Moulinet, Marie, Adèle

Biographie


Née le 29 thermidor an VII (16 août 1799) à Valence (Drôme), fille de Moulinet, Jean-Baptiste, archiviste, et de Fournier, Jeanne, son épouse. Rentière, épouse de Prost, Claude, Marie, Frédéric (voir ce nom), qu’elle avait épousé le 11 août 1825 à Paris. Elle déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IXe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir un signe honorifique. Elle n’avait fait aucune demande devant la Commission des récompenses nationales parce que son mari (voir Prost, Claude, Marie, Frédéric) avait déposé ses propres pièces mais ces pièces furent perdues par la Commission, aussi fut-elle empêchée d’y déposer les siennes. Elle adressa la lettre suivante à cette Commission : « J’ai l’honneur de vous transmettre une demande tendant à obtenir la décoration. Il est peut-être téméraire à moi de venir en réclamation pour avoir part à la même récompense de tant de braves mais je ne vous tairai point, messieurs, que je sens en moi quelque chose qui me dit que je l’ai méritée. J’aurais peut-être pu mieux faire mais les circonstances ne m’ont pas servie. Je vais donc, messieurs, vous faire l’exposé de ma conduite en juillet. Le 27, je me suis rendue aux Petits-Pères lorsque plusieurs gendarmes sabraient le peuple et tiraient près de moi ; un jeune homme fut atteint ; je voulus lui prodiguer mes soins, il expira. Dès lors un homme me repoussa rudement, en me disant que j’étais folle de rester à soigner un mort. Ce même homme me força d’entrer dans une allée, dont on referma la porte. Ne voulant plus ouvrir la porte, je restais. La possibilité de sortir s’étant offerte, j’en profitai immédiatement pour porter des secours aux victimes mais il était 8 heures et demie, mon enfant avait besoin de sa mère. C’est en rentrant que je fus forcée de laisser passer le cortège d’un jeune homme mort et porté par ses camarades. On dévalisait alors chez les armuriers du quai de la Ferraille. Le 28, je me rendis à la mêlée, non pour me battre, je n’en n’ai pas la force physique, mais pour conserver par mes soins quelques braves à la patrie. A 10 heures, rue de la Boucherie, il fut fait une distribution de fleurets. Pour ma bonne part, j’en ai au moins épointé et affilé sept ou huit, au milieu de la rue. Je fus interrompue par une estafette que l’on arrêta dans cette même rue. Ce militaire ne voulant pas donner sa dépêche, dans la lutte un jeune homme fut blessé à la main, c’était sur une veine. J’entrai chez le charcutier, dont la femme me donna de l’eau et du linge pour envelopper la main du jeune homme. Vous devez bien penser, messieurs, que je ne m’occupais nullement à demander son nom ou son adresse. Je fus une des premières à faire monter des pavés dans les appartements. Le même jour, je fis tous mes efforts pour parvenir à la Grève ou du moins au quai Pelletier mais je ne pus franchir la ligne bordant le quai. J’entendis seulement les balles siffler au-dessus de ma tête. Le 29, j’étais peut-être la seule femme sur la place de Grève à 4 heures du matin mais hélas mes soins furent infructueux. Je n’étais entourée que de cadavres inanimés. Je retrouvais mon mari, que je n’avais pas vu depuis dix-huit heures et après avoir pansé sa plaie, il se rendit au Louvre, ainsi que moi ; il était 10 heures alors. Passez-moi, messieurs, c’est velléité d’amour-propre, bien des hommes n’auraient pas franchi le Pont-Neuf avec autant de fermeté peut-être malgré les cris Les femmes nentrent pas ! j’arrive au Louvre et me trouve entourée par nos braves défenseurs. Il y avait alors un homme, comme on entrait dans le Louvre, qu’on avait assis près le poteau d’une lanterne, atteint d’une balle. Il demandait à boire. Je venais de remettre mon mari entre les mains d’un élève de l’Ecole polytechnique, nommé Métrécé (voir Mitrèce, Isidore, Pierre, Charles). Je courus alors près des gens qui distribuaient le vin du gouverneur du Louvre. Je descendis sur la première marche de la cave et en pris avec précipitation de la main d’un de ces hommes une bouteille, dont je cassais le goulot. J’accourus pour faire boire cet homme et ranimer ses forces ; il avait le râle de la mort, le vin ne put jamais passer. Je le soutins quelque temps et fus forcée de le laisser parterre, ne sachant où le mettre, le Louvre étant plein de monde. Je voulais aller aux Tuileries mais la plaie de mon mari le faisait trop souffrir. Je rentrais chez moi avec lui. Il était 5 heures. Les soins que je lui ai portés ne me permirent pas de participer à la journée du 30. Voilà, messieurs, ma conduite en juillet. Puisse-t-elle me mériter votre suffrage, en accordant à une femme l’insigne de la valeur. Dans ces événements, quand mon conseil a été inutile, j’ai tout osé et était prête à mourir dans la victoire ou à survivre à son malheur en remplissant mes devoirs. Voilà quel était l’esprit qui m’animait dans ces grands jours. Je soumets à votre haute équité, messieurs les membres, à statuer sur mes réclamations, qui demandent justice. » Sa lettre était revêtue de plusieurs apostilles. La première apostille, ainsi rédigée : « Je certifie avoir vu Mme Prost sur le Pont-Neuf le 29 juillet 1830, allant au Louvre au moment de la fusillade. » Signé, le 12 juillet 1831 : Algier, chasseur à la 2e compagnie du 2e bataillon de la XIIe légion de la garde nationale, demeurant 268, rue Saint-Jacques. La deuxième apostille, ainsi rédigée : « Je certifie et déclare avoir été pansé par Mme Prost, le 29 au Louvre même, qui mérite, par son patriotisme, l’attention spéciale de messieurs les membres de la Commission. » Signé, le 1er juillet 1831 : Schwend, A. (voir Schwend, Adolphe, Alphonse, François, Pierre), décoré de Juillet, soldat à la 6e compagnie du 3e bataillon du 52e de ligne, caserné rue du Foin-Saint-Jacques à Paris. La troisième apostille, ainsi rédigée : « Je certifie d’avoir vu, le 29, Mme Prost sur le Pont-Neuf, allant au Louvre. » Signé : Delahaye (à retrouver et à reporter), décoré de Juillet. Elle demeurait 15, rue du Plâtre, quartier Saint-Jacques en 1825 ; 20, rue Saint-Antoine (par erreur sur la couverture de son dossier 12, rue Saint-Antoine) en 1831. Archives nationales F/1dIII/73 in dossier Prost, Claude, Marie, Frédéric ; Archives de la préfecture de police AA 409.

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