Mourre, Jacques, Paul
Biographie
Né le 22 frimaire an VII à Lorgnes (Var). Ex-receveur des domaines de l’Etat. Le 11 octobre 1830, il adressa à la Commission des récompenses nationales le récit suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les événements de Juillet : « Le 28 vers les 10 heurs du matin, il s’est dirigé avec quelques citoyens vers la mairie des Petits-Pères. Le concierge ayant dit qu’il n’avait pas les clés des salles de l’état-major de la IIIe légion de l’ancienne garde nationale, où l’on présumait que des armes devaient se trouver, il contribua avec trois citoyens qui lui sont inconnus à en briser les portes. Malheureusement, ils ne trouvèrent dans un cabinet que trois fusils, une épée et un habit de garde national. Ces deux derniers objets ayant été réclamés, comme lui appartenant, par un citoyen qui se dit être l’adjudant de l’ancienne garde nationale, ils lui furent remis. L’exactitude des faits ci-dessus pourra être facilement vérifiée par la Commission, qui peut, mieux que personne, découvrir le nom de cet adjudant et dans ce cas l’exposant lui rappellerait des circonstances qui prouveraient qu’il a puissamment contribué à s’emparer de la mairie des Petits-Pères et des armes qu’elle renfermait. Le 29 juillet vers les 11 heures du matin, l’exposant s’est trouvé dans la rue Neuve-des-Petits-Champs en face de la troupe de ligne qui y stationnait du côté de la rue de la Paix. Cette troupe s’étant repliée sur la place Vendôme, l’exposant l’a suivie, accompagné seulement de quelques citoyens. Il fraternisa avec plusieurs officiers et soldats et les engagea vivement à ne pas tirer sur les citoyens et à faire cause commune avec eux. Il insista fortement auprès d’un général, dont il ignore le nom, pour qu’il fît rentrer les troupes dans leurs casernes mais ces effort ayant été vains, il engagea alors les citoyens qui l’environnaient à le suivre à la caserne des pompiers, rue de la Paix pour s’emparer des armes. Arrivé devant la caserne, dont les grilles étaient fermées, l’exposant demanda à entrer seul et à parler au capitaine. Sur ses instances, il est conduit auprès de lui par un pompier et, arrivés dans son appartement, il le somme de lui livrer les armes qui sont dans la caserne. L’exposant ne saurait trop faire l’éloge de la modération de ce capitaine, dont la caserne était pour ainsi dire encore entourée de troupes dont les dispositions étaient douteuses et qui lui répondit “que ce serait une lâcheté à lui de livrer les armes de la caserne sur les sommations d’un seul homme, mais que si l’exposant venait en force, il ne pouvait empêcher qu’il ne s’en emparât”. A ces mots, l’exposant se précipite dans la cour, fait un appel aux citoyens qui l’avait suivi et dont le nombre s’était encore accru. Les grilles sont ouvertes et environ deux cent cinquante à trois cents fusils et autant de sabres sont aussitôt dans les mains du peuple et servent à armer les braves qui un instant après combattirent pour la liberté et contribuèrent à notre heureuse révolution. L’exposant, armé d’un fusil et d’un sabre, après avoir usé ses cartouches, est venu au poste de la Banque vers les 3 heures après-midi. Il y a passé la nuit et une partie de la journée du 30, jusqu’au moment où le poste fut relevé. Pendant les glorieuses journées et les journées suivantes, il a donné encore des preuves de son ardent patriotisme mais il ne doit parler que des faits qui peuvent être constatés, trop de gens prétendant, maintenant que la victoire est gagnée, avoir pris part au combat. Si les faits ci-dessus énoncés, paraissent à la Commission dignes d’une récompense, l’exposant demande que la croix destinée aux citoyens qui se sont distingués dans les immortelles journées de Juillet lui soit accordée. Il a l’honneur, etc. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il demeurait 1 bis, rue des Jeûneurs en 1830-1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du et par confusion car il y en a beaucoup dans cette liste (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, Etat des citoyens décorés de la Croix de Juillet, dont la décoration n’a pas encore été retirée ; Archives de Paris VK3 48 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement.