Méry, Joseph
Biographie
Originaire de Marseille. Poète satirique et journaliste, il est l’auteur avec Barthélemy (voir Barthélemy, Marseille, Auguste), en 1826, d’un pamphlet qui connut un succès triomphal, La Villéliade (du nom du président du Conseil, Villèle), puis de La Corbiéride (du nom du ministre de l’Intérieur) et de La Peyronnéide (du nom du ministre de la Justice). Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Barthélemy, et ainsi rédigé sur les démarches que firent les étudiants de décider les députés à rejoindre l’insurrection et rapportés par Achille Comte à Alexandre Dumas au matin du 27 juillet : « Le quartier des écoles est en pleine insurrection... Seulement les étudiants sont furieux. – Contre qui ? – Mais contre les grands meneurs, Laffitte, Casimir-Perier, La Fayette... Ils se sont présentés hier chez ces messieurs : les uns leur ont dit de se tenir tranquilles, les autres ne les ont pas même reçus... Et, tenez, Barthélemy (voir Barthélemy, Marseille, Auguste) et Méry vous donneront des détails là-dessus. Ils y étaient avec leurs poches pleines de poudre qu’ils avaient achetée chez un épicier. » Il est l’auteur avec Barthélemy de L’insurrection, parue chez Dénain. Dans la chronique de l’époque, on peut lire : « L’Insurrection ! tel est le titre d’un poème qui va paraître chez Denain avec cette épigraphe : Et nunc intelligite reges. » « Le Tricolore, chant national, extrait du poème nouveau de MM. Barthélemy et Méry, dont nous rendons compte aujourd’hui, a été chanté ce soir sur le théâtre national du Vaudeville. La dernière strophe, composée dans la soirée par les auteurs depuis la publication, paraîtra imprimée dans la seconde édition, qui ne se fera pas attendre. » Le National du 10 août 1830 publia sur L’Insurrection la critique suivante : « MM. Barthélemy et Mery, soldats, comme tout le monde, pendant deux jours, n’ont quitté le fusil qu’après la victoire. Citoyens, il se sont battus ; poètes, ils chantent après le combat, et jamais, ni dans leurs satyres énergiques contre nos misérables oppresseurs, ni dans leur épopée nationale, leurs muses fraternelles n’ont été mieux inspirées. L’Insurrection n’est pas un poème régulier ; elle n’a pas été conçue comme une œuvre littéraire : c’est une ode fougueuse et désordonnée écrite sous la dictée d’un profond et saint enthousiasme. Nous l’avons lue, sentie, admirée ; Paris et la France la liront et l’admireront ; la jugera qui voudra ; mais celui-là sera bien à plaindre qui songerait à faire de la critique à propos d’une telle improvisions et sur un tel sujet ! Quant à nous, nous ne pouvons que rendre grâce à nos deux jeunes poètes : ils ont chanté dignement les événements de la grande semaine. […] MM. Méry et Barthélemy […] ont peu songé au style, à l’arrangement, au métier ; ils ont cédé à leur émotion, augmentée de celle d’un million d’hommes ; ils étaient comme nous, à la fusillade en faisant leurs vers, en en rendant compte nous songeons à tout excepté au poème. » On peut lire à son sujet les faits suivants : « Après la révolution de Juillet, on lisait dans quelques feuilles de Paris et de la province, et l’on affirmait même verbalement, que M. Méry travaillait à la Gazette de France [journal ultra-royaliste, N.D.A]. La calomnie était forte, aussi on y ajouta foi. Ce journal fut signé pendant quelque mois du nom de Méry ; c’était le gérant responsable de la Gazette. Mon collaborateur et ami ne démentit pas ce bruit qu’avait fait naître une conformité de noms. Quelque temps après, tous les journaux annoncèrent que M. Méry avait été nommé bibliothécaire ; c’était encore un faux bruit qui n’a pas encore été démenti. M. Méry s’est retiré du monde politique et littéraire depuis la révolution de Juillet. Avant de commencer avec moi sa carrière poétique, il en avait fourni une plus orageuse dans un pays et à une époque de fanatisme. Il avait fondé, à vingt ans, avec Alphonse Rabbe et M. Reynard, la Presse constitutionnelle à Marseille ; il avait subi trois procès politiques et deux condamnations à plusieurs mois d’emprisonnement. Arrivé à Paris, il écrivit dans presque tous les journaux de l’opposition, et partagea de plus tous mes travaux. Il a perdu sa santé à cette vie de labeur, et quand Juillet est venu, il n’a rien demandé ni à la Commission des condamnés politiques, ni à celle des récompenses nationales, ni aux ministres. » Sources : Ma justification, Barthélemy, Perrotin éditeur, 1, rue des Filles-Saint-Thomas, 1832. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, sixième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1868, p. 101 ; On lit dans L’Ami de la religion et du roi, journal politique, ecclésiastique et littéraire, le 23 juillet 1831, p. 571, l’article suivant où il est fait mention de Méry : « Le sieur Méry, le collaborateur de Barthélemy pour La Villéliade, se plaint dans le National de ce que le 14, pendant qu’il s’entretenait avec un décoré de juillet, un ouvrier se jeta sur eux, en leur disant qu’on leur ferait bien ôter leur cocarde tricolore, puisqu’elle ôte le pain aux ouvriers. » Dans ses Mémoires, le comte de Salaberry, ultra-royaliste, écrivit tout le mal qu’il pensait de Méry : « L’esprit révolutionnaire de 93 s’unit à l’esprit révolutionnaire bonapartiste, anarchiste, orléaniste, avec autant d’effronterie et d’impunité dans les vers que dans la prose. Tels fils de buveurs de sang sont, sur le contrôle de la faction, au rang des poètes : parmi ces petits misérables, je ne signalerai qu’un des collaborateurs des Sidiennes, des Jésuites, de l’Epître au président Séguier, de la Villeliade. Ce petit gueusasse appelé Méry, qui a du talent pour la versification et applique avec esprit, mais sans invention, ses réminiscences d’Horace et de Virgile, est digne en tout de la faction qui le soudoie et l’applaudit. C’est le rejeton franc d’une mauvaise souche : son coquin de père était membre du comité révolutionnaire de Vendôme, serrurier faiseur d’horloges ; il était aussi mauvais Français que bon ouvrier. Le fils a donc pour talent et pour existence de mettre en assez bons vers de mauvaises pensées ; Saint-Lazare le réclamerait, comme ses maîtres Béranger, Jouy, Etienne et autres lauréats carbonari, s’il y avait un Saint-Lazare et une justice royale. Si le poète Méry a de l’ambition, il a ce qu’il faut d’esprit et l’esprit qu’il faut pour aller aux galères à trente ans. » Le National, 2, 9 août 1830 ; Le Journal du commerce, 3 août 1830 ; Le Constitutionnel, 9, 11 août 1830 ; Le Temps, 9 août 1830 ; Ma justification, Barthélemy, Perrotin éditeur, 1, rue des Filles-Saint-Thomas, 1832. Le Courrier français, 11 août 1830 ; Le Moniteur universel, 13 août 1830 ; Souvenirs politiques du comte de Salaberry sur la Restauration (1821-1830), publiés pour la Société d’histoire contemporaine, par le comte de Salaberry son petit-fils, Paris, Picard, 1900, livre III, p. 78-79.