Mortier, Marie, Jean-Baptiste

Biographie


Né à Chatillon-sur-Marne (Marne). Cuisinier-pâtissier. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet la lettre suivante à la Commission : « […] Ce que je réclame, messieurs, ce n’est pas une récompense nationale, c’est un petit emploi aux postes, qui me procure une existence honnête, comme je l’ai toujours eue jusqu’à présent, qui me dédommage des persécutions que j’ai eu à endurer pendant quinze ou seize ans de la part du gouvernement qui vient de finir. Voici où date le commencement de mes malheurs. En 1832, à l’enterrement du général Lamarque, nous étions prêts et armés pour agir contre le gouvernement qui commençait à trahir la France. J’étais à cette époque rue du Mail, hôtel du Mail. Mon patron et moi et plusieurs de ses amis, nous avions tous des armes. Il s’est introduit un certain médecin parmi nous, qui nous dénonça au commissaire de police, qui devait venir nous arrêter comme républicains. Le dénonciateur, m’a dit mon patron, n’ayant pas voulu signer sa dénonciation, retint le commissaire et des personnes haut placées se sont employées pour étouffer cette affaire, qui en resta là. Il en est résulté que de ce moment-là nous fûmes placés sous la surveillance du gouvernement, qui usa de tout son pouvoir à nous persécuter, moi m’empêchant de me replacer et en me faisant fermer les portes partout où il pouvait ; mon patron, pour mettre un terme à ces persécutions, se laissa tomber par la fenêtre du cinquième étage ; tout fut fini pour lui. Il est peut-être bon aussi de vous dire deux mots sur la révolution de 1830. Pour ce qui me regarde, je fus comme tous mes camarades à la bataille aux barricades. Je suis allé porter du vin de la part de mon patron, place de la Bourse, aux combattants qui s’y trouvaient rassemblés. Mon patron fut décoré de l’honorable Croix de Juillet. Il me conseillait d’aller à la Commission nationale qui siégeait chez le brave général Lafayette. Je n’y fus pas parce que je ne croyais pas dans mon intérieur avoir assez fait pour obtenir la croix, qui ne fut du reste qu’un sujet de persécution pour tous ceux qui l’avaient obtenue. Je ne vous entretiendrai pas plus longtemps de mes malheurs, je compte donc sur votre bonne sollicitude, messieurs et chers concitoyens, pour obtenir un emploi soit dans l’administration des postes ou ailleurs. Si j’étais plus jeune, je n’hésiterais pas un instant à offrir mes services comme soldat à la patrie, mais, à quarante-trois ans, on ne doit plus penser à s’engager. Si l’ennemi menaçait la république, je pourrais encore la défendre quoique ayant perdu la moitié de mes forces par suite d’empoisonnement de la part de mes persécuteurs, qui ont cherché tous les moyens de me rendre fou. Le détail de tout ce que j’ai eu à souffrir ferait une histoire bien triste pour moi. Si nous vivions encore sous le rège des bastilles, il y a quinze ans que je serais dans ces cachots comme les Latude et autres victimes de ces grandes dames de la cour du XVIe siècle. C’est la troisième demande que j’adresse à messieurs les membres du gouvernement, je ne sais si elle aura le même sort que les précédentes, sans réponse. En attendant, je suis, etc. » Il signait Mortier, Baptiste. Sa demande fut rejetée par la Commission, Mortier ne s’étant pas présenté aux convocations, dont la dernière en date du 31 octobre 1848 (il nest pourtant pas sur la liste des insurgés de juin ; il peut avoir été tué...). Il demeurait 14, route des Veuves de Vanves près des fortifications en 1848 (mais le courrier revint avec la mention inconnu, de même à Neuilly et aux Ternes où il était indiqué comme inconnu. Archives de la préfecture de police AA 403.

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