Morel
Biographie
Né vers 1805 à Dole (Jura). Fondeur, mais manquant souvent de travail en 1831. Il s’illustra rue Saint-Denis, rue Saint-Martin, au carrefour Montreuil, rue Saint-Nicolas, rue de Richelieu, sous les arcades du Palais-Royal et à l’esplanade des Invalides. Il ne fit aucune demande devant la Commission des récompenses nationales. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] VIIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la croix et une place de fondeur dans un établissement royal. Il fit parvenir la lettre suivante à la Commission, intitulée Détails de ce que j’ai fait et comme je me suis comporté dans les trois mémorables journées de juillet 1830, et ainsi rédigée : « Le mardi 27 la curiosité me fait aller rue Saint-Denis. Voulant voir d’un peu près, je me suis avancé comme mes camarades. Là, nous avons été chargés par des gendarmes, dont trois des nôtres sont tombés sur la place et expiré peu de temps après. Après ce fait nous avons couru sur eux avec des pierres et des bâtons. Le mercredi 28 juillet, étant (illisible animé ?) de la veille, je me suis procuré un fusil de chasse chez M. Rousseau, jardinier-fleuriste. Nous retournâmes rue Saint-Martin et en ce moment-là on brûlait le bureau du commissaire des halles et marchés. Après avoir désarmé les gendarmes qui en occupaient le poste et le tocsin sonnait partout. Là, nous illisible d’aller dans notre arrondissement, faubourg Saint-Antoine, d’après la marche de la garde royale, qui suivait les boulevards. En allant de ce côté, arrivé au faubourg Saint-Antoine, la garde royale, qui je crois était le 1er régiment occupait la grande rue du faubourg. L’artillerie était sur la place avec les cuirassiers et il y avait de l’artillerie au carrefour Montreuil. Nous étions embusqués dans la rue Saint-Nicolas. Là, j’ai épuisé les munitions que j’avais. La garde royale est repartie pour la rue Saint-Antoine et les gendarmes qui étaient de garde sur la place les ont suivis et nous avons suivi aussi. Mais n’ayant pas de quoi se défendre, mon fusil ne valant rien non plus, je fus forcé de renoncer. Le lendemain matin, nous cherchons chacun à avoir un fusil. Nous avions remarqué que les pompiers en avaient dans leur poste. Ils les ont donnés en effet mais ils ne pouvaient servir. J’avais été instruit qu’ils les avaient cachés dans le grenier. Malgré leur résistance, je traverse la foule et mes camarades me suivent. Nous montons tout en haut. Là, un sergent nous dit Mes amis, ne faites pas de bruit, je vais vous les donner. Ayant des fusils, on nous a distribué de la poudre à canon à l’Hôtel de ville et plusieurs personnes nous ont donné des balles et des chevrotines en cuivre. Etant munis, nous avons été rue de Richelieu, sous les arcades du Théâtre-Français. Après avoir tiré longtemps, les gardes royaux sont forcés de débusquer des maisons où ils étaient. Là, au coin de la rue de Rohan, je me trouvais en face de plusieurs la baïonnette croisée. Heureusement pour moi ils cherchaient à se sauver. Il est venu le nommé Cosson, qui m’en a partie du manuscrit abîmée. De là, nous continuons à les poursuivre jusqu’au bout du jardin des Tuileries. Le lendemain vendredi, dans l’intention de les retrouver, croyant qu’ils seraient revenus à la charge, nous avons passé la moitié de la journée à l’esplanade des Invalides avec plusieurs détachements de volontaires, commandés par des étudiants. J’oubliais de dire que la nuit de jeudi à vendredi, nous avons fait patrouille jusqu’à 3 heures du matin. Celui d’entre nous qui signait sur la feuille de rapport était Cosson. Depuis ce temps, j’ai l’honneur de faire partie de la garde nationale comme caporal. » Sa lettre était suivie de plusieurs apostilles. La première apostille, ainsi rédigée : « Je certifie que les faits énoncés ci-dessus sont d’une exacte vérité, que le sieur Morel a montré un courage héroïque dans les journées des 27, 28, 29 juillet. » Signé : Froger (voir Froget, Jean, Marie, Désiré), garde municipal à la 1re compagnie du 2e bataillon, décoré de Juillet. La deuxième apostille, ainsi rédigée : « Je certifie, après lecture faite du présent certificat qu’il contient l’exacte vérité, que j’ai prêté un fusil de chasse au dénommé ci-dessus et qu’il a combattu en brave citoyen. » Signé : Rousseau, garde municipal à la 1re compagnie du 2e bataillon. La troisième apostille, ainsi rédigée : « Je, soussigné, certifie après lecture du présent exposé que le dénommé Morel est trop modeste dans son rapport, qu’il s’est montré plus digne de récompense qu’il le fait [penser]. » Signé (voir Cosson, Charles, Julien), garde municipal à la 2e compagnie du 2e bataillon. Morel demeurait 92, rue de la Roquette en 1831. Archives de la préfecture de police AA 403.