Monthelier, Pierre, Auguste

Biographie


Né le 18 novembre 1784 à Paris. Ancien officier de cavalerie, totalisant douze années de service militaire, ayant participé à quatorze campagnes de l’Empire, présent aux batailles d’Austerlitz, de Friedland et d’Iéna, blessé six fois, plus ou moins gravement, chevalier de la Légion d’honneur, il était devenu négociant en 1830. Il commanda la colonne de volontaires rouennais partis pour secourir les Parisiens. Un rapport de la mairie relatait ainsi sa participation aux combats : « Aussitôt que les ordonnances furent connues à Rouen, M. Montholier se mit à la tête du mouvement. Mais il éprouva d’abord des difficultés de la part des autorités. Loin de lui l’idée d’abandonner la cause de la liberté, il quitta sa femme et trois enfants, laissa à la merci sur le port des marchandises, pour la valeur de quatre-vingt mille francs, part pour Elbeuf, où sa voix est mieux entendue, ramène des patriotes, forme sa colonne et part de Rouen à la tête de quatre cents hommes. Sa troupe se grossit de moment en moment et, bientôt, il compte mille hommes sous ses ordres. A Louviers, il arbore le drapeau tricolore, à Vernon, le commandant est forcé de lui livrer passage sur sa sommation. A Saint-Germain, il se mit à la disposition du général Exelmans et marcha sur Rambouillet. Il ramena sa colonne à Paris. Ce patriote a soldé en partie sa troupe de sa bourse et avait souscrit des obligations pour la totalité. Le jury pour récompenser sa belle conduite lui a voté la décoration par acclamation. » Le Journal de Rouen des 15 et 16 août 1830 retraça ainsi l’accueil qui fut fait, à Rouen, à l’occasion du retour dans cette ville de cette colonne : « Vers 2 heures, les commissions municipales, la garde nationale, un détachement de la garde royale et une affluence considérable de citoyens se sont portés à la barrière d’Eauplet au-devant des volontaires. Arrivé près de M. Monthelier, M. Henry Barbet, maire, lui a adressé une courte allocution. “La foule qui se presse sur vos pas, a-t-il dit, vous fait connaître bien mieux que nous ne pourrions vous de dire de quels sentiments est animée la population rouennaise envers vous et les braves que vous commandez. Elle n’oubliera jamais que, le premier, vous êtes parti pour Paris lorsque le danger paraissait imminent, que votre exemple a décidé le mouvement de Rouen et des villes environnantes ; que votre marche a mis un terme à l’inutile résistance du gouvernement déchu et nous a préservés des horreurs d’une guerre civile, dont l’issue n’eût point été douteuse mais qui eût ajouté de nouvelles victimes à celles des mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet.” Le soir, un banquet a été offert au commandant des volontaires, aux officiers, sous-officiers et quelques soldats de sa colonne. M. le général Teste, qui avait passé en revue toute la colonne des volontaires sur la place Saint-Ouen, les membres des commissions municipales et départementales et plusieurs autres fonctionnaires civils et militaires avaient été invités à cette solennité. Après les toasts, une épée d’honneur, ornée de rubans tricolores, a été apportée et offerte au nom de la commission municipale à M. Monthelier. “En la remettant entre vos mains, a dit M. Barbet, nous acquittons une dette de reconnaissance. Nous savons, monsieur, que cette arme sera sans danger pour nos libertés et que vous ne l’emploierez jamais que pour l’indépendance et la gloire de la patrie.” La soirée s’est terminée par une collecte en faveur des victimes des 27, 28 et 29 juillet, qui a produit une somme de huit cent trente-huit francs et quatre-vingts centimes. Une grande partie des assistants se sont ensuite rendus à la représentation d’amateurs donnée au Théâtre des arts. L’arrivée du commandant des volontaires a été le signal de vives et sincères acclamations de la part du public. Dans la nuit des musiciens de la garde nationale et de la garde royale ont donné des sérénades à M. Monthelier. » Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 1er mars 1831, contient les indications suivantes sur sa participation aux combats : « Dès les premières nouvelles des ordonnances, il se mit à la tête du mouvement à Rouen ; malgré les autorités, il fut à Elbeuf pour en faire de même ; les Elbeuviens se joignirent à lui, il revint à Rouen, où il réunit ce qu’il put ; arrivé au pont de l’Arche, il avait quatre cents hommes, sous les armes ; il arbora le drapeau tricolore ; à Louviers, sa colonne était de mille hommes ; à Vernon, il a fait annoncer au commandant qu’il allait passer de gré ou de force : le commandant le laissa passer. Arrivé à Saint-Germain, il avait deux mille hommes et il se mit à la disposition du général Exelmans pour la campagne de Rambouillet ; il ramena la colonne à Paris. Malgré les éléments hétérogènes dont elle se composait, il la reconduisit à Rouen sans que l’on eût à se plaindre. Pendant le trajet, il a payé sa troupe de sa bourse et a fait traite sur son banquier pour ce fait. Il a femme et trois enfants et a laissé sur le port pour quatre-vingt mille francs de marchandises. Décoration par acclamations. » Le jury de la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 5 mars 1831, pour la croix par acclamations. Dans sa séance du 13 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, demandait, sur proposition de Bixio (voir Bixio, Giacomo, Alexandro) l’ajournement de toute décision de récompense honorifique à son égard ; dans sa séance du 15 avril 1831, le même comité des renseignements demandait son renvoi devant sa commission départementale. Monthelier fut décoré de la Croix de Juillet à la fois auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement et du (ancien) XIIe arrondissement. Dans sa séance du 14 décembre 1831, la Commission des récompenses nationales pour la ville de Rouen rapportait sur son compte : « La Commission, considérant que, dès le 29 juillet, M. Monthelier avait accepté sans hésitation le titre de commandant de la colonne de volontaires qui se formait pour voler au secours de la capitale, qu’après avoir employé tous ses efforts à organiser cette colonne, il se mit à la tête dans la nuit du 30 juillet, et la conduisit jusqu’à Rambouillet. Considérant que les actes e dévouement et de patriotisme de M. Monthelier, qui fit alors à son pays le sacrifice de ses intérêts privés, appelaient une récompense éclatante, que Sa Majesté elle-même déclara lors de son passage à Rouen qu’il fallait que M. Monthelier fût placé avant quinze jours, que cependant ce brave citoyen paraît avait été jusqu’alors oublié, croit qu’il est de son devoir de recommander instamment M. Monthelier pour le premier emploi vacant qui pourra lui offrir la juste indemnité de ses sacrifices et la récompense de sa belle conduite. » Le 30 décembre 1831, suite au travail de la Commission des récompenses nationales de la Seine-Inférieure demanda sur son compte « une mention particulière des services rendus », ajoutant : « Commandant supérieur des volontaires qui partirent de la Seine-Inférieure pour aller au secours de Paris. Les événements de Juillet ont porté un préjudice notable à la fortune de ce citoyen. Deux fois, Sa Majesté a daigné faire écrire en sa faveur au ministre des Finances, près duquel M. Monthelier sollicitait une recette particulière. Lorsque le roi vint à Rouen, il assura publiquement M. Monthelier de sa protection, en lui exprimant l’intention de le faire placer promptement. C’est un homme de mœurs douces et d’une capacité reconnue, qui, je le pense, répondrait, par sa conduite, à la bienveillance du gouvernement. M. Monthelier ayant été la personne la plus en évidence lors des événements, je porte sur lui l’attention de Votre Excellence afin qu’elle puisse satisfaire au vœu de l’opinion qui s’est longtemps manifestée en faveur de M. Monthelier. » Il fut proposé par la Commission des récompenses nationales réunie à la préfecture de la Seine-Inférieure pour une recette particulière. Il signa, le 21 juin 1831, le certificat suivant en faveur de Lebrument (voir ce nom) : « Je, soussigné, membre de la Légion d’honneur et décoré de Juillet, commandant des volontaires rouennais qui se sont portés sur Rambouillet et Paris en juillet 1830, certifie que le sieur Lebrument, ex-sous-officier de l’ex-garde royale, a fait partie de la colonne sous mes ordres en qualité d’adjudant sous-officier et que, comme tel, il a rendu tous les services que l’on devait attendre d’un militaire instruit et d’un citoyen mû par le patriotisme le plus dévoué. Il a, par son activité et par sa fermeté, beaucoup contribué au maintien de l’ordre dans une colonne de volontaires qui, par suite des circonstances, se trouvait composée d’individus de toutes les classes de la société et par conséquent assez difficile à maintenir. Je lui délivre le présent par duplicata, pour lui servir au besoin auprès de ses chefs, si, comme j’aime à le penser, ses anciens services militaires et son dévouement à la cause sacrée de nos libertés sont des droits à leur estime et à leur bienveillance. » Il signa, le 6 juillet 1831, le certificat suivant en faveur de Charme, Achille, André : « Je, soussigné, chevalier de la Légion d’honneur et partie du manuscrit brûlée de juillet 1830, commandant les volontaires rouennais qui, au moment de notre glorieuse et pure révolution, se sont portés sur Rambouillet et Paris, certifie que le sieur Charme a fait partie de la colonne sous mes ordres depuis le départ jusqu’au retour, qu’il s’est comporté comme on devait attendre d’un citoyen mû par le patriotisme le plus dévoué et d’un ancien militaire. Il a, par sa bonne tenue et sa bonne conduite, donné l’exemple de l’ordre et de la discipline dans une colonne d’autant plus difficile à conduire qu’elle était composée d’individus appartenant à toutes les classes de la société. » En 1831, son commerce fut atteint par la crise qui suivit la révolution et il dut solliciter une place. Lafayette, entre autres, intercéda auprès de Laffitte pour qu’il obtînt la direction des postes de la ville de Rouen puis, celle-ci ayant été pourvue, la recette des douanes de la même ville. De la même manière, Rumigny, aide de camp du roi, intercéda pour la place de receveur dans cette ville ; puis Treilhard, ancien préfet de la Seine-Maritime, pour une place soit dans les postes soit dans les perceptions. Béranger fit de même. Faute d’avoir été nommé et faute de pouvoir verser un cautionnement nécessaire, il sollicita le grade de capitaine de cavalerie « auquel il eût été appelé de droit en 1816, sans la brusque et violente disposition dont son corps fut spécialement frappé en 1815 par suite des événements politiques », de plus, faisait-il observer « le roi vient en juillet dernier de nommer sous-lieutenants deux jeunes volontaires de ma colonne et qu’en ma qualité de commandant de cette colonne et d’ancien officier je ne crois pas être indiscret en demandant ce modeste grade de capitaine, quand en 1830 j’eusse pu être nommé officier supérieur si je n’avais pas craint alors de mettre un prix à une démarche toute de patriotisme et de dévouement ». En 1832, fut placé dans la maison militaire du roi et nommé adjudant du palais de Trianon, aux appointements de trois mille francs. Mais comme il abandonnait le tiers de ses appointements en recouvrement de ses dettes et que Versailles était une ville dispendieuse et où sa fonction le forçait à assister à beaucoup de représentations, il sollicita, en 1838, d’être compris dans les listes des décorés qui recevaient une gratification. Il était marié et père de trois enfants. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, lui faisant parvenir, en juin 1848, la lettre suivante : « Comme vieux soldat de la république et officier de cavalerie de l’Empire, mis forcément à la réforme sous la Restauration par suite de sa conduite et de ses idées politiques en 1815. Comme commandant des volontaires rouennais accourus en juillet 1830 au secours des Parisiens malgré le danger imminent qui pouvait résulter pour lui d’un semblable commandement. Comme décoré de Juillet, aujourd’hui sans emploi, sans retraite, sans fortune aucune et père de famille, je demande à être compris dans le travail que vous êtes appelés à remettre à la Commission centrale et à être admis au sein de votre comité pour vous donner connaissance des pièces à l’appui de ma demande. Veuillez m’indiquer le jour et l’heure où vous pourrez m’entendre et agréer, citoyens, etc. » Il demeurait à Rouen en 1830-1831 ; 6, rue Saint-Louis aux Batignolles en 1831 ; à Versailles à partir de 1832 ; aux Petites Ecuries à Versailles en 1848. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIe arrondissement, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 371 n° 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 ; Archives de Paris VK3 29, séance du 13 avril 1831, séance du 15 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 5 mars 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem ; états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 1er mars 1831 (sous le nom de Montelier) ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/42 in dossier Arnoult, Hyppolite (pour lequel il délivre un certificat) ; Archives nationales F/1dIII/68 ; Archives nationales F/1dIII/81, dossier Seine-Inférieure (sous le seul nom de Monthelier) ; Archives de la préfecture de police AA 372 in dossier Belliard, Dominique, Augustin (qui fit partie de la colonne qu’il commanda au départ de Rouen) ; Archives de la préfecture de police AA 377 in dossier Charme, Achille, André ; Archives de la préfecture de police AA 404.

Soumettre une suggestion sur la notice

Votre adresse email
Numéro de téléphone


Tous droits réservés - © 2026 Laurent Louessard / Camille Maillet (Torii Kōdo) - Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact
An unhandled error has occurred. Reload 🗙

Un instant ...

Serveur occupé, tentative de reconnexion dans secondes.

Veuillez recharger la page.

Session mise en pause par le serveur.

Veuillez recharger la page.