Mélo jeune
Biographie
Négociant à Metz, lieutenant et porte-drapeau de la IIe légion de la garde nationale. Le 14 mai 1831, il sollicita dans ses termes, la décoration de Juillet : « J’ai jusqu’à présent résisté aux suggestions de plusieurs de mes compatriotes, tendant à me faire demander la décoration de la Légion d’honneur, tant en raison de ma conduite pendant les journées tumultueuses de notre glorieuse révolution de juillet 1830 que pour celle que j’avais tenue pendant la désastreuse campagne de 1815, laquelle m’avait mérité du général Ficatier, qui commandait alors à Nancy, la promesse formelle de me proposer pour cette décoration ; mais cette promesse s’anéantit avec le pouvoir qui dispensait alors les honneurs. Le général Ficatier n’étant plus pour confirmer ce que je vous dirais, Sire, touchant les actions qui m’avaient valu cette promesse, je ne m’en appuierai pas pour solliciter l’honneur d’être compris dans le nombre des héros de Juillet ; je ne ferai, Sire, que vous citer les faits les plus saillants qui m’ont fait distinguer de mes concitoyens pendant les heureux événements qui vous ont placé sur le plus beau trône du monde ; faits qui m’ont valu l’éloge des autorités civiles et militaires qui se trouvaient alors à Metz, ainsi que l’honneur d’être désigné par mes frères d’armes pour porter le drapeau national. Ennemi de l’intrigue, je n’ai jamais pu me décider à recueillir les titres qui m’étaient offerts, pour me recommander dans les démarches qu’on m’engageait à faire pour obtenir une récompense quelconque. La considération et l’estime de mes concitoyens me suffisaient ; j’étais content d’avoir contribué pour ma part à l’accomplissement du grand drame. Je n’ambitionnais que de trouver encore des occasions de témoigner de mon patriotisme. Cette ambition n’est pas affaiblie, mais une autre s’y est greffée : celle de faire partie des chevaliers de Juillet. Sire, vous jugerez si je mérite l’honneur que je sollicite de Votre Majesté. Je ne veux le tenir que de vous seul. Il serait pour moi d’un prix inappréciable et pour mes enfants un monument de dévouement patriotique, qu’ils se rendraient digne de transmettre intact à leur postérité. Cependant, Sire, si vous pensiez, dans votre sagesse, ne devoir pas me l’accorder bien que vous seriez assuré de l’authenticité du récit que je vais vous soumettre je supplierais Votre Majesté de ne faire subir à ma requête d’autre publicité que celle que vous auriez cru nécessaire pour vous pénétrer de ma véracité. Le 29 juillet, aussitôt la nouvelle répandue du résultat qu’avait eu à Paris la publication des sinistres ordonnances, j’accourrai à la maison commune, armé de mon épée. J’y trouvais assemblées les autorités, à qui je demandais la prompte convocation de la garde nationale. Je visitais les armes emmagasinées à la mairie, je protestais de leur mauvais état et j’obtins qu’il en soit délivrées des arsenaux, pour suffire à l’armement de l’élite des citoyens. Des distributions se succédèrent pendant plusieurs jours ; nous pûmes par ces moyens assurer la tranquillité de notre cité. Le 30 juillet, j’étais déjà en uniforme de garde national. Le comité me nomma lieutenant d’armement ; j’eus à lutter contre une masse d’individus violant toutes les consignes pour s’emparer des armes, que nous ne jugions pas prudent de leur confier. Le 31 juillet, je me décorais de la cocarde tricolore. J’appris que le général Villate, qui commandait le 3e bataillon, se refusait à proclamer les couleurs nationales, quoique la plus grand partie et des citoyens et des militaires s’en fût décorée en signe de ralliement. Je savais ce que pouvait produire de fâcheux cette discordance dans les cocardes, puisque l’autre partie en portait encore des blanches. Je me décidais à aller trouver le général Villate. Je traversais une haie de baïonnettes. Je perçais l’épaisseur d’un nombreux état-major mais je ne pus arriver jusqu’au général. Cependant je m’adressais aux officiers supérieurs de service au quartier général et, par leur organe, je parlementais avec le général Villate. J’eus à soutenir contre toutes espèces de menaces ; les plus terribles ne m’ébranlèrent pas. Je parlais au nom de mes concitoyens et de la plupart des officiers de la garnison. M. le baron Marchant, préfet par intérim, obtint enfin l’entrée du cabinet du général ; pendant près de trois quarts d’heure, il le sollicita pour que l’ordre soit donné à la garnison de prendre la cocarde tricolore. Tout semblait faire craindre que l’obstination du général ne pût être vaincue mais je jurais de ne pas quitter le quartier général que je n’ai obtenu ce que je persistais à demander : enfin cet ordre fut délivré au baron Marchant. Alors j’arrachais ma cocarde et j’en décorais le chapeau du préfet, en lui donnant l’accolade au cri de Vive la liberté ! Cependant je ne quittais pas le baron Marchant qu’il ne m’ait donné l’ordre pour le livrer à l’impression. Je pris une escorte pour m’emparer d’une presse, que je gardais à vue jusqu’à ce qu’elle ait produit les premiers exemplaires, que je fis de suite placarder. Dès lors, l’inquiétude qui fermentait s’apaisa tout à coup. Les couleurs nationales étaient proclamées officiellement. J’employais tout le mois d’août à la distribution des armes et effets de grand équipement. Cependant les instants que je n’étais pas occupé étaient utilisés d’une autre manière, comme de chercher à dissiper les groupes tumultueux, d’accourir au bruit de quelques désordres ou attaques aux propriétés publiques ou privées. Je n’hésitais pas à entrer dans les casernes, parcourir les chambrées pour apaiser les mutineries, que je poursuivais jusque dans les cabarets les plus obscurs. Mes peines furent toujours couronnées de succès. Les généraux Bruno, Barrais, Sui, Sabatier me virent plusieurs fois parcourant à cheval les casernes, dans des moments où ils jugeaient leur présence nécessaire pour calmer l’effervescence des troupes. Ils me trouvaient partout où l’ordre était à rétablir. Vers la fin de septembre, mon service devenait moins utile, la tranquillité était rétablie. J’en profitais pour me rendre à Paris, dans l’intention de me procurer la satisfaction d’y voir mon souverain et son auguste famille. Je partis en effet, le 25 septembre, mais arrivé à Châlons-sur-Marne, j’y rencontrais un bataillon de Parisiens qui se dirigeait sur Metz pour y être incorporé dans le 5e léger. Tout à coup, l’idée de pouvoir encore me rendre utile à la chose publique me fit renoncer à la continuation de mon voyage pour Paris. Je m’abouchais avec le commandant de ce bataillon pour qu’il consentît à ce que je fixe les étapes avec lui pour apprendre à bien connaître l’esprit de sa phalange, afin d’être à même de tranquilliser mes concitoyens sur l’aspect de cette colonne en haillons. Sur cette entrefaite arriva à Châlons le général Semélé. J’allais lui faire part de mon projet. Il en loua le motif mais il me représentait que je pouvais éviter les désagréments de son exécution. J’insistais sur la raison qui m’en avait fait adopter le plan et j’obtins du général l’assurance qu’il donnerait des ordres pour que ces hommes soient habillés en uniforme avant leur entrée dans Metz. Je restais à Châlons avec le général Semélé. Je l’assistais comme aide de camp dans son inspection du 2e régiment de cuirassiers. Je le devançais à Metz d’un jour. Aussitôt son arrivée, je repris les fonctions qu’il m’avait confiées et ne les quittais qu’après son départ. Depuis je n’ai plus trouvé de circonstance favorable pour témoigner de mon dévouement à mon roi et ma patrie. » Il demeurait à Metz en 1831. Archives nationales F/1dIII/66.