Mery, Eugène
Biographie
Né le 6 août 1798 à Paris. Enfant de troupe (son père était aide de camp du général Gouvion-Saint-Cyr et fut tué en Calabre), il avait un frère qui était chef de bataillon au 108e de ligne et qui fut tué à Waterloo. Eugène Mery avait vingt ans de service actif, douze blessures et avait été décoré à seize ans, quand il quitta le service en 1827, comme adjudant dans la garde royale. Il était commis de roulage en 1830. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIIe arrondissement, sous-préfecture de Saint-Denis. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de l’arrondissement de Saint-Denis. Il prêta son serment de décoré de Juillet, le 25 mai 1831 à la sous-préfecture de Saint-Denis. Ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il reçut sa croix le 24 juin 1831 (il signé le registre de la sous-préfecture au nom de Mery, Eugène mais le registre était établi au nom de Mery, Anateille, Georges, Eugène, Ferdinand). En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la sous-préfecture de Saint-Denis, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1839, fréquemment malade, père de cinq enfants, adjudant major au 1er bataillon de la XIIe légion de la garde nationale depuis 1830, il sollicita un secours. Il fut « blessé le 24 février 1848, en remplissant une mission d’ordre ». Il attesta (et il signe bien Méry), après la Révolution de Février, en faveur de Duruy, Melchior, Arcel (voir ce nom), « que le citoyen Duruy m’a accompagné comme escorte pour lire les proclamations du gouvernement provisoire alors qu’il y avait peut-être quelque danger à le faire ». Sa conduite pendant le 15 mai 1848 fut attestée ainsi par des gardes nationaux de sa légion : « Nous soussignés gardes nationaux de l’ex-XIIe légion certifions que le 15 mai 1848, au premier bruit d’invasion de l’Assemblée nationale, M. Mery adjudant major se rendit à la mairie. Là, il reçut l’ordre, signé Garnier-Pagès, de faire battre le rappel. Il transmit cet ordre au maire et au major, qui l’annulèrent et refusèrent de le faire exécuter. Sur l’insistance de M. Mery, il fut menacé de mort ou au moins d’être fusillé le lendemain. Loin de céder ou de reculer devant ces menaces, M. Mery redoubla d’énergie, parvint à rallier à lui les gardes nationaux présents qui alors, le secondèrent, fit battre le rappel, rassembla la légion et la conduisit au secours de l’Assemblée nationale où, malgré son éloignement, elle arriva une des premières et d’où, l’ordre rétabli, elle fut dirigée sur l’hôtel de ville dont la garde lui fut confiée pour cette nuit. M. Mery a été nommé major, à cette occasion. Je soussigné, certifie que le 16 mai 1848 à deux heures environ de l’après-midi M. Mery alors adjudant major a fait battre le rappel malgré l’ordre contraire qui était donné par le major de la XIIe légion, le sieur Maillard, et qu’à la suite d’une vive altercation entre ces deux officiers dont j’ai été témoin rue des Ursulines, au moment où je me rendais à mon poste comme capitaine d’état-major général appartenant à la légion de cavalerie, M. Mery a continué à faire battre le rappel et a accompagné le tambour. En faisant battre le rappel, M. Mery savait bien que Barbès, alors colonel de la XIIe légion, avait formellement défendu à son major, M. Maillard, de convoquer la garde nationale. » De même plusieurs gardes nationaux ayant participé à la répression des journées de juin 1848 lui délivrèrent le certificat suivant : « Nous soussignés […] certifions et attestons que le M. Mery major de la XIIe légion a, dans la journée du 23 juin 1848, été constamment à la tête des hommes d’ordre, avec lesquels il a attaqué et pris plusieurs barricades. La nuit venue et rentré à la mairie dont il prit le commandement, il la mit à l’abri d’une invasion des insurgés. Resté seul officier supérieur, dans la matinée du 24, il forma sa petite troupe d’environ cent cinquante hommes, attaqua et enleva les barricades qui le séparaient du Panthéon, coopéra efficacement à la prise de ce boulevard de l’insurrection, puis, sous les ordres du général Damesne et ensuite sous ceux du colonel Thomas, il prit part à l’enlèvement de toutes les barricades du quartier, qu’il aborda toujours un des premiers. Blessé au commencement de l’action, M. Méry est resté au feu jusqu’à la nuit et n’est rentré que lorsque l’ordre de rallier le Panthéon fut donné. Nous devons à la vérité d’attester que l’exemple donné par M. Méry, son énergie et son sang-froid ont contribué au succès des diverses attaques contre les insurgés. » Signé, le 21 mars 1853 (tous résidant dans le ancien XIIe arrondissement) : Boisduval, ex-chirurgien-major ; Schlesinger-Rahier, professeur, chevalier de la Légion d’honneur ; Jubé, Félix, chef d’institution ; Adler-Menard, maître de conférences à l’Ecole normale ; Chaix, XIIe mairie ; Marye, ex-adjoint ; Hamelin à l’Ecole normale ; Ranc, François, chevalier de la Légion d’honneur ; Arthaud, ancien secrétaire de la XIIe mairie ; Montecharmont, employé à la XIIe mairie ; Blanchemain, J.-B. ; Blanchemain, Prosper ; Hibner ; Lesage, administrateur du bureau de bienfaisance, chevalier de la Légion d’honneur ; Prat-Marca, professeur au collège Rollin ; Nau-Beaupré ; Grimonpré, trésorier du bureau de bienfaisance. Et cet autre, témoignant de sa même participation à la répression de l’émeute de juin 1848 : « Nous, soussignés, officiers et gardes nationaux de la XIIe légion, combattants de juin 1848 pour la cause de l’ordre, certifions que, appelés par le major, M. Mery, afin de l’éclairer dans un travail qu’il avait à faire de propositions de nominations dans l’ordre de la Légion d’honneur en faveur de ceux qui s’étaient distingués dans les malheureuses journées des 23 et 24, nous avons invité cet officier supérieur à se porter sur l’état de propositions comme ayant constamment marché à notre tête et donné partout l’exemple du courage et du dévouement ; qu’il s’y est refusé en disant qu’il ne pensait pas qu’il fût convenable à lui de se porter sur un état de propositions que lui-même devait signer ; que le nombre de récompenses étant limité il ne voulais pas en priver un de ceux qui l’avait méritée et qu’enfin il se trouvait suffisamment récompensé par l’assentiment de ses concitoyens et la certitude d’avoir fait son devoir. » Signé, le 6 avril 1853 : Schlesinger-Rahier, ex-garde national de la XIIe légion, professeur, chevalier de la Légion d’honneur ; Lesage, ex-officier du 2e bataillon de la XIIe légion, chevalier de la Légion d’honneur, administrateur du bureau de bienfaisance du (ancien) XIIe arrondissement. Le 6 mars 1852, le préfet de l’Orne, ancien maire du (ancien) XIIe arrondissement, lui délivra le certificat suivant : « Nous, baron Clément, ancien officier de cavalerie, chevalier de la Légion d’honneur, préfet de l’Orne, attestons que pendant neuf ans nous avons été soit comme officier de l’état-major général des gardes nationales de la Seine soit comme maire du XIIe arrondissement de Paris, en rapport de service avec M. Mery, ex-major de la XIIe légion de Paris, et avons toujours trouvé en lui un bon citoyen et un ferme soldat. De 1843 au 24 février 1848, comme membre de la commission chargée d’examiner les majors et adjudants-majors, nous avons pu juger de l’exactitude dans le service et de l’instruction militaire du capitaine Mery, adjudant-major depuis 1830. De 1848 au 1er octobre 1850, comme inspecteur général adjoint de l’armement, nous avons pu apprécier le zèle, l’aptitude comme comptable de M. Mery, devenu major pour sa conduite le 15 mai 1848. Enfin, en 1850 et 1851, nous avons en toutes circonstances, notamment le 4 décembre 1851, trouvé comme maire du XIIe dans le major Mery, un auxiliaire dévoué, énergique, intelligent. » En 1853, privé de sa place d’adjudant major par suite du licenciement de la garde nationale, il sollicita un secours de cent francs, un secours de cinquante francs en 1854. En 1856, les renseignements de police pris sur son compte précisaient : « Méry est concierge de la caserne Napoléon ; il tient de plus la cantine impériale. Cet homme est marié, il a six enfants. L’aîné vient d’avoir son congé comme caporal au 1er régiment de zouaves, il fait en ce moment son stage dans l’administration des télégraphes à Lille. Le second est au 62e de ligne, le troisième est à Saint-Cyr. Une fille à la Légion d’honneur à Saint-Denis, un fils en apprentissage chez un fabricant de papiers peints, le dernier à quatre ans. […] Il est resté longtemps major dans la garde nationale du XIIe arrondissement et, après le licenciement de cette légion, il est entré comme concierge de la caserne où il est aujourd’hui et depuis trois ans. Sa femme s’occupe de la cantine impériale de la caserne Napoléon ; elle a à son service deux servantes et une nièce de dix-huit ans, qui est restée orpheline. L’intérieur annonce l’aisance ; il dit que le secours qu’il sollicite est pour son fils aîné qui fait son stage à Lille dans l’administration des télégraphes. En somme le fixe de la place du sieur Mery, les bénéfices nets de la cantine, sa pension et sa croix payées, lui donnent un chiffre de cinq mille francs par an au moins. » Il reçut cent francs de secours en 1853 et cinquante francs en 1854. Il demeurait aux Batignolles en 1831 ; 12, rue d’Ulm en 1839 ; 13, rue des Fossés-Saint-Jacques en 1853 ; caserne Lobau, rue Napoléon de 1854 à 1856. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris DM13 1, décoration de Juillet, arrondissement de Saint-Denis, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet de l’arrondissement de Saint-Denis ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Saint-Denis ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, arrondissement de Saint-Denis ; Archives nationales F/1dIII/66 ; Archives de la préfecture de police AA 387 in dossier Duruy, Melchior, Arcel.