Noury
Biographie
Militaire dans une compagnie disciplinaire au fort Griffon à Besançon, en juillet 1830, il fit partie des mutins qui voulurent soutenir la révolution et qui furent arrêtés par les autorités militaires. Sa mère, la veuve Noury, née Basse, fit parvenir, le 6 mars 1831, la lettre suivante au ministre de l’Intérieur : « Comme je viens d’apprendre que c’est vous que Sa Majesté a chargé des récompenses nationales pour leurs dévouement à la patrie dans cette mémorable révolution qui a rendu le bonheur à la France, je prends donc la liberté de mettre sous vos yeux la conduite de mon fils aîné, qui ainsi a manqué d’en être la victime, en vous priant de vouloir bien l’y faire participer, si cela est dans les choses possibles. Mon fils aîné désirant marcher sur les traces de son père, qui a péri victime de cette malheureuse retraite de la Russie, après avoir servi sa patrie pendant près de trente années, s’est engagé volontairement, quoique exempté de servir comme fils aîné de veuve, mais des raisons qui ne lui furent pas personnelles jointes à quelque étourderie de jeunesse le firent condamner à une compagnie de discipline au fort Griffon à Besançon. Aucune punition ne l’avait encore flétri depuis près de cinq mois qu’il y était ; il voulait prouver par sa conduite les torts que l’on avait envers lui, en le condamnant. Arrivent les événements de Juillet, que l’on cherchait à leur laisser ignorer jusqu’au 4 août, où ils transpirèrent jusqu’à eux. L’idée du danger de la patrie et de se dévouer pour son salut fut la même. Aussi prompt comme l’éclair, sa résolution fut prise ; brave comme César, il ne craignit pas le danger et à peine qu’il eut communiqué sa pensée que le sentiment de toute la compagnie fut unanime, tous firent leur sac pour pouvoir partir au secours de la capitale. Mais ces préparatifs n’avaient pu être faits aussi cachés qu’ils ne transpirèrent avant d’être mis en exécution et que l’on y mît obstacle en fermant les portes du fort ; il s’engagea un combat [illisible]que le danger de la patrie existait ; ils ne voulurent pas se rendre, leurs chefs, dans l’incertitude du résultat des événements, aimant mieux leurs propres intérêts que celui de la patrie, ne craignaient pas de les traiter de rebelle, n’importe de les exterminer s’il le fallait ; mon fils fut blessé de trois coups de baïonnette et enfermé comme tel, au secret dans un cachot des prisons de la ville, sans soins et sans pitié pour sa malheureuse position, au moment de passer à un conseil de guerre pour être fusillé. Aurait-on pu faire plus si la bonne cause eut échoué, si c’est un manque au règlement de cette sévère discipline militaire, que serait alors devenue cette cause si belle si personne n’avait osé l’enfreindre, et gloire pour ceux qui ont osé. Heureusement pour mon fils et ceux de ses camarades qui avec lui étaient les plus chargés dans cette affaire que M. le général Morand prit le commandement de la division ; il se fit rendre compte de leur affaire et les graciait même à ne pas figurer comme punition sur les registres. Aussi est-ce lui qui a demandé la grâce à M. le ministre de la Guerre. Il est actuellement depuis ce moment au 15e chasseurs à cheval, où on est très content de lui et j’espère avoir bientôt la satisfaction de le voir passer brigadier. Voilà, monsieur le comte les faits que j’ai l’honneur de mettre sous vos yeux. Veuillez avoir la bonté de me faire part si mon fils pourrait, d’après cet exposé, espérer être porté sur la liste des récompenses nationales. Je me procurerai toutes les pièces de la vérité de ce que j’avance. J’ai l’honneur, etc. » La veuve Noury demeurait 13, rue de la Poissonnerie à Nancy en 1831. Archives nationales F/1dIII/69 ; Archives nationales F/1dIII/80, Meurthe.