Monet, Joseph, Henri, Ferdinand
Biographie
Né le 2 mai 1787 à Cassel (Nord). Avoué. Il adressa, le 9 décembre 1831, la lettre suivante auprès de la Commission des récompenses nationales, afin d’obtenir la Croix de Juillet : « Aux yeux des Romains, la modeste couronne de chêne décernée au nom de la patrie paraissait plus brillante que les fastueux insignes dont les rois décoraient l’insolence de leurs favoris. On pourrait chez nous comparer à cette récompense nationale la décoration de juillet ; avec cette différence que la couronne de chêne n’ombrageait que le front des guerriers qui, par leur valeur, l’avaient mérité au milieu des combats ; au lieu que la main de notre roi peut également faire briller le ruban national sur le sein sillonné de cicatrices et sur la poitrine du citoyen qui, sans avoir porté des armes, n’en a pas moins donné en tout temps des preuves de son patriotisme, de son dévouement à la cause sacrée de la patrie et de ce courage civil qui peut-être demande plus de force d’âme que pour hasarder sa vie au milieu des batailles. La simple analyse de mes actes de participation à notre glorieuse révolution et aux événements politiques qui l’ont précédée depuis 1814 suffira, je l’espère, pour me faire obtenir par votre suffrage de la munificence du gouvernement le titre de décoré de Juillet. Né à Cassel, le 2 mai 1787, je reçus les noms de Joseph, Henri, Ferdinand Monet. Je quittai cette ville que j’habitais jusqu’alors, le 15 mars 1830 pour venir me fixer à Hazebrouck. Le 22 mai 1812, nommé avoué au tribunal de première instance de cette dernière ville, je fus reçu en cette qualité le 20 juin 1812, en prêtant serment de fidélité à l’empereur et, en septembre 1830, ma bouche put jurer à un autre roi citoyen ce que je jurai à Napoléon, sans pendant dix-huit ans s’être souillée par d’autres serments qui auraient désavoué ma conscience. En plusieurs occasions, comme on le verra, cette rigidité de principes politiques faillit me devenir funeste. En voici entre autres un exemple. Le 6 ou le 7 avril 1814, me trouvant à Hazebrouck, à l’arrivée des actes du Sénat portant déchéance de l’empereur, je communiquai à plus de cent personnes qui m’entouraient le dernier bulletin de Napoléon, qui traitait de la prise de Paris. L’effet que produisit sur elles cette communication fut tel que ce fut par une espèce de miracle que je ne devins pas victime de la rage fanatique de ces individus que l’exaspération avait changé en bêtes farouches. En mai 1815, je me hâtais d’adresser à M. Dupont-Delporte, alors préfet du Nord, une lettre qui contenait à la fois un don et l’expression de mes sentiments patriotiques. Cette lettre, qui a paru dans les journaux, repose à la préfecture. A la même époque, je fus l’un des deux signataires à Hazebrouck de l’acte additionnel aux constitutions. Le 25 juin 1815, mes jours étant menacés par les bandes insurgées des habitants du pays, je me retirai à Saint-Omer, où le drapeau national flotta jusqu’au 15 juillet. L’apparition des fleurs de Lys fut le signal de mon arrestation. Le lendemain 16, je fus arrêté, exposé aux outrages d’une populace déchaînée et excitée contre moi par des hommes assez lâches pour se tenir cachés dans l’ombre, tandis que leurs satellites, l’injure à la bouche, et prêts à m’offrir en holocauste à leur drapeau sans tâche, me faisaient regarder comme un asile les cachots où je fus plongé et comme mes bienfaiteurs ceux qui m’y avaient traîné ! quarante personnes à peu près furent arrêtées à la même époque dans cet arrondissement ; mais on usa de moins de rigueur envers elles puisque seul je fus mis en jugement et c’est seulement le 6 septembre, après environ six mois passés dans la captivité, que je fus constitué en prévention sous trois chefs d’accusation résultant 1°) de mon don patriotique 2°) de mes efforts pour faire signer à Cassel l’acte additionnel et 3°) de mon départ de cette ville à l’apparition du drapeau blanc. Après l’audition de plus de quarante témoins, mes juges n’ayant pu trouver de loi qui me fût applicable durent me rendre à la liberté par un jugement de non-lieu prononcé le 6 octobre. A la suite de cette affaire, furieux de me voir échapper, des hommes que je m’abstiens de qualifier provoquèrent ma destitution des fonctions d’avoué et les personnes dignes de foi m’ont assuré que l’ordonnance de révocation a été signée et existe dans les cartons du ministère de la Justice. En attendant cette destitution ardemment désirée, on m’empêchait d’exercer mes fonctions jusqu’au 11 février 1816. En septembre 1816, je suis allé voir dans son exil, malgré les conseils de mes amis qui voulait me détourner de ce voyage en me faisant envisager le désagrément auquel cette démarche m’exposait, j’allais dis-je visiter mon malheureux compatriote le général Vandamme qui ne devait pas avoir la consolation de revoir les glorieuses couleurs sous lesquelles il avait si vaillamment combattu, la liberté rappelée dans nos climats par ces chants qui nous conduisirent tant de fois à la victoire ; je pus seulement déposer une larme sur la cendre tiède encore du vieux guerrier ! Dans ce voyage, je fus l’objet de toute la surveillance de la police et, à mon retour, une visite domiciliaire eut lieu chez moi, espèce de mesure sanitaire pour prévenir les dangers auxquels le contact de ces parias aurait pu nous exposer, tant on craignait que leur souvenir ne réveillât dans nos cœurs des idées de gloire et d’indépendance qu’il importait tant d’étouffer. D’ailleurs cette recherche inquisitoriale de la police n’eut pour elle aucun résultat : ces agents purent seulement lui rapporter que, dans mon salon, se trouvaient exposés les portraits des plus illustres de nos malheureux concitoyens, au milieu desquels était Napoléon. Ce fut à cette époque que je faillis devenir la victime d’un affreux guet-apens. Je me trouvais à Cassel au café du Nord. Dix à douze personnes des plus notables s’y étaient rassemblées pour un banquet. Masquant eux aussi leurs ressentiments sous les mots Union et Oubli, ils me firent les plus grandes instances pour assister à leur repas fraternel. Je m’y refusais. Enfin leur prière devint plus vive et ils m’entraînèrent pour ainsi dire dans la salle où était préparé le festin. Le dessert arrivé, l’on chanta. Tous les couplets se terminaient par un Vive le roi ! Voyant que je refusais de hurler avec eux leur éternel refrain, ils voulurent m’y contraindre et ils employèrent les menaces. Je restai ferme. Tous se levèrent et se disposèrent à les mettre à exécution. Mais dans ce moment assez critique pour moi (nous étions au 2e étage et ces messieurs prétendaient me faire descendre autrement que par l’escalier) un employé nommé Barbe s’élança au milieu des agresseurs et, saisissant un couteau, menaça de poignarder le premier qui mettrait la main sur moi. Alors les convives, qui n’étaient que dix contre deux, ne se trouvant pas en force, me laissèrent librement sortir du piège qu’ils m’avaient tendu. Le 3 septembre 1818, à la naissance de ma fille, je lui donnai les noms de Marie-Louise, Joséphine. Cette circonstance, je le sais, serait indifférente dans toute autre partie de la France ; mais, ici, dans cette ancienne Vendée flamande, elle suffit pour irriter de plus en plus mes ennemis. Dans le mois de novembre 1822, je fis un voyage à Paris. Le Livre noir du ministère Villèle (voyez Livre noir, tome 3, pages 252-253) et les documents officiels de la police rapportent que le 7 de ce mois de novembre, lendemain de mon départ de la capitale, je devais y être arrêté, comme chargé d’une mission secrète et importante (je copie littéralement) pour les révolutionnaires. Dans cette circonstance, je fus d’autant plus exposé que le même Livre noir prouve (voyez Livre noir, article Castinel, tome 2, pages 36 et suivantes) qu’à cette époque on voulait rattacher une conspiration dont le foyer était Lille avec l’affaire du général Berton. Le 7 mai 1826, époque à laquelle Charles X était à Compiègne, revenant d’un autre voyage à Paris, je fus surveillé dans la voiture publique par un agent de la police jusqu’à Saint-Quentin. Le rapport de cet agent doit faire connaître les discussions véhémentes qui se sont élevées entre nous et mes virulentes sorties contre le gouvernement. Les nouvelles insultes que m’avaient attirées le nom de ma fille ne m’empêcha pas de donner à mon fils les noms de Casimir, Benjamin, Constant, comme témoignage de ma reconnaissance envers deux courageux députés, dont l’un, affaibli par ses longs travaux, fut enlevé trop tôt à la France tandis que l’autre, par son mérite et ses talents, jouit maintenant de la confiance méritée de la patrie et de notre roi citoyen. Ce n’est que par l’inspection du Livre noir que j’eus connaissance de l’article qui me concerne. Dès que l’indignation que fit naître en moi cette lecture fut calmée, je songeais à en tirer parti dans l’intérêt du pays. Je partis aussitôt pour Paris. Une lettre écrite d’après les conseils de M. Etienne, fils du député de ce nom et communiquée entre autres à MM. Labbey de Pompières, Benjamin Constant, Dupin aîné etc. parut dans le Constitutionnel du 3 mai 1829. Dans cette lettre, je dévoilais à mes compatriotes la conduite infâme du gouvernement, comment, pour servir ses intérêts, assouvir ses petites passions, ses petites haines, il ne se faisait aucun scrupule à faire jouer les plus honteux ressorts. Ce qui prouve que c’est seulement pour aider à ouvrir les yeux de la France et non par un motif particulier de haine contre la personne qu’il ne rougit pas de se prêter à cette odieuse manœuvre que j’agis dans cette circonstance, c’est que dans ma lettre le gouvernement seul est attaqué par moi ; sur lui seul je fais déverser toute la honte, la turpitude d’un semblable attentat ; c’est un patriotisme bien désintéressé, on doit en convenir, qui me guidait, puisque, sans y être appelé par aucune affaire, j’allais à Paris et y restais environ un mois pour pouvoir me procurer toutes les preuves de cette coupable tentative contre la liberté d’un citoyen. C’est par suite de cette lettre qu’est survenu dans La Police dévoilée 1 l’article qui me concerne. Le 10 septembre 1829, lors du passage par Cassel de Charles X, qui se rendait au camp de Saint-Omer, sur la porte triomphale élevée par la ville en face du château du général Vandamme, on avait placé une pièce de vers des plus injurieuses à l’ancienne armée. Aussitôt que j’en eus connaissance, je me rendis au café du Midi, quartier général des autorités. Je les sommai, au nom de notre gloire qu’on voulait flétrir, de me donner des explications sur ces vers. Une discussion des plus violentes s’engagea. Mais si en ce moment où l’enthousiasme était à son comble je m’exposais singulièrement, j’eus du moins la satisfaction de voir que la pièce de vers disparut et ne fut pas rétablie au retour de Charles X, qui a eu lieu quelques jours plus tard. Pour changer, autant que possible, l’esprit public, pour essayer de dissiper des ténèbres dont je gémissais de le voir entouré, les sacrifices pécuniaires ne m’ont jamais coûté. Ouvrages, brochures prohibées, tout était par moi introduit en France. Sachant que le ridicule est une arme aussi puissante que la raison, surtout quand il est manié par un génie immortel, les chansons de notre Bérenger étaient par mes soins répandues avec autant de profusion que les discours du courageux général Foy. Enfin, le 27 avril 1830, une partie du dernier envoi fut saisie par la douane de Steenvoord. Les porteurs commirent l’infidélité de me désigner comme propriétaire du ballot déposé sur la frontière et m’exposèrent par-là à des poursuites extraordinaires et à une destitution inévitable si les événements de Juillet n’étaient venus changer la face politique de la France. Je vais avoir l’honneur maintenant, Messieurs, de mettre sous vos yeux l’exposé succinct de ma manière d’agir pendant ces instants de crise où la France inquiète tournait avec anxiété les yeux vers la capitale. Le jeudi 29 juillet, lendemain de l’arrivée à Cassel des fameuses ordonnances du 25 et avant aucune nouvelle de l’insurrection des Parisiens, je me trouvais en cette ville (Cassel) au café du Grand-Cerf. Une discussion publique, purement politique et des plus vives, s’y engagea. Là, en présence d’une foule de personnes, je déclarai que les ordonnances avaient rompu tous les liens qui existaient entre la nation et Charles X, qu’il n’y avait plus de gouvernement légal, que ce roi parjure serait indubitablement renversé, s’il ne l’était déjà. Je dis hautement que la guerre civile qui devait nécessairement suivre cette œuvre de perfidie serait de peu de durée. Voici, si ma mémoire ne me trompe, les paroles que je prononçai Oui, maintenant, à l’heure où je vous parle, les Parisiens sont vainqueurs. Charles X ne souille plus de sa présence la capitale. Encore, doit-il après son crime s’estimer bien heureux si on lui a promis la fuite ! Ce discours, qu’on n’interrompit pas, parce qu’il était prononcé avec véhémence et avec la force qu’imprime la conviction, enflamma de fureur la plus grande partie de mes auditeurs. Une personne voulut m’opposer en faveur des ordonnances quelques raisonnements puisés dans l’Universel, journal de M. Peyronnet ; indigné, je lui arrachai le journal des mains, le froissai plusieurs fois avec colère et finis par le lancer à la figure de mon interlocuteur. Au lieu de se contenter de discuter, chaudement il est vrai, ces messieurs eurent recours à leur argument favori quand ils sont dix contre un : ils se précipitèrent sur moi, me maltraitèrent et finirent par me jeter dans la rue. Cette scène fut connue à Cassel avec la rapidité de l’éclair. Des complots furent tramés contre mes jours. Mais, le lendemain, la nouvelle des troubles arriva. En personnes prudentes, mes ennemis attendirent la fin des événements pour pourvoir m’assassiner sans danger si leur parti triomphait ; mais l’héroïque résistance du peuple parisien déjoua leurs trames et le drapeau tricolore, qui parut bientôt, en me faisant oublier mes dangers, m’a fait aussi oublier tous leurs noms2. Lorsque la révolution fut connue mais que le succès était encore ignoré, je pris la résolution d’annoncer hautement que nous étions vainqueurs, certain que sur tous les points de la France les patriotes zélés feraient comme moi afin, si Paris succombait, de profiter du premier moment d’enthousiasme pour qu’une insurrection générale se déclarât partout en même temps. Je me rendis, dans la nuit du vendredi au samedi 30 et 31 juillet, accompagné de monsieur Leclercq, juge d’instruction à ce tribunal, sur la route de Lille à Dunkerque, afin d’apprendre par les voyageurs que contenaient les voitures publiques des nouvelles de la capitale. Tous étaient partis de Paris avant la victoire et ils ne pouvaient par conséquent nous faire connaître l’issue de cette lutte glorieuse puisqu’ils ignoraient eux-mêmes. Rentré à Hazebrouck, j’y annonçai à l’instant à plusieurs personnes qui m’entourèrent aussitôt et entre autres à M. Janssens, alors comme aujourd’hui commandant de la gendarmerie, que la résistance du peuple prenait de la consistance et qu’il était certain qu’au moment où je leur donnai les nouvelles, nous étions libres et affranchis du joug odieux d’un roi parjure ; résultat que j’espérais il est vrai mais alors il était impossible que je le connusse 3. Je n’ai pu suivre davantage les événements de juillet : trois jours passés dans une affreuse anxiété sur le sort de la patrie, me voyant, si la cause de la liberté était perdue, placé sous le glaive qui assassina Berton et Bories, la joie que me causa la nouvelle du succès firent sur mes organes une telle impression que le dimanche 1er août je fus atteint d’une maladie assez grave qui me força pendant trois mois à garder la chambre. Je puis donner pour garant de ce qui précède le pays entier et particulièrement les habitants de Cassel ; tous viendront attester que, depuis 1814 jusqu’au mois de juillet 1830, les événements politiques m’ont occasionné un préjudice de plus de vingt-cinq mille francs. Pendant quinze ans, j’ai reçu tous les journaux constitutionnels ; dans tous les temps, j’ai entretenu une correspondance active avec plusieurs proscrits et particulièrement avec le général Vandamme ; toujours mon nom fut inscrit un des premiers dans toutes les souscriptions nationales et pendant ce laps de temps je n’ai cessé d’être en butte à toutes les persécutions dénoncées à chaque instant ; rien n’a pu arrêter mes efforts, rien n’a pu modifier mes sacrifices pour le succès des élections ; pour le sort de la France, jamais le moindre acte de lâcheté n’a pu m’être reproché ; jamais je n’ai assisté à aucune cérémonie, jamais je n’ai porté aucun signe en opposition avec ma manière de voir ; dans cent discussions politique, dans deux duels pour politique, j’ai exposé mon existence et le sort de ma famille, pour faire triompher la cause que j’ai embrassée et qui me trouvera toujours à l’heure du danger. Si, Messieurs, vous jugez que la décoration de juillet siérait sur un cœur qui palpite aux mots sacrés de liberté, sans doute je serais fier d’avoir mérité l’estime de ma patrie et la bienveillance du roi qu’elle a choisi ; si, au contraire, vous me jugez indigne de cet honneur, je me rappellerai un mot célèbre de l’Antiquité et je me consolerai en pensant qu’alors la France possède dans son sein un grand nombre de citoyens meilleurs que moi. » Il joignait à sa demande plusieurs certificats. Le premier, ainsi rédigé : « Nous, Philippe, Louis Bon, juge de paix du canton de Cassel, arrondissement d’Hazebrouck, département du Nord, sur l’attestation de MM. Louis Makeneel, lieutenant en retraite, Dominique Berteloot, directeur de messageries, Bauduin, Alexandre Vanheeghe, propriétaires, Joseph Bon, receveur d’octroi et Pierre Vanbambeke, orfèvre, tous notables habitants de cette ville, certifions à tous qu’il appartient que le jeudi 29 juillet 1830 maître Joseph, Ferdinand, Henri Monet, avoué au tribunal d’Hazebrouck, né à Cassel le 2 mai 1787, s’est rendu accompagné du sieur Vanheeghe, vers les 7 heures du soir au café du Grand-Cerf en cette ville, où se trouvaient entre autres les susdits sieurs Bon et Vanbambilié ; qu’une discussion politique s’est élevée sur l’exécution des ordonnances du 25 dudit mois de juillet, connues à Cassel seulement la veille ; que Me Monet persistant à soutenir que lesdites ordonnances étaient illégales et qu’il était impossible à Charles X de se maintenir dès lors plus longtemps sur le trône, dans le fort de la discussion, chiffonna l’Universel et le jeta à la figure d’une personne dont le journal était l’organe ; que n’étant nullement disposé à obtempérer aux injonctions réitérées qu’on lui fit de sortir du café et continuant à assurer avec véhémence que Charles X serait certainement renversé s’il ne l’était déjà, il fut aussitôt saisi et jeté avec violence dans la rue. Certifions de plus, sur l’attestation des trois dénommés ci-dessus, pour avoir été présents et sur celle des deux premiers, qui déclarent d’après la notoriété publique que par suite de cette discussion qui fut à l’instant connue de tout Cassel, certains esprits s’exaspérèrent à tel point que la vie du même maître Monet n’eût plus été en sûreté si les événements de Paris n’avaient justifié sa prédiction. » Le deuxième, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le samedi 31 juillet 1830, Me Monet, avoué en cette ville, arrivant le matin de la route de Cassel, chemin de Lille à Dunkerque, fut interrogé sur la grande place par plusieurs personnes et par moi, sur les nouvelles qu’il pouvait avoir apprises des voyageurs relativement aux événements de Paris, qu’alors ledit Me Monet nous répondit avec un vif enthousiasme que, selon lui, la valeur des Parisiens était telle qu’on ne devait plus douter de leur triomphe et du succès de la cause de la liberté ; et qu’au moment où il nous parlait tout était fini. Je puis aussi certifier qu’à ce moment aucune nouvelle ni directe ni indirecte de notre victoire n’était ni ne pouvait être arrivée ici. En foi de quoi, je lui ai délivré le présent certificat à Hazebrouck le 9 décembre 1831. » Janssens, lieutenant commandant de la gendarmerie de l’arrondissement de Hazebrouck. Le troisième, ainsi rédigé : « Nous, avoués près le tribunal de première instance séant à Hazebrouck, soussignés, désirant donner un témoignage d’affection à notre confrère Monet, président de la chambre, attestons qu’il a toujours eu pour nous les meilleurs procédés et que, chaque fois que l’occasion s’en est présentée, il nous a donné des marques de son attachement et de son désintéressement et que nous n’avons jamais eu qu’à nous louer de ces procédés envers nous. » Signé, le 15 avril 1829 : Berteloot, J., M. ; Leleu ; Potoier, F. ; Pasquier. Le quatrième, ainsi rédigé : « Nous, Philippe, Louis Bon, juge de paix du canton de Cassel, arrondissement d’Hazebrouck, département du Nord, certifions à tous qu’il appartient que Me Joseph, Ferdinand Henri Monet avoué au tribunal d’Hazebrouck, demeurant à Cassel, nous a, à notre demande et à notre grande satisfaction, constamment secondé à concilier les parties sur les difficultés qui les divisaient et qui allaient les porter à des procès souvent ruineux à l’une d’elles ; au point que, par ses procédés et par sa conduite régulière, nous avons estimé devoir compter ledit Monet dans le nombre de nos amis. » Signé, le 17 avril 1829 : Bon, Philippe, Louis, juge de paix du canton de Cassel. Le sixième, ainsi rédigé : « Nous, président et membres composant le tribunal de première instance séant à Hazebrouck (Nord), attestons que Me Joseph, Ferdinand Henri Monet a exercé depuis environ dix-sept ans (20 juin 1812) le ministère d’avoué près le tribunal et que la manière dont il s’en est acquitté lui a obtenu sans réserve la confiance des magistrats et celle des justiciables du ressort, et que jamais aucun reproche ne s’est élevé contre lui relativement à ses fonctions. » Signé, le 17 avril 1829 (pour les seules signatures lisibles) : Laingville, procureur du roi ; Tiffret. Le 12 décembre 1831, la Commission nommée par le préfet du Nord, à l’effet de distribuer des récompenses honorifiques pour des faits passés pendant la révolution de Juillet dans la commune de Lille prit, à l’unanimité, la résolution suivante : « Considérant qu’une résistance généreuse a été organisée par un très grand nombre de citoyens, qu’il ne s’y est pas passé de faits tels qu’il y ait eu un danger immédiat de la vie pour aucun d’eux ni assez saillant pour justifier une exception, la Commission déclare qu’il serait impossible d’accorder des récompenses nationales à quelque citoyen, sans blesser les autre, qui ont aussi des droits à la bienveillance du gouvernement. » Ayant examiné particulièrement les droits de Monet à une récompense honorifique, elle ne jugea pas ses droits suffisants. Il demeurait à Hazebrouck en 1830-1831. Archives nationales F/1dIII/81, dossier Nord.
Voir La Police dévoilée, tome 2, page 370.
Ces faits, de notoriété publique, sont justifiés par l’acte ci-joint devant M. le juge de paix du canton de Cassel.
Fait constaté par la deuxième pièce ci-jointe. Comme le véritable amour de la patrie ne peut exister que dans un cœur pénétré des devoirs que lui imposent l’honneur et l’équité, j’ai négligé de parler de mes mœurs ; cependant je joins aux deux pièces rapportées plus haut les certificats de mes confrères, de M. Bou, doyen des avocats et des juges de paix de l’arrondissement et des membres du tribunal, qui attestent ma moralité, mon désintéressement et une probité dans mes fonctions. Vous remarquerez sans doute, Messieurs, dans le certificat des membres composant le tribunal de Hazebrouck cette phrase : “Jamais aucun reproche ne s’est élevé contre lui, relativement à ses fonctions.” Il évitent, comme on le sait, de parler de mes opinions politiques ; en effet, il continuait alors de pleuvoir des dénonciations contre moi (1829).