Michaut, François

Biographie


Né au Châtelard (Savoie). Ancien militaire, chevalier de la Légion d’honneur, devenu passementier. Il combattit, armé d’un fusil, pendant les journées de Juillet et fut blessé à la jambe par la chute de pavés d’une barricade. D’abord soigné durant deux mois à son domicile, il fut finalement transporté à l’hôpital Saint-Louis, où il mourut le 8 mars 1831. Il avait reçu, après la révolution, un total de trois cent quatre-vingt-quinze francs de secours auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, mais aussi auprès du (ancien) Ve arrondissement (dans lequel les enfants furent au départ admis comme orphelins). Le 25 mars 1831, devant le juge de paix du (ancien) Ve arrondissement, comparurent : Jeannet, Lucien, né vers 1804, commis négociant, demeurant 11, rue de Grenelle-Saint-Honoré ; Roch, Jean-Baptiste, né vers 1784, marchand de meubles, demeurant 37, rue Beauregard ; Vaudran, Alexandre, Xavier, né vers 1804, marchand épicier, demeurant 13, rue Beauregard. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Michaut, François et savoir « que le 28 juillet 1830 ils l’ont vu, vers le midi, sortir de chez lui armé d’un fusil et l’ont entendu manifester l’intention d’aller prendre part aux combats qui ont illustré cette époque et s’associer aux défenseurs de la liberté ; que le même jour il a été rapporté à son domicile, blessé à la jambe gauche par suite d’une chute dans les pavés d’une barricade ; qu’après avoir reçu chez lui pendant environ deux mois des soins inutiles il a été transporté à l’hospice Saint-Louis, où il est décédé le 8 du présent moi ». Il laissait une concubine, Debaizieux, Cécile, Justine, Joséphine ou Josèphe, (mais Cécile, Justia, Joseph, Debonsieux dans un acte du conseil de famille in Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, dossiers individuels) (Debaissieux, Cécile, Justine, Josèphe in Archives nationales F/1dIII/35 B ; Debaisieux, Justine, Joséphine in Archives nationales F 9 1157 ; Debaisieux, Cécile, Justine, Joseph in Archives nationales F/1dIII/38 B et in Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusquau 31 décembre 1831) née le 27 janvier 1792 (mais aussi le 1er janvier 1792 une fois sur deux in Archives nationales F/1dIII/35 B) à Tournay (Pays-Bas), marchande de jouets, qui fut pensionnée de cinq cents francs (sous le nom de Debaisieux, Cécile, Justine sur les listes du Moniteur universel) et à qui fut accordée (sous les prénoms de Cécile, Justine, Josèphe) par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes ; et avec laquelle il avait eu quatre enfants, dont deux étaient encore vivants, qui furent pensionnés et à qui fut accordée par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes : Victor, François, né le 24 mai 1823, François, Adolphe, né le 14 octobre 1828, tous deux à Paris. Le conseil de famille des orphelins était composé de la mère et de Frick, Jean-Jacques, tailleur, subrogé-tuteur, demeurant 4, rue Notre-Dame-de-Recouvrance en 1831, qui était décédé en 1833 (mais sous l’adresse du 8, rue Notre-Dame-de-Recouvrance in Archives de Paris VD6 559 n° 1). Le nouveau conseil de famille fut constitué, avec du côté paternel : Chataing, Come, Damien, instituteur, demeurant 156, rue de Paris à Belleville, en qualité d’ami, nommé nouveau subrogé-tuteur ; Longepier, Amable, chef d’institution, demeurant 27, rue de Romainville à Belleville, en qualité d’ami ; Imbault, Alexandre, ancien militaire, demeurant ruelle des Panoyaux dans la rue des Amandiers à Belleville ; et du côté maternel : Salles, Jean, Théodore, négociant, demeurant 3, rue de Sèze, en qualité d’ami ; Berger, Eloi, médecin, demeurant 3, rue de Sèze, en qualité d’ami ; Hemier, Jean-Baptiste, Eloi, tailleur, demeurant 136, rue de Paris à Belleville, en qualité d’ami. Victor, François, placé à l’école de commerce, des arts et métiers de Charonne, reçut trois cents francs pour ses frais de trousseau en 1832. Vers 1832, la Commission de surveillance spéciale des orphelins et orphelines de Juillet le jugeait d’un « caractère doux » et rapportait à son sujet : « Progrès remarquables. Cet enfant annonce de la facilité. Il ira fort bien. » Par un testament en date du 1er mai 1832, le baron Chambon, Claude, Gaudérique, Joseph, Hiérome, ancien commissaire ordonnateur des armées sous l’Empire, demeurant 11, rue du Petit-Vaugirard, « applaudissant aux principes qui ont dirigé la révolution de Juillet et voulant lui rendre un hommage durable » fit un legs en faveur de vingt orphelins ou orphelines du (ancien) Xe arrondissement, de quatre du (ancien) XIe arrondissement et de trente du (ancien) XIIe arrondissement, laissant, pour chacun d’entre eux, une somme de six mille francs (sans qu’on connaisse les critères de sélection choisis à l’établissement de la liste). Quand le baron Chambon mourut, le 26 septembre 1833, le testament fut attaqué par ses neveux, sous le prétexte que « le défunt aurait eu en les dépouillant de son héritage, cédé à des sentiments d’inimitié et de colère ». Puis, finalement, ces neveux se désistèrent, ouvrant alors les droits des orphelins. Victor, François fut de ceux-là (sans qu’on sache pourquoi son frère ne fut pas compris sur la même liste de légataires). Pour chacun des orphelins la somme fut convertie en deux cent cinquante-six francs de rente à 5 %. François, Adolphe fut pensionné de sept cents francs en 1836. La police donna sur Cécile Debaizieux, le 21 juillet 1831, les renseignements suivants : « La demoiselle Debaizieux a quitté l’appartement qu’elle occupait rue Beauregard, n° 37, ainsi que celui de la rue Saint-Martin, n° 243, mais elle a laissé de sa personne une opinion favorable sous le rapport de la conduite et de la moralité. Elle paraissait dans une position de fortune très gênée, surtout que depuis la mort de son ancien ami Michaux elle s’est trouvée privée de son appui et chargée de deux enfants de cinq et six ans, fruits de ses liaisons avec le défunt ; réduite aux très modiques ressources que lui procure la vente de jouets d’enfant, qu’elle tient en étalage sur les boulevards. Ses intimités avec Michaux remontaient à neuf ans. On s’intéresse à la position de cette femme qui, disent les voisins, par sa moralité et autres vertus privées, est digne d’un sort meilleur. » Le placement de Victor, François par la commission municipale, qui était chargé de l’éducation des enfants de combattants tués, fut l’objet de graves différents entre la mère des enfants et la mairie, la mère se refusant à se séparer de ses enfants. Le 6 juin 1832, la mère adressait la lettre suivante à Imbert, maître des requêtes au Conseil d’Etat : « Pardonnez si j’ose m’adresser à vous, sans avoir l’honneur d’être connue de vous, mais l’éloge que l’on fait de votre bonté me fait espérer que vous daignerez écouter les prières d’une mère infortunée. La commission de surveillance du (ancien) Ve arrondissement exige de moi un sacrifice impossible. Je viens de recevoir l’ordre, sans mon aveu, de tenir mon fils prêt pour le 15 de ce mois. Monsieur, cette séparation est au-dessus de mes forces. Cet enfant, qui est d’une douceur, d’une bonté, d’une sensibilité extraordinaires, ne vivrait pas longtemps séparé de sa pauvre mère. Monsieur, je n’ai que mes enfants au monde. Ils sont toute ma consolation et l’on veut m’enlever mon fils, l’image vivante de son pauvre père. Non cette loi n’existe pas, elle est hors de la nature, elle serait cruelle, elle serait barbare. Je ne consentirai jamais à me séparer de mes enfants. Je renonce de bon cœur à sa pension. J’ai une petite boutique qui me rapporte trois et quatre francs par jour. Avec cela et de l’économie et de la conduite je pourrai donner à mes enfants une bonne éducation et j’en ferai, j’ose l’espérer, de bons fils et de braves citoyens. Que l’on surveille mes actions et l’on verra si je suis capable d’élever des enfants. Je l’avoue, je croyais que c’était la mission de la Commission de surveillance mais je me suis trompée et quoi qu’il en soit je renonce à la pension de mon fils. Je vous demande en grâce Monsieur que l’on me laisse tranquille puisque je me demande rien. Toutes ces secousses me rendent malade. Puis-je espérer Monsieur que vous prendrez ma demande en considération. » Le 11 juin 1832, le service de sous-surveillance des orphelins et orphelines de Juillet adressait la lettre suivante au maître des requêtes : « D’après l’invitation que j’ai reçue de vous, je me suis transporté hier et ce matin chez Mme veuve Michaut rue du Faubourg-Saint-Martin n° 108. J’éprouve le regret de vous annoncer que, malgré toutes mes observations, elle persiste dans la résolution de renoncer plutôt à la pension de ses enfants que de s’en séparer à ce jour. Cette dame m’a donné d’assez bonnes raisons pour me faire craindre que l’intervention de M. le maire du (ancien) Ve arrondissement ne soit pas plus heureuse en résultats que la mienne. J’ai cru même entrevoir qu’elle avait été un peu brusquée à la commission municipale et qu’on lui avait interdit toute observation, en la menaçant de la priver de la pension de ses fils, ce qui lui avait donné l’idée de la renonciation qu’elle vous a fait connaître. Peut-être eût-elle cédé aux sollicitations de M. le président de la commission si on avait placé son fils dans une pension près d’elle ; mais lui ayant imposé l’établissement de Charonne, elle n’a pu se décider à se séparer d’un enfant fort délicat et qui, quels que soient les soins dont il serait entouré, ne pourrait recevoir tous ceux d’une mère. Ce jeune enfant est en demi-pension. Il est fort doux et, quoique peu avancé pour son âge, ce qui tient à la faiblesse de sa santé, donne quelques espérances à son maître. La veuve Michaut est prête à faire tous les sacrifices possibles pour lui donner, ainsi qu’à son autre fils, une bonne éducation, mais elle ne peut se résoudre à les laisser éloigner d’elle. Elle demande en grâce qu’on lui laisse son fils aîné pendant une année ou deux. Pendant ce temps sa santé s’améliorera et son tempérament deviendra plus fort. Maintenant, s’il mettait permis, Monsieur, de hasarder quelques réflexions je dirais que puisque dans plusieurs arrondissements les parents ont obtenu la faveur de garder chez eux, des enfants au-dessus de sept ans je pense que la commission municipale du (ancien) Ve arrondissement ne peut imposer tel ou tel établissement à une femme qui, quoique peu fortunée et ayant éprouvé de grands malheurs, ne négligera rien pour l’éducation de ses enfants et qui sentant le besoin de cette éducation, seule fortune qu’elle puisse leur laisser ne s’opposera plus dans quelque temps aux vues paternelles du gouvernement. » Le 19 juin 1832, elle adressait cette nouvelle lettre : « Pardon, mille fois pardon si je prends encore la liberté de vous écrire mais la bonté avec laquelle vous avez daigné écouter ma première prière me fait espérer que vous ne serez pas sourd à ma douleur. Monsieur je reviens de la commission et le désespoir est dans mon âme. Jamais la créature la plus vile ne fut traitée avec plus de mépris. Chacune de leurs paroles ont déchiré mon cœur. Quelle différence avec la personne que vous avez eu la bonté de m’envoyer ! Sa douceur, sa bonté resteront éternellement gravées dans mon cœur. Ah ! si ces messieurs avait agi de la même manière, nous nous serions entendus ; ils auraient regardé de manière toute différente ma tendresse pour mes enfants. Ils auraient été sensibles à ma prière. Mais non, sans même se donner la peine de prendre aucune information sur ma conduite. “Je veux, dit-il, que cet enfant soit placé. Si vous êtes rebelle à nos ordres cest que voulez-vous remarier.” Si je voulais contracter un nouvel engagement ne serait-ce pas une raison pour me débarrasser de mes enfants. Hélas, la perte que j’ai faite est irréparable. Mes enfants sont mes seuls amis, toute ma société, tout mon univers, et la conduite des membres de cette commission ne me fera pas changer de sentiment. Maintenant ces messieurs prétendent que je n’ai pas de droit à la pension et qu’ils me la feront perdre. Ainsi le jury médical auquel mon mari a passé dix jours avant sa mort s’est trompé ? Le jury interrogatoire qui s’est transporté à Saint-Louis quatre jours avant qu’il n’eût cessé de vivre s’est également trompé ? La déclaration d’un brave décoré de la Légion d’honneur, qui a servi son pays dix-sept ans, sa déclaration, dis-je, au lit de la mort, ne sont que des impostures ? Les certificats du bon M. Pinet illisible, qui a soigné mon mari depuis qu’il fut blessé jusqu’au 23 septembre, où il est entré à Saint-Louis, les personnes qui ont attesté les faits devant monsieur le juge de paix, ce sont donc des imposteurs ? Enfin, la commission des récompenses nationales après un travail d’une année s’est encore trompée ? Ainsi ce jury médical composé des plus célèbres médecins de la capitale ne savait pas ce qu’il faisait ? et tout cela parce que l’acte de décès ne dit pas que mon pauvre mari est mort des suites de ses blessures. Cependant toutes mes pièces ont été remises à la Commission des récompenses nationales par la commission municipale. Nul doute que l’acte de décès a été donné de même et que la Commission des récompenses nationales l’a trouvé valable. Je ferai encore observer que toutes les pièces ont été données du vivant de mon pauvre mari. Aucune pièce relative à ses blessures ne m’ont été demandée depuis excepté l’acte de notoriété. Ainsi ces messieurs veulent punir la tendresse d’une mère pour se venger. D’où peut donc venir tant d’animosité ? on m’a dit que vous aviez renvoyé ma lettre ainsi que je ne devais plus compter sur votre protection. Monsieur, je ne le crois pas, votre bonté m’est un sûr garant du contraire. J’ose espérer que vous n’abandonnerez pas une pauvre mère, qui n’a sur terre aucun appui. Vous aurez la bonté de me laisser mon fils encore une couple d’années. Cet enfant alors aura plus de force et de raison. Ce que je vous demande n’a rien de ridicule. Mon fils étant peu avancé, on ne lui apprendra rien de plus pour le moment en pension qu’en demi-pension et on lui fera, sans dommage pour son éducation, un bénéfice de huit cents francs puisqu’on donne trois cents francs aux parents. Monsieur, je vous en supplie, ne refusez pas ma prière. Ma reconnaissance sera éternelle. » Victor, François, fut placé l’école des Arts et Métiers de Charonne et, en 1832, son bulletin de surveillance spéciale des orphelins et orphelines de juillet rapportait sur son compte : « Entré depuis un mois en pension, cet enfant commence à surmonter le petit chagrin qu’il avait éprouvé lors de sa séparation d’avec sa mère ; il a quelques moyens, j’espère qu’il fera des progrès, il commence à lire. » Puis un peu plus tard : « On est fort content de la conduite et de l’assiduité du jeune Michaut, qui au bout de deux mois d’étude a remporté le premier prix de lecture dans sa division. » Mais en 1833, la mère de l’enfant, ainsi que celle de Cholet, demandèrent que les enfants fussent sortis de la pension et admis dans la pension de Châtelain (sic) à Belleville. Le 7 mars 1833, elle faisait parvenir la lettre suivante : « Je suis fâché de vous importuner encore une fois mais comme M. Grandchamp vient écrire à M. Bourgeois qu’il lui retire mon fils, je crois, Monsieur, devoir vous mettre au fait de la scène qui vient d’avoir lieu. J’ai pu voir mon fils. Je l’ai trouvé dans un état dont jamais je n’ai vu de mendiant aussi dégoûtant. Je grondais cet enfant de ce qu’il était aussi sale. Il me dit qu’il avait sa blouse depuis avant le carnaval. En me promenant avec lui, je trouvais M. Grandchamp, qui se promenait aussi. Je lui fis observer combien cet enfant était dégoûtant. C’est vrai me dit-il. Il est si nonchalant, si sale. Je me permis de lui dire qu’il n’y avait pas ici tout à fait de sa faute puisqu’il y avait plus d’un mois qu’il avait sa blouse. “Allez trouver M. Bourgeois, me dit-il, quil me le retire, ce sera un bon débarras pour moi. Je vais lui écrire quil me rende le service de men débarrasser. Le voulez-vous Madame ? Oui Monsieur, lui répondis-je. Croyez-vous me faire peur en me mettant le marché à la main. Je ne vous ai donné aucun sujet pour le faire. Je ne veux aucune observation, me dit-il. M. Grandchamp sera satisfait, je ne lui ferai plus d’observation mais mon fils ne restera pas davantage chez lui. Monsieur, je me souviens que tous m’avaient dit qu’on ne passait pas de contrat avec le maître de pension. Je vous prie donc Monsieur de retirer mon fils et de le mettre dans une autre pension. C’est votre justice que je réclame. J’ose espérer que vous aurez la bonté de m’accorder ma demande. Si je ne suis pas assez heureuse pour l’obtenir, je garderai mon fils chez moi, il ne restera pas davantage chez M. Grandchamp. » Le 1er avril 1833 une lettre du service de sous surveillance des orphelins et orphelines de Juillet adressée au service de surveillance de la même commission étaient ainsi rédigée : « Conformément aux instructions que j’ai reçues par votre lettre du 27 mars, j’ai vu M. Bourgeois, maire du (ancien) Ve arrondissement, et l’ai consulté sur la démarche que j’espérais de voir amener un résultat favorable et faire cesser les contestations qui s’étaient déjà trop souvent élevées entre la veuve Michaut et le directeur de l’école de Charonne. J’ai le regret de vous annoncer que M. Grandchamp persiste dans sa résolution de renvoyer l’enfant Michaut. Il regrette vivement de prendre ce parti extrême. Il s’est attaché à cet élève, dont les progrès sont sensibles, mais les vexations de tout genre qu’il a eu à souffrir de la part de Mme Michaut ne lui permettent pas plus longtemps de garder son fils. J’étais présent le samedi 30 à une séance de la commission municipale. Après avoir longuement discuté sur le parti qu’il convenait de prendre en cette circonstance, on fit entrer Madame la veuve Michaut. M. Bourgeois lui reprocha sévèrement sa conduite, et elle s’excusa et prétendit qu’elle n’avait aucun tort envers M. Grandchamp. M. le maire lui déclara formellement que dans le cas où son fils sortirait de l’école de Charonne on le placerait de suite dans une autre institution, qu’elle eût à se désabuser si elle pensait toucher sa pension et qu’enfin elle n’avait pas le droit de garder son fils et de le soustraire à la surveillance de l’administration quand elle devait enfin savoir que cette sollicitude et cette surveillance étaient exercées entièrement dans l’intérêt de l’éducation et de l’avenir de son fils. Elle se retira, en déclarant qu’elle renoncerait à tout plutôt qu’à se séparer de nouveau de son enfant, qu’il resterait à Charonne, ou qu’elle le garderait, l’enverrait à l’école et l’élèverait de manière convenable. D’après l’avis de M. Bourgeois et quoique persuadé d’avance de l’inutilité de la démarche que nous allions faire près de M. Grandchamp, nous nous sommes rendus à Charonne, deux membres de la commission et moi ; nous n’avons rien pu obtenir, l’enfant doit rentrer chez sa mère le 31 mars il y restera jusqu’à ce que la commission ait pris un parti sur cette affaire. De la décision qui sera prise ultérieurement par la commission municipale j’aurai l’honneur de vous rendre compte mais je redoute qu’elle ne rencontre de nouveau tous les obstacles qui ont surgi de la part de Mme Michaut à l’époque de sa première séparation d’avec son fils pour son placement à l’école de Charonne. S’il est placé dans une autre pension, n’est-il pas à craindre que dans deux ou trois mois de nouvelles contestations ne forcent à un nouveau retrait de l’enfant ; jusqu’au moment enfin où, dégoûté de ses continuelles tracasseries, la commission l’abandonnera sa mère, tout en se réservant néanmoins le droit de le visiter souvent et de s’assurer que son éducation ne souffre pas trop. Ce dernier parti, si la commission ne devait craindre d’établir une disposition fâcheuse ne serait-il pas celui qu’il conviendrait de prendre, au moins momentanément ; l’enfant est fort jeune et pendant deux ou trois années ses progrès à l’école de Charonne ou tout autre ne seraient pas beaucoup plus sensibles que dans une bonne demi-pension où on exigerait que sa mère le plaçât. On économiserait la moitié de sa pension et à l’âge de douze ou treize ans, il serait placé de nouveau ou dans un établissement du premier ordre où il pourrait continuer son éducation ou alors dans une maison d’apprentissage, si son aptitude à cette époque ne répond plus aux premières dispositions que nous avons remarquées en lui. Vous m’avez autorisé, M. le surveillant, à vous donner mon avis sur le parti qu’il convenait de prendre dans ces circonstances, c’est à la sagesse la commission à examiner s’il est convenable d’agir dans le sens que je disais indiquer. »Le 9 avril 1833 le maire du (ancien) Ve arrondissement écrivait la lettre suivante à la Commission de surveillance les orphelins et orphelines de Juillet: « Depuis longtemps, la commission d’arrondissement que je préside est inquiétée par des ennuis sans cesse renouvelés causés par Mme Michaut, veuve de Juillet. Il est temps de mettre un terme aux exigences de cette femme et, pour y parvenir, la commission me charge de demander quels sont ses pouvoirs sur les enfants dont les parents s’obstinent à refuser de reconnaître la bienveillance de sa sollicitude. Elle avait, dans l’intérêt de tous les orphelins, placé ceux mis sous sa surveillance, à l’école de commerce d’arts et métiers de Charonne et elle n’avait qu’à se féliciter de son choix puisque à une instruction élémentaire on y joignait une autre encore, aussi essentielle, c’est celle industrielle. L’enfant Michaut ne devait donc faire exception. Eh bien ! Sa mère s’oppose de toutes ses forces à ce qu’elle appelait l’enlèvement de son fils et ce ne fut qu’après de longues négociations, dans lesquelles vous fûtes obligés d’intervenir, qu’elle consentit à le confier à M. Grandchamp. C’était donc à regret que cette veuve se rendait aux vœux de la commission, et non sans intention de l’en faire repentir. Aussi essaya-t-elle de tous les moyens d’importunité pour se voir maîtresse de son fils. M. Grandchamp fut constamment tourmenté par elle, et il avait depuis neuf mois les visites réitérées de cette femme, au mépris du règlement de son établissement. Elle poussait plus loin encore l’impudence, elle portait à son fils des aliments qui, ajoutés à ce qu’il prenait en abondance dans l’école, le rendait malade et forçait les gens de sa maison à donner à cet enfant des soins particuliers, et le plus souvent désagréables. Il en est résulté que M. Grandchamp, fatigué de la présence de cette femme, qui est allé habiter Charonne, vient de renvoyer cet élève, l’un de ses meilleurs, et qu’il vit aujourd’hui avec sa mère, dont les vœux se trouvent comblés. Mais la commission ne peut souffrir un tel état de choses et elle vous fait demander, Monsieur, si elle aurait le droit de le placer dans un collège éloigné et si vous la soutiendrez dans les moyens qu’elle jugera à propos d’employer. Il est d’autant plus pénible pour elle de vous s’entretenir de la veuve Michaut que cette femme a paru dès le principe peu digne de la faveur de participer aux bienfaits de l’État puisqu’elle a trompé la religion de la Commission des récompenses nationales, en faisant valoir auprès d’elle des droits repoussés par le genre de mort de son mari, qui, après la révolution de juillet, s’est présenté comme ayant un accès aux pieds occasionnés par les fatigues éprouvées dans les trois journées et qui, neuf mois après, est mort à l’hôpital de la suite d’une maladie scrofuleuse. Je suis ici l’interprète de la Commission. Elle souffre de voir que la moins méritante des veuves se trouve la plus importune et surtout qu’elle en influence d’autres qui méconnaissent aussi ses bonnes intentions. Veuillez, Monsieur, me faire connaître votre réponse et agréer, etc. » Le 11 avril 1833 la mère de Michaut conjointement avec celle de Cholet envoya la lettre suivante : « Nous vous prions de nous pardonner la liberté que nous prenons de vous écrire mais la commission du (ancien) Ve arrondissement, dont nous dépendons, nous donne pour toute justice que menaces et injures. Nous sommes obligées de vous adresser à vous Monsieur, pour vous prier de nous faire rendre la justice que nous réclamons. Nos enfants sont sortis de chez M. Grandchamp, école d’arts et de métiers de Charonne, où ils étaient très mal. Tout l’hiver, ils ont été en bas de coton et en mauvais souliers et quoi qu’en disent ces messieurs que le froid des pieds est utile à la santé, ces sentiments ne sont pas les nôtres. Et comme nous croyons avoir le droit de veiller sur ceux à qui nous avons donné la vie, nous vous prions donc Monsieur, de placer nos enfants à l’institution de M. Châtelain à Belleville, où d’après toutes les informations que nous avons prises ils y seront très bien et nous aurons l’avantage de ne pas être traitées par le directeur de cette maison avec le mépris dont nous a toujours honorées M. Grandchamp, qui veut dit-il, renvoyer tous les orphelins de juillet et tous ceux qui appartiennent à cette noble révolution parce que ce sont des enfants de la basse classe. Nous espérons Monsieur, que vous illisible les sentiments de cet instituteur et que vous aurez la bonté de nous accorder notre demande. » En 1834-1835, les deux enfants étaient élèves dans la pension Chataing à Belleville. La mère de L’enfant sortit de la pension de Grandchamp le 31 mars 1833 et entra dans la pension de Chatain à Belleville le 1er juillet 1833. En juin 1834, il y était encore. La mère de Victor, François, à l’occasion de plaintes qu’elle faisait sur le trousseau de son enfant, donnait les explications suivantes de son attitude, vis-à-vis de ses deux enfants : « […] Mon seul […] désir est leur bonheur. Je peux avoir pour eux quelque faiblesse car je ne vis que par eux et pour eux mais ces chers enfants donnent déjà tant d’espérance. Mon fils aîné se fait aimer, chérir, admirer même de tous ceux qui le connaissent. On peut voir par-là que ma manière d’élever mes enfants n’est pas la plus mauvaise. » En 1836, Victor, François se destinait à la construction de machines et était élève en pension à Belleville ; François, Adolphe était élève externe à Charonne. En 1845, Adolphe fut placé en apprentissage chez Schlatter, imprimeur-lithographe, 32, rue des Petits-Carreaux. Michaut demeurait 243, rue Saint-Martin de 1821 à 1829 ; 6, rue de Paris à Charonne en 1830 ; sa veuve, 37, rue Beauregard (16, rue Beauregard in Archives nationales F/1dIII/67 dans son certificat de décès et in Archives nationales F/1dIII/82, in Archives de Paris VD 4 13 pièce 3671 et trois fois in Archives nationales F/1dIII/35 B et deux fois in Archives nationales F/1dIII/38 B ; mais bien 37, rue Beauregard in Archives nationales F/1dIII/35 B et in Archives nationales F 9 1157 ; mais 14, rue et barrière de Sèvres in Archives nationales F 9 1157) en 1831 ; 108, rue du Faubourg-Saint-Martin en 1832 ; pourtant 6, rue de Paris à Charonne en 1833-1834 in Archives nationales F/15/2557 dans une lettre qu’elle signait : route de Bagnolet à Charonne en 1835 (mais 16, rue Beauregard en 1835 in Archives de Paris VD6 560 n° 7). Liste n° 4, des veuves de victimes de Juillet, pensionnées annuellement de cinq cents francs, Liste n° 5, des orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Veuves de victimes de Juillet, qui ont obtenu une pension annuelle et viagère de cinq cents francs, Orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusquau 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 37, p. 96 pour les enfants ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du Ve arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 99 ; Archives de Paris VD6 337 n° 5 ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, préfecture du département de la Seine Etat des inscriptions de rentes qui ont été envoyées à la mairie du Xe arrondissement, comme appartenant à des veuves, orphelins, ascendants ou blessés de Juillet domiciliés dans cet arrondissement, une feuille volante des sommes à payer, idem dossier individuel,, idem dossier individuel de Revêche ; Archives de Paris VD 4 13 pièce 3671, Etat, par arrondissement et par âge, des orphelins et orphelines de Juillet, Etat général des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins et orphelines de Juillet (on trouve le même document dans Archives de Paris VK3 23) (on trouve le même document dans Archives de Paris VK3 23) ; Ministère du Commerce et des Travaux publics, Rapport au roi sur lexécution de la loi du 13 décembre 1830, relative aux récompenses nationales, et de lordonnance du roi du 25 août 1831, concernant les orphelins et orphelines de Juillet à la charge de lEtat, (qu’on peut trouver par exemple dans Archives de Paris VD6 92), p. 32-33 ; Archives de Paris VD6 560 n° 7 : exécution des legs du baron Chambon en faveur des orphelins de juillet 1830 ; Archives nationales F/1dIII/33 relevé des informations prises par la préfecture de police sur les personnes désignées (où son domicile est inutilement recherché au 14, rue de Sèvres et maisons voisines et hors barrière…) ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux veuves pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831, par la mairie du (ancien) Ve arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 et état des sommes payées aux orphelins pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 et état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux orphelins pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 (l’apostille suivante est inscrite en face de chacun des noms de orphelins : « Porté au Ve où il a reçu quarante-deux francs ») ; Archives nationales F/1dIII/38 B, orphelins du (ancien) Xe arrondissement et veuves des citoyens tués dans les journées de Juillet (seize veuves) ; Archives nationales F/1dIII/40 (orphelins de Juillet, année 1831 ; lettre du 13 juin 1832 ; état des orphelins de Juillet du Ve arrondissement, qui réclament, en exécution de l’article 9 de l’ordonnance royale du 25 août 1831, la somme de trois cents francs qui leur est allouée pour leur trousseau ; année 1833, Ve arrondissement, orphelins et orphelines de Juillet, tableau n° 1 indiquant leur âge, la profession à laquelle ils se destinent, l’établissement public ou privé dans lequel ils sont placés ; année 1838 Ve arrondissement ; année 1839 Ve arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/49 in dossier Chevalier, L.C. ; Archives nationales F/1dIII/59 in dossier Jean, Alexandre ; Archives nationales F/1dIII/61 in dossier Lapillon ; Archives nationales F/1dIII/67 ; Archives nationales F/1dIII/82, Comité des pensions, liste de présence, liste des orphelins et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) Ve arrondissement, veuves et orphelins ; Archives nationales F 9 1157, dommages de Juillet, objets généraux (1830-1834), état des renseignements demandés à M. le préfet de police sur les dénommées ci-après (liste sur lesquelles son nom est cité deux fois) ; Archives nationales F/15/2553 orphelins de Juillet, (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/15/2554 réponses diverses ; Archives nationales F/15/2556 in Sous-surveillant pièces relatives ; Archives nationales F/15/2557 lettre en date du 4 février 1834 ; Archives nationales F/15/2557-2559, état officiel des orphelins (ancien Ve arrondissement) et état officiel des orphelins (ancien) Xe arrondissement avec la mention « passé au (ancien) Ve arrondissement et aussi même référence, un cahier intitulé Noms des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins pensionnés.

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