Mercier, Joséphine
Biographie
Née le 6 mars 1805 à Ivors (Oise). Sage-femme. Elle fut blessée aux deux jambes (parfois indiquée comme au pouce de la main gauche). La chronique de l’époque rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « Un certificat, signé de M. le major commandant le poste des Tuileries, le 29, 30 et 31 juillet, et de MM. Les élèves de l’Ecole polytechnique qui ont pris part à l’attaque du château dans ces mémorables journées, atteste que, parmi les gardes nationaux qui se sont conduits de la manière la plus brillante, s’est trouvée mademoiselle Joséphine Mercier maîtresse sage-femme, reçue à la Faculté de médecine de Paris, qui n’était connue du détachement de gardes nationaux que sous le nom de Victor, se disant élève en médecine. Une redingote verte dont elle était revêtue a été percée de deux balles ; elle fut la première dans les patrouilles et dans les découvertes ; elle a souvent compromis sa vie en prodiguant ses soins aux blessés sur le champ de bataille. » Sa conduite fut relatée ainsi, dès le 7 août 1830, par les élèves de l’Ecole polytechnique : « A une époque où l’on compte pour quelque chose la coopération de l’Ecole polytechnique au grand œuvre du rétablissement de nos libertés, il est de notre devoir, élèves de l’Ecole polytechnique, de signaler une personne qui y contribua plus assurément qu’aucun élève et plus peut-être que qui que ce soit. Dès la journée du 28 parut dans nos rangs un jeune homme annonçant une constitution faible, paraissant âgé de quinze à seize ans, parcourant les divers points de la mêlée au milieu des fusillades et prodiguant aux blessés les soins les plus empressés, au péril vingt fois répété de sa propre vie. Arraché de cette scène par une foule qui avait pitié de sa faiblesse, il s’arme d’un sabre et d’un coutelas et marche contre les ennemis du peuple : mais le peuple encore s’oppose à ses efforts et, malgré ses supplications, le dépouille de ses armes. Son patriotisme ne se refroidit pas pour cela. Il s’introduit dans les rangs ennemis, observe tout avec la feinte apparence de quelqu’un qui cherche un refuge, rapporte à son parti les renseignements qu’il a puisés et marche avec lui à la victoire. L’affaire de Babylone arrive ; ce fut lui qui, avant le feu, pénètre dans la caserne, vient rendre compte aux siens de ce qu’il a vu, engage l’affaire à leur tête, met le feu à la première botte de paille pour s’ouvrir une issue, lui qui, sans égard aux balles qui criblent ses victimes, s’empare des armes d’un garde suisse qu’il a vaincu, fouille la caserne jusqu’aux dernières retraites et ne se retire enfin qu’après d’être assuré lui-même que tout est évacué... Tant d’efforts étaient au-dessus de celui qui les avait tentés. Au sortir de la caserne, il tomba évanoui et les secours qu’on lui prodigua font reconnaître en lui une femme. Cette femme dont nous nous honorons de publier le nom est Mlle Joséphine Mercier, âgée de vingt-cinq ans, sage-femme reçue à la faculté de Paris, directrice du cours pratique d’accouchement de M. Velpeau, demeurant rue Monsieur-le-Prince n° 15. Son évanouissement ne ralentit pas son courage. Le vendredi 30, rendez-vous avait été donné aux hommes armés sur la place de la Bourse. Elle y fut des premiers et fit partie du détachement qu’on envoya aux Tuileries pour y protéger le poste en cas d’attaque. Elle demeura là deux jours et demi participant à toutes les patrouilles et à toutes les factions, admirée de tous mais ignorée de tous (deux de ses amis et un élève de l’Ecole polytechnique exceptés, sous la protection desquels elle s’était placée). Le dimanche 1er août, les choses étaient pacifiées ; il ne restait aucune apparence de danger, Mlle Joséphine Mercier se retira, après avoir toutefois obtenu la promesse qu’on la rappellerait à la première attaque. Cette attaque n’eut pas lieu. Elle se contenta alors, à la faveur du costume de son sexe, de s’introduire dans le fort de Vincennes et d’y observer ses moyens de défense. Telle fut pendant ces derniers jours et sous nos propres yeux la conduite de Mlle Joséphine Mercier. Etre utile à son pays, voilà le seul sentiment qui l’anime. Son courage, son instruction et les fonctions qu’elle remplit la mettent parfaitement à même d’arriver à son but. » Signé le 7 août 1830 : Henriot (voir ce nom), élève de l’Ecole polytechnique ; Lacroix (voir Lacroix, Jean, Charles), élève de l’Ecole polytechnique ; Liedot (voir Liedot, Antoine, Louis), élève de l’Ecole polytechnique. « [Les Parisiens] combattirent avec un élève en médecine qui avait dit s’appeler Victor ; ils avaient remarqué sa grâce fragile, son teint délicat, qui leur semblaient indiquer une extrême jeunesse ; mais ils avaient remarqué aussi l’intrépidité de cet adolescent et que plusieurs balles avaient percé la redingote verte dont il était revêtu. Ils durent reconnaître ensuite que ce compagnon si hardi était une jeune fille. » In La Révolution de Juillet (25 juillet-16 août 1830) Impressions et récits contemporains publiés par Raymond Lécuyer et illustrés d’après les documents du temps, Paris, Arthème Fayard, éditeur. « Un certificat, signé de M. le major commandant le poste des Tuileries, le 29, 30 et 31 juillet, et de MM. Les élèves de l’Ecole polytechnique qui ont pris part à l’attaque du château dans ces mémorables journées, atteste que, parmi les gardes nationaux qui se sont conduits de la manière la plus brillante, s’est trouvée mademoiselle Joséphine Mercier maîtresse sage-femme, reçue à la Faculté de médecine de Paris, qui n’était connue du détachement de gardes nationaux que sous le nom de Victor, se disant élève en médecine. Une redingote verte dont elle était revêtue a été percée de deux balles ; elle fut la première dans les patrouilles et dans les découvertes ; elle a souvent compromis sa vie en prodiguant ses soins aux blessés sur le champ de bataille. » Une lettre de la Commission des récompenses nationales adressée, en date du 14 mars 1831, à Royer-Collard, chef de la division des Beaux-Arts au ministère de l’Intérieur, donnait l’appréciation suivante sur la récompense que devait recevoir Mercier, Joséphine : « La demoiselle Joséphine Mercier, sage-femme, qui a glorieusement combattu dans le mois de juillet, avait été jugée digne de la décoration. Son sexe lui interdisant de porter ce signe, la commission a décidé qu’elle serait officiellement et particulièrement recommandée au ministre pour qu’une place de sage-femme lui fût accordée à l’Hôtel-Dieu. » Et aussi, cet aveu de la même Commission des récompenses nationale : « Il n’est pas dans nos convenances d’accorder des décorations aux femmes. » Elle reçut un secours de deux cents francs, le 31 octobre 1830, auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIe arrondissement. Elle reçut en conséquence la simple médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement (sous le nom de Joséphine, Mercier, sur les listes du Moniteur universel et sur celles du Bulletin des lois). Elle fut admise dans la 1re catégorie de la 2e classe des blessés auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement et reçut, à ce titre, une indemnité définitive de trois cents francs versée sur un an. Elle reçut, à titre de blessée de la 1re catégorie de la 2e classe, une indemnité définitive de trois cents francs de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. En septembre 1831, elle reçut soixante francs de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement, somme représentant le coût d’un habillement. Elle déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] XIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé, puis 6, rue Dalayrac. Seule pièce à son dossier de cette Commission, la lettre signée, le 7 août 1830, par les trois élèves de l’Ecole polytechnique. Fortier, Georges, Bazile, autre médaillé, nommé aide-major sur proposition de la Commission des récompenses nationales, affecté au 59e de ligne, lui donna procuration pour en son nom sa médaille et le brevet qui l’accompagnait, auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; il la qualifiait de « reçue à la faculté de médecine de Paris professeur d’accouchement ». Elle signa, le 4 juillet 1831 et avec le même Fortier, Georges, Bazile, le certificat suivant en faveur de Boivin, Jean-Baptiste, François : « Je, soussigné, certifie que le sieur Boivin, Jean-Baptiste, François a été blessé, les armes à la main, place du Palais-Royal, le 29 juillet 1830, et reconnais que mon fils, accompagné du sieur Fortier, reçu depuis aide-major au 59e de ligne, l’ont relevé du champ de bataille et transporté chez moi, où il fut soigné par le susdit chirurgien. » Elle est l’auteure, avec Adet de Roseville, Ernest (voir ce nom) de Traité complet des manœuvres de tous les accouchements, avec 180 aphorismes, sur les soins que réclament la mère et l’enfant pendant et après le travail et pendant les neuf premiers jours qui suivent la parturition, édité en 1837. Mercier Joséphine demeurait 15, rue Monsieur-le-Prince en 1830-1831. Le Constitutionnel, 7 août 1830 ; La Gazette des écoles, n° 68 dimanche 8 août 1830 ; Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets, Auguste Imbert, 2e édition, Paris, Guyonnet éditeur, 1830, p. 142-143 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 336 ; Les Barricades immortelles du peuple de Paris, relation historique, militaire, anecdotique des journées des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830 et du voyage de Charles X jusqu’à son embarquement, par P. C., Paris, Leroi, 1830, p. 390 (sous le nom de Victor) ; Le Réveil du lion ou Paris dans les immortelles journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; précis des événements, heure par heure… suivi d’un chant triomphal… par un patriote de 89, Paris, Lerosey, 1830, p. 247 (sous le nom de Lemercier, Joséphine) ; Révolution mémorable des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Cousin d’Avalon, Paris, Stahl, imprimeur-libraire, quai des Augustins, n° 9, p. 39 ; Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets, Auguste Imbert, 2e édition, Paris, Guyonnet éditeur, 1830, p. 142-143 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 336 ; Histoire de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Fayot, tome premier, Paris, Hocquart jeune éditeur, 1830, p. 158 ; Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, cinquième édition, Paris, Audot libraire, 1830, p. 127 ; Détails officiels de tous les événements qui ont eu lieu dans Paris dans les journées mémorables des 27, 28 et 29 juillet, deuxième édition, revue et corrigée, Paris, chez Gauthier éditeur, rue Mazarine n° 49, Vézard, libraire, passage Choiseul n° 46, p. 14-15 ; La Liberté reconquise ou histoire complète et détaillée de la révolution de Paris en juillet 1830, J.-B. Ambs, troisième édition revue et corrigée, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal, galerie de Valois, n° 185, 1830, p. 232-233 ; Histoire politique des écoles et des étudiants depuis le Moyen Age jusqu’à 1850, Watripon, Paris, chez Michel et Joubert, 1850, p. 149 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire catégorie de la IIe classe du XIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 87 (sous le nom de Lemercier, Joséphine) ; Archives de Paris VD3 1-2, (ancien) VIIIe arrondissement habillements fournis en argent ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, II, état nominatif des blessés du (ancien) XIe arrondissement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1, mairie du (ancien) XIe arrondissement, un gros cahier vert de récompenses nationales, secours aux blessés de Juillet domiciliés dans ledit arrondissement. (La croix d’honneur, est-il indiqué en apostille de son nom) (sous le nom de Lemercier, Joséphine) ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, liste des citoyens décorés de la médaille, XIe arrondissement, prestations de serment et autorisations de retirer des brevets, reçus de brevets in lettre de Fortier, Georges, Bazile ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, mairie du (ancien) XIe arrondissement, Commission de la souscription nationale, titres provisoires des parties prenantes, reçus en échange des titres définitifs délivrés par la mairie, blessés, secours définitifs (sous le nom de Lemercier, Joséphine) ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, mairie du (ancien) XIe arrondissement, liste des décorés de la médaille de Juillet, présumés à habiller (où son nom est rayé, évidemment), idem cahier Indemnité des cinquante francs, 1831 ; Archives de Paris VK3 32, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 32, (ancien) XIe arrondissement, liste des indemnitaires de deuxième classe (à trois cents et six cents francs) (sous le nom de Lemercier, Joséphine) ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 30 août 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, dossier indemnitaires 2e classe, (ancien) XIe arrondissement et état des sommes payées aux combattants pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIe arrondissement (sous le nom de Lemercier, Joséphine) ; Archives nationales F/1dIII/66 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) XIe arrondissement, blessés de la 1re catégorie de la 2e classe (sous le nom de Lemercier, Joséphine) ; Archives de la préfecture de police AA 370 in dossier Adet de Roseville, Ernest ; Archives de la préfecture de police AA 373 in dossier Boivin, Jean-Baptiste, François ; Archives de la préfecture de police AA 402 ; La Révolution de juillet 1830, Louessard, Spartacus, Paris, 1990.