Mercier, Hippolyte

Biographie


Né le 24 août 1811 à Saint-Hippolyte (Doubs) ; il était le frère de Mercier, Célestin, Joseph, Valentin (voir ce nom), qui fut lui aussi décoré de la Croix de Juillet. Employé chez M. Delamarre, banquier place du Louvre. On trouve dans son dossier une Note des faits auxquels a pris part M. Mercier, Hippolyte, nommé sous-lieutenant de cavalerie sur la proposition de la Commission, ainsi rédigée : « Le mardi, il était un des acteurs de l’affaire de la rue Saint-Honoré. Deux hommes furent tués à ses côtés, c’est-à-dire un fut tué sur le coup et l’autre donnait encore quelques signes de vie. Il se porta sur la Bourse dans la soirée. Le mercredi matin, il alla, accompagné d’un de ses camarades, employé comme lui chez M. Delamarre, banquier place du Louvre, à la douane, où personne ne s’était encore présenté pour avoir des armes. Un monsieur décoré vint leur parler et leur dit qu’il ne leur en serait point délivré. Ils le menacèrent, en disant qu’ils étaient à la tête d’un fort rassemblement et que si on ne leur en remettait pas de suite ils allaient en faire délivrer de vive force. Ces menaces firent leurs effets, ils obtinrent chacun un fusil avec baïonnette. Il vint à la place du Louvre et fut placé en sentinelle avancée au coin du jardin de l’Infante, donnant sur le quai de l’Ecole. Il vit arriver là la colonne qui se dirigeait sur la Grève. Il fit feu le premier sur cette colonne et se reploya sur la place devant l’église Saint-Germain-l’Auxerrois. Là, ils soutinrent le feu des Suisses assez longtemps. Ceux-ci, voyant qu’ils ne pouvaient les faire débusquer à coups de fusils et qu’ils se trouvaient maltraités par le feu soutenu des patriotes, prirent le parti de les charger à la baïonnette. Ils furent obligés de se replier sur la rue Saint-Honoré. Il passa la nuit à la place des Petits-Pères avec une centaine de jeunes gens. Le jeudi matin, il rentra chez son frère, rue d’Enfer, exténué de fatigue. Il n’avait rien pris la veille. Après s’être reposé quelques instants, il partit pour rejoindre ses camarades. Il s’arrêta à la place de l’Odéon et marcha dans le premier peloton à l’attaque de la caserne de Babylone. Il fut un de ceux qui portèrent des paillasses pour mettre le feu aux portes fermant l’entrée de cette caserne. Il fit la campagne de Rambouillet. M. Lavocat (voir Lavocat, Gaspard) ayant eu connaissance de la part active qu’il avait prise aux affaires, le présenta pour le grade de sous-lieutenant. Il est en ce moment en activité à l’Ecole de cavalerie de Saumur. Un rapport de la mairie relatait ainsi sa participation aux combats : « Etait le 27 dans la rue Saint-Honoré. Fit délivrer des armes à la douane, faubourg Poissonnière et conserva un fusil. Le 28 au matin, placé au coin du jardin de l’Infante, il fit feu sur le peloton ennemi qui se dirigeait sur la grève. Forcé de se replier sur la place Saint-Germain-l’Auxerrois, il soutint assez longtemps l’attaque des Suisses. La nuit, il resta au poste de la place des Petits-Pères. Le 29, il se battit vaillamment à la caserne de Babylone et fut l’un des premiers qui sous le feu des Suisses se précipitèrent vers la porte pour l’incendier. Il est allé à Rambouillet. Ce jeune homme est actuellement à l’Ecole de cavalerie de Saumur, comme sous-lieutenant nommé par la Commission. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 31 décembre 1830, à cinq voix pour la croix, une voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Le 19 décembre 1830, sur le rapport de la Commission des récompenses nationales, il fut compris dans la liste des cent neuf citoyens nommés au grade de sous-lieutenant (dans la proportion de deux par régiment), pour s’être « particulièrement distingués dans les journées de juillet ». Il fut affecté au 10e léger. Il avait reçu, le 11 mars 1831, trois cents francs comme secours et avance sur son indemnité de première mise auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications biographiques supplémentaires. Il adressa en effet la lettre suivante à la Commission : « Après dix-huit années de persécutions et de malheurs, je viens à vous, dont la mission est de réparer les injustices. La révolution de Juillet me prit sur les bancs de l’école, pour faire de moi un officier de cavalerie. Je rêvais alors d’un avenir brillant et j’étais loin de prévoir les obstacles contre lesquels je devais me briser. A peine arrivé à l’Ecole de Saumur, je me trouvais [entouré] d’officiers royalistes et de dénonciateurs du général Caron. A la suite d’une punition de huit jours d’arrêt, pour avoir porté la Croix de Juillet, sans l’autorisation du commandant de l’Ecole, j’envoyais au National la biographie de nos chefs, ce qui fut la cause d’un grand scandale parmi nous. On profita d’une absence illégale de quelques jours pour me mettre une première fois en non-activité (12 juillet 1831) Je fus replacé au 2e régiment de chasseurs d’Afrique, où je fis les campagnes de 1832 et 33. Malheureusement, après trois années passées en Afrique, pour cause de santé je fus obligé de changer de régiment. Je passais par permutation au 2e régiment de hussards, commandé par le marquis Ducros de Chabannes, ancien chef d’escadron aux hussards de la garde royale et un des officiers les plus connus pour son attachement au gouvernement que nous avions renversé. Mon titre de héros de Juillet, d’officier des barricades, comme on nous appelait par dérision, était une tache pour un pareil chef, qui ne se fit pas faute de m’infliger les punitions les plus arbitraires. Je restais cependant cinq années dans ce dernier régiment. Le ferme espoir d’un avenir meilleur, sous un gouvernement républicain, les sacrifices que j’avais fait pouvaient seuls me donner assez de résignation pour supporter tout ce que je souffrais. Mais, une fois poussé à bout, j’oubliai un jour tout ce que je m’étais promis et je manquai à la subordination envers mon colonel. Ce fait, l’accumulation de mes punitions qu’il avait groupées pendant cinq années, l’accusation de républicanisme, celle d’officier dangereux qui cherchait à se faire un parti dans les sous-officiers en cas d’événement furent les motifs sur lesquels il dut s’appuyer pour demander ma réforme. Elle fut prononcée par ordonnance royale du 22 décembre 1837. Ainsi, après avoir obtenu de toute la nation un grade dans l’armée, comme récompense de la conduite remarquée que j’avais tenue dans les journées de Juillet, après avoir sacrifié huit années de ma jeunesse, il a suffi d’un seul homme pour me dépouiller et me jeter brutalement sur le pavé. Après plusieurs années, j’entrais comme surnuméraire à l’administration des Postes en 1842. Après vingt mois de surnumérariat, je fus obligé de quitter cette administration, ne pouvant plus suffire à mes dépenses d’entretien. La Révolution de Février me trouva à Besançon, où je fondais le journal Le Républicain de la Franche-Comté, supprimé faute de cautionnement. J’arrivais en juin à Paris, où je pus prendre une part active à la répression des prétentions de certains prétendants anarchistes. Tels sont les titres, citoyens, que je livre à votre juste appréciation. S’ils vous paraissent de nature à m’attirer votre bienveillante intervention, je vous prierais de me présenter soit pour un emploi de capitaine dans la garde républicaine, soit pour une place d’inspecteur dans l’administration des Postes, soit un emploi dans toute autre administration dans laquelle vous me jugerez capable de rendre des services. Si l’obtention d’une place d’inspecteur des Postes était trop difficile à obtenir j’accepterais volontiers une place de directeur des Postes. » Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Nous, soussignés, tous décorés de Juillet, certifions qu’il est à notre connaissance que le citoyen Hippolyte Mercier, ancien officier de cavalerie, a été mis en réforme en 1838, par suite de dénonciations au ministre de la Guerre et renvoyé comme officier dangereux. Nous attestons également que depuis dix-huit années nous l’avons toujours reconnu comme un bon et zélé patriote, sacrifiant tous ses intérêts personnels à ses opinions politiques. » Signé, le 25 août 1848 : Herfort (voir Herfort, François, Joseph), commissaire d’enquête. Granger illisible (à retrouver), détenu politique. Le comité d’enquête de la Commission des récompenses nationales donna l’avis suivant, concernant Mercier : « Est d’avis à l’unanimité que ce citoyen combattant de juillet 1830 a obtenu à titre de récompense nationale son admission à l’Ecole de Saumur, avec le grade de sous-lieutenant de cavalerie. Il a servi pendant cinq ans dans son grade et a enduré beaucoup de tracasserie, en raison de son titre de décoré de Juillet. C’est pour ces causes qu’il prétend avoir été dans la nécessité de se faire réformer (décision du 22 décembre 1837). En 1842, il a été admis comme surnuméraire à l’administration des Postes ; vingt mois après il s’est retiré. Depuis 1830, il n’a aucun fait politique. Le Comité ne croit pas devoir obtempérer à sa demande, en le présentant à la Commission pour réclamer en sa faveur une inspection ou une direction des Postes, que l’on n’obtint pas pour des citoyens très méritants. Cette décision a été prise à l’unanimité du Comité. » Condamné à l’exil, par la Commission mixte du Doubs, à la suite du coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, il demanda en 1852, conformément à la proposition faite le gouvernement de pouvoir rentrer en France, sous la condition de reconnaître le nouveau gouvernement et de prendre l’engagement de ne rien entreprendre contre ce gouvernement. Ses deux désirs les plus grands étaient, précisait-il, de revoir son pays et sa vieille mère. Sa demande fut acceptée le 29 mars 1852. Mercier était célibataire en 1848. Il demeurait 107, rue d’Enfer en 1831 (mais 17, rue dEnfer in Archives nationales F/1dIII/37 ; mais bien 107, rue dEnfer en 1830 in Archives de Paris, VD6 672 n° 1 in Archives de Paris VK3 34 ; 24, rue de Richelieu deux fois in Archives de Paris VK3 33) ; 71, rue de Richelieu en 1848. Le Moniteur universel, 20 décembre 1830 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 ; Archives de Paris VK3 22, relevé des quittances remises à M. le pair de France, préfet de la Seine, par M. Delestre, délégué de la Commission des récompenses nationales, à l’appui des paiements faits aux blessés de Juillet, veuves et orphelins, depuis le 2 février 1831 jusqu’au 31 mai inclusivement ; Archives de Paris VK33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 31 décembre 1830, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, propositions honorifiques du 20 janvier 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 46 in dossier Herfort, François, Joseph ; Archives de Paris VK3 48 ; Archives nationales F/1dIII/33 état des sous-lieutenants nommés sur la présentation de la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement (cité deux fois : une fois pour son avance sur sa première mise et une autre fois pour les vingt-cinq francs reçus à l’occasion de l’anniversaire des trois journées de Juillet, dont une fois sous le nom de Mercier, Hippolyte, Jean-Marie) ; Archives nationales F/1dIII/38 A, état nominatif des sous-lieutenants présentés par la Commission des récompenses nationales, promus à ce grade le 19 décembre 1830, actuellement à l’Ecole de Saumur, réclamant la première mise qui leur a été accordée par l’arrêté du 2 janvier 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales BB/22/131/1 ; Archives de la préfecture de police AA 402. Voir Maitron ?

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