Œuf La Loubière, Jean-Etienne

Biographie


Originaire des Alpes-Maritimes. Professeur de belles lettres et de langues étrangères. Il était, le 28 juillet, sur le boulevard de la Madeleine, quand un escadron de gendarmes chargea sur les Parisiens. Il secourut une femme, qu’il retira tout ensanglantée des sabots des chevaux et l’aida à marcher jusqu’à une maison où elle reçut les premiers soins. En lui portant secours, il fut lui-même blessé par un gendarme d’un coup de sabre au bras gauche. Le 29 juillet, il écrivait sur les murs de la Banque de France et sur les portes de la place des Victoires Citoyens, dépavez et formez des barricades. Plus tard, il empêcha l’incendie de l’Archevêché. Avec Baude, Barbet, Florion, Franque, Lambert, Manteau, Marrast, Mamès, Vandemont et Veyrassat, il forma à l’Hôtel de ville le bureau qui, sous les ordres du général Zimmer et du général Lafayette, réorganisa la garde nationale. Le 8 septembre 1830, sur papier à en-tête de l’état-major général de la garde nationale de Paris, il adressait la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « Dans la journée du 28 juillet dernier, je reçus une blessure au bras gauche, d’un coup de sabre que me porta un gendarme, sur le boulevard de la Madeleine, au moment où j’arrachais de dessous les pieds des chevaux une femme blessée et qui allait être écrasée (une femme dont l’âge rendait la fuite plus tardive, dans une autre déclaration, N.D.A.). Ma blessure, quoique grave puisqu’elle n’est pas encore guérie et qu’elle m’a privé jusqu’à présent de l’usage de mon bras pour tout exercice forcé, ne m’empêcha pas, lorsqu’elle eut été lavée et pansée, de me porter, la nuit et le jour suivant, partout où je pouvais me rendre utile, dirigeant, tantôt dans un quartier tantôt dans un autre les travaux des barricades et faisant ramasser et transporter les blessés. Le 29, je parvins, par mes discours et ma fermeté à calmer une foule entièrement ivre, qui, par un zèle imprudent, se disposait à mettre le feu à un tas de livres, de linge et de meubles qu’elle avait entassés dans l’un des appartements, voulant, disait-elle, incendier le palais pour faire périr les jésuites qu’elle croyait y être enfermés. Là, je faillis être massacré par cette même multitude qui me prenait pour un mouchard et je ne dus mon salut qu’à M. Veissier-Descombes (voir ce nom) (professeur agrégé du collège royal Henri IV, qui était avec moi, et à ma blessure que je leur montrai et qui fut pour eux le meilleur argument. Le 30 dans la nuit, je fus des premiers à me rendre à l’Hôtel de ville et je fus installé aux bureaux de l’état-major général, où j’ai travaillé jusqu’à ce jour à l’organisation de la garde nationale. Malgré la douleur et la fièvre que m’a causées ma blessure pendant la première quinzaine, je n’ai pas cru devoir en faire la déclaration à d’autres qu’à M. Lambert (voir ce nom ?), officier de santé à l’état-major général, qui m’a pansé depuis le 30 et à qui j’avais recommandé le secret, pour plusieurs motifs mais surtout pour ne point causer de trouble à la plus chère comme à la plus sensible des épouses, qui sur le point de devenir mère pour la troisième fois, se trouve dans une position si délicate que la plus légère émotion aurait pu lui devenir funeste. Aussi, dans ma correspondance, je ne lui ai jamais parlé de ma blessure, que son imagination lui aurait exagérée. Jusqu’à présent et par ces mêmes motifs, que vous saurez apprécier, messieurs, je n’ai point réclamé les indemnités et récompenses que la patrie accorde à ceux qui ont contribué de leur sang et de leurs services au succès de notre glorieuse révolution. ; mais j’y ai conservé tous mes droits puisque je suis encore souffrant de mon honorable blessure et dans l’impossibilité de me livrer de me livrer à aucun exercice tant soit peu forcé. Je vous prie donc, messieurs, de me porter sur la liste des blessés, afin que je puisse, dès ce jour, participer et aux secours que j’aurais reçus depuis que la Commission est établie et aux indemnités et récompenses que la nation se propose de répartir selon les sacrifices les blessures de chacun. J’accompagne la présente demande de tous les certificats qui justifient ma déclaration, qui, bien que tardive, sera toujours à vos yeux un titre d’honneur imprescriptible. » L’attaque est ainsi décrite par Sala, l’officier de la garde royale qui commanda les troupes chargées de rétablir l’ordre aux alentours de l’église de la Madeleine : [Le 28 juillet dans la matinée : « Tandis que nous étions ainsi sur la place, la rue Saint-Honoré et le faubourg n’étaient point occupés, des groupes menaçants d’ouvriers, de gens mal vêtus se forrnaient en avant des planches environnant la Madeleine ; de là, nous marchâmes sur la Madeleine, où une centaine d’hommes s’obstinaient à rétablir une barricade déja renversée plusieurs fois. Une demi-compagnie commandée par F…, brave officier du régiment dont la constance et la tenacité les jours suivants ne sauraient être trop vantées, fut assaillie de coups de fusil, de pistolet, ou de pierres. F..... se précipita à la course contre ces ennemis, et les força à se sauver par les rues adjacentes à la Madeleine. Ma compagnie reçut ordre de pénétrer dans l’église, où un grand nombre d’ouvriers s’étaient réfugiés : ce fut l’affaire d’un instant, et malgré les barricades qui en défendaient les approches et l’entrée, les soldats eurent bientôt renversé tout cet amas de planches dont l’enceinte du monument était encombrée, et s’y établirent. D’autres soldats du détachement de F... suivis de quelques gendarmes et soldats de la ligne d’un poste voisin, se joignirent à nous par d’autres entrées. Un inspecteur des travaux fit descendre les ouvriers des combles où ils s’étaient retirés. Dans cette première affaire le sang avait coulé, pour mais avions-nous attaqué ? Les premiers coups n’avaient-ils pas été tirés contre nous ? Un homme (voir Beugnot, André) avait été blessé à la porte du corps-de-garde ; relevé par plusieurs ouvriers, il fut conduit à l’hospice Beaujon par les soins d’un jeune homme. Les soldats se dérangeaient dans la rue pour laisser passer ce triste convoi, respectant le malheur dont ils étaient la cause innocente. » Le premier certificat qu’il joignit était ainsi rédigé : « Je, soussigné, officier de santé attaché à l’état-major général de la garde nationale de Paris, certifie que, depuis le 30 juillet jusqu’au 28 août inclusivement de cette année, j’ai pansé à M. Œuf La Loubière, attaché aux bureaux de l’état-major, une blessure qu’il a reçue le 28 juillet à la partie supérieure de l’avant-bras gauche et qu’il m’a déclaré provenir d’un coup de sabre que lui avait porté un gendarme. Cette blessure étant dans une direction transversale longue d’environ dix-huit lignes et profonde de six lignes a causé au blessé, pendant les dix premiers jours de son traitement, une fièvre assez forte, malgré laquelle il a voulu continuer à remplir ses fonctions de secrétaire aux bureaux, ne voulant pas faire connaître à d’autres qu’à moi qu’il eût été blessé, dans la crainte d’alarmer son épouse, qui réside dans son pays et pour d’autres considérations particulières. » Signé, le 30 août 1830 : Lambert, officier de santé. Le deuxième : « Je, soussigné, maître teinturier, dégraisseur et apprêteur patenté, domicilié et demeurant à Paris, rue Godot-de-Moroy, n° 1, boulevard de la Madeleine, certifie que le 28 juillet sur le midi, au moment où un escadron de gendarmerie venait de charger le peuple sur le boulevard de la Madeleine, M. Œuf La Loubière s’est présenté dans mon magasin, soutenant au plutôt portant dans ses bras, une femme de quarante à cinquante ans, dont le visage était tout ensanglanté et qu’il venait d’arracher, au péril de sa vie, de dessous les pieds des chevaux, qui l’auraient infailliblement écrasée. Le dit Œuf La Loubière ayant recommandé à mes soins et aux personnes qui se trouvaient présentes cette femme, s’est aussitôt retiré pour aller panser une blessure qu’il venait de recevoir au bras gauche, d’un coup de sabre que lui avait porté un gendarme. » Signé le 8 septembre 1830, les personnes témoins : Lehericey ; Viart, demeurant 1, rue Godot-de-Moroy ; Paquier, menuisier, demeurant 50, rue Basse-des-Remparts. Œuf La Loubière resta attaché aux bureaux de l’état-major général de la garde nationale de Paris jusqu’au 1er octobre, date à laquelle il fut nommé principal au collège de Lorgues (Var), à titre de récompense nationale. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement (sur son dossier est indiqué que son adresse est inconnue). On trouve les trois certificats suivants dans son dossier. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Le colonel chef d’état-major général de la garde nationale de Paris recommande avec le plus vif intérêt à la bienveillance du gouvernement M. Œuf La Loubière, professeur de belles-lettres. Son dévouement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet et le zèle avec lequel il a rempli les fonctions qui lui ont été confiées depuis le 30 juillet qu’il est attaché à l’état-major lui donnent des droits à la reconnaissance de la patrie. » Signé, le 14 août 1830 : Zimmer (Voir Zimmer, Joseph). Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « M. Œuf La Loubière est recommandé avec le plus vif intérêt. » Signé : Lafayette (voir ce nom). Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que M. Œuf La Loubière, ancien professeur de belles-lettres et de langues étrangères, a été employé dans les bureaux de l’état-major général de la garde nationale depuis notre arrivée à l’Hôtel de ville jusqu’à ce moment ; qu’il a donné les plus grandes preuves de zèle et de patriotisme et qu’il n’a quitté l’état-major que pour aller remplir d’autres fonctions auxquelles il est appelé par la confiance du gouvernement. » Signé, le 4 octobre 1830 : Carbonel, chef d’état-major général. Ne lisant pas son nom sur les listes de décorés publiées par les journaux, il protesta qu’il avait été oublié ou que sa demande n’avait pas même été soumise à la Commission des récompenses nationales. Il avança en vain que, muté à cent cinquante lieues de Paris (il apparaît en effet comme muté à Semur en 1831 ; mais sa lettre d’affectation est bien, en date du 1er octobre 1830, pour Lorgues dans le Var) il n’avait pu suivre les progrès de ses démarches. Après plusieurs sollicitations, toujours vaines, il demanda que, par compensation, lui soit attribuée la décoration de la Légion d’honneur. Finalement ce fut son ministère de tutelle, l’Instruction publique, qui lui demanda de considérer comme tout à fait inutile toute demande qu’il continuerait de formuler à ce sujet, le travail de la commission étant terminé. Il signa, le certificat suivant en faveur de Petit, Jean-Baptiste : « Nous, soussignés, citoyens attachés à l’état-major de M. Le colonel Zimmer, certifions que M. Petit, Jean-Baptiste, ancien sous-officier au 12e léger, est un des premiers d’entre nous qui le 30 juillet au matin ait été employé à l’état-major, attendu qu’il résulte d’un certificat de M. de Faisset que dans la nuit du 29 au 30 il fut employé à différentes missions importantes. Certifions en outre que M. Petit, le 29, n’a pas quitté un seul instant les bureaux de l’état-major, si ce n’est dans la journée du 31 août, qu’il a accompagné le colonel à la Chambre des députés. » Il était sans doute père d’un enfant en 1830 ou 1831. Son nom apparaît dans le Bulletin des lois en 1838, pour un brevet d’invention : « Œuf-la-Loubière (Jean-Etienne), demeurant à Paris, place Bellechasse, n° 17, auquel il a été délivré, le 19 juin dernier, le certificat de sa demande d'un brevet d'invention et de perfectionnement de cinq ans, pour un nouveau système de pavé, qu'il nomme pavé crampon ou la Loubière. » Jusqu’en 1843, il était sous-inspecteur des écoles primaires du département du Puy-de-Dôme. Dix jours de 1830, Souvenirs de la dernière révolution, par A. S. officier d’infanterie de l’ex-garde royale, deuxième édition, Paris, chez Hivert, 1831, p. 18-22 ; Archives de Paris VK3 49 ; Archives nationales F/1dIII/33 état des places et faveurs accordées par le gouvernement, à la suite de la révolution de Juillet et des événements qui s’y rattachent et en considération de la part qu’y ont prise les impétrants ou leurs familles ; Archives nationales F/1dIII/69 ; Archives nationales F/1dIII/71 in dossiers Petit, Jean-Baptiste ; Bulletin des lois n° 601, IXe série, 1838, p. 402 ; Bulletin universitaire contenant les ordonnances, règlements et arrêtés qui concernent l’instruction publique, tome XIe, 1843, Imprimerie administrative de Paul Dupont et Cie, p. 89.

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