Néel, Pierre, Yves, Louis

Biographie


Né vers 1799 au Mesnil-Rogues (Manche). Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet, le 19 juin 1848, la lettre suivante à la Commission : « Le soussigné Néel, Pierre, Yves, Louis vient vous prier de vouloir bien soumettre à la Commission l’exposé ci-joint de sa position et des faits qu’il pense devoir lui donner droit aux récompenses nationales. Le soir du 27 juillet, M. Néel eut une lutte avec les gendarmes sur la place du Palais-Royal, dans laquelle lutte il reçut plusieurs coups à la tête et faillit être étouffé. Heureusement il en fut quitte pour quelques blessures légères, ce qui ne l’empêcha pas de commencer, le lendemain, la première barricade rue Dauphine. Il a contribué au désarmement du poste de l’Odéon et a désarmé lui-même celui de la rue de Vaugirard. Seul, il s’est rendu responsable des conséquences qui pouvaient en résulter, en donnant un reçu des armes au chef du poste. Il combattit au Louvre, établit une ambulance dans l’église Saint-Germain-l’Auxerrois. Après la victoire, il ne vit plus d’ennemis. Tous ceux qui souffraient avaient droit à ses soins. Il sauva la vie à une dizaine de soldats blessés, qui allaient être massacrés par des hommes exaspérés. Bientôt ces derniers aidèrent à les transporter. M. Néel, aidé d’un jeune étudiant qu’il n’a pu retrouver depuis et de quelques personnes dévouées, les dirigea rue de l’Arbre-Sec 22, où il fit ouvrir la porte de force et forma une deuxième ambulance. Là, M. Néel pansa plusieurs blessés, qu’il envoya ensuite à l’hospice et laissa les autres aux soins du docteur de la maison (voir Giniez, Alexandre) et du jeune homme qui l’avait aidé. Il retourna à Saint-Germain-l’Auxerrois, où déjà un grand nombre de blessés avaient été apportés, y continua ses pansements pendant plusieurs heures, aidé seulement de quelques personnes étrangères à la chirurgie. M. Néel sortit de nouveau pour s’assurer si quelques blessés n’avaient pas été oubliés. Ce fut alors qu’il rencontra le docteur Vidal, qu’il ramena avec lui pour l’aider à achever les pansements et auquel il laissa la direction de l’ambulance pour peu d’instants. Après arriva un autre docteur ; vers 4 heures, l’église ne contenant plus que quelques blessés, M. Néel, fatigué et souffrant, se retira. M. Néel, jeune alors et désintéressé, quoiqu’on l’y engageât, ne réclama aucune récompense. Aujourd’hui, les malheurs les plus grands ont pesé sur lui ; presque aveugle depuis plusieurs années à la suite d’une maladie d’yeux, regardée comme la conséquence de sa lutte des premiers jours, la Révolution de Février vient de lui enlever les dernières ressources qui servaient à l’alimenter lui et sa femme. Il compte donc que la Commission, ayant examiné les certificats ci-joints voudra bien l’admettre au nombre de ceux qui ont droit aux récompenses nationales. » Le même 19 juin, il adressait une demande au ministère des Finances afin d’obtenir « une pension suffisante pour le faire vivre lui et sa femme soit un bureau des postes ou un bureau de papier timbré à Paris, que cette dernière administrerait avec lui » ; il se présentait dans cette lettre comme un républicain depuis 1830. Il joignait trois certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, premier vicaire de la paroisse Saint-Ambroise à Paris, certifie sur l’honneur et en ma conscience que le citoyen Néel, Pierre, Yves, Louis, dans la journée du 29 juillet 1830, a établi une ambulance dans l’intérieur de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, que par son intelligente activité et a pourvu à tout pendant plusieurs heures, qu’il a organisé et dirigé tous les services auprès des blessés avec un zèle digne de tout éloge et qu’il ne s’est retiré que vers 4 ou 5 heures de l’après-midi après avoir pansé provisoirement ou expédié pour des hospices ou pour leurs domiciles respectifs tous les blessés qui ont survécu. Je déclare que j’ai été à même de me rappeler et de certifier tous ces détails parce que en ce temps-là j’était attaché à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois et que dans cette journée du 29 juillet j’étais resté à peu près seul du clergé de Saint-Germain-l’Auxerrois pour assister feu M. Magnien alors curé, dans les soins de son ministère auprès des mourants. » Signé le 9 mai 1848 : Falcimagne, J., J., premier vicaire à Saint-Ambroise. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, professeur agrégé à la faculté de médecine de Paris, chirurgien des hôpitaux de la même ville, certifie avoir vu M. Pierre, Yves, Louis Néel, aux environs de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois le 29 juillet 1830 ; il recueillait les blessés, qu’il faisait transporter à cette église et me pria de le suivre pour diriger les pansements qu’il s’offrait de faire. M. Néel était alors étudiant plein d’ardeur, d’humanité et surtout d’un grand désintéressement. Après les grands services qu’il avait rendus aux blessés de Juillet, je l’engageai à faire des démarches auprès de la Commission des récompenses nationales, ce qu’il ne voulut pas. Aujourd’hui il est aveugle, pauvre, malheureux, il me prie de certifier ces faits et je les déclare vrais sur mon honneur. » Signé, le 13 mai 1848 : Vidal (de Cassio). Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, déclare que le 28 juillet 1830 une collision allait avoir lieu entre les soldats du poste de la rue de Vaugirard et plusieurs insurgés commandés par le sieur Néel, Pierre, Yves, Louis, que ce dernier est parvenu par son courage et sa prudence à éviter ce malheur et à faire déposer les armes, en assurant aux soldats que leurs camarades l’avaient déjà fait, ce qu’il garantit en donnant sa signature au chef du poste. Un tel acte de courage mérite d’être apprécié car M. Néel eût été gravement compromis si la révolution n’eût pas triomphé. » Signé à Vaugirard, le 22 mai 1848 : Delahoche, propriétaire, demeurant 41, rue Blomet. Néel était marié en 1848. Il demeurait 4, rue de l’Enrepôt-des-Marais en 1848. Archives de la préfecture de police AA 405.

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