Milbert, Jean, Angélique, Edouard
Biographie
Né le 12 mai 1801 (mais le 12 mars 1801 in Archives de Paris VK3 37 sur le registre de la mairie) à Paris. Entrepreneur de charpente. Le Constitutionnel signalait ainsi sa participation aux combats de Juillet : « M. Milbert, entrepreneur de charpente, boulevard du Montparnasse, se voyant assailli par plusieurs Suisses, eut à se défendre contre eux ; il n’était armé que d’une canne avec laquelle il étendit mort un de ses ennemis dans le Louvre ; il s’empara aussitôt de son fusil, tua un Suisse et donna un coup de baïonnette à un troisième. Lorsqu’ils furent en pleine déroute, M. Milbert courut faire faction dans les galeries pour préserver les monuments des arts. » Plusieurs ouvrages reprirent par la suite les mêmes détails. Ainsi : « M. Milbert, architecte, descendait le Pont-Royal jusqu’au guichet du château, lorsqu’il fut couché en joue par un soldat suisse ; ce citoyen, armé seulement de sa canne à toiser, en assène un coup à ce misérable, qui tombe mort ; un second veut lui faire éprouver le même sort, et la même arme le jette à côté de son camarade ; un troisième enfin vient et appréhende Milbert au corps ; une lutte s’engage, le citoyen est assez heureux pour se débarrasser, et courant à l’un des deux fusils appartenant à ceux qu’il a renversés, il s’en sert victorieusement contre son adversaire. Ayant ainsi échappé comme par miracle à une mort presque certaine, il court au Musée où seul il a forcé l’entrée, sans le secours du bataillon sacré des artistes qui n’est arrivé qu’après le danger. » Il adressa à la Commission des récompenses nationales la lettre suivante, qui reprenait le récit de sa participation aux combats : « Lorsque le 29 je vis que les Suisses étaient attaqués dans le Louvre, je ne doutai pas un instant que ce monument fût enlevé d’assaut, comme l’Hôtel de ville l’avait été la veille. Je pensai alors que, par suite, il se commettrait des dégâts dans les galeries. Je résolus donc de faire tout mon possible pour l’empêcher, mais pour mettre mon projet à exécution il fallait entrer un des premiers. Je m’acheminai donc par le quai de l’Ecole et au coin du quai et de la place du Louvre, je vis un homme qui, embusqué derrière une planche de marchand de vin, ne cessait derrière ce faible rempart de tirer sur les Suisses qui se présentaient aux croisées. Il paraissait y être depuis longtemps car le mur était noirci par l’amorce. Je continuai mon chemin par la place du Louvre, où je rencontrai une vingtaine environ de tirailleurs retranchés derrière le jardin qui est face la colonnade et qui faisaient un feu bien nourri. J’arrivai enfin à la porte du Louvre. Une fois là, je fus en sûreté, ne me trouvant plus dans la direction des balles suisses. Je n’arrivai pas le premier, il s’en fallut de beaucoup, mais lorsque la petite porte fut enfoncée une décharge suisse fit faire à une partie de la tête un petit mouvement rétrograde. Une fois le premier sentiment de frayeur passé, un second flot se précipita, j’étais du nombre et nous franchîmes le seuil fatal. Les uns s’embusquèrent derrière les deux gros piliers sous le portique d’entrée, dans les embrasures des portes latérales, le reste, dont je faisais partie, se trouva à découvert ; il fallait alors payer de sa personne ou se voir mitrailler honteusement. Je m’élançai alors sur un Suisse qui se disposait à tirer. Je lui assenai un coup de canne (ma seule arme) sur la figure et l’étourdis. Je pris son fusil et à bout portant je tirai sur un second ; un troisième, en se retirant, me porta un coup de baïonnette, que j’eus le bonheur de parer ; il fut plus malheureux que moi car il ne put parer le mien. Je vis dans la mêlée plusieurs personnes que je connaissais mais je n’ai jamais pu me rappeler les noms, excepté deux, qui sont : Laurent, ouvrier charpentier, demeurant rue des Vieilles-Tuileries, n° 16, et Chevalier, ouvrier jardinier, demeurant rue Saint-Lazare n° 6. Ils méritent tous les deux plus que des éloges et je leur ai délivré des certificats pour leur servir en cas de besoin. J’entrai dans la salle qui se trouve à gauche sous le vestibule, c’était l’ambulance des Suisses ; il y en fait une vingtaine blessés et couchés sur des matelas ; quelques ouvriers exaspérés voulurent les massacrer mais on leur fit entendre raison et ils respectèrent le malheur. Ces blessés ont été transportés à Saint-Germain-l’Auxerrois. Je montai le grand escalier et j’arrivai au musée égyptien, on y avait déjà pénétré et j’y trouvai plusieurs hommes qui, faute de trouver des ennemis à combattre, passaient leur colère sur les glaces. Je leur fis des observations et je parvins à leur faire entendre raison. Trois personnes se joignirent à moi et de concert nous fîmes faction dans cette partie du musée. Depuis ce moment, je puis assurer qu’aucun dégât n’a été commis. Je dois aussi à la vérité de dire que toutes les personnes qui se présentèrent pour entrer et auxquelles on refusa la porte, n’importe de quelle classe, se retirèrent sans faire d’observation, au contraire nous félicitèrent ; deux seuls, de seize à dix-sept ans, firent un peu de résistance, on leur avait dit qu’il y avait de la poudre dans le Louvre et voulaient passer pour s’en procurer. Sur mon refus de leur livrer passage, l’un d’eux, me présentant un pistolet, me menaça de me brûler la cervelle si je persistais à ne pas vouloir les laisser passer. Je leur observai alors que puisqu’il prétendaient manquer de poudre, je leur conseillai de garder leur poudre pour un autre car ce serait de la poudre perdue sans espoir de la remplacer dans ce lieu. J’eus de la peine à les persuader mais enfin j’y parvins et ces pauvres jeunes gens se retirèrent en me donnant la main. Nous vîmes aussi M. Percier, architecte, qui vint nous exhorter à ne pas abandonner notre poste et nous dit que si nous venions à connaître des personnes qui auraient entre les mains des objets d’art du musée de les lui indiquer et qu’il rachèterait ces objets. Nous reconnûmes qu’on y avait pénétré mais on n’avait touché à rien si ce n’est un buste du dauphin qui était cassé. Nous passâmes dans les salles du conseil, les cartons avaient été fouillés et les papiers épars. De là, nous entrâmes dans le vestiaire de messieurs les conseillers et nous vîmes une douzaine de jeunes gens s’affublant de gilets, habits et chapeaux des conseillers. Nous leur représentâmes qu’ils ne pourraient pas sortir du Louvre dans cette équipée et qu’ils seraient arrêtés. Il n’en fallu pas davantage pour les faire déshabiller. A la dernière salle, nous vîmes le tableau du sacre percé d’une trentaine de balles. Là, se termina notre tournée parce que cette partie était occupée par des bourgeois qui faisaient le même service que nous. Nous trouvâmes dans cet endroit M. Lemaire, sculpteur, et M. Cailleux, secrétaire du musée, auquel mon compagnon de voyage rendit compte de notre ronde. J’entendis alors tirer des coups de fusils dans la cour du Louvre. Je me portai à une croisée pour voir ce que se pouvait être. Je fus suivi par un jeune homme de seize ans environ, qui reçut une balle mortelle qui lui traversa la poitrine. Le coup avait été tiré du milieu d’un groupe de bourgeois qui, arrivant dans le Louvre et ne voyant de drapeau tricolore nulle part, se figurèrent probablement que les têtes qu’ils voyaient ne pouvaient être que des têtes suisses. Pour éviter à l’avenir une pareille méprise, je coupai le dessus d’une banquette de velours rouge et je fus avec deux gardiens et une autre personne placer ce drapeau improvisé sur le haut du pavillon de l’Infante au-dessus de la croisée d’où Charles IX tirait sur le peuple. Il y est resté jusqu’à ce qu’un ouragan l’emporte. La garde nationale, ayant à sa tête un élève de l’Ecole polytechnique, s’empara de toutes les issues du Louvre et alors, mon but étant rempli, je me retirai. J’appris par le gardien qui m’a accompagné que les Suisses avaient résolu de monter les pièces de canon au premier étage et qu’ils n’ont pu mettre leur projet à exécution à cause de la violence de l’attaque. » Une dépêche indiquait à son sujet : « Demande en récompense de sa belle conduite en juillet la décoration spéciale ; cite un numéro du Constitutionnel, où les services qu’il a rendus sont relatés. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIVe arrondissement, sous-préfecture de Sceaux. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de l’arrondissement de Sceaux. Il signa, le 3 août 1830, le certificat suivant en faveur de Laurent, Jean : « Je, soussigné, déclare avoir vu une demi-douzaine d’hommes intrépides, ayant un drapeau tricolore en tête, s’élancer les premiers sous les batteries des Suisses à la colonnade du Louvre. Je déclare que le nommé Laurent, Jean faisait partie de cette petite poignée de braves ; que ce n’est qu’à sa vue que je me suis décidé à courir le même danger, que c’est son courage qui, en quelque sorte, m’a entraîné et que une fois dans le Louvre il ne s’est pas démenti un instant et s’est battu avec acharnement contre les ennemis de nos libertés. Là, je lai perdu de vue. » Il prêta son serment et reçut sa croix le 28 juin 1831 à la sous-préfecture de Sceaux ; le serment était ainsi rédigé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Milbert, Jean, Edouard), auprès de la sous-préfecture de Sceaux, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il est sur une liste de décorés parmi lesquels le préfet de la Seine devait choisir quarante-huit décorés, pour composer la délégation de décorés qui devaient assister, le 27 juillet 1831, aux cérémonies commémoratives de la révolution, qui eurent lieu à la Bastille puis au Panthéon. Il demeurait 34, bd du Montparnasse en 1830-1831. Le Constitutionnel, 7 août 1830 ; Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets, Auguste Imbert, 2e édition, Paris, Guyonnet éditeur, 1830, p. 195-196 ; Pour la deuxième citation : Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 275, 328-329, 335 ; Les Enfans de Paris ou les Petits Patriotes, scènes de courage, de présence d’esprit, de magnanimité, de grandeur d’âme et de désintéressement de la jeunesse parisienne pendant les journées des 27, 28, 29 juillet 1830, A. de Saintes, chez Nepveu libraire, et Eymery, Fruger et Cie, libraires, Paris, 1831, p. 80 ; Le Réveil du lion ou Paris dans les immortelles journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; précis des événements, heure par heure… suivi d’un chant triomphal… par un patriote de 89, Paris, Lerosey, 1830, p. 203 ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, Le Moniteur universel 2 mai 1831 ; Archives de Paris DM13 1, sous-préfecture de Sceaux, état des sommes payées aux citoyens décorés de la croix ou de la médaille de Juillet, en vertu de la décision du 23 juillet 1831 ; Archives de Paris VK3 37, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, arrondissement de Sceaux, liste supplémentaire des décorés de Juillet, idem Décorés de Juillet pour la députation, liste de quarante-huit citoyens qui ont été désignés par le sort pour les cérémonies du Panthéon et de la Bastille, idem état nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, qui ont retiré leur croix des bureaux de la sous-préfecture de Sceaux après avoir prêté entre les mains du sous-préfet le serment prescrit par l’article 4 de l’ordonnance du roi du 30 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 48 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIVe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Sceaux ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale arrondissement de Sceaux et liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/67 ; Archives de la préfecture de police AA 397 in dossier Laurent, Jean.