Meunier, Pierre, François

Biographie


Né le 5 janvier 1814 à La Chapelle-Saint-Denis (Seine), où ses parents y étaient commissionnaires aubergistes. Au bout de quelques années, leur commerce réussissant mal, Meunier père et sa femme durent quitter leur état. Ils se séparèrent. Abandonné à lui-même, le père se fit d’abord cocher de cabriolet puis devint ensuite simple commissionnaire de place et tomba rapidement dans un état voisin de la misère ; sa femme fut recueillie et aidée par son frère, le sieur Barré, négociant en sellerie, 30, rue Montmartre, qui s’occupa aussi du jeune Pierre, alors âgé de cinq à six ans, et qui fut pour lui comme un second père.

Meunier apprit successivement les états de graveur en musique, de chapelier, de sous-maître dans une institution, d’imprimeur en taille douce, de commissionnaire en quincaillerie. Entre chaque apprentissage, il trouvait un refuge dans la maison de Barré, qui, en attendant qu’il prît quelque nouvelle décision, l’employait à emballer ou à déballer les marchandises et à faire les courses de la maison.

Il participa à la révolution de Juillet. « J’ai fait les barricades seulement », affirma-t-il. Il reste un autre témoignage de la participation de Meunier : « Je travaillais avec Meunier dans les ateliers du sieur Marguerie, à l’époque des événements de 1830. Le 27 juillet de cette année, il m’a accompagné dans la rue, lorsque j’y descendis. Une charge exécutée par des gendarmes contre le peuple ayant eu lieu, Meunier, comme beaucoup d’autres, prit des pierres et leur en jeta ; je le perdis dans la foule et je ne sais ce qu’il est devenu jusqu’au moment où je l’ai retrouvé chez le sieur Marguerie quelques jours après. » Meunier partagea les mêmes désillusions que d’autres combattants : « D’abord la pensée m’est venue comme à beaucoup d’autres que ce serait le fils de l’Empereur qui remplacerait la branche aînée. »

Il ne participa pas aux différentes émeutes qui suivirent la révolution de 1830 et, en 1833, on le vit même s’indigner devant des caricatures politiques qui étaient exposées dans la vitrine du lithographe Aubert, passage Vérot-Dodat. Il fit le pari d’aller seul briser la devanture de la boutique et d’en arracher les caricatures et il fallut que son employeur, l’imprimeur Marguerie, l’en empêchât et lui fît sentir l’inopportunité d’une telle démarche, qui ne pouvait que lui causer des désagréments. En avril 1834, sans pourtant appartenir à aucune société secrète ni à aucune association, il tenta de rejoindre les émeutiers, espérant, pour pouvoir se battre, ramasser les armes d’un combattant tombé ; mais, bien qu’il se fût levé de bonne heure, il ne put approcher des quartiers où se déroulaient les combats, la troupe ayant barré toutes les rues avoisinantes pour isoler les républicains. Il dut rebrousser chemin.

Il fut en 1836 arrêté pour avoir tiré contre le roi et traduit devant la Cour des pairs. Ce fut au cours d’un des séjours dans la boutique de son oncle, pendant l’hiver 1835-1836, qu’eut lieu un curieux épisode de tirage au sort, qui devait désigner celui qui tirerait sur le roi. Dans le magasin, trois commis dont Meunier étaient occupés à faire l’inventaire de fin d’année. Vers minuit, alors qu’ils s’étaient groupés autour du poêle pour se chauffer et qu’ils buvaient un verre de vin et mangeaient un bout de pain, leur conversation roula sur les prisonniers politiques. On tomba vite d’accord que le seul moyen de les délivrer ou d’adoucir leur sort était encore de tuer le roi. Deux des commis proposèrent alors de tirer au sort celui qui irait attenter à la vie de Louis-Philippe. On trouva très vite trois morceaux de papier, qu’on plia ; on plaça à l’intérieur de l’un d’entre eux une boulette de pain, qui devait désigner celui qui tomberait au sort, on mit ces trois papiers au fond d’un chapeau et le hasard désigna Meunier.

Meunier dira être devenu peu à peu républicain et que, au moment du tirage au sort, ils agissaient « pour la république, et nous étions bien d’accord là-dessus ». A l’instruction du procès, il affirma : « Il n’y a pas autre chose qui m’ait déterminé à commettre mon crime que cela [le tirage au sort, N.D.A.] et ma haine contre le gouvernement, comme étant d’un parti opposé. [...] J’étais républicain, quoique je n’appartinsse à aucune société secrète ; et, quand le sort m’a eu désigné, cela a fait ressortir cette haine plus fortement en moi. »

Après plusieurs tentatives vaines de poignarder le roi, et à l’occasion desquelles Meunier allait des Tuileries jusqu’à Neuilly, un couteau de sellier dans la poche, l’attentat eut lieu le 27 décembre 1836. Ce jour-là, Meunier tira un coup de pistolet à huit pas de la voiture du roi, alors que ce dernier quittait le palais des Tuileries. Le roi ne fut pas touché. Meunier, aussitôt interrogé par le procureur, reconnut son crime mais refusa de décliner son nom et sa qualité, dit qu’il y avait six ans qu’il méditait son crime, qu’il avait agi par vengeance et qu’il était déterminé à mourir. « J’avais juré, le 9 août 1830, de faire ce que j’ai tenté de faire aujourd’hui », affirma-t-il ; et comme le procureur lui objectait : « Mais, le 9 août 1830, vous ne pouviez avoir aucune raison de tuer le roi ? », il précisait : « Je vous demande pardon : c’est le jour de sa nomination au trône. »

Mais Meunier fut rapidement dépassé par son crime. Il fut bientôt tourmenté par les remords, et l’instruction du procès révéla rapidement l’existence d’un tirage au sort et la fragilité psychologique de l’accusé.

Il fut condamné à la peine de mort, mais gracié quelques jours plus tard. Une loi d’amnistie vint encore rabaisser sa peine en mai 1837. Louis-Philippe effaça les peines des détenus condamnés pour crimes et délits politiques et commua en dix années de bannissement celle prononcée contre Meunier.

Meunier, comme Boireau, choisit les Etats-Unis pour s’exiler. Les journaux du 7 octobre 1837 relataient les faits suivants : « L’arrivée aux Etats-Unis du brick de guerre, le Laurier, capitaine Doret, qui porte Boireau à son bord, et celle du brick Lapeyrouse, qui porte Meunier, a donné lieu à une opposition assez vive de la part des populations. Les autorités s’en sont mêlées, mais en sens divers. Le maire de New York a fait prévenir le commandant du Laurier que le salut d’honneur ne lui serait pas rendu par la terre ; le commandant de la frégate la Constellation a, au contraire, échangé le salut avec le Lapeyrouse. Là-dessus s’est élevée dans les journaux américains une polémique violente. Les uns approuvant le maire de New York, les autres le commandant de la Constellation. »

Meunier fut débarqué sur la grève de Pentacole et laissé là : « Va où tu veux, tu es libre », lui dit-on. Il rejoignit Bâton-Rouge, y travailla quelque temps et devait mourir, peu de mois après. Archives nationales CC 704 à 718 ; la Gazette des tribunaux, 22 avril 1837 ; lEpopée des régicides, Passions et Drames, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000.

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