Nottelet, Jean-Louis
Biographie
Domestique. Le 5 septembre 1830, il adressait le récit suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les journées de Juillet : « Le sieur Nolletet, domestique au service de Mme Broussais, rentière, demeurant à L’Haÿ, près Bourg-la-Reine (banlieue de Paris), est parti de L’Haÿ vers 11 heures du matin, le 28 juillet 1830, pour prendre part au combat des citoyens. Arrivé à Paris vers midi, il a emprunté un fusil à des camarades et s’en est allé de suite d’abord rue Béthizy puis rue des Déchargeurs, où il est resté jusqu’à 3 heures de l’après-midi, combattant sans cesse contre les gendarmes, la garde royale et le 15e de ligne. Le lendemain, jeudi 29, il était, à 10 heures du matin, armé encore d’un fusil et muni de cartouches, sur le quai de la Monnaie, à côté de l’Institut et tirait sur les Suisses et la garde postés au Louvre. De là, il s’est porté rue de la Monnaie, où il s’est joint à une colonne de patriotes, s’est battu sur le quai de l’Ecole puis est revenu par la rue des Prêtres, prendre une position plus importante et plus dangereuse sur la place Saint-Germain-l’Auxerrois. Il est arrivé au moment où un élève de l’Ecole polytechnique, à la tête d’une masse de citoyens, s’écriait En avant ! Courage mes amis ! et se précipitait sur le Louvre. Nottelet s’élance sous les arcades un des premiers, voit tomber trois de ses camarades à ses côtés, tue un Suisse qui se trouvait à droite de la porte, en face de la loge du portier, force l’entrée et monte dans les galeries consacrées aux arts. Là, il use de prières et de menaces pour maintenir l’ordre et empêcher qu’aucun objet ne soit brisé ni volé dans ce premier moment de troubles, se place en faction et ne laisse rien emporter ; puis, voyant que l’ordre est rétabli, qu’on ne pille pas, il descend et rencontre dans la cour du Louvre plusieurs grenadiers sans fusil. Les camarades voulaient les fusiller mais il s’y oppose fortement, saisit un des grenadiers par le collet, le constitue son prisonnier et l’entraîne à l’Hôtel de ville, malgré l’opposition d’un grand nombre de ses camarades. On veut, en route, lui arracher son fusil mais il résiste, conserve son arme, dépose son prisonnier et retourne au combat ! Il se rend dans la rue Saint-Honoré, près la place du Palais-Royal ; là, il trouve un combat des plus acharnés engagé contre la garde et les citoyens ; la terre était couverte de morts. Nottelet se mêle au feu, presque certain d’y perdre la vie, il s’avance, et, un des premiers, enfonce les troupes dans la rue de Valois ; il force ceux qui étaient montés dans la maison n° 10 à en sortir. Plusieurs sont tués en sortant mais un d’eux, du 6e régiment, se précipite dans les bras de Nottelet, demandant grâce. Dans ce moment d’exaspération, on veut fusiller ce soldat ; on l’arrache des bras de Nottelet, on le terrasse, on veut absolument lui ôter la vie. Grâce ! s’écriait ce soldat, Grâce Français ! Je suis Français comme vous ! Ses prières étaient vaines et il allait périr quand Nottelet décide de le sauver à ses risques et périls, parvient, à force d’efforts, à dégager ce malheureux. Tu es un traître, lui dit-il, tu mériterais la mort mais tu me demandes la vie, tu l’auras ; et, le saisissant par le collet, il l’entraîne. Un de ceux qui ne voulaient pas l’épargner lui lance un coup de sabre sur le fusil mais Nottelet écarte le coup et reçoit la décharge sur l’épaule. Il n’en fut pas blessé et conduisit son prisonnier au poste du Carrousel. Il retourne au lieu de la bataille et, voyant que les troupes sont tout à fait vaincues et s’étant retirées, il s’en retourne chez ses maîtres. Il n’a pas cessé depuis de faire son service avec la plus grande exactitude. » Les apostilles suivantes étaient inscrites sur sa lettre. « Je, soussigné, certifie avoir vu le nommé Nottelet au combat dans la rue de Valois. Il avait sauvé un homme du 6e régiment de la garde. » Signé : Roze, demeurant 9, rue Beaufort. « Je certifie avoir vu plusieurs fois le sieur Nottelet marcher au combat. » Signé : Rufz (voir Rufz, Paul, Etienne), demeurant 9, rue des Beaux-Arts. « Je certifie que le nommé Nottelet a combattu près de moi sur le pont des Arts et qu’il s’est montré digne d’un brave défenseur de la liberté. Je me suis trouvé rue de Valois à l’instant où il sauvait un garde du 6e régiment de l’ex-garde. » Signé : Vincent, Pierre (voir ce nom), demeurant 8, rue des Beaux-Arts. « Je certifie avoir vu plusieurs fois le sieur Nottelet sortir avec son fusil dans les journées du 28 et 29 et ne pas douter des faits mentionnés au rapport. » Signé Bouler, E., illisible. « Je certifie avoir vu M. Nottelet sauvant un soldat du 6e régiment de la garde royale qui devenait victime entre les mains d’autres braves combattants, qui ne connaissaient plus ce malheureux Français pour leur frère. Cette bravoure de la part de M. Nottelet a eu lieu le 29 dans la rue de Valois, n° 10. » Signé : Legouër ; Lauche, demeurant 15, rue des Déchargeurs ; Laurent, Ch., demeurant 17, rue des Fourreurs ; Goussard, demeurant 3, rue de la Limace ; Gauchet, demeurant 8, rue illisible. Une lettre de Broussais (sans doute parent avec les employeurs de Nottelet), demeurant 9, rue des Beaux-Arts, intercédait ainsi en sa faveur pour la Commission des récompenses nationales : « Messieurs, vous avez certainement une multitude d’actes de courage et de dévouement à désigner à la reconnaissance publique mais vous n’en connaissez peut-être pas beaucoup de la nature de celui-ci. Celui qui en est l’auteur non seulement a combattu vaillamment les troupes armées contre le peuple mais il s’est montré humain et généreux au plus fort de l’action, dans le moment de la plus grande exaspération et alors qu’une résistance opiniâtre faisait parler la fureur seule et anéantissait la compassion. Nottelet s’est distingué pour avoir sauvé deux hommes, au péril de sa vie, après avoir combattu avec acharnement. Vous jugerez, messieurs, si de tels actes ne méritent pas une mention honorable et une récompense en rapport avec la position du brave et généreux domestique, auquel on doit un si bel exemple. » Signé : Broussais, C. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIVe arrondissement, sous-préfecture de Sceaux. Il reçut deux fois la médaille de Juillet auprès de l’arrondissement de Sceaux (sous le nom de Nolté sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et sur celles de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la sous-préfecture de Sceaux, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Selon une observation inscrite en face du nom de Nosselet, il y aurait double emploi entre Nosselet et Nottelet, autre médaillé demeurant lui aussi à L’Haÿ-les-Roses. Il reçut un secours de soixxante francs en 1851 et en 1852, à titre de médaillé de Juillet. Il demeurait à L’Haÿ-les-Roses (Hauts-de-Seine) en 1830-1831 ; à Marchais (Aisne) en 1851-1852. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis (sous le nom de Nosselet) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 (sous le nom de Nosselet) ; Archives de Paris DM13 1, sous-préfecture de Sceaux, premier état supplémentaire des vingt-cinq francs (absents) (sous le nom de Notelet, Jean-Louis, Nicolas, demeurant 8, rue de la Ferronnerie chez M. Lepine, chapelier) ; Archives de Paris VK3 37, dossier Médailles ; Archives de Paris VK3 37, dossier Médailles (sous le nom de Nosselet) ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIVe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Sceaux (sous le nom de Nottelet, Jean-Louis) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille, arrondissement de Sceaux (sous le nom de Nosselet) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille, arrondissement de Sceaux (sous le nom de Nolté, domestique à L’Haÿ-les-Roses) ; Archives de la préfecture de police AA 369, Proposition d’autoriser, par imputation sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, l’ordonnancement d’une somme de quatre cent vingt francs, pour être répartie à titre de secours entre cinq décoré de la croix ou de la médaille et deux veuves de juillet 1830, minutes 170-171 (sous le nom de Nottelet, Jean-Louis, Nicolas), idem Proposition d’autoriser sur le crédit ouvert au chapitre 6 du budget de 1852, l’ordonnancement d’une somme de 520 francs pour être répartie, à titre de secours, entre six personnes domiciliées dans divers départements, minutes 222, en date du 18 mai 1852 (sous le nom de Nottelet, Jean-Louis, Nicolas). Il s’agit peut-être du même individu que Nollet, décoré de la médaille au (ancien) Xe arrondissement… (soit dans l’arrondissement de la rue des Beaux-Arts, où demeure Broussais et beaucoup de signataires…).