Moizard

Biographie


Chapelier au 255, rue Saint-Honoré, vis-à-vis la rue de Richelieu, au coin de la rue de Rohan. Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage sur la maison du chapelier, le 29 juillet après la prise du Louvre : « Je me rendis donc rue Saint-Honoré, n° 216. […] En approchant de mon n° 216, je faillis être assommé par un cadavre. Au coin de la rue de Rohan, on jetait les Suisses par les fenêtres. Cela se passait dans la maison d’un chapelier dont la façade était criblée de balles. Un poste de Suisses avait été placé là comme garde avancée ; on avait oublié de le relever, et il avait tenu avec un courage suisse, c’est tout dire. La maison avait été emportée d’assaut ; une douzaine d’hommes y avaient été tués, et, des cadavres, on faisait ce que j’ai dit, sans prendre même la précaution de crier : “Gare là-dessous !” » « L’humanité des Parisiens dans ces grandes journées a égalé leur valeur. Parmi les traits nombreux parvenus à notre connaissance, nous citerons celui de la femme du chapelier qui demeure à l’angle des rues de Rohan et Saint-Honoré. Cette jeune dame, au moment où son magasin venait d’être envahi, a recueilli un jeune homme blessé (voir sans doute Cléry, Pierre, Alexandre) et lui a prodigué ses soins. » Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants, sise 10, rue Bourg-Labbé, puis 6, rue Dalayrac, lui adressant, le 9 octobre 1831, la lettre suivante : « Je croyais que ma conduite dans les glorieuses journées de juillet 1830 était simplement celle d’un bon citoyen, que la mort que j’avais bravée pour épargner le sang de mes semblables était un sacrifice dû à la patrie et je ne pensais pas devoir demander pour cela une récompense. D’ailleurs mes concitoyens, en me nommant sous-lieutenant dans ma compagnie, immédiatement après la révolution de juillet, et lieutenant aux dernières élections, m’avaient déjà donné la mesure de la considération dont ils m’honorent, et mon ambition était satisfaite. Vaincu par les sollicitation de plusieurs des braves combattants, qui furent témoins de mes efforts pour la cause sacrée de la liberté, je me décide à me présenter devant vous. Ils m’ont donné l’espoir de voir briller sur ma poitrine cette croix qui décore déjà celle de tant de héros, et bien que leurs titres soient sans doute plus brillants que les miens, je me hasarde pourtant à vous exposer les faits dans toute leur simplicité. On sait que dans la soirée du 28 les troupes tenaient tout notre quartier, s’emparèrent de nos maisons les mieux situées pour la défense. Je ne parlerai pas de tout ce que j’ai souffert à ce sujet ni des odieuses imputations que l’erreur ou la malveillance en ont tirées contre moi. Le temps et surtout mes antécédents en ont fait justice. Je ne parlerai pas non plus de la part que j’ai prise à la glorieuse résistance que les électeurs libéraux ont constamment opposée aux envahissements du despotisme, laquelle a si bien préparé la chute d’un roi parjure. Toutes les personnes qui me connaissent l’attesteraient. Je dirai seulement qu’aussitôt après le viol de nos domiciles, ne pouvant plus y apporter ni empêchement ni remède, je compris qu’il ne me restait plus qu’à en neutraliser l’effet autant qu’il était en moi. Aidé de ma femme et de mes employés, je m’appliquais à démoraliser l’esprit des soldats, leur faisant comprendre toute l’horreur de leur position, au point que nous arrachâmes des larmes à plusieurs d’entre eux, et que nous obtînmes de beaucoup la promesse de ne pas tirer. A la fin, les officiers s’apercevant de notre manœuvre, les empêchèrent, autant qu’ils le purent, de communiquer avec nous. Cependant la nuit se passa de cette manière et dans l’affaire du lendemain j’eus la consolation de voir que beaucoup de soldats tinrent la promesse qu’ils m’avaient faite de ne pas faire usage de leurs armes. Le matin du 29, je parvins à me procurer la connaissance du contenu de la ridicule proclamation par laquelle on prétendait faire déposer les armes à une population victorieuse. Placé à une des fenêtres de mon logement, je bravai tous les dangers pour avertir à haute voix les combattants qu’on les trompait. Car sur l’apparence d’une pacification prochaine, ils avaient quitté leurs barricades et se trouvaient ainsi exposés sans défense aux feux qui se croisaient de toutes parts. A mes cris, le feu recommença et le combat recommençant avec plus de furie, beaucoup furent victimes de leur courage qui les avait portés à s’avancer un peu trop. Enfin, sur les 1 heure à peu près, je me détermine à tenter un dernier effort auprès du capitaine commandant, que le crois être un nommé Saint Avide, pour l’engager à céder au désir du peuple, qui lui criait de se rendre. Hors de moi, je lui parlais, peut-être avec violence, quoi qu’il en soit je ne reçus que des reproches et des menaces. C’est alors que je me décide à périr ou à faire cesser un tel carnage. Je descends au rez-de-chaussée, où étaient placés les gardes royaux chargés d’avoir les yeux sur nous et partie du manuscrit brûlée l’entrée de la maison. Après bien des exhortations, et la promesse de les sauver, ils consentirent à me rendre les armes. Libre alors, méprisant les menaces des autres soldats postés dans mon magasin de l’entresol, je me partie du manuscrit brûlée d’ouvrir la porte de la rue de Rohan, la seule qui pût s’ouvrir dans l’instant et j’eus ainsi le bonheur, en sauvant la vie aux combattants que les feux croisés décimaient, de décider la prise de la maison. Mais les gardes royaux ne voulurent pas évacuer mon magasin de l’entresol partie du manuscrit brûlée me punir de les perdre ainsi. Par l’escalier tournant ils tirèrent sur moi et la balle en me rasant la figure vint frapper à mort un des premiers citoyens qui se pressaient contre moi pour entrer. C’est ainsi que finit le combat. Nous n’eûmes plus alors qu’à nous occuper des blessés, que l’on apportait de toutes parts. Je n’ai pas besoin de vous dire que tout ce que je possédais fut sacrifié à ce noble usage et pour n’en citer qu’un seul, dont nous avons su le nom puisque nous l’avons fait reconduire chez sa mère. Je pense que madame Cléry, rue de la Cerisaie-Saint-Antoine n° 2, n’a pas oublié les soins que ma femme a prodigué à son malheureux fils (voir Cléry, Pierre, Alexandre). Vous concevrez facilement, messieurs, que dans de pareils moments, je ne me sois pas occupé à recueillir les preuves de tout ce que j’avance et dont je vous granits la vérité sous le sceau de l’honneur. Cependant j’ai pu depuis ce temps me rappeler quelques noms et je vais vous donner ceux des personnes qui, par intérêt pour moi ou pour obtenir des renseignements ou des attestations, sont venus me voir. Vous pourrez le consulter si vous le jugez convenable. Je placerai d’abord en première ligne l’honorable M. Lefort (voir Lefort, Antoine), maire actuel de notre arrondissement. Il me connaît depuis longtemps et pourra vous rendre compte de ma manière de penser et des sacrifice que j’ai faits pour le triomphe des principes libéraux. Je vous désignerai ensuite : M. le capitaine Bernard (voir peut-être Bernard, Louis ?), arrivant de Grèce, sa demeure est je crois rue de l’Hirondelle, 33. M. Chabaud jeune (voir Chabaud, Barthélemy), actuellement maréchal des logis, 7e dragons à Epinal (Vosges), décoré. M. Varnet (voir Varlet, Stanislas de son vrai nom, Aimable, Antoine), rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur n° 11. M. Lemaître (voir Lemaire, Jean-Baptiste), rue de Chartres n° 8, chasseur de ma compagnie, un des premiers qui soient entrés dans la maison. M. Stopptel (voir Stoffel, Ignace), bottier, passage du Saumon, décoré de Juillet. M. Cardinal (voir Cardinal, Bernard, Alexandre, François), décoré, rue des Canettes, libraire. M. Landry (voir Landry, Joseph), décoré, brigadier de la garde municipale à cheval. M. Chinouffre, Charles (voir ce nom), demeurant alors cul-de-sac de l’Egout n° 6, faubourg Saint-Martin, décoré. Voilà, messieurs, tous les noms que je puis me rappeler. Voilà aussi les faits exposés dans toute la sincérité de ma conscience. Je pourrais aussi vous donner le nom du tambour de la compagnie de l’ex-garde royale qui occupait ma maison. Celui-là a tout vu ce qui s’est passé avant que je n’eusse ouvert la porte ; je crois qu’il se nommait Chèvre, mais je ne sais ce qu’il est devenu, non plus les cinq gardes royaux que j’ai sauvés. Tout ce que je puis dire c’est qu’ils appartenaient au 6e régiment. Je désire bien vivement que tous ces renseignement soient suffisants et suis avec respect, etc. » Le chapelier Moizard délivra le certificat suivant à Bosselier, Auguste : « Je, soussigné, déclare qu’à la date du 29 juillet dernier, le sieur Bosselier, Auguste, […] s’est transporté, à la tête de quelques braves – parmi lesquels se trouvaient le sieur Bonneau (illisible) et le sieur Grange qui la veille l’avaient suivi et accompagné lors de la défaite d’ex-gardes royaux embusqués à la porte Saint-Martin –, après la prise du Louvre au coin de la rue de Richelieu et Rohan où s’étaient réunies toutes les forces des gardes royaux. Ces derniers, pris entre deux feux, se réfugièrent dans les maisons, d’où ils tiraient sur le peuple. La bonne cause triompha enfin et les défenseurs de la patrie eurent le dessus. Animés du désir de la vengeance, ils forcèrent les portes de mon magasin, croyant y trouver quelques gardes royaux qui s’étaient réfugiés dans la maison. Trompés dans leur attente, ils commençaient à tout briser lorsque le sieur Boisselier, accompagné des sieurs Bonneau et Grange, interposant son autorité, rétablirent l’ordre. C’est donc à lui ainsi qu’à ces deux braves compagnons d’armes que je dois la conservation de mes marchandises et de ma propriété. » Il délivra le certificat suivant en faveur de Noilhan, Pierre, attestant qu’il s’était « conduit en brave citoyen dans la journée du 29 juillet dernier, qu’il a contribué par sa bravoure à la prise de la maison rue Saint-Honoré, n° 255 dans laquelle la garde royale faisait une résistance opiniâtre et, qu’aussi généreux que brave, il a contribué de tous ses efforts à préserver du pillage mon magasin et celui de M. Bourguignon, situé vis-à-vis du mien. » Il certifia « avoir entendu et vu sonner la charge dans la journée du 29 juillet par le trompette Gachet et qu’il m’a paru que ce citoyen s’était conduit avec la plus grande bravoure ». Il délivra le certificat suivant en faveur de Hertz, Georges (voir ce nom ; et aussi le même certificat en faveur de Hertz, Samuel) : « Je, soussigné, certifie que le sieur Hertz est entré chez moi un des premiers dans la journée du 29 juillet, qu’il s’est conduit bravement et loyalement et qu’il a contribué autant qu’il a pu à me préserver du pillage. » Il délivra, le 13 août 1830, le certificat suivant en faveur de Pilliot, Jean, Alexandre : « Nous, soussignés, habitants de la ville de Paris, quartier Saint-Honoré, certifions et attestons que le nommé Pillot (sic), Jean, Alexandre n’a pas cessé pendant les journées des 28, 29 et 30 juillet de défendre les intérêts de notre gouvernement actuel, qu’on l’a vu constamment et sans relâche faire feu sur les troupes envoyées pour nous saccager. » Il délivra, le 15 septembre 1830, le certificat suivant en faveur d’Allien, Auguste : « J’atteste que le pétitionnaire est entré chez moi un des premiers, le 29 juillet. » Il signa, le 3 octobre 1831, le certificat suivant en faveur de Delvaux, Ferdinand, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je, soussigné, certifie que M. Ferdinand Delvaux a bravement combattu dans la journée du 29 juillet 1830 et qu’il a contribué de tous ses efforts à préserver ma maison d’un pillage total. » Il signa, le 11 juin 1831, le certificat suivant pour établir la mort de Bonal, Claude (voir ce nom) : « Je, soussigné, déclare qu’un jeune homme est mort dans ma boutique, d’une blessure à la tête, présumée être un coup de feu, en combattant contre les gardes royaux, le 29 juillet 1830. » En 1831, il était lieutenant à la 1re compagnie du 1er bataillon de la Ire légion de la garde nationale. Moizard demeurait 255, rue Saint-Honoré, vis-à-vis la rue de Richelieu, au coin de la rue de Rohan, en 1820-1831. La France nouvelle, nouveau journal de Paris, 1er août 1830 ; Révolution mémorable des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Cousin d’Avalon, Paris, Stahl, imprimeur-libraire, quai des Augustins, n° 9, p. 48 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, nom des personnes qui se sont particulièrement distinguées p. 275 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, liste des personnes qui ont prodigué leurs soins aux blessés p. 118 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, sixième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1868, p. 162 ; Almanach du commerce de Paris, des départements de la France et des principales villes du monde, de J. de la Tynna, continué et mis dans un meilleur ordre par S. Bottin, année 1820, Paris, au bureau de l’Almanach du commerce, p. 197 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Gachet, Etienne, idem in dossier Hertz, Georges ; Archives de Paris VD6 633 n° 1 in dossier Noilhan, Pierre ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants in mention de Denis, Jérôme (qui enfonça la porte du chapelier) ; Archives de Paris VK3 41 in dossier Boisselier, Auguste ; Archives de Paris VK3 50 in dossier Pilliot, Jean, Alexandre ; Archives de la préfecture de police AA 370 in dossier Allien, Auguste ; Archives de la préfecture de police AA 384 in dossier Delvaux, Ferdinand ; Archives de la préfecture de police AA 392 in dossier Hertz, Samuel ; Archives de la préfecture de police AA 403 ; Archives de la préfecture de police AA 406 in dossier Paccard, Philibert (où Paccard, Philibert détaille dans quelles circonstances il a, chez Moizard, tué un Suisse qui venait de tuer Bonal, Claude) ; Archives de la préfecture de police AA 409 in dossier Prévost, Louis, Pierre (où Prévost présente un certificat comme quoi il a « coopéré au désarmement de la garde royale qui était dans la maison de M. Moizard, chapelier au coin de la rue de Rohan ») ; Archives de la préfecture de police 416 in dossier Varnet, Victor (où sa boutique est citée comme théâtre de combats) ; Archives nationales F/1dIII/45 in dossier Bonal, Claude.

Soumettre une suggestion sur la notice

Votre adresse email
Numéro de téléphone


Tous droits réservés - © 2026 Laurent Louessard / Camille Maillet (Torii Kōdo) - Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact
An unhandled error has occurred. Reload 🗙

Un instant ...

Serveur occupé, tentative de reconnexion dans secondes.

Veuillez recharger la page.

Session mise en pause par le serveur.

Veuillez recharger la page.