Noe, Jean, Bernard

Biographie


Né le 16 avril 1777 à Saint-Michel-de-Namur (Sambre-et-Meuse), fils de Noé, Clément, ferblantier, et de Poular, Marie-Thérèse, son épouse. Fabricant coutelier, garde national durant douze ans, il était atteint depuis quelques jours d’un puissant mal de tête, provenant, pensait-on, d’un excès de travail, quand éclatèrent les premiers troubles. Le 27, « une foule d’hommes vinrent chez lui, nuitamment, le prier de leur délivrer des armes. Il avait encore conservé son bonnet et son sabre, il leur donna avec six grands couteaux pour couper des balles. Le 28, d’autres hommes vinrent encore réclamer des ustensiles et des armes tranchantes. Noe, vivement affecté, se lève spontanément, veut sortir pour aller prendre la cause de la patrie, pour laquelle il s’est toujours distingué, fut atteint sur le coup d’une fièvre chaude, à laquelle il a succombé malgré les secours qu’on lui a prodigués. » Plus simplement un certificat de notoriété attestait qu’il était mort, suite à « l’envahissement qui a eu lieu de sa boutique dans la nuit du 27 au 28 juillet 1830 par vingt-cinq à trente individus qui l’ont forcé à leur délivrer ses armes et ses couteaux ». Il mourut le 8 août suivant, 17, rue Jacob, adresse où il résidait temporairement. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Deux certificats médicaux constataient les circonstances de son décès. Le premier certificat médical, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris etc. certifie avoir donné des soins au sieur Noé, coutelier, rue Sainte-Marguerite n° 25, pour une affection cérébrale spontanée, déterminée par les sommations qui lui ont été faites de fournir les armes qu’il pouvait avoir. Après avoir délivré tout ce qui était en sa possession, il a été pris de délire violent, qui a résisté à tous les remèdes en usage. Ce malheureux père de famille a succombé le 8 août 1830. » Signé, le 14 août 1830 : Chaslin, médecin. Le second certificat médical, ainsi rédigé : « Je, soussigné, médecin du bureau de charité du (ancien) Xe arrondissement, certifie avoir donné des soins au sieur Noé, coutelier, rue Sainte-Marguerite n° 25, pour un délire furieux et permanent, auquel il a succombé le 8 août 1830, malgré tous les moyens employés pour en entraver la marche. Dans la nuit du 27 au 28 juillet dernier, un certain nombre d’individus assaillit sa boutique, demanda des armes etc. Ce malheureux Noé leur donna tout ce qu’il pouvait mais immédiatement après il fut pris de délire, qui comme je l’ai dit plus haut, persista avec la même intensité et M. Noé succomba au milieu des convulsions qui accompagnent souvent les maladies du cerveau. » Signé le 8 avril 1831 : Chaslin, médecin. Le certificat suivant donnait des explications sur les circonstances de son décès : « Bernard Noé, coutelier, rue Sainte-Marguerite n° 25, ex-garde national l’espace de douze ans, était atteint depuis quelques jours d’un grand mal de tête, provenant d’un excès de travail ; le 27 juillet dernier, une foule d’hommes vinrent chez lui, nuitamment, le prier de leur délivrer des armes. Il avait encore conservé son bonnet et son sabre, il leur donna avec six grands couteaux pour couper des balles. Le 28, d’autres hommes vinrent encore réclamer des ustensiles et des armes tranchantes. Noe, vivement affecté, se lève spontanément, veut sortir pour aller prendre la cause de la patrie, pour laquelle il s’est toujours distingué, fut atteint sur le coup d’une fièvre chaude, à laquelle il a succombé malgré les secours qu’on lui a prodigués. […] La veuve Noé, étant dans l’impossibilité de payer six mois d’avance au propriétaire, fut conseillée d’abandonner sa boutique. Elle s’est réfugiée avec ses enfants dans un réduit, à la merci de ses parents. Elle est sans ressources, presque sans appui, ne peut que réclamer la bienveillance des âmes sensibles ! ». Signé : Fragerolle, Claude, marchand de laine, demeurant 10, rue du Four ; Chevalier, propriétaire, demeurant 36, rue Sainte-Marguerite ; Ruth, sellier, demeurant 16, rue Jacob ; Merlin, demeurant 23, rue Sainte-Marguerite ; Huot, marchand charcutier, demeurant 25, rue Sainte-Marguerite ; Prieur, marchand bonnetier, demeurant 19, rue Sainte-Marguerite ; ..., boulanger, demeurant 2, rue de l’Egout ; Bouxin, marchand mercier, demeurant 4, rue de Taranne ; Taillandier, A., conseiller à la cour royale ; Dauchez Heinar illisible, trésorier de la tontine d’Orléans, demeurant 12, rue Saint-Guillaume. Le 9 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) Xe arrondissement, comparurent : Prieur, Jean-Baptiste, marchand bonnetier, demeurant 19, rue Sainte-Marguerite ; Chevalier, Claude, propriétaire, demeurant 36, rue Sainte-Marguerite ; Mossner Fragerolle, Michel, marchand de laine, demeurant 10, rue du Four-Saint-Germain ; Bouxin, Etienne, François, marchand mercier, demeurant 4, rue de Taranne. Ils affirmèrent savoir que Noe, Jean, Bernard était « décédé dans les premiers jours d’août, par suite des événements du mois de juillet ; ce décès résulte de l’envahissement qui a eu lieu de sa boutique dans la nuit du 27 au 28 juillet 1830 par vingt-cinq ou trente individus qui l’ont forcé à leur délivrer ses armes et ses couteaux ». Il laissait une veuve, Joly, Victoire, Félicité, née le 11 décembre 1775 à Landrecourt (Aisne), qu’il avait épousée le 16 avril 1808 à la mairie du (ancien) XIe arrondissement de Paris ; sur l’acte de mariage, Joly, Victoire, Félicité est indiquée comme la fille de Joly, Claude, laboureur, et de Cornillot, Marie, Anne, Véronique. Elle fut pensionnée de cinq cents francs et il lui fut accordée par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes ; une fille, Marie, Joséphine, Félicité, née le 17 avril 1807 à Paris, et donc âgée de plus de dix-huit ans en 1830 ; et un fils, Pierre, Eugène, né le 17 septembre 1819 à Paris, qui fut pensionné et à qui fut accordée par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Le conseil de famille de l’orphelin était composé de la mère et de Robillard, Joseph, Frédéric, Aracastie, Marie, limonadier, subrogé-tuteur, demeurant 316, rue Saint-Jacques (ou 216, rue Saint-Jacques in Archives de Paris VD6 559 n° 1) en 1831. L’enfant fut placé, pour un prix de pension annuel de six cent cinquante francs, à l’école des arts de Charonne et reçut trois cents francs pour ses frais de trousseau en 1831. Son bulletin de surveillance spéciale des orphelins et orphelines de Juillet rapportait sur son compte, en 1832 : « Intelligent, […] caractère doux, sait lire, écrire et compter. Cet enfant donne de grandes espérances ; il a besoin d’être un peu tenu. M. Grandchamp compte beaucoup sur ses dispositions, qui sont extraordinaires pour son âge. Il est doux et docile. » En 1833, le nouveau conseil de famille était ainsi constitué, en plus de la mère, du côté paternel : de Fougeu, Napoléon, Raphaël, tailleur, demeurant 3, rue Neuve-des-Poirées, membre du précédent conseil de famille ; d’Hénon, Jean-Baptiste, instituteur, demeurant 252, rue Saint-Jacques, nommé subrogé-tuteur en remplacement de l’ancien qui avait disparu sans que l’on sût ce qu’il était devenu, et lui-même membre du précédent conseil de famille ; de Démange, Augustin, tailleur, demeurant 20, rue des Deux-Ecus, en qualité d’ami ; et du côté maternel : de Rousselle, Pierre, rentier, demeurant 204, rue Saint-Jacques en qualité d’ami ; de Rodarie, Benoist, cordonnier, demeurant 211, rue Saint-Jacques ; de Guichenot, Guillaume, Antoine, marchand de coton, demeurant 307, rue Saint-Denis, nommé en remplacement de Joly, malade à Pont-à-Courson (Aisne), où il résidait habituellement. Par un testament en date du 1er mai 1832, le baron Chambon, Claude, Gaudérique, Joseph, Hiérome, ancien commissaire ordonnateur des armées sous l’Empire, demeurant 11, rue du Petit-Vaugirard, « applaudissant aux principes qui ont dirigé la révolution de Juillet et voulant lui rendre un hommage durable » fit un legs en faveur de vingt orphelins ou orphelines du (ancien) Xe arrondissement, de quatre du (ancien) XIe arrondissement et de trente du (ancien) XIIe arrondissement, laissant, pour chacun d’entre eux, une somme de six mille francs (sans qu’on connaisse les critères de sélection choisis à l’établissement de la liste). Quand le baron Chambon mourut, le 26 septembre 1833, le testament fut attaqué par ses neveux, sous le prétexte que « le défunt aurait eu en les dépouillant de son héritage, cédé à des sentiments d’inimitié et de colère ». Puis, finalement, ces neveux se désistèrent, ouvrant alors les droits des orphelins. Pierre, Eugène fut de ceux-là. Pour chacun des orphelins la somme fut convertie en deux cent cinquante-six francs de rente à 5 %. En 1835, Pierre, Eugène élève de l’institution Michelot suivant les cours du collège Saint-Louis et obtint l’exemption de ses frais d’études ; la même année, il était élève demi-boursier à Saint-Cyr et se destinait à la carrière des armes ; en 1836, il était destiné à une carrière d’ingénieur. En 1836, Marie, Joséphine, Félicité, alors ouvrière chez Larpenteur, lingères, 28, rue des Canettes, demanda que son mariage fût doté par la Ville de Paris, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet ; elle devait épouser Demange, Auguste, né à Rambervillers (Vosges), tailleur d’habits depuis 1826 à Paris, demeurant 19, rue de Chartres-Saint-Honoré. En 1840, il sortait de l’Ecole de Saint-Cyr et le duc d’Orléans lui accorda cent cinquante francs, nécessaires à l’achat du complément de son équipement. En 1836, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, seize couples (un par arrondissement parisien et quatre pour les arrondissements ruraux), enfants de combattants ou combattants eux-mêmes soit de juillet 1830 soit de juin 1832, devaient être dotés de trois mille francs pour pouvoir se marier. Marie, Joséphine, Félicité fut l’une des candidates choisies par la mairie du (ancien) Xe arrondissement, mais ne fut pas celle finalement élue. Elle était alors lingère, demeurait 86, rue du Cherche-Midi ou 28, rue des Canettes (il y a les deux adresses), tenait « une fort bonne conduite » selon la mairie et voulait épouser Demange, Augustin, Blaise, né vers 1805 à Rembevillers (Vosges), tailleur, demeurant 19, rue de Chartres, et sur lequel la mairie rapportait l’information suivante : « On dit beaucoup de bien de (sa) conduite. » Noe demeurait 5, rue Princesse en 1808 ; 25, rue Sainte-Marguerite en 1830 ; sa veuve, même adresse puis 225, rue Saint-Jacques, en face de l’église, en 1831-1836. Liste n° 4, des veuves de victimes de Juillet, pensionnées annuellement de cinq cents francs, Liste n° 5, des orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Veuves de victimes de Juillet, qui ont obtenu une pension annuelle et viagère de cinq cents francs, Orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 76, p. 106 pour l’enfant ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves et des orphelins auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du Xe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 108 ; Archives de Paris VD 4 13 pièce 3671, Etat général des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins et orphelines de Juillet (on trouve le même document dans Archives de Paris VK3 23) ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, Etat nominatif des orphelins dont les bulletins individuels ont été remis le 16 décembre 1831 au bureau de la souscription nationale à la préfecture de la Seine, Etat nominatif des veuves dont les bulletins individuels ont été remis le 4 octobre 1831 au bureau de la souscription nationale à la préfecture de la Seine, Etat des inscriptions de rentes qui ont été envoyées à la mairie du Xe arrondissement, comme appartenant à des veuves, orphelins, ascendants ou blessés de Juillet domiciliés dans cet arrondissement, Etat des titres de pension qui ont été envoyés à la mairie du [ancien] Xe arrondissement, comme appartenant à des orphelins de Juillet qui y ont été domiciliés, une feuille volante des sommes à payer, idem dossier individuel de Bertin, idem dossier individuel de Noe, idem souscription de 1830, instructions préfectorales, idem Etat de la remise opérée entre les mains de M. Pairou, secrétaire-trésorier du bureau de bienfaisance, des fonds, des titres de pension et de rente appartenant aux orphelins de Juillet sous la tutelle de la commission municipale du (ancien) Xe arrondissement, idem Citoyens douteux (quant aux circonstances de la mort dans les combats et qui lui mériteraient son inscription sur les listes du Panthéon, N.D.A) ; Archives de Paris VD6 524 n° 3, année 1836 ; Ministère du Commerce et des Travaux publics, Rapport au roi sur l’exécution de la loi du 13 décembre 1830, relative aux récompenses nationales, et de l’ordonnance du roi du 25 août 1831, concernant les orphelins et orphelines de Juillet à la charge de l’Etat, (qu’on peut trouver par exemple dans Archives de Paris VD6 92), p. 38-39 ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, souscription de 1830, instructions préfectorales, bureau de bienfaisance du (ancien) Xe arrondissement, état nominatif des orphelins et orphelines de Juillet du (ancien) Xe arrondissement existant au 1er janvier 1833 ; Archives de Paris VI1 1, mariages de Juillet 1836 ; Archives de Paris VD6 560 n° 7 : exécution des legs du baron Chambon en faveur des orphelins de juillet 1830 ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux veuves pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831, par la mairie du (ancien) Xe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 et état des sommes payées aux orphelins pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, orphelins du (ancien) Xe arrondissement, état des veuves des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet (dossier de cinq états et 260 veuves) et état des orphelins de victimes de Juillet dont les noms et dates de naissance n’ont pas été inscrits conformément à leurs actes de naissance ; Archives nationales |F/1dIII/40 (orphelins des victimes Juillet non pourvus de subrogés tuteurs à la date du 30 septembre 1831 ; état des orphelins du Xe arrondissement, qui, aux termes de l’article 9 de l’ordonnance royale du 25 août 1831, ont droit à l’indemnité de trois cents francs pour acquisition de trousseau de 300 francs ; année 1833, Xe arrondissement, orphelins et orphelines de Juillet, tableau n° 1 indiquant leur âge, la profession à laquelle ils se destinent, l’établissement public ou privé dans lequel ils sont placés ; année 1839 Xe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/69 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) Xe arrondissement, veuves et orphelins ; Archives nationales F/15/2553 orphelins de Juillet, (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/15/2557-2559, état officiel des orphelins (ancien Xe arrondissement) et aussi même référence, un cahier intitulé Noms des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins pensionnés.

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