orphelins, avec l’appréciation suivante : « Mort après être devenu fou par suite des événements de Juillet. » Par contre, il fut accordé, à titres de cas exceptionnels de veuve et d’orphelins, par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes de soixante-quinze francs à la veuve et de soixante-quinze francs à chacun des trois enfants. Dans une lettre adressée par la Commission des réclamations de Juillet, présidée par Benard de Courtigis (voir ce nom) et établie 10, rue Neuve-Bourg-Labbé, au ministre de l’Intérieur et président du Conseil, le cas de la veuve et des orphelins était cité en exemple comme de personnes dont les droits avaient été méconnus : « Mort par suite des affaires des trois journées sur plusieurs points notamment aux Tuileries. Les pièces de son dossier sont un certificat signé de douze personnes dignes de foi, constatant la part active que le décédé a prise à la révolution, un certificat de sa mort, un certificat du médecin, une lettre de la Commission des récompenses nationales. » Une apostille de la Commission des récompenses nationales, en marge de la lettre de la Commission des réclamations, faisait l’observation suivante : « Masse est mort après être devenu fou. » La veuve déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IVe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé, puis 6, rue Dalayrac. Elle fournit l’attestation citée plus haut, suivie de deux apostille. La première, l’apostille suivante : « Les soussignés attestent et certifient que le sieur Masse, François, dénommé au présent, a succombé par suite des événements des 27, 28 et 29 juillet dernier, par l’ardeur de son patriotisme et son amour pour la patrie et qu’il est décédé le 3 de ce mois à 9 heures du soir par suite de l’aliénation dont il a été atteint. Il laisse sa veuve avec trois enfants en bas âge, qui se recommandent à la bienveillance du gouvernement et des autorités nationales. » Signé : Guyon, demeurant 23, rue illisible ; illisible, demeurant 14, vieille rue de la Tonnellerie ; illisible père, ancien commissaire des Guerres, témoin oculaire, demeurant 10, rue des Arcis. La seconde, l’apostille suivante : « Je déclare, Charles, Louis, Dupluvinage, propriétaire de la maison sise rue de la Grande-Friperie n° 30 (quoiqu’il semble écrire 32... soit le 32, rue de la Grande-Friperie ?), où habite Mme veuve Masse, se rendit à mon domicile rue Bourbon-Villeneuve, et me pria de lui donner un fusil pour aller combattre les sicaires de Charles X. Sur la réponse négative que je n’avais qu’une paire de pistolets, il me pria instamment de la lui prêter pour payer sa dette à la patrie. » Signé, le 15 août 1830 : Dupluvinage, Charles, Louis, demeurant rue Bourbon-Villeneuve. Elle fournit aussi le certificat médical suivant : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, médecin de l’hôpital Saint-Merri, certifie que le 29 juillet 1830, j’ai été appelé pour donner mes soins à M. Masse, perruquier, âgé de trente-huit ans, demeurant rue de la Grande-Friperie n° 30, qui était atteint d’une encéphalite aiguë avec délire fanatique. N’ayant jamais vu M. Masse malade depuis l’année 1826 que je suis le médecin de sa femme et de ses enfants, je pense que sa maladie n’a pu être déterminée que par ce qui s’est passé dans les journées précédentes. » Signé, le 9 août 1831 : Manseau, Jean-Baptiste (voir ce nom), médecin. Masse demeurait 30, rue de la Grande-Friperie en 1830 ; sa veuve, à la même adresse en 1831. Premier état, arrêté le 19 août 1830, des secours distribués par Le Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 35 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 39 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des cas exceptionnels auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IVe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 99 ; Archives de Paris VD6 288 n° 7 Commission de la souscription nationale, mairie du (ancien) IVe arrondissement, Etat des récépissés des inscriptions de rentes délivrées par le maire du quatrième arrondissement de Paris, aux veuves, ascendants ou blessés de Juillet inscrits en la mairie dudit arrondissement, Etat des récépissés des inscriptions de rentes délivrées par le maire du IVe arrondissement de Paris, aux veuves et orphelins de Juillet, admis par la Commission de la souscription nationale sur les demandes exceptionnelles dudit arrondissement et des quittances données par les titulaires, pour le semestre échu le 22 septembre 1831, Etat des inscriptions de rentes qui ont été envoyées à la mairie du IVe arrondissement de Paris, comme appartenant à des veuves, orphelins, ascendants ou blessés de Juillet, domiciliés dans cet arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830, Liste des morts, pensions, Etat général contenant les noms, prénoms, âges, professions, demeures, états civils des victimes de la grande semaine, et les secours qui leur ont été donnés ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, état par ordre alphabétique des blessés et autres victimes des événements de Juillet, secourus dans la mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, du 8 octobre 1830 au 10 mars 1831, et depuis cette dernière époque jusqu’au 6 avril suivant, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées ; Archives nationales F/1dIII/64 ; Archives nationales F/1dIII/82 Commission des réclamations de Juillet, extrait de quelques dossiers pris sur le travail général de la Commission des réclamations et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IVe arrondissement, cas exceptionnels de veuves et cas exceptionnels d’orphelins ; Archives de la préfecture de police AA 401.