Mathé, Félix, Antoine
Biographie
Né le 17 mai 1808 à Cosne (Allier). Etudiant en droit. Thierry, Gaspard, François, dans les pièces justificatives qui devaient permettre l’établissement de ses droits à être récompensé, fournit un ordre donné par Zimmer, colonel et chef d’état-major de la garde nationale, à Mathé, Félix, étudiant en droit, « de se transporter sur-le-champ au Palais-Royal, où il se joindra au commandant du poste qui y est établi. Ces deux chefs feront tous leurs efforts pour maintenir l’autorité du gouvernement provisoire, laquelle, dans les circonstances graves où se trouve le pays, doit être seule écoutée ». Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il signa, le 26 août 1830 et comme demeurant 6, rue de Cluny, le certificat suivant en faveur de Phelouzat, Joseph, Jean-Jacques : « Les soussignés déclarent que les faits suivants sont à leur parfaite connaissance. Le jeune Jean-Jacques Phelouzat, de Couleuvre, département de l’Allier, clerc chez Me Desprez, rue Guénegaud, 33, a pris la part la plus active aux glorieuses journées de juillet 1830. Dans la matinée du 28, il se mit à la tête d’un détachement de jeunes gens et d’ouvriers qu’il conduisit vers la place de Grève. Arrêté au pont par les Suisses, il se plaça en embuscade derrière le parapet du quai et, malgré les balles qui sifflaient autour de sa tête, il fit feu pendant longtemps avec un fusil de chasse, dont bien peu de coups n’atteignirent pas leur but. Il pénétra ensuite jusqu’à l’hôtel de ville, où il contribua à dégager la garde nationale et soutint le combat jusqu’au moment où une balle lui traversa la partie interne de la cuisse gauche. Son courage ne l’abandonna pas, il put encore, malgré sa blessure, tirer deux fois sur les Suisses. Mais ses forces manquèrent ; il tomba au coin de la rue Jean-Pain-Mollet ; il fut accueilli dans la rue Saint-Martin par les soins les plus touchants. Transporté à l’ambulance formée dans le local de l’ancien tribunal de commerce, il oubliait ses douleurs pour soutenir et consoler les malheureux blessés qui l’entouraient. Le jeudi matin, ses amis le transportèrent à son domicile sur un brancard ; en traversant Paris, sa contenance héroïque, malgré l’énergie de la souffrance, électrisait tous ceux qui le voyaient. Il ne voulut pas qu’un autre portât son fusil, il accueillait avec des cris de Vive la Charte tous ceux qui venaient le voir et le plaindre. La modestie du jeune Phelouzat l’ayant empêché de former aucune demande, les soussignés croient de leur devoir de le signaler à l’autorité comme l’un des plus dignes de ces récompenses nationales si bien méritées par les auteurs de notre admirable régénération. » Il délivra le certificat suivant en faveur de Terrier, Félix, Barthélemy, Marie : « Nous, soussignés, certifions que le sieur Terrier, Félix, était le mardi à 14 heures à la tête d’un rassemblement de citoyens qui se dirigeaient vers l’hôtel de M. Casimir Perier pour prêter leurs secours en cas d’alerte aux députés qui s’y étaient réunis, que le mardi soir il attaquait le poste de la place de la Bourse. Le mercredi matin, il se battait près de l’Hôtel de ville. Le jeudi, il s’est rendu à l’attaque de la caserne de Babylone, qu’enfin, après avoir combattu sous nos yeux avec une ardeur infatigable pendant les journées des 28 et 29 juillet, il s’est encore trouvé avec nous à Rambouillet. » Son nom est, comme décoré de la Croix de Juillet, sur une liste de décorés sur laquelle devait être choisie une députation de vingt-quatre décorés de la Croix de Juillet et de vingt-quatre décorés de la médaille de Juillet pour assister, à la Bastille, aux cérémonies qui devaient marquer le premier anniversaire de la révolution de Juillet. Son nom est ainsi cité, à l’occasion d’un procès, par L’Ami de la religion et du roi, journal politique, ecclésiastique et littéraire : « Le procès des sieurs Malot, Lebon, étudiants en médecine, Bondal et Mathé, étudiants en droit, et Grivel, lithographe, qui avait été renvoyé de la dernière session à la suite des scènes scandaleuses de quelques auditeurs révolutionnaires, a été remis, le mardi 13, à la cour d’assises. M. Jacquinot-Godard, qui préside pendant cette session, a adressé aux jurés une allocution pour leur rappeler qu’ils ne doivent pas se laisser influencer par le souvenir des premiers débats, et que la force protégerait la justice. On a lu l’acte d’accusation, duquel il résulte qu’en mars dernier les prévenus, qui s’étaient mis à la tête d’un rassemblement, forcèrent la porte du Panthéon, enlevèrent les drapeaux tricolores ; qu’ils tentèrent de délivrer les prisonniers politiques de Sainte-Pélagie, et que, dans les excursions qu’ils firent en criant Vive la république ! ils insultèrent l’adjoint du maire du (ancien) VIIIe arrondissement, qui voulut les dissiper, désarmèrent des gardes nationaux, et arrachèrent les épaulettes d’un officier. Dans cette première séance, on a procédé à l’interrogatoire des accusés, dont trois portent la décoration de juillet, et à l’audition d’une partie des témoins. On a entendu notamment la déposition accablante de l’ouvrier Dufoy, qui fut l’autre fois la cause des injures de quelques spectateurs. De nouveaux murmures ont éclaté, mais ils ont été réprimés. Les débats dureront plusieurs jours. » Puis cet autre, quelques jours plus tard : « Le procès des sieurs Mathé, Malot, Lebon, etc., s’est terminé le 13. Ce dernier a prononcé un discours véhément : il a soutenu que les manifestations pour la république n’avaient rien de blâmable, et a traité d’ignoble la conduite des conseillers qui jugeaient dans la précédente session. L’avocat Dupont, qui a défendu les principaux accusés, a insisté sur l’inconvénient de prononcer une condamnation contre de généreux patriotes, à la veille d’un noble anniversaire. A 11 heures et demie du soir, les jurés ont déclaré les accusés non coupables, et ils ont été acquittés, au milieu de bruyants applaudissements. On a seulement condamné Mathé à seize francs d’amende, pour port d’une arme prohibée. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1833, il fut recruté par Trélat (voir Trélat, Ulysse), avec Madet, Charles (voir ce nom) et Terrier, Barthélemy (voir Terrier, Félix, Barthélemy, Marie) pour diriger l’opposition radicale de Moulins et y ressusciter le Patriote de l’Allier. Il fit partie de la section locale de la Société des Droits de l’Homme. Il fut député. Il mourut le 5 mars 1882 à Moulins (Allier). Nous empruntons au site internet de l’Assemblée nationale la notice biographique qui lui est consacrée : « Représentant en 1848 et en 1849, né à Cosne-sur-l’Œil (Allier) le 18 mai 1808, mort à Moulins (Allier) le 5 mars 1882, il fit ses études classiques au collège de Moulins, suivit ensuite les cours de la faculté de droit de Paris, fut au nombre des combattants de Juillet 1830, resta dans l’opposition républicaine sous Louis-Philippe, et subit plusieurs condamnations politiques, en 1831 pour détention d’armes, en 1833 pour coalition d’ouvriers. Impliqué dans l’affaire d’avril 1834, il passa quelques années en Belgique, puis il revint en France, s’établit à Moulins, s’occupa du commerce des bois et y fit fortune. Le gouvernement provisoire le nomma, après février, commissaire de la République dans l’Allier. M. Félix Mathé fut élu, le 23 avril suivant, représentant de l’Allier à l’Assemblée constituante, le 5e sur 8, par 51.989 voix (72.233 votants, 89.404 inscrits). Il siégea à la Montagne, fit partie du comité des affaires étrangères, et vota avec les démocrates les plus avancés : contre le rétablissement du cautionnement et de la contrainte par corps, contre les poursuites contre Louis Blanc et Caussidière, pour l’abolition de la peine de mort, pour l’amendement Grévy, pour la sanction de la Constitution par le peuple, pour le droit au travail, contre la proposition Rateau, contre les crédits de l’expédition romaine, pour l’amnistie, pour la mise en accusation du président et de ses ministres. Absent, le 25 novembre 1848, il écrivit au Moniteur que, présent, il eût voté contre l’ordre du jour en l’honneur du général Cavaignac. Réélu, le 13 mai 1849, représentant du même département à l’Assemblée législative, le 1er sur 7, avec 40.529 voix (65.506 votants, 90.096 inscrits), M. Félix Mathé reprit sa place à l’extrême-gauche. Il se joignit à ses amis pour protester, avec Ledru-Rollin, contre l’expédition de Rome, et, lorsque, le lendemain de l’affaire du 13 juin, dite du Conservatoire des Arts et Métiers, plusieurs représentants, parmi lesquels MM. Pascal Duprat, le général Rey, Guizard, Vignes, Delavallade, Sartin, Rantian, Richard (du Cantal), Duché, crurent devoir désavouer leurs signatures apposées au bas de l’appel aux armes qui motiva le réquisitoire du procureur général Baroche, M. F. Mathé eut une attitude toute différente. “Citoyens, dit-il, je ne viens pas protester contre la pièce, sur laquelle M. le procureur-général a fait des réserves dans son réquisitoire ; je viens, au contraire, dire qu’il est temps de mettre un terme aux protestations inutiles et plus ou moins dignes qui ont été produites à cette tribune...” Au surplus, il ne fut pas poursuivi. Après avoir constamment opiné avec la minorité démocratique, il se montra l’adversaire déterminé du coup d’Etat du 2 décembre 1851, et se réfugia en Belgique ayant été expulsé de France. Le 1er juin 1863, 907 voix de l’opposition radicale se comptèrent sur son nom dans la 1re circonscription de l’Allier. Le 8 février 1871, il obtint dans le département de l’Allier, sans être élu, 26,391 suffrages. » Il demeurait 6, rue de Cluny en août 1830, dans le certificat qu’il signa en faveur de Phelouzat, Joseph, Jean-Jacques ; 27, rue Guénegaud en 1831 mais 15, rue des Cordiers in Archives nationales F/1dIII/36 mais bien 27, rue Guénegaud en 1831 de nouveau in Archives de Paris VD6 524 n° 3. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 281 n° 1 in dossier Thierry, Gaspard ; Archives de Paris VD6 524 n° 3 ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1 in dossier Terrier, Félix, Barthélemy, Marie ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/49 in dossier Phelouzat, Joseph, Jean-Jacques ; L’Ami de la religion et du roi, journal politique, ecclésiastique et littéraire, Paris, 14 juillet 1831 p. 507 ; L’Ami de la religion et du roi, journal politique, ecclésiastique et littéraire, Paris, 16 juillet 1831 p. 523-524 ; La République clandestine, 1818-1848, Gilmore, Jeanne, Aubier, Paris, 1997 ; site internet de l’Assemblée nationale. Voir le dossier Terrier, Félix, Barthélemy, Marie, où son nom est cité ?