Michel, Jean
Biographie
Né à Saint-Julien (Meuse). Ancien militaire au 12e régiment de chasseurs à cheval, il participa aux campagnes de 1812 et 1813, puis, fait prisonnier par les Anglais, il fut détenu sur les pontons ; libéré le 20 mars 1814, il participa à la campagne de Belgique en 1815, fit partie de l’armée de la Loire et fut licencié le 29 septembre 1815. Le 16 février 1816, il entra au 55e de ligne, fit les campagnes de Catalogne en 1822 et 1823, fut nommé caporal et reçut son congé en 1825. Ouvrier artificier. Le 27 juillet, vers 16 heures, dans la rue Saint-Honoré au coin de la rue de Valois, « en voulant empêcher les excès auxquels certains individus voulaient se porter », il fut pris dans une charge de Suisses et de gardes royaux, « renversé, frappé, foulé aux pieds pressé et couvert de contusions, qui lui ont à peine laissé la force de se retirer chez lui », selon un certificat délivré, le 23 octobre 1830 par : Laurent ; Champion ; Bouchard ; Bourlier. Il s’ensuivit une « inflammation des organes de la poitrine et de tout le ventre, […] il tousse et crache du sang, […] l’estomac ne fait plus ses fonctions, […] il vomit tout ce qu’il prend, […] il a en outre un dévoiement avec flux de sang, les extrémités inférieures œdémateuses et le ventre ballonné ». Il se soigna chez sa sœur, 3 ou 5, rue des Messageries dans le quartier Poissonnière. Il reçut ceux cent soixante-dix francs de secours, dont soixante-dix francs en septembre sur les listes du Constitutionnel. Il reçut un secours de dix francs, le 9 septembre 1830 (indiqué comme étant le deuxième secours, où est le premier ?) à la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. En novembre 1830, il demanda, infructueusement, à entrer aux Invalides. Il reçut un total de deux cents francs de secours auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement et un total de deux cent quarante-neuf francs et cinquante centimes de secours auprès de la sous-préfecture de Saint-Denis. Il mourut d’une rupture d’anévrisme et de tubercules pulmonaires, le 24 mars 1831 à l’hôpital de La Pitié. Le dossier d’examen des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIIe arrondissement, sous-préfecture de Saint-Denis. Le certificat médical suivant avait expliqué l’évolution et les causes de sa maladie : « Je, soussigné, docteur en médecine, médecin du bureau de charité du (ancien) VIIe arrondissement de Paris, des épidémies, de la Société maternelle, de celle dite centrale de prévoyance, membre de diverses académies, certifie que le sieur Michel, Jean, ouvrier artificier, demeurant rue des Messageries n° 5, ancien caporal du 55e de ligne, s’est trouvé au nombre des combattants le 27 juillet dernier, vers les 4 heures du soir, rue Saint-Honoré près la rue de Valois ; que dans une charge opérée par des gardes royaux il a été renversé, frappé, foulé aux pieds, couvert de contusions et souffrant de tout le corps, au point qu’il lui restait à peine la force et la faculté de se retirer chez lui, où je lui ai donné mes soins depuis ce moment jusqu’à présent, sans qu’il ait voulu participer aux indemnités jusqu’au 24 août dernier, époque où la maladie ayant pris un caractère plus grave et ayant épuisé ses faibles ressources, il a réclamé les secours accordés aux blessés, qui lui sont d’autant mieux dus qu’il continue d’être atteint d’une maladie qui tient à l’affection générale des organes de la poitrine et du ventre ; qu’il tousse fréquemment, que souvent il crache le sang, qu’il ressent presque toujours des douleurs sourdes dans le dos, que l’estomac fait mal ses fonctions, qu’il vomit souvent ce qu’il prend ; qu’il a en outre un dévoiement muqueux et parfois un flux de sang noir comme dans le mœlana et des douleurs sourdes dans les côtés du ventre ; que les extrémités inférieures et les parois du ventre sont œdémateuses et le ventre, ballonné ; symptômes d’une hydropisie générale légère mais permanente causée par les désordres graves de quelques organes essentiels à la vie. Ainsi, tout ce que cet infortuné ressent est réellement le résultat des légions organiques produites par les contusions et les secousses qu’il a éprouvées dans cette soirée de combats pour nos libertés. » Signé, le 20 octobre 1830 : Dormier, demeurant 5, rue d’Orléans au Marais. Le 7 février 1831, le même docteur Dormier attestait, en date du 7 février 1831, que la maladie que Michel, Jean éprouvait était « le résultat des violentes contusions qu’il a reçues en combattant » et ajoutait : « Je certifie également qu’étant le médecin de sa famille, je connaissais ce jeune homme, qui a trente-cinq ans, et que depuis cinq ans qu’il est de retour de l’armée je l’ai toujours vu se livrer à des travaux corporels pénibles, sans jamais avoir été malade ni menacé de la maladie grave dont il est si violemment atteint et dont il sera infailliblement victime ». Le certificat suivant constatait les circonstances de son décès : « Nous, soussignés, certifions à tous qu’il appartiendra que nous avons vu et reconnu le sieur Jean Michel, fils d’un ancien militaire, voler au secours de la patrie en danger et armé dans la rue Saint-Honoré dans les mémorables journées de juillet 1830, où il a été fortement blessé de plusieurs coups de crosse au corps et de plusieurs coups de botte dans le ventre et que l’on a été le ramener chez sa sœur, rue des Messageries n° 5, quartier Poissonnière, où il s’est fait traiter pendant près de six mois à ses frais, au bout duquel temps il fut obligé de se rendre à l’hôpital de La Pitié, où il succomba par suite de ses blessures. » Signé, le 16 septembre 1831 : Blanchefort (voir Blanchefort, François) ; Naudet, demeurant dans le quartier du faubourg Poissonnière ; Simonnet, demeurant dans le quartier du faubourg Poissonnière ; Fevrier, demeurant dans le quartier du faubourg Poissonnière. Le 20 mai 1831, devant le juge de paix du canton de Saint-Denis, comparurent : Gouillard, Etienne, (voir Gouillard, Etienne, André), maréchal ferrant, demeurant 21, rue de la Goutte-d’Or ; Leclair, Sébastien (voir ce nom), agent d’affaires, demeurant rue de la Goutte-d’Or maison Foubert. Ils affirmèrent que Michel, Jean avait « été blessé par des coups de crosse de fusil reçus dans l’estomac et dans le bas-ventre, le 28 juillet 1830 et qu’il est mort à l’hôpital de la Pitié par suite des blessures qu’il avait reçues dans la journée dudit jour 28 juillet ». La Commission des récompenses nationales n’attribua pas son décès aux événements de Juillet. Il laissait des parents Michel, Jean, Didier (voir ce nom), né le 16 juin 1776 à Compierre-aux-Bois (Meuse) lui aussi blessé de Juillet, et Jannot, Jeanne, Rose, née le 6 mai 1774 à Saint-Julien (Meuse), qui ne furent en conséquence pas pensionnés. Les parents avaient présenté le certificat médical suivant : « Je, soussigné, docteur en médecine, médecin du bureau de charité, des épidémies, etc., membre de diverses académies, certifie que la femme Michel, née Jeanne, Rose Jannot, âgée de cinquante-six ans, est atteinte depuis dix ans d’une inflammation permanente des yeux, avec un larmoiement continuel, qui tient à un vice scrofuleux et qui s’accroît parfois d’une manière si violente qu’elle ne peut supporter la lumière la plus douce ni le contact d’un air froid. Cette maladie jointe à des douleurs rhumatismales habituelles, causées par l’habitation d’une loge humide et malsaine, la met entièrement depuis plusieurs années hors d’état de pouvoir travailler pour subvenir à ses besoins. Je certifie également que le sieur Michel, âgé de cinquante-quatre ans, éprouve des douleurs dans les lombes, les cuisses, les jambes et les pieds depuis une chute violent qu’il fit en travaillant aux barricades du 28 juillet et qui fut causée par un éboulement de pavés dans lequel il reçut en même temps une illisible d’écrasement du gros orteil du pied droit avec entorse de l’articulation du même pied avec la jambe, qui l’empêcha de pouvoir marcher pendant quelque temps ; mais depuis cette époque il est sujet à ressentir de ces douleurs dans toute l’étendu des extrémités inférieures, qui l’empêchent souvent de se livrer à ses travaux ordinaires. Il est bien malheureux pour ces bons parents que cet excellent fils qui a trouvé une mort prématurée dans son dévouement pour la défense de nos libertés, n’ait pu survivre à ses blessures pour les aider de son travail, comme il le faisait depuis cinq ans qu’il avait quitté l’armée, en secondant de tout son pouvoir ses parents à élever quatre autres enfants encore en bas âge. » Signé, le 18 mai 1831 : Dormier, demeurant 5, rue d’Orléans au Marais. Il demeurait 11, rue Maubuée en 1830 ; 3 ou 5, rue des Messageries chez sa sœur puis chez son père, 27, rue de la Goutte-d’Or en 1831. Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Archives de Paris VD3 1-2, état des sommes payées par MM. les commissaires ci-après désignés aux combattants et blessés de juillet 1830 du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIIe arrondissement, état des sommes payées aux ascendants pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Saint-Denis, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 (l’apostrophe suivante est inscrite en face de son nom : « Pour mémoire, n’est pas encore admis par la Commission ») et état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Saint-Denis ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées ; Archives nationales F/1dIII/46 in dossier Bouvier ; Archives nationales F/1dIII/67 ; Archives de la préfecture de police AA 403 in dossier Michel, Jean.