Pajol, Pierre

Biographie


Né le 3 février 1773 à Besançon (Doubs). Général. On peut lire dans le manuscrit de Victor Crochon le récit suivant de sa participation aux combats de Juillet : « [Le 27 juillet vers 18 heures] Au milieu de cette multitude qui avait suivi le 53e, se trouvait un de nos meilleurs généraux de cavalerie, jouissant d’une popularité bien méritée. C’était M. le général Pajol. Il fut promptement reconnu. Il répéta à plusieurs reprises aux citoyens qui se pressaient autour de lui : “`Surtout, messieurs, ne faisons pas comme en 1820 ; ne venons pas avec des cannes et des parapluies : procurez-vous pour demain des armes par tous les moyens imaginables. A demain, à demain.” Ces paroles ne furent pas perdues. Plusieurs groupes se dirigèrent vers des magasins d’armuriers et en forcèrent les portes. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Pajol : « Dès le matin [29 juillet], Degousée (voir Degousée, François, Joseph), voyant l’hôtel de ville tombé aux mains du peuple, avait laissé Baude s’y installer, et avait couru chez le général Pajol pour lui offrir le commandement de la garde nationale. Mais le général Pajol avait répondu qu’il ne pouvait pas se mettre en avant d’une façon si décisive sans avoir l’autorisation des députés. – Et où diable y a-t-il des députés ? demanda Degousée. – Voyez chez M. de Choiseul, avait répondu le général Pajol. Degousée s’était rendu chez M. de Choiseul. M. de Choiseul était aux cent coups : il venait d’apprendre à la fois qu’il était membre du gouvernement provisoire depuis la veille, et qu’il avait, dans la nuit, signé une proclamation incendiaire. M. Dupin aîné était près du duc ; sans doute lui donnait-il une consultation sur ce cas, non prévu par la législation française. Cette idée, émise par Degousée, de réorganiser un corps qui ne pouvait manquer de devenir un pouvoir conservateur sourit beaucoup à M. Dupin. Il prit une plume, et écrivit ces mots : “MM. les députés réunis à Paris autorisent M. le général Pajol à prendre le commandement des milices parisiennes.” – Des milices parisiennes ! avait répété Degousée ; et pourquoi, s’il vous plaît, des milices parisiennes ? – Mais parce que la garde nationale a été légalement dissoute par l’ordonnance du roi Charles X, avait répondu M. Dupin. – Allons, ne chicanons pas sur les mots, avait repris Degousée. Signez-moi cela vite, et veuillez me dire où je trouverai vos députés réunis à Paris.

– Chez M. Laffitte, avait dit M. Dupin. Et, sans trop de difficultés, il avait signé l’autorisation. Les députés étaient, en effet, réunis chez Laffitte. – Plus heureux que moi, grâce sans doute au papier dont il était porteur, Degousée avait pu arriver jusqu’à la salle des délibérations. Les députés prirent connaissance des trois lignes précitées, et, voyant la signature de M. Dupin, signèrent à leur tour ; mais ils n’eurent pas plus tôt signé, que la terreur les prit ; Degousée, qui ne perdait de temps à rien, et qui, d’ailleurs, tenait à se trouver à l’assaut du Louvre, était déjà à la porte de la rue. Un député le rejoignit au moment où il franchissait le seuil. – Monsieur, lui dit-il, me permettez-vous de relire encore ce papier ? – Certainement, répond Degousée sans méfiance. Le député se retire à l’écart, déchire les signatures, et rend le papier tout plié à Degousée, qui le reprend, et qui ne s’aperçoit qu’à la porte du général Pajol de la soustraction opérée par l’adroit prestidigitateur. […Au moment de l’expédition de Rambouillet] Il y avait en ce moment, à la disposition du gouvernement, un homme sur le courage duquel on pouvait compter : c’était le général Pajol.

Le général Pajol était le vrai type du soldat : courage, honneur, franchise, loyauté, spontanéité dans la décision, persistance dans la volonté, il avait tout.

Je ne sais à quelle bataille, colonel ou chef d’escadron d’un régiment, comme il était sous les yeux de l’empereur, un obus entra dans le ventre de son cheval, et y éclata.

Pajol sauta à quinze pieds de hauteur.

Napoléon vit l’étrange ascension à laquelle il se livrait.

– Pardieu ! dit-il, si ce b.... – là en revient, il aura l’âme chevillée dans le corps !

Quinze jours après, un officier supérieur, boitant légèrement, se présenta devant l’empereur.

– Qui êtes-vous ? demande Napoléon.

– Je suis le b.... qui a l’âme chevillée dans le corps, lui répondit Pajol.

De là un avancement rapide dans une admirable carrière militaire qu’était venu interrompre Waterloo.

Pajol faisait de l’opposition ; Pajol était même presque républicain.

Trois jours auparavant, au moment où la Chambre jetait les premiers fondements d’une monarchie nouvelle, Pajol, qui voyait la tournure que prenaient les choses, suivait tristement la rue de Chabrol, en compagnie de Degousée (voir Degousée, François, Joseph), qui lui-même déplorait la voie où l’on poussait la révolution.

Tout à coup Pajol s’arrête.

– Vous me disiez, il y a un instant, que vous meniez à l’attaque du Louvre des hommes dévoués ? demanda-t-il.

– Sans doute.

– Eh bien, pouvez-vous toujours compter sur ces hommes ?

– Je le crois.

– Assez pour qu’ils exécutent à la lettre, et sans le discuter, un ordre que vous leur donneriez ?

– Quel ordre ?

– Celui d’arrêter les députés, par exemple.

– Oh ! je ne réponds pas de cela !

– En ce cas, la révolution a fait fausse couche !...

Et il rentra chez lui, rue de la Ferme-des-Mathurins, pour y attendre les événements.

Les événements étaient arrivés ; on le chargeait de commander l’insurrection du 3 ; on comptait sur lui pour se mettre à la tête de l’armée populaire ; il s’y mettait.

Que lui importait, à lui ! c’était toujours servir la France.

Charras avait entendu crier dans les rues que c’était le général Pajol qui commandait en chef l’expédition. Il avait couru chez le général Pajol.

Commençons par dire qu’auparavant, il avait été prendre le meilleur cheval de l’écurie de Kausmann, cheval qu’il lui avait fallu disputer à un premier amateur qui, se connaissant apparemment en chevaux, l’avait choisi. L’amateur était ce même Charles Ledru, qui m’avait quitté rue Saint-Honoré, en refusant la place que je lui offrais dans mon fiacre, pour aller enfourcher le cheval qui l’attendait chez Kausmann.

Au moment où il entrait dans le manège, Charras en sortait au galop sur le cheval que lui, Charles Ledru, avait choisi. Il en trouva un autre, et se mit, avec le second, à courir après le premier.

Heureusement, il s’aperçut que le second était bon ; ce qui fit que, lorsqu’il rejoignit Charras, il lui donna tout simplement une poignée de main.

Charras, sans introducteur aucun, se présenta chez le général Pajol. Le général, habitué aux précautions à prendre dans les expéditions militaires, faisait descendre deux énormes sacoches : l’une, pleine de jambons, de gigots et de poulets ; l’autre, pleine de pain.

A la quatrième parole que lui disait Charras, et au premier regard qu’il arrêtait sur lui :

– Tiens, dit-il, vous me plaisez, vous !

– Tant mieux, dit Charras.

– Vous m’avez l’air d’un bon b... !

– On ne laisse pas sa part aux chiens.

– Voulez-vous être mon aide de camp ?

– Je crois bien, je viens pour cela !

– Alors, c’est dit.

Et il tendit la main au jeune homme.

– Maintenant, reprit-il, voulez-vous manger un morceau ?

– Je ne demande pas mieux, je crève de faim.

– Passez dans la salle à manger... Madame Pajol ! madame Pajol ! La femme du général entra.

– Fais-moi bien déjeuner ce gaillard-là... Il vient de m’offrir ses services comme aide de camp, il ne se doute pas de la besogne que je lui taille.

Charras s’attabla, mit les bouchées doubles, les gorgées triples, et fut prêt au bout de dix minutes.

– Allons, en route ! dit le général.

On descendit, on sauta en selle, et, du milieu de la cour, où attendaient trois ou quatre personnes, le général partit au galop, tournant court à l’angle de la porte cochère, et faisant changer de pied à son cheval en cavalier consommé.

Charras, excellent cavalier lui-même, subit victorieusement cette première épreuve.

Mais le cheval d’un second élève de l’Ecole, forcé de prendre le trottoir, s’abattit sur la main gauche.

C’était devant la boutique d’un pharmacien. L’élève et le cheval disparurent dans la boutique, dont ils enfoncèrent la devanture.

L’accident ne valait pas la peine qu’on s’en occupât. On continua le chemin sans même détourner la tête.

Arrivé à la barrière de Passy, le général prit le commandement de la colonne.

Notre fiacre était un des premiers après l’état-major du général. Cet état-major se composait de Jacqueminot, de Charras, de Charles Ledru, d’Higonnet, et de M. de Lagrange, de Vernon et de Bernadou (voir ce nom).

Vernon et Bernadou étaient en élèves de l’Ecole. Charles Ledru, en garde national à cheval, ancien uniforme, avec le casque ; Higonnet portait l’uniforme d’élève de l’Ecole d’équitation de Saumur ;

enfin M. de Lagrange portait celui des chasseurs.

Au-delà du quai de Billy, le général Exelmans était apparu.

– Me voici, Pajol, dit-il en se faisant jour jusqu’à celui-ci.

– C’est un peu tard... Mais n’importe, avait répondu Pajol, vous commanderez l’arrière-garde.

– Bien, avait répondu Exelmans.

Et il avait passé, en effet, à l’arrière-garde, où il trouva justement les Rouennais qui venaient d’arriver.

Au Point-du-Jour, Pajol arrêta son cheval.

– Mordieu ! dit-il, je parie une chose !

– Laquelle ? demanda-t-on.

– C’est que personne ici n’a une carte du département de Seine-et-Oise... Hé ! quelqu’un a-t-il une carte du département de Seine-et-Oise ?

Personne ne répondit.

– Voulez-vous que j’aille en chercher une ? demanda Charras.

– Où cela ?

– Est-ce que je sais !... Où il y en a, parbleu !

– Mais si vous ne savez pas où il y en a ?...

– Bon ! en cherchant, on trouve toujours.

Charras partit au galop. Il avait son idée.

Il entra à la manufacture de Sèvres ; il lui semblait impossible qu’il n’y eût pas de carte de Seine-et-Oise à la manufacture de Sèvres.

Il ne s’était pas trompé ; il y en avait deux.

Elles lui furent remises par mon homonyme, M. Dumas, le chimiste, naguère ministre, aujourd’hui sénateur.

A un quart de lieue avant Sèvres, Pajol recevait les deux cartes.

– Maintenant, Jacqueminot, dit Pajol, il nous faut du pain, et beaucoup... Partez pour Versailles et commandez dix mille rations.

Jacqueminot partit.

– Puis il faudrait aussi des espions, dit Pajol ; qui se charge de me trouver des espions ?

– Moi, dit Charras.

– Ah çà ! mais vous vous chargez donc de tout trouver ? dit Pajol.

– Eh ! sacrebleu ! dit Charras, il faut bien que je m’utilise.

– Et où allez-vous me trouver cela ?

– A Versailles.

– Vous y connaissez quelqu’un ?

– Personne... Mais ne vous inquiétez pas de cela.

– Je vais avec toi, dit Bernadou.

– Viens.

Les deux jeunes gens s’éloignèrent de toute la vitesse de leurs chevaux.

Ils arrivèrent à la mairie de Versailles enragés de soif. On avait eu l’idée de défoncer dans la cour, en plein soleil, une douzaine de tonneaux de bière ; ils essayèrent de boire, et se crurent empoisonnés.

Un monsieur en bourgeois, représentant le maire, était là, suant comme un bœuf – au reste, maire, adjoints, conseillers municipaux, tout le monde fondait en eau.

– Allons, vite, dit Charras : des espions, des chevaux, une voiture !

– Plaît-il ? demanda le bourgeois suant.

– Vous n’entendez pas ?... Je vous demande des espions, des chevaux et une voiture !

– Et où voulez-vous que je vous trouve cela ? reprit le bourgeois suant de plus en plus.

– Cela ne me regarde pas... Trouvez-les, il me les faut. Voilà tout ce que j’ai à vous dire, moi.

– Mais enfin, monsieur, qui êtes-vous, vous ?

– Je suis M. Charras, premier aide de camp du général Pajol, commandant en chef l’armée expéditionnaire de l’ouest.

Charras avait, en courant, inventé cette phrase ; et, la jugeant passablement ronflante, il l’avait adoptée vis-à-vis du bourgeois.

– Tout ce que je puis faire, dit celui-ci, c’est de vous donner des adresses de loueurs de voitures.

– Donnez... On trouvera le reste, d’autant plus que vous ne me paraissez pas fort, vous !

Le bourgeois donna les adresses de deux ou trois loueurs de voitures.

On quitta la mairie, qui était située à gauche, en entrant dans la ville, à trois cents pas à peu près avant le château.

On revint du côté de Paris.

Une magnifique enseigne rôtissait au soleil de midi. Elle représentait une calèche attelée de quatre chevaux, et deux chevaux de selle tenus par des grooms.

L’eau en vint à la bouche de Charras.

– Holà ! hé ! le patron ! cria-t-il.

– C’est moi, monsieur, dit un individu d’assez mauvaise humeur.

– Une voiture et deux chevaux tout de suite.

– Pour qui ?

– Pour les personnes que j’aurai à mettre dedans.

– Et quelles sont ces personnes ?

– Je ne les connais pas encore.

– Je n’ai pas de voitures.

– Ah ! vous n’avez pas de voitures ?

– Non.

– Et celles-là, qui sont dans la cour ?

– Elles sont retenues.

– Ah ! c’est bien.

Charras regarda autour de lui : plus de cent personnes étaient déjà amassées ; parmi les spectateurs se trouvaient une douzaine de gardes nationaux et un sergent.

– Sergent, dit Charras, faites-moi donc le plaisir d’empoigner monsieur.

Le Français, surtout lorsqu’il est revêtu d’un habit de garde national, est naturellement empoigneur. Le sergent Mercier, qui refusa d’empoigner Manuel, fut une exception : voilà pourquoi on lui rendit de si grands honneurs.

Le sergent se rua sur le loueur de voitures, et le saisit au collet.

– Bon ! dit Charras, tout à l’heure nous allons voir ce qu’il faut faire de ce citoyen-là.

– Mais, enfin, monsieur, dit le loueur de voitures, qui êtes-vous ?

– Je suis M. Charras, premier aide de camp du général Pajol, commandant en chef l’armée expéditionnaire de l’ouest.

– Monsieur, que ne disiez-vous cela tout de suite !... C’est autre chose.

– Faut-il le lâcher ? demanda le sergent.

– Pas avant qu’il ait donné une voiture et deux chevaux... Bernadou choisis deux bons chevaux et une bonne voiture.

– Sois tranquille.

Bernadou, le sergent et le loueur disparurent sous la grande porte, et s’enfoncèrent dans les profondeurs de la cour et la pénombre des écuries.

– Et, maintenant, dit Charras, deux patriotes de bonne volonté.

– Pour quoi faire ? demandèrent vingt-cinq voix.

– Pour aller examiner la position de l’armée royale, et venir nous en rendre bon compte.

– Où cela ?

– Où nous serons.. Où sera l’état-major... Où sera le général Pajol ; on n’aura pas de peine à trouver.

– Nous ! dirent deux hommes.

Charras les regarda.

– Mais je ne vous connais pas, dit-il ; qui me répondra de vous ?

– Moi, dit un monsieur qu’il ne connaissait pas davantage.

– Très bien, reprit Charras ; seulement, vous savez, messieurs que pour nous, vous êtes des patriotes, mais que pour l’armée royale vous êtes des espions.

– Après ?

– Et que, si l’on vous prend...

– On nous fusillera... Après ?

– Bon ! si vous aviez commencé par me dire cela, je n’aurais pas demandé de répondant.

On amenait la voiture et les chevaux.

Charras ne s’en alla que lorsqu’il vit la voiture et les deux hommes sur la route de Rambouillet.

La tête de colonne apparaissait sur la route de Paris.

En quelques secondes, Charras fut près de Pajol.

– C’est fait, général, dit-il.

– Quoi ?

– J’ai trouvé les espions.

– Où sont-ils ?

– Partis.

– En vérité, mon cher, vous êtes un homme précieux... Eh bien, maintenant, il vous faudrait partir pour le village de Coignières ; c’est probablement là que nous nous arrêterons.

– Où est-ce, Coignières ?

– Ici... voyez...

Et le général lui montra sur la carte la situation du village, à quatre lieues en avant de Rambouillet.

– Bien ! Et qu’y ferai-je, à Coignières

– Vous direz au maire qu’il me faut dix mille rations de foin pour ce soir.

– Dix mille rations de foin ? Il ne les trouvera jamais

– Comment voulez-vous que nous fassions ? Nous avons deux ou trois mille fiacres, douze ou quinze cents cabriolets, des tilburys, des charrettes, le diable et son train !

– Allons, ne vous désespérez pas, à défaut de foin, nous avons autre chose...

– Quoi ? interrompit impatiemment le général.

– Nous avons des avoines sur pied, donc !

– Bon ! s’écria Pajol ; eh bien, sacrebleu ! vous entendez la guerre vous !... Comment vous appelle-t-on ?

– Charras.

– Je me souviendrai de votre nom, soyez tranquille !... Allez, je compte sur mes dix mille rations comme si je les avais.

– Ah ! vous pouvez y compter.

Et Charras partit.

Pendant ce temps, nous arrivions et nous nous répandions dans Versailles.

Pour mon compte, je courais à la caserne des gardes du corps ; j’y avais, à la compagnie de Gramont, un intime ami, garçon d’une bravoure à toute épreuve, et surtout, ce que j’appréciais autant, d’un esprit merveilleux. On le nommait d’Arpentigny. C’était, si jeune qu’il fût, un ancien soldat de l’Empire, et il a écrit sur sa captivité en Russie un des plus étonnants livres qui se puissent lire.

Il n’y avait plus un seul garde à l’hôtel : tous avaient suivi le roi à Rambouillet ; ils l’accompagnèrent, on le sait, jusqu’à Cherbourg.

Après une halte d’une demi-heure, on donna l’ordre de se remettre en route.

Au moment du départ, le général Pajol apprit que deux régiments étaient casernés à Versailles. Etait-il prudent de laisser ces deux régiments derrière soi ?

On leur envoya trois parlementaires. Les deux régiments se rendirent sans résistance ; leurs armes furent distribuées aux hommes de l’expédition ; mes dix-sept soldats y attrapèrent trois fusils.

En arrivant à Saint-Cyr, Degousée eut l’idée d’enlever l’artillerie de l’Ecole ; il demanda des hommes de bonne volonté : nous nous offrîmes, et, à deux cents à peu près, nous allâmes enlever huit pièces de canon.

On s’y attela pour les traîner jusqu’à la route ; des émissaires envoyés de tous côtés ramenèrent des chevaux et des traits.

L’armée expéditionnaire de l’Ouest avait de l’artillerie ; seulement, elle manquait de gargousses et de boulets.

En ce moment, Georges La Fayette nous rejoignit ; il y avait une place vacante, celle de commandant de l’artillerie : Pajol la lui donna.

Parvint-on à se procurer des boulets et des gargousses ? Je n’en ai jamais rien su.

Arrivée au haut de la montagne de Saint-Cyr, l’armée expéditionnaire commença à trouver la grande route jonchée de sabres, de fusils, de gibernes, de bonnets à poil.

Les soldats en retraite étaient tellement démoralisés, qu’ils jetaient leurs armes tout le long du chemin.

Cinq autres de mes hommes se trouvèrent armés, grâce à ces épaves du naufrage royal.

Nous arrivâmes à Coignières sur les sept heures du soir, harassés de fatigue et mourant de faim. Nous avions bien, à Versailles, attrapé quelques bribes de pain et quelques verres de vin ; mais, comme disaient mes machinistes, il n’y en avait que pour les dents creuses.

En arrivant à Coignières, il y avait terriblement de dents creuses !

Les chevaux avaient trouvé leurs dix mille rations de foin et d’avoine, mais les hommes n’avaient rien trouvé du tout.

Et, cependant, Jacqueminot avait scrupuleusement rempli sa mission ; on lui avait promis qu’aussitôt le nouveau préfet arrivé – et on l’attendait d’un moment à l’autre – le pain serait expédié.

Chacun, comme le lion de l’Ecriture, se mit à chercher quem devoret.

J’avais établi notre camp autour d’une grande meule de paille placée à droite de la route. Notre drapeau, planté au haut de la meule par un des machinistes, devait nous servir de point de ralliement.

J’avais été fort malheureux dans ma recherche, quand, par bonheur, j’avisai la maison du curé.

J’y entrai, et j’exposai au brave homme mes besoins et ceux de ma troupe.

Il me donna un assez joli morceau de pain qui pouvait peser trois ou quatre livres, et, comme il n’y avait plus de bouteilles dans la maison, du vin plein une telle à mettre du lait.

Pendant que je faisais mon expédition, on s’occupait de deux choses : on plaçait trente paysans de Coignières, armés avec les sabres et les fusils ramassés sur la route, comme poste avancé, à un quart de lieue du village ; et, avec les trois ou quatre mille fiacres, les quinze ou dix-huit cents cabriolets, les tilburys, les charrettes, etc., on établissait une grande ligne de barricades qui coupait la route, s’étendant à droite et à gauche dans la plaine, sur tout le front du camp, et se recourbant des deux côtés sur les ailes.

En chemin, j’avais été harponné par un monsieur en habit noir, en pantalon noir, en gilet blanc : tout cela était gris perle ; il avait rencontré le cortège, et, emporté par le tourbillon, était monté debout derrière un fiacre. D’armes, il n’en avait aucune, pas même un canif. Comme on le voit, celui-là était un véritable amateur.

L’amateur n’avait pas mangé depuis la veille : pour le moment, il demandait à cor et à cri un morceau de pain quelconque.

Il était courtier de commerce de son état, et de son nom s’appelait Detours.

Je lui indiquai notre drapeau, l’invitai à continuer encore quelques instants ses recherches, infructueuses jusque-là, et à venir nous rejoindre autour de notre meule, les mains pleines ou vides.

Au bout d’un quart d’heure, je le vis arriver avec un morceau de pain et une moitié de gigot. Il avait rencontré Charras, qui l’avait pris en miséricorde, et l’avait mis à même de la cantine du général Pajol.

Il s’excusait de ne pas apporter davantage.

Mes hommes, de leur côté, s’étaient répandus dans les fermes environnantes, et avaient décroché quelques poules et une certaine quantité d’œufs.

On mit les vivres en commun, et, tant bien que mal, on soupa.

Seulement, nous soupâmes – nous, quatre ou cinq cents peut-être – parce que nous étions arrivés les premiers. Mais on entendait rugir de faim ceux qui étaient arrivés les derniers.

Le repas terminé, je creusai une espèce de voûte sous la meule, voûte où nous nous enfournâmes sybaritiquement, Delanoue et moi.

Le reste de nos hommes éparpilla de la paille, et campa à la belle étoile autour de nous.

Quant à M. Detours, je ne sais s’il habite Paris ou la province, s’il vit ou s’il est mort, s’il est bonapartiste ou républicain, je ne l’ai jamais revu. Si je me rappelle son nom, c’est par un véritable miracle de ma mémoire.

Boyer le Cruel. – Les dix mille rations de pain. – Le général Exelmans et Charras. – Le concierge de la préfecture de Versailles. – M. Aubernon. – Le colonel Poque. – Entrevue de Charles X avec MM. de Schonen, Odilon-Barrot et le maréchal Maison. – La famille royale quitte Rambouillet. – Panique. – Les diamants de la couronne. – Retour à Paris.

Tandis que nous dormions comme des bienheureux, Delanoue et moi ; tandis que la seconde ligne, qui n’avait mangé qu’à moitié sa faim, se serrait le ventre ; tandis que la troisième ligne, qui n’avait pas mangé du tout, rugissait comme une bande de lions au désert ; tandis que les cochers ronflaient dans leurs fiacres ; tandis que les chevaux remâchaient leur foin et leur avoine ; tandis que les feux allumés çà et là s’éteignaient et jetaient leurs incertaines lueurs sur trois lieues de terrain couvertes de moissons foulées, d’hommes couchés, de fantômes errants, disons ce qui se passait à l’état-major.

A peine les gardes avancées venaient-elles d’être établies sur la route de Coignières à Rambouillet, qu’on avait amené à l’hôtellerie de la poste, à gauche de la route, un général qui avait essayé de franchir de force la ligne des sentinelles. Ce général portait encore la cocarde blanche : c’était le vieux général Boyer, que nous avons tous connu, qui eut, depuis, un commandement en Afrique, et qui, dans ce commandement, conquit, à tort ou à raison, le surnom de Boyer le Cruel.

Le général Pajol n’était pas encore arrivé. Dans la salle de l’auberge mangeaient, assis à une table ronde, M. de Schonen, M. Odilon-Barrot et M. le maréchal Maison ; ils se rendaient pour la seconde fois à Rambouillet.

En l’absence du général Pajol, Charras commandait.

On lui amena le général Boyer ; celui-ci se nomma et avoua franchement qu’il allait offrir son épée à Charles X.

C’était un prisonnier assez embarrassant pour Charras.

Le jeune aide de camp entra dans la salle où dînaient les trois commissaires, et, s’adressant au maréchal Maison :

– Monsieur le maréchal, lui dit-il, on vient d’arrêter le général Boyer.

– Eh bien, demanda le maréchal, que voulez-vous que j’y fasse ?

– Voulez-vous le cautionner ? Je lui ferai rendre la liberté.

– Non, sacrebleu ! non, s’écria le maréchal. Gardez-le à vue. Pajol va venir, il fera de lui ce qu’il voudra.

On conduisit le général Boyer dans une chambre voisine de celle où dînaient les commissaires.

Charras n’avait pas mangé depuis le matin qu’il avait déjeuné chez le général Pajol ; les commissaires virent facilement que leur dîner lui tirait l’œil.

On lui offrit de prendre place à table ; il accepta.

Le maréchal Maison ne buvait jamais que du vin de Champagne ; il versa coup sur coup trois ou quatre verres (on buvait dans des espèces de vidrecomes) à l’aide de camp du général Pajol, qui, l’estomac vide, les nerfs excités par sa campagne de La Fère, le front brûlé par six jours consécutifs de soleil, se sentit repris d’une ardeur toute nouvelle.

Il en résulta que, lorsque le général Pajol rejoignit, qu’il vit que le pain n’était pas arrivé, et demanda un homme de bonne volonté pour aller à Versailles, Charras, qui, avec les tours et les détours, avait peut-être déjà fait vingt lieues dans sa journée, Charras, dis-je, voyant que personne ne se présentait, s’offrit pour cette mission.

– Mais, sacrebleu ! dit Pajol, vous êtes donc de fer ?

– De fer ou non, dit Charras, vous voyez bien que, si je n’y vais pas, personne n’ira.

– Allez-y donc, alors... Bien entendu que, si vous rencontrez le pain en route, vous reviendrez avec lui.

– Pardieu !

Et Charras courut aux écuries, sella son cheval, et partit au grand trot.

En arrivant à la hauteur de Trappes, il fut arrêté par un poste d’arrière-garde qui barrait la route.

– Qui vive ? cria la sentinelle.

– Ami.

– Ce n’est pas assez.

– Comment, ce n’est pas assez ?

– Non... Qui vive ?

– Charras, premier aide de camp du général Pajol, commandant en chef l’armée expéditionnaire de l’Ouest.

– Avancez à l’ordre.

La chose était tenue militairement, comme on voit.

– Qui commande ici ? demanda Charras.

– C’est le général Exelmans.

– Je lui en fais mon compliment... Conduisez-moi à lui.

On satisfit à ce désir, qui n’avait rien d’exorbitant.

Le général était couché dans son manteau, à gauche de la route, sous un prunier.

Son fils était couché près de lui.

Charras exposa l’objet de sa mission.

– Savez-vous, reprit Exelmans, que nous crevons tous de faim, ici ?

– Général, ce n’est pas la faute du général Pajol : il a envoyé, avant onze heures du matin, le colonel Jacqueminot à Versailles, pour commander dix mille rations de pain.

– A qui ?

– Au préfet.

– Et ce b.... -là ne les a pas envoyées ?

– Vous voyez bien que non, puisque je vais les chercher.

– Et vous m’assurez qu’elles ont été commandées ?

– Devant moi le colonel Jacqueminot est parti.

– Eh bien, monsieur, moi, le général Exelmans, je vous ordonne de faire fusiller le préfet.

Charras tira de sa poche un portefeuille et un crayon.

– Un mot d’écrit, général, et ce sera fait dans une heure.

– Mais, monsieur...

– Au crayon, cela me suffira.

– Mais, monsieur...

– Allons, dit Charras, je vois que le préfet de Versailles ne sera pas encore fusillé cette nuit.

– Mais, monsieur, réfléchissez à ce que vous me demandez.

– Moi, général, je ne vous demande rien, que de me laisser passer.

– Laissez passer monsieur, dit le général Exelmans.

Et il se recoucha sous son prunier.

Charras continua son chemin.

Il arriva à la barrière de Versailles, se fit reconnaître, prit avec lui quatre gardes nationaux, et s’achemina vers la préfecture.

Il était une heure du matin ; tout le monde dormait.

Il fallut frapper un quart d’heure avant de tirer de la maison le moindre signe de vie. Charras et les gardes nationaux y allaient cependant de tout cœur, l’un avec la crosse de son pistolet, les autres avec la crosse de leurs fusils.

Enfin, une voix cria de la cour :

– Que voulez-vous ?

– Je veux parler au préfet.

– Comment, vous voulez parler au préfet ?

– Oui.

– A cette heure-ci ?

– Sans doute.

– Il est couché.

– Eh bien, je le ferai lever, alors... Allons, allons, ouvrons la porte, et plus vite que cela, ou je l’enfonce !

– Vous enfoncerez la porte de la préfecture ? s’écria le concierge stupéfait.

– Tiens, dit Charras, la bonne blague !

Le concierge ouvrit, mal éveillé, mal peigné, mal habillé.

– Allons, dit Charras, conduis-moi chez le préfet.

– Mais puisque je vous ai dit qu’il était couché !

– Mais puisque je te dis de marcher devant, drôle ! Et il allongea un coup de pied au concierge, qui monta les escaliers quatre à quatre, ouvrit la chambre du préfet, posa son suif sur la table de nuit, et, montrant à Charras un homme qui se frottait les yeux, il sortit en disant :

– Voilà M. le préfet, arrangez-vous avec lui comme vous voudrez. M. le préfet se souleva sur son coude.

– Hein ! dit-il, que me veut-on ?

– On veut vous apprendre, monsieur le préfet, dit Charras, que, tandis que vous dormez tranquillement, il y a autour de Rambouillet dix mille hommes qui enragent de faim par votre faute.

– Comment, par ma faute ?

– Sans doute... N’avez-vous pas reçu l’ordre de faire filer dix mille rations de pain sur Coignières ?

– Eh bien, monsieur ?

– Eh bien, monsieur, les dix mille rations sont encore à Versailles, voilà tout.

– Dame ! que voulez-vous que j’y fasse ?

– Ce que je veux que vous y fassiez ? Oh ! c’est bien simple... Je veux que vous vous leviez, que vous veniez avec moi à la manutention, que vous fassiez charger le pain sur des voitures, et que vous donniez aux voitures l’ordre de se mettre en route.

– Monsieur, vous parlez d’un ton...

– Je parle comme il convient.

– Savez-vous qui je suis ?

– Qu’est-ce que cela me fait, à moi, qui vous êtes ?

– Monsieur, je suis M. Aubernon, préfet de Seine-et-Oise.

– Et moi, monsieur, je suis M. Charras, premier aide de camp du général Pajol, commandant en chef l’armée expéditionnaire de l’ouest, et j’ai l’ordre de vous faire fusiller, si vous n’envoyez pas le pain à l’instant même.

– Me faire fusiller ? s’écria le préfet en bondissant dans son lit.

– Ni plus ni moins... Risquez-vous le paquet ?

– Monsieur, je me lève, et je vais avec vous à la manutention.

– A la bonne heure !

Le préfet se leva et alla avec Charras à la manutention.

On chargeait le pain.

– Je vous laisse ici, monsieur, dit Charras ; vous avez tout intérêt à ce que les voitures partent promptement, vous le savez...

Et l’infatigable messager reprit la route de Coignières.

Pendant ce temps, les trois commissaires avaient gagné Rambouillet, où ils étaient arrivés vers les neuf heures du soir.

Tout y était dans la plus grande confusion. Un événement qui ne manquait pas d’un certain caractère de grandeur y avait jeté le trouble dans les esprits.

Le matin, ce même colonel Poque par lequel La Fayette avait fait dire à Etienne Arago d’ôter sa cocarde, y était arrivé avec une bande hâtive d’insurgés.

Peut-être avait-il quelque mission particulière pour le général Vincent, sous lequel il avait servi en 1814.

Tant il y a qu’arrivé en face des avant-postes, il avait laissé sa petite troupe derrière lui, et, le mouchoir à la main, s’était approché à la portée de la voix.

Il était accompagné d’un cuirassier qui avait passé avec le peuple, et qui suivait le colonel Poque comme ordonnance.

Le général Vincent était aux avant-postes royalistes. Il cria au colonel de s’arrêter.

Le colonel s’arrêta ; mais, faisant flotter son mouchoir, déclara qu’il ne se retirerait qu’après avoir parlé aux soldats.

Le général Vincent déclara, de son côté, que, si Poque ne se retirait pas, il allait faire tirer sur lui.

Poque se croisa les bras, et attendit. Le général le somma par trois fois de se retirer, et, voyant son immobilité, ordonna, à la troisième fois, de faire feu.

Tout le premier rang obéit.

Le cheval du cuirassier, frappé de trois balles, s’abattit sous lui.

Le colonel Poque, la cheville du pied brisée par une balle, se coucha de douleur sur le dos de son cheval, mais ne bougea point.

On alla à lui, on le prit et on le transporta dans les communs du château.

Cet exemple montrait aux soldats à quels hommes ils avaient affaire.

Charles X fut désespéré de l’événement ; il s’informa de ce qu’était le colonel Poque, et lui fit demander par madame de Gontaut s’il désirait quelque chose.

Poque, qui avait sa mère dans les Pyrénées, désirait qu’on avertît celle-ci de l’événement, mais sans lui dire tout ce que la blessure avait de grave. Charles X avait envoyé son propre médecin au colonel, et il était tout simplement question de lui couper la jambe !

Madame de Gontaut écrivit elle-même à la mère du blessé.

A cinq heures, on avait appris l’approche de l’armée parisienne ; à sept heures, on avait annoncé son arrivée. Cette armée matériellement n’était pas bien terrible ; mais, moralement, c’était l’esprit de la révolution marchant contre la royauté.

On délibérait au milieu des angoisses, des conseils divers, des résolutions opposées.

Les uns voulaient tenir jusqu’à la fin, proposant une retraite sur la Loire, une Vendée, une chouannerie.

Les autres désespéraient de la fortune de la monarchie, et conseillaient une prompte fuite.

Le dauphin, qui, en voulant arracher l’épée au maréchal Marmont, s’était coupé les doigts, boudait comme un enfant.

Le maréchal, qui se tenait pour insulté, gardait le silence, et se renfermait dans sa chambre.

A huit heures, Rambouillet était déjà à moitié abandonné : les courtisans – ceux mêmes qui avaient dîné ce jour-là à la table du roi – avaient disparu, quelques-uns si précipitamment, qu’ils n’avaient pas pris le temps d’emporter leur chapeau.

Les soldats seuls étaient restés à leur poste, mais sombres, mornes, abattus.

C’est sous cette espèce de voile funèbre que passèrent MM. de Schonen, Odilon-Barrot et le maréchal Maison pour arriver jusqu’à Charles X.

Le vieux roi les reçut le front plissé, et avec une brusquerie qui n’était pas dans ses habitudes courtoises.

– Que me voulez-vous encore, messieurs ? leur demanda-t-il.

– Sire, nous venons de la part du lieutenant général.

– Eh bien, je me suis entendu avec lui, et tout est réglé entre nous.

Les commissaires gardèrent le silence.

– N’a-t-il pas reçu la lettre que je lui ai adressée par M. de Latour-Foissac, et qui contenait mon abdication et celle du dauphin ?

– Oui sire ; mais a-t-il répondu à cette lettre ?

– Non, certes, il n’y a pas répondu. Qu’avait-il besoin d’y répondre, puisqu’il a répondu à mes deux premières, et que, dans chacune, il m’a donné les assurances de son dévouement

Les commissaires gardèrent de nouveau le silence.

– Enfin, messieurs, parlez, dit Charles X.

– Sire, nous venons, de la part du lieutenant général du royaume, prévenir Votre Majesté que le peuple de Paris marche sur Rambouillet.

– Mais mon petit-fils ?... mais Henri V ? s’écria Charles X.

Pour la troisième fois, les commissaires gardèrent le silence.

– Ses droits sont imprescriptibles, il me semble, continua Charles X avec véhémence ; ses droits sont réservés dans l’acte d’abdication ; ses droits, j’ai quinze mille hommes autour de moi prêts à se faire tuer, depuis le premier jusqu’au dernier, pour les soutenir !... Mais répondez-moi donc, messieurs ! Au nom de l’honneur français, je vous somme de me répondre !

Le maréchal Maison, tout troublé de cette grande douleur qui éclatait sur le visage du vieillard, fit un pas en arrière.

– Sire, dit Odilon-Barrot, ce n’est pas dans le sang qu’il faut placer le trône de votre petit-fils.

– Et, ajouta le maréchal Maison, soixante mille hommes marchent sur Rambouillet. Que le roi y songe !

Le roi s’arrêta devant le maréchal Maison, et, après un instant de silence :

– Deux mots, monsieur le maréchal, dit-il.

Les autres commissaires se reculèrent.

– Je suis aux ordres du roi, dit le maréchal.

Le roi fit signe au maréchal de venir à lui.

Le maréchal obéit.

– Sur votre honneur, monsieur, dit le roi en regardant le maréchal en face, l’armée parisienne est-elle, comme vous l’assurez, forte de soixante mille hommes ?

Le maréchal pensa, sans doute, que c’était un pieux mensonge que celui qui sauvait le pays de la guerre civile.

Puis peut-être aussi croyait-il dire la vérité : la plaine, la route, tout l’espace compris entre Versailles et Rambouillet était couvert d’hommes.

– Sur mon honneur, sire ! dit-il.

– C’est bien, dit Charles X, retirez-vous... Je vais prendre l’avis du dauphin et celui du duc de Raguse.

Les commissaires sortirent.

Le dauphin refusa de donner son avis.

– Sire, répondit le duc de Raguse, je crois offrir à mon roi une dernière preuve de fidélité en lui conseillant la retraite.

– Bien, monsieur le maréchal, dit Charles X. Que tout soit prêt pour le départ demain, à sept heures du matin.

Hélas ! ce fut ainsi, forcé, poussé à bout par les circonstances, que rendit son épée ce dernier de nos rois chevaliers, qui ne comprenait cependant qu’on la rendît, comme le roi Jean ou comme François Ier, que sur un champ de bataille !

C’est que la royauté venait d’essuyer une défaite bien autrement désastreuse que Poitiers ou Pavie.

Pendant que tous ces graves intérêts se débattaient entre les puissants, ou plutôt entre les faibles de la terre – car n’étaient-ils pas plus faibles que les autres hommes, ces rois qui devaient s’en aller, chacun à son tour, mourir, l’un dans l’exil de Goritz, l’autre dans celui de Claremont ? – moi qui avais eu presque autant de mal à conquérir ma meule que Louis-Philippe son trône, je dormais certainement mieux, sous ma voûte de paille, que celui-ci sous son dais de velours.

Vers quatre ou cinq heures du matin, je fus réveillé par une fusillade des mieux nourries : les balles se croisaient en sifflant, et les fiacres qui devaient nous servir de barricades contre l’attaque des Suisses et la garde royale, se sauvaient en tout sens à travers la plaine, au grand galop de leurs chevaux.

C’était une fausse alerte. Qu’eût-ce donc été, mon Dieu ! si l’alerte eût été véritable ?

Voici ce qui était arrivé :

Des hommes accourant de Rambouillet avaient déchargé leurs fusils en l’air. On avait cru, dans le camp, que le combat s’engageait. On s’était levé à moitié endormi, on avait fait feu au hasard ; le premier sentiment de l’homme qui a un fusil entre les mains est de s’en servir : de là cette fusillade et ce croisement de balles par lesquels je venais d’être éveillé moi-même.

Enfin, tout s’expliqua, tout s’éclaircit ; on en fut quitte pour un homme tué et deux ou trois blessés ; on entonna une immense Marseillaise et l’on reprit la route de Paris.

Seulement, Delanoue et moi, nous la reprîmes à pied : notre fiacre avait déserté un des premiers, et il nous fut impossible de remettre la main dessus.

Nous revînmes, je me le rappelle, jusqu’à Versailles à travers champs avec mes bons et chers amis Alfred et Tony Johannot, disparus tous deux aujourd’hui avant l’âge, et qui seront restés frères dans la mort comme ils l’étaient dans la vie

A Versailles, nous prîmes une voiture qui nous ramena à Paris.

Que devenaient, cependant, le général et l’état-major de l’armée expéditionnaire de lOuest ?

Nous allons le dire.

Aux premiers coups de fusil, Pajol était monté à cheval, et avait pris le milieu de la chaussée, essayant, mais inutilement, de faire entendre sa voix à travers le tohu-bohu.

Les balles pleuvaient autour de lui sans qu’il parût s’en plus préoccuper que si c’eût été une grêle ordinaire.

Un jour, je lui rappelais cette circonstance, et le complimentais sur son sang-froid et son courage.

– Pardieu ! dit-il, voilà un beau mérite pour un vieux soldat qui a vu tous les tremblements de terre de l’Empire, de ne pas se préoccuper d’une chiquenaude donnée contre un mur !

L’orage se calma pour lui comme il s’était calmé pour nous.

Seulement, tout le monde n’était pas aussi disposé que nous à la retraite : une partie de l’armée expéditionnaire ne voulut pas être venue pour rien à Coignières, et résolut de pousser jusqu’à Rambouillet.

Pajol ne vit point partir ces fanatiques sans une certaine terreur ; il mit à leur tête Charras et Degousée ; mais bientôt les deux chefs reconnurent l’impossibilité de maintenir ce flot humain, et se laissèrent entraîner par lui.

Il les poussa jusque dans les cours du château de Rambouillet, où le maire de la ville leur indiqua tout bas et en cachette un fourgon dont il venait de remettre les clefs au maréchal Maison.

Ce fourgon contenait les diamants de la couronne, estimés à quatre-vingts millions.

– Bien, dit Charras, il faut les confier au peuple ; c’est le seul moyen qu’il ne leur arrive pas malheur.

On confectionna un petit drapeau tricolore sur lequel on écrivit en lettres noires : Diamants de la couronne ; on planta le drapeau sur le fourgon, et tout fut dit.

Puis on fit proclamer que ceux qui voudraient revenir en accompagnant et en gardant les diamants de la couronne reviendraient dans les voitures du roi.

C’était un moyen qu’avait trouvé Degousée pour qu’on ne fît point du feu de ces voitures.

Mais une partie des volontaires préféra se donner le plaisir de la chasse, et se lancer, dans le parc royal, à la poursuite des cerfs, des biches et des daims.

D’autres s’établirent dans le château, et se firent d’immenses noces de Gamache des reliefs trouvés dans les cuisines de l’ex-roi, et arrosés des meilleurs vins de ses caves.

Enfin, les plus raisonnables, ou peut-être aussi les plus vaniteux, montèrent dans les voitures royales et les ramenèrent à Paris, conduisant, au centre de ces voitures, le fourgon contenant les diamants de la couronne avec autant de respect que les Israélites menaient l’arche sainte.

Et la comparaison est d’autant plus exacte, que l’imprudent qui eût touché du bout du doigt à cette nouvelle arche fût certainement tombé mort, et d’une mort bien autrement explicable que celle des sacrilèges qui touchaient à l’ancienne.

Tout ce cortège, merveilleux par le contraste qu’il offrait entre les laquais en grande livrée, les harnais magnifiques, les carrosses dorés et les hommes en guenilles qu’il voiturait, après avoir longé, au pas et gravement, le quai de Passy, le quai de Billy, le quai de la Conférence et le quai des Tuileries, traversa le Carrousel, et s’arrêta dans la cour du Palais-Royal.

Il va sans dire que tous ces malheureux qui accompagnaient, escortaient, gardaient pour quatre-vingts millions de diamants, mouraient de faim, n’ayant eu, le matin, qu’une portion de ce pain envoyé, pendant la nuit, par M. le préfet de Seine-et-Oise.

Et encore, comme les voitures avaient été pillées, les uns n’avaient eu qu’une demi-ration, les autres qu’un quart de ration, les autres, enfin, n’avaient rien eu du tout.

Le lieutenant général descendit, remercia, sourit et remonta.

– Mordieu ! dit Charras à Charles Ledru, il aurait bien dû songer à nous inviter à dîner, M. le lieutenant général... J’enrage la faim, moi !

– Eh bien, dit Charles Ledru, allons dîner chez Véfour.

– Vous êtes charmant ! Je n’ai pas le sou, moi... Avez-vous de l’argent, vous ?

– J’ai quinze francs.

– Oh ! alors, Vive la Charte !

Et, bras dessus, bras dessous, ils s’en allèrent joyeusement dîner chez Véfour.

Quant au général Pajol, commandant en chef l’armée expéditionnaire de l’ouest, il revint gaillardement à Paris dans une calèche qu’il avait récoltée à Coignières.

Avant son départ, la caisse de l’armée expéditionnaire avait été ouverte, et M. Armand Cassan, improvisé caissier, avait payé, rubis sur l’ongle, les avoines sciées, les poules plumées, les œufs dénichés, les fruits cueillis et le vin bu.

Il y a cent à parier contre un que les paysans des environs de Coignières ne firent pas une mauvaise affaire à l’expédition de Rambouillet. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Dans un certificat délivré le 25, juillet 1831 en faveur de Joubert, Jean, Robert, il était fait mention de la conduite de Pajol ; ce certificat était ainsi rédigé, pour le passage concernant Pajol : « […] Le 29, après la prise du Louvre, il [Joubert] a été dirigé sur la barrière de l’Etoile par ordre du général Pajol, pour y pousser une reconnaissance […]. » Il signa, le 3 août 1830, l’ordre suivant, dont la copie fut fournie par Martigny des Roches, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants, afin d’obtenir la décoration de Juillet : « M. le lieutenant général commandant en second l’armée, ordonne au lieutenant-colonel Martigny des Roches de se rendre de suite à Dourdan et autres communes voisines, d’y réunir les gardes nationales et gardes forestiers et de seconder de tous ses moyens le mouvement qu’exécutent en ce moment les troupes constitutionnelles sur Rambouillet, où l’on prendre de nouveaux ordres de moi. » Il apostilla, vers novembre 1830, la lettre rédigée par Mistral, Jean-Louis et adressée au général Lafayette, pour faire valoir ses droits à la décoration. Il signa, le 3 août 1830, le certificat suivant en faveur de Martigny-Desroches : « M. le lieutenant général commandant en second l’armée ordonne au lieutenant-colonel Martigny des Roches (sic) de se rendre de suite à Dourdan et autres communes voisines, d’y réunir les gardes nationales et gardes forestières et de seconder de tous ses moyens le mouvement qu’exécutent en ce moment les troupes constitutionnelles sur Rambouillet, où l’on prendra de nouveaux ordres de moi. » Comme lieutenant général des armées du roi des Français, il signa, le 10 août 1830, le certificat suivant en faveur de Perrignon, Nicolas, Henry, Balthazard : « Nous, comte Pajol, lieutenant général des armées du roi des Français, attestons qu’il est à notre parfaite connaissance que le sieur Nicolas, Henry, Balthazard Perrignon, natif de Bourbonne-les-Bains, âgé de quarante et un ans, ancien élève du Prytanné français, demeurant à Paris, professe de purs sentiments d’honneur, de libéralisme et d’esprit national, qu’il n’a sollicité aucun emploi sous le dernier gouvernement et que dans les journées des 27, 28 et 29 juillet il a donné des preuves de son dévouement à la liberté et à la cause nationale, en se trouvant toujours un des premiers sur les points d’attaque, tant à Paris qu’à Rambouillet pour combattre et coopérer à reconquérir nos libertés menacées. Nous pensons en conséquence qu’il a des droits à la bienveillance du gouvernement, auquel nous le recommandons d’une manière toute particulière et que nous prions de lui accorder l’emploi qu’il pourra en solliciter, assuré que nous sommes de son dévouement et qu’il remplira avec honneur et à la satisfaction publique. » Il prêta son serment de décoré de la Croix de Juillet, le 8 juin 1831 à la mairie du (ancien) Xe arrondissement, reçut sa croix le 21 juin et son brevet le 27 août 1831. Il apostilla, le 30 janvier 1831, un certificat délivré en faveur de Smulikowski, par le maréchal Gerard Smulikowski avait rendu des services à l’état-major du général Gerard dans les trois journées de Juillet. Pajol fut un des généraux qui participèrent à la répression de l’émeute républicaine des 5 et 6 juin 1832. La proposition dont fut l’objet Biesta, Hippolyte, Guillaume (voir ce nom) d’être nommé, en 1832, dans l’ordre de la Légion d’honneur, fut l’objet d’un rapport, qui laisse quelques indications sur la conduite de Pajol tant dans les journées de Juillet qu’à l’occasion de l’enterrement du général Lamarque. Ce rapport était ainsi rédigé, en date du 17 août 1832 : « […] Le 5 juin, à 5 heures et demie de relevé, le sieur Biesta se trouvait sur la place de la Bastille au moment où M. Crépy le Prince, officier de l’état-major, que le général Pajol avait envoyé en reconnaissance au pont d’Austerlitz allait être infailliblement assassiné sans l’intervention du susnommé qui, dans cette occasion, montra autant de courage que de sang-froid. Il ne put cependant empêcher que cet officier ne fût encore bien maltraité et qu’il n’eût ses vêtements déchirés par les forcenés, qui voulaient absolument le tuer et qui probablement y seraient parvenus sans le secours de plusieurs élèves de l’Ecole polytechnique qui débarrassèrent entièrement l’officier des mains de ces furieux. Un de ces jeunes gens et le sieur Biesta le reconduisirent à l’état-major et un autre individu y ramena également son cheval ; on n’a pu se procurer les noms de celui-ci ni ceux de l’élève de l’Ecole polytechnique. Un fait encore bien certain et qui est parfaitement connu de M. le général Pajol ainsi que de plusieurs autres officiers de l’état-major, c’est que le sieur Biesta a pris une part active à la révolution de juillet 1830 et qu’il y a fait preuve de bravoure ; le 29, il se trouva à la prise du Louvre et des Tuileries ; dans ce dernier lieu, une partie du peuple voulait piller le château ; le général Pajol qui s’y trouvait s’y oppose avec vigueur mais sa démarche ayant déplu à l’un de ceux qui tentaient le pillage, celui-ci ajusta le général presque à bout portant et l’aurait certainement tué si le sieur Biesta ne se fût empressé de détourner le coup avec son bras, ce qui lui fit courir quelques dangers. Tout ce qui vient d’être rapporté peut être certifié par M. le général Pajol, par M. Crepy le Prince et par plusieurs autres personnes qui tous se plaisent à rendre justice aux sentiments patriotiques et à la bonne conduite du sieur Biesta. » Le général Pajol confirma, le 23 juillet 1832, la conduite de Biesta lors de l’enterrement du général Lamarque puis ajoutait sur les combats de Juillet : « […] M. Biesta […] après avoir vaillamment combattu dans les journées de Juillet […] m’accompagna pour sauver le trésor et pour préserver les Tuileries du pillage et que, là, par sa valeur et son énergie, il m’évita un coup de fusil qu’un homme dirigeait contre moi à bout portant et qu’il désarma […]. » Enfin, le 5 avril 1833, le général Pajol rappelait à d’Argout, ministre de l’Intérieur, « le plus grand plaisir et la plus vive satisfaction » avec lesquels il verrait Biesta, décoré. Pajol apostilla la demande de Drouault, Pierre, René, pour tenter de faire valoir ses droits à une décoration. Il apostilla la demande présentée par Labat, Bardon et Johner pour avoir permis « de sauver les objets les plus précieux du palais des Tuileries ». Le dossier de Morlot de Wengy, Alexandre, à l’occasion de l’exposé que fit ce dernier de sa propre participation aux combats, laisse quelques indications sur la conduite du général Pajol. Pajol signa un certificat pour attester la présence de Cochard, Jean-Pierre à la campagne de Rambouillet. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 1, rue de Lille en 1830-1831. Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 155 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement, liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives de Paris Vbis7K4 3 contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet du Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 91 in dossier Morlot de Wengy, Alexandre ; Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement in dossier Drouault, Pierre, René ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Gachet, Etienne (où il atteste que ce dernier lui a servi d’ordonnance), idem in dossier Gilson, Ferdinand, Désiré, Remy, dont il apostille la lettre) ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 in dossier Perrignon, Nicolas, Henry, Balthazard ; Archives de Paris VD6 281 n° 1 in dossier Labat, Eugène ; Archives de Paris VK3 17, Témoignages, rapports, notes sur les élèves de l’Ecole polytechnique ; Archives de Paris VK3 41 in dossier Bodu, Pierre (où il est question d’une trêve de deux heures que demande le général Pajol aux émeutiers) ; Archives de Paris VK3 42 in dossier Cochard aîné, Jean-Pierre ; Archives de Paris VK3 45 in dossier Gechter (pour lequel il signe un certificat, absent du dossier les pièces de Gechter ayant été perdues), idem in dossier Guittard, Nicolas, Gilles (où il signe un certificat comme quoi ce dernier a bien exécuté ses ordres pendant l’expédition de Rambouillet) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement et liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/52 in dossier Debooz de André, Stanislas, Jean-Baptiste (pour lequel il certifia des faits annoncés par ce dernier) ; Archives nationales F/1dIII/76 in dossier Smulikowski ; Archives nationales F/1dIII/81, dossier Seine-et-Oise, in dossier Martigny-Desroches ; Archives nationales F/1dIV/B/9 in dossier Biesta, Hippolyte, Guillaume ; Archives de la préfecture de police AA 395 in dossier Joubert, Jean, Robert ; Archives de la préfecture de police AA 396 in dossier Lacroix, Joseph (une apostille de recommandation mais retranscrite) ; Archives de la préfecture de police AA 401 in dossier Martigny des Roches ; Archives de la préfecture de police AA 403 in dossier Mistral, Jean-Louis ; Archives de la préfecture de police AA 410 in dossier Quinard, Adolphe (où ce dernier dit être un intime du général Pajol).

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