Monsarrat, Frédéric, André
Biographie
Né le 17 mars 1807 à Loubens (Haute-Garonne), fils de Monsarrat, Louis, propriétaire et de Marguerite, son épouse. Elève en pharmacie. Il eut la cuisse fracturée, le 28 juillet place de Grève (mais le 27 au coin de la rue Coquillière in Archives nationales F/1dIII/33). Amputé à l’hôpital de la Charité, il mourut des suites de ses blessures le 28 août suivant. Nous reproduisons, extrait de la Revue d’histoire de la pharmacie n° 6, février 1931, Il y a cent ans, les pharmaciens dans la bataille des rues en juillet 1830, qui par ailleurs contient de très nombreuses erreurs, le passage suivant concernant Monsarrat : « Son père, maçon à Loubens (Haute-Garonne) ayant envoyé au ministère, à l’appui de sa demande de pension, les lettres qu’il avait reçues de l’ancien patron de son fils, le pharmacien Houeix (voir Houeix, Jean-Baptiste), établi rue Saint-Denis, n° 435 [lire 235, N.D.A.]. Voici la première de ces lettres adressée le 21 août 1830 au père de Monsarrat : “Monsieur, depuis longtemps sans doute vous êtes inquiet de M. Votre Fils. La difficulté de faire parvenir des nouvelles pendant nos troubles a seule empêché que vous n’en receviez plus tôt, mais rassurez- vous sur son état ; il a été légèrement blessé dans la sortie du 28, le mardi, premier jour de combat. Sa blessure est au bras gauche et l’empêche de vous écrire lui-même, elle est légère, mais la chaleur qu’il a fait rendant la plaie difficile à guérir, il sera encore longtemps retenu au lit. Du reste, il va bien et tout porte à croire qu’il se servira aussi facilement de son bras après sa guérison qu’avant son accident. Monsieur votre fils a été élève chez moi pendant environ six semaines. Un de mes amis étant entré chez moi, M. Montsarrat préféra chercher une place plutôt que d’y rester en qualité de second. Il ne fut pas heureux dans les nouvelles pharmacies où il entra, mais il venait souvent me voir et je l’aidais à se placer. Le mardi soir, il vint me dire que l’on se battait rue Saint-Honoré. Je l’engageai à ne pas y aller, mais m’ayant représenté qu’il devait servir la patrie en combattant pour notre liberté, je le laissai d’autant plus que je me disposais à en faire autant. Mais trop de courage l’aura fait négliger la prudence et le soir même j’appris qu’il avait été blessé et porté à la Charité. Je m’y transportai de suite ; je le recommandai à mes amis qui font le service de cet hôpital et, certain qu’il ne lui manquerait rien, je l’y laissai, d’autant plus qu’il eut été impossible de le faire venir chez moi, à cause de l’encombrement des rues et du peu de commodité que j’ai dans mon logement. Depuis, moi ou mes élèves nous lui rendons de fréquentes visites : sa santé se rétablit de jour en jour et nous lui portons tout ce dont il a besoin. Dans votre dernière, vous lui faisiez offre de lui envoyer de l’argent : il en a peu besoin de ce moment. D’ailleurs nous ne l’en laissons point manquer, mais plus tard il pourra lui devenir nécessaire, et si vous avez une occasion de lui en envoyer, vous pourrez l’adresser chez M. Houeix, rue Saint-Denis, n° 435 [lire 235, N.D.A.], cela ne presse pas : d’ici à quinze jours ou trois semaines. Recevez, Monsieur, l’assurance de mes sentiments distingués. Votre dévoué serviteur, Pr Houeix ; A. Bellet, élève. N.-B. Nous recevons à l’instant une lettre que Monsieur votre fils nous fait écrire, il nous demande différentes petites choses et nous prie, si nous n’avons pas encore écrit chez lui, de présenter ses amitiés à ses parents et amis, qu’il va de mieux en mieux.” Cette lettre ne laisse aucun doute sur l’état de Montsarrat. C’était un élève professionnel et non un étudiant [ ?? sans qu’il apparaisse dans la brochure ce sur quoi l’auteur se fonde pour affirmer son propos, N.D.A.]. Il semble bien que l’Ecole de Pharmacie ait accaparé au moins deux “héros” qui ne lui appartenaient point. Fait curieux, Houeix annonce au père de Montsarrat qu’il s’agit d’une légère blessure au bras gauche, or nous possédons un certificat établi par « l’agent de surveillance » de l’hôpital de la Charité affirmant que l’élève en pharmacie en question souffrait d’une “fracture communicative de la cuisse, occasionnée par un coup de feu”. Toujours d’après le même document, Montsarrat a dû subir l’amputation de la cuisse et il est mort à l’hôpital le 28 août 1830. Que notre homme ait été blessé au bras ou à la jambe, il se serait certainement rétabli si la médecine de l’époque avait connu l’antisepsie. Le pharmacien Houeix prit la peine d’écrire à nouveau, le 10 septembre, aux parents de Montsarrat pour leur annoncer la fatale nouvelle. Il le fit avec beaucoup de précautions et de noblesse : “Gloire aux martyrs du 27, 28 et 29 juillet. Hommage soit rendu à nos frères morts pour cette liberté chérie. Les pères qui, dans ces journées, ont eu à déplorer la perte de leurs enfants, sont bien à plaindre, il est vrai, mais aussi il leur reste une bien grande consolation, en songeant que leurs enfants sont morts pour la liberté de leur pays et qu’ils emporteront dans la tombe les regrets, l’estime et l’admiration de la première nation du monde. Quelle gloire pour un père de savoir que le nom de ce fils qui lui était si cher, va passer à la postérité et que, buriné sur l’airain impérissable, il fera l’admiration des siècles futurs. Cher Monsieur, il me coûtait de vous écrire, car il est toujours pénible d’apprendre une telle nouvelle. La blessure de Monsieur votre fils, qui faisait espérer un prompt rétablissement, ayant changé de caractère, une abondante suppuration l’a brusquement enlevé.” » Un de ses amis, Houeux, écrivit à son père que « le nom de monsieur votre fils ayant été donné à l’hôpital », il fallait qu’il lui fît parvenir certains actes d’état civil. Monsarrat était un des trois élèves auxquels un monument fut élevé à l’école. Une note de la Commission des récompenses nationales était ainsi rédigée : « Monsarrat est l’un des trois élèves de pharmacie auxquels il fut élevé un monument à l’école. » Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Xe arrondissement. Il laissait un père, Monsarrat, Jean-Louis, Laurent sic dans son acte de naissance), né le 10 août 1765 à Lautrec (Tarn). Il fut pensionné de trois cents francs et reçut, par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Les parents s’étaient mariés le 5e jour complémentaire de l’an III à Loubens ; sur l’acte de mariage, Monsarrat, Louis (sic mais bien Monsarrat, Jean-Louis, Laurent dans son acte de naissance) est indiqué comme le fils de feu Monsarrat, Jean, maçon, et de Alaux, Marguerite ; Guiraud, Marguerite est indiquée comme la fille de Guiraud, Martial et de Laval, Marie. Guiraud, Marguerite devait décéder le 10 janvier 1829 à Loubens. Son nom, en novembre 1831, était dans un état, établi par la mairie du (ancien) XIe arrondissement, de citoyens morts dans les journées de Juillet, dont le nom devait être inscrit au Panthéon et qui ne dépendait d’aucun arrondissement ; la mairie demanda l’ajout de son nom, comme mort les armes à la main. Un monument fut élevé, par souscription, dans l’ancien jardin des apothicaires, rue de l’Arbalète, à la mémoire des trois élèves en pharmacie, morts pendant les combats de juillet 1830 ou décédés des suites des blessures qu’ils y avaient reçues : Simonneau, Louis (voir ce nom) ; Monsarrat, Frédéric, André ; Ader, Pierre, Gentil (voir ce nom). Ce monument fut inauguré le 26 juillet 1831. Le Journal des Débats, en date du 26 juillet 1831, rapportait ainsi : « Le mardi 26 juillet a eu lieu l’inauguration du monument élevé par les élèves de l’Ecole de pharmacie à ceux de leurs camarades morts dans les journées de juillet [1830]. Le rendez-vous était au Panthéon, à onze heures. Bientôt, le cortège s’est mis en marche dans l’ordre suivant : Musique du 8e de ligne, puis une compagnie de grenadiers de la VIIIe légion de la garde nationale, commandée par M. Barbet, chef d’institution (chef d’institution, impasse des Feuillantines dans le faubourg Saint-Jacques). Venaient ensuite les professeurs de l’Ecole (L’Ecole spéciale de Pharmacie de Paris, 13, rue de l’Arbalète, comprenait en 1831 : Laugier, directeur ; Bouillon-Lagrange, directeur adjoint ; Nachet, Guiart, Pelletier, Bussy, professeurs ; Bouriat, Clarion, Guilbert, Caventou, professeurs adjoints ; Ad. Laugier fils, chef du secrétariat ; Guiard fils, préparateur des cours), parmi lesquels on a remarqué le doyen de la Faculté de Médecine [Orfila], et M. Boissel (voir Boissel, Jean-Marie, Hercule), pharmacien [rue Saint-Victor, n° 71], adjoint au maire du (ancien) XIIe arrondissement. Une commission d’élèves en pharmacie, revêtue d’une marque distinctive, accompagnait un drapeau porté par un de leurs camarades, sur lequel on lisait d’un côté : “27, 28, 29 juillet, Aux élèves de l’Ecole de Pharmacie morts pour la liberté”, de l’autre : “26 juillet, Souvenir, Reconnaissance.” La marche était ensuite fermée par la députation de différentes écoles, mêlée avec les élèves en pharmacie, et enfin terminée par une compagnie de grenadiers. On voyait le crêpe sur tous les bras, et la cocarde tricolore sur tous les drapeaux. Tous les gardes nationaux assistant à, la cérémonie étaient sans armes. Le cortège a pris la rue Mouffetard ; il est arrivé à l’Ecole de pharmacie dans le calme le plus religieux. On s’est rendu près du monument sur la cime duquel a été planté le drapeau tricolore ; une couronne de lauriers sculptée en haut de la colonne et au dessous : “Simonneau, de Cerny ; Montsarrat, de Loubens ; Ader, de Bayonne, élèves en pharmacie, morts pour la liberté. A leur mémoire, par leurs camarades, les pharmaciens et les élèves de l’Ecole de pharmacie. M. Boissel (voir Boissel, Jean-Marie, Hercule), pharmacien, adjoint au maire, M. Laugier, directeur de l’Ecole de pharmacie, MM. Latour (voir Latour de Trie, Jean, Pierre, Auguste) et Lecomte (voir sans doute Leconte, Henri, Yves ?), tous deux élèves de pharmacie et décorés de Juillet, ont prononcé chacun un discours accueilli par des applaudissements prolongés. Après chaque discours, la musique exécutait des airs funèbres. La cérémonie se termina par une collecte faite en faveur des Polonais et qui produisit 140 francs 60 centimes. Puis le cortège revint au Panthéon, où, après quelques airs patriotiques, on se dispersa. Un banquet fut offert à la délégation de l’Ecole vétérinaire d’Alfort. » Le discours d’inauguration fut prononcé par Latour (voir Latour de Trie, Jean, Pierre, Auguste), autre élève en pharmacie et décoré de la médaille de Juillet (sous la cote 8° Lb51 824 ou 8° Lb61 824 c’est illisible à la BNF à consulter) : « […] Ce monument doit encore parler à la postérité. Il doit lui apprendre que les élèves en pharmacie ont été de ce peuple qui, pendant deux jours, s’est fait roi, et dont l’abdication miraculeuse ajoute à sa grandeur... Mes amis, tant de vertus seront l’orgueil de tous les temps ; de si beaux traits de civisme seront à jamais l’admiration de toutes les nations européennes. Ader, Simoneau, Monsarat, vous êtes morts en foulant la terre de la liberté ! C’est pour vous une bien douce consolation. Cette colonne qui vous est consacrée va devenir l’ornement de nos douleurs. Tous les jours nous lui rendrons notre culte d’amour ; nous lui porterons notre tribut d’hommages. Qu’elle fasse notre fierté ; qu’elle serve à soutenir, à rehausser même, s’il se peut, la dignité de notre Ecole ; qu’elle apprenne enfin qu’elle a été élevée par des mains libres sur les débris du despotisme. Et vous, couleurs nationales, si chères à nos cœurs, cocardes tricolores qui brillez sur tous les chapeaux, soyez fières d’avoir secoué la poussière de quinze ans. Nous vous saluons avec orgueil […]. » Ce monument, élevé à la mémoire des trois élèves en pharmacie tués dans les combats de Juillet fut ensuite transplanté dans le jardin de la Faculté de Pharmacie de Paris. Monsarrat demeurait 235, rue Saint-Denis, au domicile de Houeix, son patron pharmacien ; son père, à Loubens en 1831. Le nom de Monsarrat (F.-A. Monsarrat) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 98 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du Xe arrondissement, p. 109, liste nominative du Xe arrondissement des personnes au nom desquelles il a été déposé des inscriptions de rentes à la caisse de la préfecture du département de la Seine pour y être réclamées par qui de droit, avant le 1er janvier 1834, terme de la déchéance, p. 120, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832 ; Journal des Débats, 26 juillet 1831 ; Revue d’histoire de la pharmacie n° 6, février 1931, Il y a cent ans, les pharmaciens dans la bataille des rues en juillet 1830 ; La Pharmacie, 1906, n° 1, pp. 213-216 (avec la reproduction d’une lithographie de la collection Hartmann représentant le monument commémoratif) ; Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement, Citoyens sans arrondissement ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, citoyens sans arrondissement (quant à son inscription sur les listes du Panthéon, N.D.A) ; Archives de Paris VD6 281 n° 1, Citoyens sans arrondissement et dont les noms ne sont point inscrits au Panthéon ; Archives de Paris VK3 11 ; Archives de Paris VK3 25, une liste de personnes tuées et qui ne semblaient dépendre d’aucun arrondissement parisien (liste établie au moment de recenser les noms qui devaient inscrits sur les tables du Panthéon, N.D.A.) (sous le nom de Mansarat) ; Archives de Paris VK3 32, (ancien) XIe arrondissement, citoyens tués, sans arrondissement auquel les rattacher ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (liste supplémentaire) ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, état des ascendants des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet (30 ascendants) ; Archives nationales F/1dIII/43 in dossier Badès ; Archives nationales F/1dIII/65 ; Archives nationales F/1dIII/68 (lire la Revue d’histoire de la pharmacie n° 6, février 1931) ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) Xe arrondissement, ascendants et aussi même référence liste nominative des personnes pour lesquelles il a été déposé des inscriptions de rentes à la caisse de la préfecture du département de la Seine pour y être réclamées par qui de droit jusqu’au 31 décembre 1833, (ancien) Xe arrondissement (sous le nom de Monsarrat, Jean-Louis, Laurent) ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 84, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841.