Michel, Jean

Biographie


Né le 6 juin 1776 à Dompierre-aux-Bois (Meuse). « Ayant joui d’une certaine aisance dans son pays, près Commercy en Lorraine, il fut totalement ruiné lors de l’entrée des Alliés en France, obligé alors de venir résider à Paris avec sa nombreuse famille. » En 1830, il était journalier ou terrassier et fit, le 28 juillet, en travaillant aux barricades de la rue Saint-Martin, une chute violente, causée par un éboulement de pavés, qui lui provoqua aussi un écrasement du gros orteil. Les blessures de Michel, Jean père étaient ainsi établies par un certificat médical : « Je, soussigné, docteur en médecine, médecin du bureau de charité, membre de diverses académies, certifie que le sieur Michel, Jean, domicilié rue de Lafayette n° 61, éprouve un surcroît de ses douleurs habituelles dans le pied droit, où il a été blessé par écrasement en travaillant aux barricades de juillet 1830, comme nous l’avons déjà certifié dans le temps ; que cet état de souffrance le met à la moindre variation de la température hors d’état de pouvoir travailler pendant un temps plus ou moins long ; que son épouse, qui est aussi valétudinaire depuis une attaque intense du choléra épidémique, vient d’être frappée d’une débilité de la vue, qui la menace d’une cécité complète et la prive de la faculté de travailler. Je certifie de plus que le sieur Michel a aussi à sa charge une fille valétudinaire. » Signé, le 24 mai 1833 : Dornier, demeurant 101, rue du Temple. Il était le père de Michel, Jean, qui fut lui-même blessé en juillet et qui devait mourir, l’année suivante d’une rupture d’anévrisme ; la Commission des récompenses nationales n’ayant pas attribué la mort de son fils aux combats de Juillet, il ne fut pas pensionné, ni sa femme Jannot, Jeanne, Rose, née le 6 mai 1774 à Saint-Julien (Meuse). Il eut aussi sa fille, blessée par un coup de baïonnette et traitée à l’hôpital Saint-Louis. Il fit plusieurs demandes de secours alors qu’il attendait une décision de la Commission des récompenses nationales. Il comparut, le 6 août 1831, devant le juge de paix du (ancien) Ve arrondissement (il est indiqué dans sa déposition comme charpentier), pour attester avoir parfaitement connu Sauer, Jean-Pierre (sic) et savoir qu’il a « concouru activement à la défense de la liberté dans les mémorables journées de juillet 1830 et qu’il a perdu la vie par suite de son dévouement pour cette noble cause ; qu’en effet ils l’ont vu le 28 dudit mois environ sur les 8 heures et demie du soir, armé d’un fusil, tomber en combattant, atteint d’un coup de feu qui lui a donné la mort à l’instant ». Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants, sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. En 1831, il était portier au 27, rue de la Goutte-d’Or. Il reçut un secours de soixante-quinze francs en 1834. En 1835, il était inscrit aux Indigents de son arrondissement et reçut un secours de quarante francs. En 1836, dans une « profonde misère », il sollicita des secours. La police donna sur lui comme renseignement qu’il était journalier, marié et que sa femme faisait des ménages, père de quatre enfants encore à charge, et ajoutait : « Leur position est extrêmement malheureuse. On fait l’éloge de leur conduite et de leur moralité. » Il obtint, cette année-là, cinquante francs de secours. En 1837, les mêmes sources précisaient : « Il a été employé pendant longtemps comme gardien des travaux publics mais ces travaux étant terminés, il se trouve sans occupation. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1837. En 1838, il était terrassier aux catacombes et toucha cinquante francs de secours. En 1840, il participa aux réunions de décorés de Juillet du IIe arrondissement, à effet de féliciter le roi à l’occasion du dixième anniversaire de la révolution. Il toucha quarante francs de secours en 1840, et la même somme en 1841. En 1842, son épouse, presque aveugle, ne pouvait plus se conduire seule et lui-même venait de recevoir une énorme quantité de chaux vive qui lui avait explosé à la figure alors qu’il travaillait dans les catacombes ; la police présentait le ménage comme celui de « deux vieillards estimés et dignes d’intérêt ». Il obtint quarante francs de secours en 1842, vingt-cinq francs en 1843, et quarante francs en 1844. En 1845, il fit une nouvelle demande de secours, il venait de se casser les bras ; il reçut vingt-cinq francs, puis quarante francs en 1846. En 1847, il était infirme, dans une grande détresse, et peut-être admis à l’hospice. Il reçut quarante francs de secours en 1847. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, afin d’obtenir une pension. En date du 6 mars 1848, il adressa la lettre suivante à la Commission : « […] Etant âgé de soixante-douze ans, cinquante-deux ans de mariage, mon épouse ayant soixante-quatorze ans, la vue presque éteinte, ne pouvant se conduire seule, à quoi il faut ajouter que mon seul fils, qui était mon soutien dans mon extrême vieillesse, est mort à la suite des mutilations reçues dans les trois jours de juillet 1830, ce qui fait que je me trouve sans appui et sans aucune ressource. C’est dans cette pénible situation, ne pouvant plus travailler, que je viens vous prier d’avoir pitié de moi, en me faisant comprendre pour pensionnaire de Juillet, ainsi que me l’avait promis le gouvernement déchu. » En mars 1848, âgé, n’ayant pu être admis en raison de son âge dans les ateliers nationaux, sa femme aveugle et plus âgée que lui encore, « dans une triste situation », il sollicita un secours. En 1849, les sources administratives confirmaient à son sujet : « C’est un très honnête homme dont l’âge avancé ne permet d’attendre aucun travail. Sa position est peu heureuse. » Il reçut quarante francs de secours en 1849, à titre de combattant de Juillet, la même somme et au même titre en 1850, un secours de quarante francs et deux secours de cinquante francs en 1851, un secours de cinquante francs en 1853, un secours de quarante francs en 1854. Il demeurait 11, rue Maubuée en 1830 ; 27, rue de la Goutte-d’Or en 1831 ; 145, rue du Faubourg-Saint-Denis puis 45, rue des Marais dans le faubourg Saint-Martin puis 61, rue Lafayette en 1833 ; 61, rue Charles-X ou 1, rue Lafayette en 1835 ; 25, rue du Faubourg-Saint-Jacques en 1836-1837 ; 15, rue du Faubourg-Saint-Jacques en 1840-1847 ; 60 bis, rue d’Enfer (aussi 60, rue d’Enfer in Archives de la préfecture de police AA 369, minute 73), chez M. Pasquer en 1848 ; 94, rue d’Enfer, chez son gendre en 1849-1850 ; à l’hospice des Petits-Ménages, 28, rue de la Chaise de 1851 à 1854. Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées ; Archives nationales F/1dIII/46 in dossier Bouvier, Simon, Marie ; Archives nationales F/1dIII/63 ; Archives nationales F/1dIII/63 in dossier Leredde, Jean, Charles, François ; Archives nationales F/1dIII/67 ; Archives nationales F/1dIII/67 in dossier Michel, Jean ; Archives nationales F/1dIII/75 in dossier Sauer, Jean, Gaspard ; Archives nationales F/9/1154, secours aux victimes de Juillet 1831-1835 ; Archives nationales F/9/1156 ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853, projet d’accorder à 289 décorés, médaillés, blessés, combattants de Juillet et veuves, etc., rapport approuvé le 26 avril 1849, minute 21 et suivantes, idem minute 26 et suivantes, idem Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 73, idem Proposition, en date du 18 juin 1850, d’accorder à 194 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, des secours s’élevant à la somme de 10.390 francs, minutes 110-116, idem rapport du 18 juin 1850 et suivants, minutes 120-126, idem, Proposition, en date du 6 mai 1851, d’accorder à 153 décorés, médaillés, veuves, combattants et orphelins de Juillet 1830, des secours s’élevant à la somme de 8.025 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 181-184, idem Demandes de renseignements sur des décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, 14 décembre 1851, minutes 208-209 ; Archives de la préfecture de police AA 403.

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