Morisée, Louis, Adrien
Biographie
Né vers 1804, fils de Morisée, Pierre, François, maître jardinier au palais de Saint-Cloud puis de Compiègne, dépossédé de sa place en décembre 1816 après onze ans de service. Canonnier à la 14e compagnie du 7e régiment d’artillerie, il était en congé d’un an pour soutien de famille et se trouvait à Paris quand éclata la révolution. Il combattit les 27, 28 et 29 juillet rue Saint-Denis. Le 29 à 16 heures, il planta le drapeau tricolore sur le clocher de l’église de Pantin et partit se battre sur les Champs-Elysées. Avec Jarfaut et Choimain, ils atteignirent vers 16 heures 30 les Champs-Elysées, s’y battirent à plusieurs reprises en se dirigeant vers le bois de Boulogne, pour rejoindre Saint-Cloud. Dans le bois de Boulogne, vers 20 heures 30, il tomba percé de plusieurs balles, tirées par un feu de file ou de peloton à travers les taillis. Il mourut sur-le-coup. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Le 16 août 1830, Le père, Morisée, Pierre, François, se présenta devant le commissaire de police du quartier du faubourg Montmartre pour faire la déposition de la disparition de son fils : « Depuis les affaires dernières auxquelles mon fils Morisée, Louis, Adrien, âgé de vingt-six ans (il était chez moi en congé depuis déjà dix-huit mois environ ; il appartenait au 7e régiment d’artillerie à pied, 14e compagnie) a pris part avec les bourgeois, il n’a plus reparu ; j’ai lieu de craindre qu’il n’ait été tué. Le 29 du mois de Juillet il aurait été vu encore ; un de ses camarades m’assure l’avoir rencontré le soir du jour que j’indique, du côté des Champs-Elysées. Mon fils a les cheveux et sourcils noirs, taille 1,74 mètre, visage ovale, front couvert, yeux noirs, nez bien fait, bouche moyenne, menton rond. Il était vêtu d’un pantalon en toile bleu clair, gilet jaune à raies (il était sans veste), chemise de toile, chaussé de mauvais souliers, guêtres blanches. » Le certificat suivant constatait aussi la disparition de Morisée : « Nous, soussignés, certifions que le 29 juillet dernier nous avons vu Louis, Adrien Morisée, canonnier au 7e régiment d’artillerie, se trouvant à Paris en congé, prendre les armes et se joindre aux bourgeois armés pour la liberté, au milieu desquels il a dû trouver une mort glorieuse attendu que ni nous ni ses parents ne l’avons revu depuis cette mémorable journée. » Signé, le 27 septembre 1830 : Lesueur, lampiste, demeurant 13, rue Simon-le-Franc ; Delaquet, journalier, demeurant 4, rue Royale à Montmartre ; Robert, cimentier (? illisible), demeurant 2, rue Royale à Montmartre. Le 5 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) IIe arrondissement, comparurent : Soupplet, François, ancien marchand de vin, demeurant 11, grande rue Royale à Montmartre ; Aveline, Hector, maître cordonnier, demeurant à Pantin, grande rue de Montreuil en face de l’église ; Hamoche, Nicolas, François, jardinier, demeurant 90, rue Popincourt. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Morisée, Louis, Adrien et « savoir qu’il a combattu les 27, 28 et 29 juillet 1830 rue Saint-Denis et est allé le 29 à 4 heures de relevée planter le drapeau tricolore sur le clocher de l’église de Pantin et est parti pour aller se battre aux Champs-Elysées. N’ayant pas reparu depuis cette époque, on pense qu’il a été tué après s’être battu contre un Suisse et l’avoir désarmé ». Devant le juge de paix du (ancien) IIe arrondissement, comparurent : Jarfaut, Charles, Antoine (voir ce nom), fabricant de châles, demeurant 2, rue du Chaudron dans le quartier du faubourg Saint-Martin ; Choimain, Pierre, Hippolyte (voir ce nom), fabricant de gazes, demeurant 218, rue du Faubourg-Saint-Martin. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Morisée, Louis, Adrien et « savoir que le jeudi 29 juillet 1830 ils sont entrés à 6 heures et demie de relevée aux Champs-Elysées, se dirigeant vers le bois de Boulogne, qu’arrivés là et voulant se porter sur Saint-Cloud, ils ont combattu à plusieurs reprises et qu’enfin Louis, Adrien Morisée est tombé dans le bois de Boulogne percé de plusieurs balles provenant d’un feu de file ou de peloton à travers les taillis et qu’il en est décédé sur-le-champ c’est-à-dire à 8 heures et demie du soir ». Suivait la précision suivante : « Dans l’acte de notoriété dressé le 5 avril c’est par erreur qu’il a été dit qu’il avait désarmé un Suisse le 29 juillet puisque c’était le 28 et que ce n’est que le 29 qu’il a été aux Champs-Elysées. » La famille reçut un total de cent cinquante francs de secours auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Sa famille et ses amis n’ayant plus aucune nouvelle de lui depuis juillet 1830, ils tentèrent de faire reconnaître son décès. Un jugement, en date du 24 juin 1831, refusa de constater le décès, à défaut de preuves suffisantes. En conséquence, la demande de pension du père, Morisée, Pierre, François, né le 16 juin 1772 à Saint-André-de-Fontenoy (Calvados) n’eut pas de suite. Le père avait présenté deux certificats pour attester de sa mauvaise santé. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Certifie que depuis plusieurs années il a donné, à différentes époques, des soins au sieur Pierre, François Morisée, rue du Faubourg-Poissonnière n° 89, pour cause de douleurs rhumatismales aiguës, qui avaient ordinairement leur siège aux reins et qui empêchaient le malade de vaquer à ses occupations pendant plusieurs jours. Il est encore sujet à cette maladie lorsqu’il s’expose au froid et à l’humidité. » Signé, le 16 avril 1831 : Cartier, chirurgien en chef de la maison de santé du 99, rue du Faubourg-Poissonnière. Le second certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, propriétaire, demeurant rue du Faubourg-Poissonnière n° 89, déclare que le sieur Morisée, qui depuis plusieurs années travaille chez moi à la journée comme jardinier, a plusieurs fois été dans le cas de suspendre ses travaux par suite de douleurs rhumatismales dont il paraît atteint et qui alors l’empêchent de travailler. » Signé, le 6 mai 1831 : Marcotte. Le maire du (ancien) IIIe arrondissement, en date du 26 avril 1831, lui délivra un certificat pour attester qu’il était « sans fortune qui puisse assurer son existence ». Sans doute les nouvelles déclarations de Jarfaut et Choimain permirent un nouveau jugement, sans qu’il apparaisse dans son dossier. Le père était indiqué comme ayant deux enfants en bas âge à charge. Le père demeurait 89, rue du Faubourg-Poissonnière (par exemple dans le procès-verbal dressé devant le commissaire de police du quartier du faubourg Montmartre pour constater la disparition de Morisée, Louis, Adrien) ou 95, rue du Faubourg-Poissonnière en 1830 (95, rue du Faubourg-Poissonnière in Archives nationales F/1dIII/34 et in Archives nationales F/1dIII/38 A). Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses national, état nominatif des personnes dont la mort n’a pu être constatée et pour lesquelles la Commission demande qu’il soit fait une enquête ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées ; Archives nationales F/1dIII/53 in dossier Desportes, Léon, Sever ; Archives nationales F/1dIII/68.