Merilhou, Joseph

Biographie


Né le 15 octobre 1788 à Montignac (Dordogne). Ancien carbonaro. Avocat. Il participa aux réunions d’électeurs qui, à l’annonce de la publication des ordonnances, décidèrent d’organiser une réponse. On trouve une trace de son activité dans Chronique de juillet 1830 : « [Le 26 juillet, un peu avant 20 heures et la réunion chez le député Laborde] En même temps, il se tenait au bureau du National une assemblée d’électeurs, sous la présidence de M. Treilhard d’abord, et ensuite de M. Mérilhou, pour organiser le refus de l’impôt, presser et appuyer la résistance des députés, enfin pour voir s’il convenait de tenter la réorganisation de la garde nationale. M. de Schonen, qui s’y trouvait avant de se rendre chez M. de Laborde, prit impétueusement la parole, et dit : “Que le moment était venu de traduire en actions les principes qu’ils avaient proclamés jusqu’à présent ; qu’il fallait, au jour du danger, justifier le mandat qu’ils avaient reçu en des temps plus heureux, et repousser la force par la force.” Comme c’était un député, les électeurs, charmés de ces dispositions, l’applaudirent avec enthousiasme. » Il fut l’avocat du gérant du Courrier français, Valentin de la Pelouze (voir ce nom), qui fit comparaître son imprimeur devant le tribunal de commerce, le 18 juillet, parce qu’il refusait d’imprimer le journal : « Me Mérilhou, avocat du Courrier français, assisté de M. de Lapelouze, l’un des gérants, a demandé l’exécution des traités par lesquels M. Gaultier-Laguionie s’est engagé à imprimer ledit journal. Après avoir entendu ledit Mérilhou, en ses conclusions et sa plaidoirie, et la défense de M. Gaultier-Laguionie en personne ; le tribunal, considérant que, par convention verbale, M. Gaultier-Laguionie s’est obligé à imprimer le journal intitulé le Courrier français ; que les conventions légalement formées doivent recevoir leur effet ; qu’en vain pour se soustraire à ses obligations Gaultier-Laguionie oppose un avis du préfet de police contenant injonction d’exécuter une ordonnance du 25 de ce mois ; que cette ordonnance, contraire à la Charte, ne saurait être obligatoire ni pour la personne sacrée et inviolable du roi ni pour les citoyens aux droits desquels elle porte atteinte, considérant, au surplus, qu’aux termes mêmes de la Charte, les ordonnances ne peuvent être faites que pour l’exécution et la conservation des lois, et que l’ordonnance précitée aurait au contraire pour effet la violation des dispositions de la loi du 28 juillet 1828 ; par ces motifs, le tribunal ordonne que les conventions d’entre les parties recevront leur effet » Le tribunal condamna Gaultier-Laguionie à imprimer le journal le Courrier français dans un délai maximal de vingt-quatre heures. Il fut l’un des membres (avec Hubert, Jean-Louis, Boulay de la Meurthe, François, Joseph et Gisquet, Henri, Joseph) de la délégation d’électeurs et d’habitants de Paris envoyés le mardi 27 juillet vers 14 heures au domicile de Perier, où se tenait une réunion de quelques députés, afin d’organiser avec eux ou sous leur direction une réponse aux ordonnances. Après que plusieurs députés se furent opposés à les recevoir, ils réussirent cependant à se faire entendre. Finalement reçue, après de longues délibérations, la députation fit valoir la violation de la Charte et de la légalité, que plusieurs fabricants avaient renvoyé leurs ouvriers, que le salut du pays dépendait aussi des députés, qu’ils étaient redevables de la confiance qu’on leur avait témoignée dans les élections et qu’enfin s’imposait la nécessité d’une direction à tous les mouvements de protestation. Sarrans juge que le discours tenu par la délégation, et dans lequel « respirait une fermeté froide et réfléchie, de nature à faire une grande impression, ne trouva aucune sympathie dans la presque totalité des députés présents. Pas une exclamation, pas un geste, pas un murmure qui décelât l’émotion du patriotisme ». Le député Bérard, quant à lui, apprécie ainsi les résultats que la députation obtint : « Là se montra dans tout son jour la pusillanimité de la plupart de nos collègues, qui craignirent de se trouver compromis par cette espèce de fraternisation. […] Leur visite n’eut du reste aucun résultat, si ce n’est probablement de leur donner une assez pauvre idée d’une partie des représentants du pays. On leur tint quelques discours vagues, insignifiants, et ils se retirèrent fort mécontents. » La chronique de l’époque rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « Parmi les combattants, de toutes les conditions se trouvait une foule d’avocats, les uns armés de fusils, les autres de sabres ou de pistolets, et leur présence attestait assez qu’en France, tout citoyen est soldat, quand il s’agit de défendre les libertés publiques. Je voudrais pourvoir nommer ici tous ceux qu’on a rencontrés dans les rassemblements, et qui, par leur courage, par leur activité, par l’énergie de leurs exhortations ont puissamment concouru, soit à remporter la victoire, soit à empêcher qu’elle fût souillée d’aucun excès. Ma mémoire ne saurait y suffire ; mais dès présent je puis citer les noms de […] M. Mérilhou. » Il fut avec Baude (voir Baude, Jean-Jacques), choisi, le 29 juillet, par la Commission municipale formée de cinq députés comme un des deux secrétaires chargés de seconder les travaux de celle-ci ; cette Commission (Laffitte, Perier, Lobau, de Schonen, Audry de Puyraveau) cherchait à se constituer en autorité, devant la vacance de pouvoir et le risque de désordres. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. On peut lire dans Le Parti libéral sous la Restauration l’appréciation suivante sur Mérilhou : « Quelques avocats, orateurs attitrés des procès politiques, où ils cherchaient un renom de parti, pendant que leurs clients y trouvaient souvent la mort, n’étaient pas dans une situation moins fausse [que les députés libéraux, N.D.A.]. Membres, parfois dignitaires des sociétés secrètes, ils venaient, comme défenseurs des conspirateurs, plaider que ces sociétés n’existaient pas. Tel était alors M. Mérilhou, talent surfait par l’esprit de parti, sans originalité, sans chaleur, quoique non sans passion, imbu des préjugés révolutionnaires et sympathique aux souvenirs impériaux. Irrité d’avoir perdu les fonctions qu’il exerçait sous les Cent-Jours, il devait, au grand scandale de ses amis, se retrouver satisfait et conservateur, quand on lui aurait rendu une place après 1830. […] Relisez, par exemple, le plaidoyer de M. Mérilhou, dans le procès des sergents de la Rochelle ; voyez-le accabler des traits de sa rhétorique railleuse ou indignée le gouvernement et le ministère public qui ont, à l’entendre, imaginé méchamment la direction d’un prétendu comité central. Constatez ensuite, par des aveux et des révélations postérieures, que ce même M. Mérilhou était membre du comité dont il déniait l’existence, et qu’il avait, en cette qualité, provoqué les menées pour lesquelles ses malheureux clients allaient porter leurs têtes sur l’échafaud ! » Il fut nommé successivement secrétaire général du ministère de la Justice puis ministre puis conseiller à la Cour de cassation. Dans ses Souvenirs, Poumiès de la Siboutie faisait ainsi mention de Mérilhou : « Le pouvoir, au commencement de la révolution, appartint à qui sut le prendre. Tout ce qui tenait de près ou de loin à la presse de l’opposition arriva d’emblée aux premières places. Je n’en citerai qu’un exemple. M. Barthe, ancien garde des sceaux, vice-président de la Chambre des pairs, premier président de la Cour des comptes, n’était en 1830 qu’un avocat de troisième ou quatrième ordre ; il logeait rue des Saints Pères, 20, dans une maison appartenant à M. Chevassut. Ce dernier était l’un des fondateurs et principaux actionnaires du Constitutionnel, journal qui eut, sous la Restauration, une grande influence. En 1830, M. Chevassut devint, par son journal et toutes les accointances qui en sont la conséquence, un homme très influent. Ce fut lui qui fit entrer Barthe au ministère. Il en poussa bien d’autres. A peine le nouveau gouvernement de 1830 était-il constitué que des nuées de solliciteurs s’abattirent sur Paris. On ne rencontrait, dès le matin, dans les rues que des gens affairés, ayant le costume de leur emploi, courant d’un ministère à l’autre. Le 23 août, je me rendis de très bonne heure chez mon compatriote et ancien condisciple Mérilhou, secrétaire général du ministère de la Justice et plus tard ministre lui-même. La foule était si grande qu’elle remplissait trois salons. On disait que deux garçons de bureau avaient manqué d’être étouffés. Je dus renoncer à m’acquitter près de lui d’une commission dont on m’avait chargé. » Il demeurait 15, rue du Moulinet en 1831. La Gazette des tribunaux, 26, 27, 28, 29, 30, 31 juillet et 1er août 1830 ; LAigle, 4 août 1830, n° 217, p. 3 ; Notes et Jugements de la Chambre de 1830, publiés par la société Aide-toi le ciel d’aidera, Paris, Garnier-Pagès, juin 1831, p. IV ; Lafayette et la révolution de 1830, Histoire des choses et des hommes de Juillet, Sarrans, Thoisnier-Desplaces, Paris, 1833, tome premier, p. 243 ; Souvenirs historiques sur la révolution de 1830, Bérard, Paris, Perrotin, 1834, p. 73 : Chronique de juillet 1830, Rozet, Paris, Barrois et Duprat, 1832, tome 1, p. 110 ; Histoire de France pendant la dernière année de la Restauration, par un ancien magistrat (Boulée, Auguste, Aimé), Paris, Desenne, 1839, tome premier, p. 341 ; Souvenirs dun médecin de Paris, Dr Poumiès de la Siboutie, Plon et cie, Paris, 1910, p. 231 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; Chronique de juillet 1830, Rozet, Paris, Barrois et Duprat, 1832, tome 1, p. 6, 9 ; Révolution de 1830, son caractère légal et politique, Jugement prononcé par M. Ganneron, président du tribunal de commerce, le 28 juillet 1830, M. Dupin, Paris, Joubert, 1835, p. 53 ; Tableau dramatique de la justice au XIXe siècle, tome Ier, chez Surcy et Camus, Paris, 1847, p. 236 ; Souvenirs dun médecin de Paris, Dr Poumiès de la Siboutie, Plon et cie, Paris, 1910, p. 204 ; Le Parti libéral sous la Restauration, Thureau-Dangin, Plon, Paris, 1888, p. 174-176.

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