Migeon, Nicolas
Biographie
Né vers 1800 à Jussey (Haute-Saône). Sellier. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Le 4 avril 1848, il adressait en effet la lettre suivante à la Commission : « En 1830, j’ai contribué au renversement de l’ancienne monarchie. Je ne voulus rien accepter alors de la Commission qui avait été instituée pour récompenser les citoyens qui avaient rendu des services au pays, pour le motif que le lieutenant-général Gerard, ministre de la Guerre après les journées de Juillet, m’avait promis un emploi de maître sellier dans un régiment de cavalerie et que mon intention n’était pas d’accepter des récompenses simultanément. Mais je fus déçu dans mes espérances car je n’obtins rien du gouvernement d’alors. A l’époque des journées de juin 1832, je combattis de nouveau dans les rangs des républicains, pour arriver au résultat que nous avons obtenu enfin au mois de février dernier. Dans la journée du 6 juin 1832, placé comme chef à la tête des barricades rue Saint-Martin n° 30, je fus blessé de plusieurs coups de feu et par suite je perdis un œil et j’eus en même temps la figure, du côté droit, labourée par une balle. Du reste, plusieurs parties de mon corps portent et porteront toujours les cicatrices des nombreuses blessures que je reçus alors et qui se trouvent d’ailleurs attestées par les certificats ci-joints. Tombé entre les mains des agents de la police, j’eux à endurer les violences les plus poignantes et les plus brutales et si je ne succombais pas alors je ne puis l’attribuer qu’à ma force physique et à l’énergie de mon caractère. Dans ces terribles conjonctures, j’ai perdu mon établissement de sellier et une grande partie d’objets mobiliers que je ne saurais évaluer à moins de deux mille francs. Depuis lors, j’ai vécu dans l’obscurité et souvent le besoin. Enfin une occasion nouvelle s’est offerte de reconquérir nos droits méconnus et au mois de février dernier, comme en 1830 et en juin 1832, je me suis armé de nouveau et l’on m’a vu combattre dans les rangs du peuple pour renverser à tout jamais la monarchie. Tel est l’historique fidèle et sommaire de ma conduite depuis 1830. Je ne demanderais rien, citoyen président, si je pouvais me passer des secours du gouvernement républicain. Mais je n’ai plus d’état, j’ai épuisé toutes mes ressources, je me vois avec regret obligé de recourir à la sollicitude de la Commission des récompenses nationales et j’ose espérer que ce ne sera pas en vain et que vous voudrez bien apprécier ma position et reconnaître les services que j’ai pu rendre mon pays, en me proposant pour une pension. C’est dans cette pensée, citoyen président, que je m’adresse à vous avec confiance et que j’attends la décision de la Commission sur la demande que j’ai l’honneur de vous adresser. Au surplus, si vous aviez besoin de quelques autres explications, je suis aux ordres de la Commission. Veuillez, etc. » Dans une nouvelle lettre en date du 18 mai 1848, il renouvelait sa demande et ajoutait : « […] Porte-drapeau des blessés de Juin, j’ai pensé en ajouter un [de titre, N.D.A.] de plus, le 15 de ce mois [jour de la manifestation des partisans d’une république plus progressiste et qui envahit l’Assemblée nationale, prononçant sa dissolution, dissolution qui ne fut jamais effective, N.D.A.] en m’opposant à l’envahissement de l’Assemblée nationale, ce qui m’a valu des luttes, des contusions, des meurtrissures, dont je porte encore les marques, et le dégât de mes vêtements en lambeaux par des aveugles partisans de l’anarchie, que je sais ne pas confondre avec les amis de la sainte liberté […]. » Il joignit à sa première lettre un certificat délivré par l’Hôtel-Dieu, qui attestait qu’il avait été soigné, le 7 juin 1832, pour « une plaie par arme à feu, large, profonde et dirigée d’avant et en arrière à la partie inférieure de la joue droite ; de plusieurs autres blessures étroites, par arme à feu aussi, à la face, à la partie antérieure et inférieure du col et à la partie supérieure et antérieure de la poitrine, dont une a déchiré les membranes de l’œil droit et vidé les humeurs, dont une autre a ouvert la trachée artère et déterminé un emphysème, de nombreuses contusions à la poitrine avec fractures de plusieurs cotes du côté droit ». Le même certificat de cet hôpital attestait qu’il était sorti, le 11 juillet suivant, « presque guéri de toutes ces blessures ». Il joignit aussi cet autre certificat : « Nous, soussignés, habitants le quartier de la porte Saint-Denis, déclarons pour rendre hommage à la vérité que dans les journées des 23 et 24 février dernier, nous avons aperçu sur divers points du quartier le citoyen Migeon, Nicolas qui prenait part à la défense des barricades élevées dans les rues Saint-Denis et autres rues adjacentes. Nous certifions également que, dans la journée du 23 février ce citoyen a reçu à la hanche gauche une balle morte rue Saint-Denis, au coin de la rue du Cygne, à midi environ. Nous déclarons aussi que le citoyen Migeon nous est connu pour avoir constamment professé des opinions républicaines depuis la révolution de juillet 1830. » Signé, le 21 juillet 1848 : Heriot ; Simon ; Derret ; Marguadel, ancien officier, qui ajoutait avoir été présent lorsque Migeon avait reçu la balle et aussi l’avoir vu aux barricades ; Radelstartz illisible, « blessé de Février aux affaires du ministère des Affaires étrangères le 23 février 1848 », qui ajoutait : « Je certifie que le citoyen Migeon a remis en ma présence et celle de tout le peuple au général de Garache, étant à la porte Saint-Denis le 23 février, une balle qui l’avait atteint à la hanche, en lui disant qu’il l’avait conservée pour la lui renvoyer dans la poitrine si le feu continuait. Le général nous ayant donné sa parole de général que cela était fini, le citoyen Migeon lui a fait cadeau de la balle. » On trouve aussi dans son dossier la copie de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, habitants de Paris, déclarons pour rendre hommage à la vérité que premièrement le citoyen Migeon, Nicolas s’est fait remarquer dans les journées des 5 et 6 juin 1832 comme chef à la tête d’un certain nombre de citoyens qui défendaient les barricades élevées pour la défense de nos droits dans le quartier de la Verrerie et notamment dans la rue Saint-Martin, rue Saint-Merri, rue Aubry-le-Boucher etc. Deuxièmement, que ledit Migeon a été plusieurs fois grièvement blessé dans ces deux journées et particulièrement dans la journée du 6 juin où il a perdu un œil par suite des coups de feu qui lui ont labouré la figure et la poitrine. Troisièmement que ce citoyen est connu pour ses opinions républicaines qu’il a toujours défendues énergiquement et dans toutes les circonstances où le peuple a pris les armes pour défendre ses droits méconnus par l’ancien gouvernement. Quatrièmement enfin, nous certifions qu’il est à notre connaissance que le citoyen Migeon a constamment donné des preuves de son courage et de son dévouement à la cause républicaine et qu’à ce titre il est digne, sous tous les rapports, de l’intérêt et de la bienveillance du gouvernement provisoire de la république, à qui nous le recommandons tout particulièrement. » Signé, le 15 mars 1848 : Detourbet (voir ce nom ?) ; Caraly, demeurant 31, rue du Marais. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « J’atteste que le citoyen Migeon, Nicolas est tombé deux ou trois fois de suite sur la barricade Saint-Merri le 6 juin 1832 par les boulets tirés sur lui, tenant le drapeau en main. » Signé ; Gancel, demeurant 19, rue de la Verrerie ; Chatelain, demeurant 46, rue de la Verrerie Lebeau, demeurant 21, rue Aubry-le-Boucher ; Pellet, demeurant 3, rue des Cinq-Diamants. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je déclare que le citoyen Migeon a été gravement blessé aux journées des 5 et 6 juin 1832 aux barricades de Saint-Merri. » Signé : Detourbet (voir ce nom ?). Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Moi, Moubillly, soussigné, certifie qu’il est à ma connaissance que le citoyen Migeon s’est distingué aux barricades de Saint-Merri en 1832. » Signé : Moubilly ou Maubilly, ancien officier, décoré de plusieurs ordres, demeurant rue de la Cité. Le cinquième certificat, ainsi rédigé : « Le citoyen Fagarol, Charlemagne, combattant et détenu de Juin, certifie que le citoyen Migeon a combattu à la barricade Saint-Merri, où j’ai été arrêté, les armes à la main, et pris pour lui et conduit à la Conciergerie, au cachot des condamnés à mort, toujours pour lui. » Signé Fagarol, Charles, demeurant 262, rue Saint-Denis et 63, rue Grenetat. Le sixième certificat, ainsi rédigé : « Il est à ma connaissance que le citoyen Migeon a combattu en diverses fois contre le gouvernement déchu. » Signé : Fléau ou Féau, ancien notaire, demeurant 27, rue des Filles-du-Calvaire. Le septième certificat, ainsi rédigé : Il est à ma connaissance, comme ancien camarade de travail, que le nommé Migeon s’est distingué aux barricades Saint-Merri les 5e 6 juin 1832. » Signé Caraly, demeurant 31, rue du Marais ; Schmitt, demeurant 16, rue du Faubourg-Saint-Denis ; Visto ou Visto, demeurant 29, rue du Faubourg-Saint-Denis ; Wiss, demeurant 52, rue du Faubourg-Saint-Denis ; Bauger ou Beauget, demeurant 2, rue du Faubourg-du-Temple. Suivait plusieurs apostilles. La première apostille, ainsi rédigée : « J’atteste la vérité des faits. » Marque, demeurant 11, b. du Temple ; Hubert, Vincent, lieutenant, demeurant 47, rue de Lille ; Chedeville, officier à la 2e compagnie du 3e bataillon, demeurant 100, rue Saint-Antoine ; Huault, demeurant 57, rue du Faubourg-Saint-Antoine. La seconde apostille, ainsi rédigée : « Je, soussigné, certifie que les faits ci-dessus mentionnés sont de la plus exacte vérité. » Signé, le 1er juin 1848 : Vaissade, Camille (voir Vaissade, Florent, Camille), décoré de Juillet, demeurant 64, rue de la Cité ; Thomasset, ancien caporal de grenadiers au 3e bataillon de la VIe légion, demeurant 15, passage de l’Ancre ; Cienloup, demeurant 18, rue de Paradis-Poissonnière, employé aux ateliers nationaux. Migeon fut recommandé par la Commission pour obtenir une pension de huit cents francs. Il demeurait 32, rue Aubry-le-Boucher en 1832 ; 360, rue Saint-Denis en 1848. Archives de la préfecture de police AA 403.