Pampy, Louis, Charles, Léopold

Biographie


Né le 18 mars 1812 (10 mars 1812 in Archives de Paris Vbis1K4 1, 21 mars 1812 in Archives nationales F/1dIII/39 ; le 18 mars 1812 in Archives nationales F/1dIII/35 A et in Archives nationales F/1dIII/38 A) à Caen (Calvados), fils de Pampy, Charles, Gabriel, Victor, lui-même fils de Pampy, Gabriel, ancien esclave de Saint-Domingue, et de Bellissent, Françoise, Catherine. Commis marchand. Blessé au bras gauche et à la poitrine, il reçut (sous le nom de Pampi, Léopold) un secours de soixante francs en août, un autre de la même somme et un autre de cinquante francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Il signa, comme « blessé aux Tuileries de deux balles le 29 juillet », le certificat suivant en faveur de Duclos, Louis, Constant : « Nous, soussignés, blessés dans les journées des 28 et 29 juillet, certifions avoir vu le sieur Duclos, Louis, Constant, combattre dans nos rangs au plus fort du danger. Son intrépidité et son courage semblaient s’accroître à la vue de nos blessures. Il nous consolait, en jurant de nous venger sur les assassins royaux dont le plomb meurtrier venait de nous atteindre. Sa belle conduite dans les rues de la Monnaie, des Prouvaires et Saint-Honoré, le dévouement avec lequel il s’est précipité à l’attaque du Louvre et des Tuileries sont des titres à l’admiration de ses concitoyens et à la munificence du gouvernement […]. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il reçut, comme blessé et comme sous-lieutenant, cinq cents francs de secours auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 27 janvier 1831, la conclusion suivante : « A été atteint, dans les journées de Juillet, de deux blessures par arme à feu, l’une à l’avant-bras gauche, de la partie moyenne et antérieure de sa face palmaire vers sa face dorsale, en passant entre les deux os, sans les atteindre ; l’autre à la partie antérieure de la poitrine du côté droit, du mamelon vers le sternum, cicatrisée avec un peu de difficultés et de douleurs dans les mouvements. » Il fut admis dans la 2e classe des blessés et reçut une indemnité définitive de trois cents francs versés sur un an. Il reçut, à titre de blessé de la 1re catégorie de la 2e classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Il reçut, à titre de cas exceptionnel, une indemnité définitive de cinq cents francs de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses... ? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il fut nommé sous-lieutenant sur proposition de la Commission des récompenses nationales, et affecté au 10e régiment de ligne, caserné à Verdun en 1831. Il prêta son serment de décoré de la Croix de Juillet, le 20 décembre 1831 à la mairie du IVe arrondissement, reçut sa croix et son brevet le 26 décembre 1831. En 1830, il était célibataire. Il demeurait 14, rue d’Orléans-Saint-Honoré en 1830-1831. Nous empruntons à l’article de Pierre Bardin Gabriel Pampy, de lesclavage à la liberté, la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « En juin 1775, le navire Marquis de Levy arrive à Nantes en provenance du Port-au-Prince, île de Saint Domingue. Parmi les passagers, M. Isaac Mendès ayant une habitation sur la paroisse du Petit-Goâve, ainsi que Mlle Braunsweig, marchande lingère sur la même paroisse. Trois esclaves les accompagnent : Gabriel Pampy, créole du Petit-Goâve, âgé de 24 ans environ, Julienne née au Congo, âgée de 18 ans, plus particulièrement attachée à la Dlle Braunsweig, et César, de nation Arada, âgé de 18 ans [ANOM, COL/F/5B/28.].

»Tous suivent Mendès, venu s’installer à Paris, à l’exception de César dont on ignore le sort. En revanche Pampy et Julienne, dans moins de 6 mois, vont devenir les acteurs d’un procès retentissant en demande d’affranchissement contre leur maître [AN, Z/1D/134 et Z/1D/27]. Comme nombre de leurs compatriotes, esclaves ou libres, ils découvrent dans les rues de la capitale un peuple vivant assez misérablement, ainsi que des condamnations exécutées en place publique. Peut-être ont-ils pu voir un condamné exposé pendant trois heures sur le carcan installé sur le Pont Neuf, puis marqué au fer rouge sur l’épaule gauche des lettres GAL avant d’être envoyé aux galères [Du Paris de Louis XV à la marine de Louis XVI – Lœuvre de Monsieur de Sartine, Jacques Michel, tome 1, Editions de l’Erudit, 1983]. Cela ravive le souvenir de leur propre existence sur l’île, ayant été eux-mêmes étampés au fer rouge du nom de leur maître. Ils vont donc avoir un autre regard sur celui qui les assujettit.

»Dès son arrivée, Mendès va être arrêté, emprisonné au Grand Châtelet, car il a de sérieux ennuis financiers avec un de ses coreligionnaires, Israel Vidal [Les Juifs aux Antilles françaises et lettre dun Rabbin sur Saint Christophe en 1782, Pierre Bardin, GHC 195, septembre 2006.]. Ses deux esclaves vont le suivre pour le servir pendant son emprisonnement. L’attitude de Mendès à leur égard va indigner le geôlier. Victimes de mauvais traitements, humiliés publiquement, vêtus de haillons malgré la rigueur de l’hiver, Pampy et Julienne vont être pris en mains par un ou des réseaux composés de personnes que l’esclavage rebute, afin de les aider à se pourvoir devant le tribunal de l’Amirauté, payer des avocats, défendre leur cause et obtenir leur liberté. Il est évident que ces soutiens leur permettaient également de franchir la barrière linguistique, le créole étant leur langue usuelle et non le français. Les affranchissements obtenus suivant ces procédures sont si fréquents que le ministre, M. de Sartine, fera parvenir en 1777 un long mémoire au Conseil des dépêches dans lequel on peut lire : “La plupart des esclaves se pourvoient au siège de la Table de Marbre à Paris pour s’y faire déclarer libres et obtenir le paiement des gages qu’ils prétendent leur être dus pour leurs services […] Des jugements rendus publics par des affiches avertissent les nègres qu’ils sont libres, indépendants et même égaux à ceux qu’ils regardaient comme des êtres supérieurs qu’ils étaient destinés à servir […] [La Population noire dans le Paris du XVIIIe siècle, Pierre Bardin, GHC 2015. http://www.ghcaraibe.org/articles/2015-art20.pdf.].” Le 5 février 1776, un avocat, Me Rimbert, va plaider leur cause, faire assigner leur maître pour obtenir leur liberté et le paiement des gages, sur la base de 100 livres par années de services depuis leur arrivée en France il y a huit mois [Nègres et Juifs au XVIIIe siècle – Le racisme au siècle des Lumières, Pierre Pluchon, Taillandier, 1984 et AN, F/1B/4 et Z/1D/134]. Evidemment Isaac Mendès se défend, conteste, lance le 2 février un avis de recherché pour faire arrêter ses deux esclaves, les conduire à M. Louis Trinquart, négociant à Nantes [M. Trinquart armait pour la traite négrière : notices 824 et 1040 du Répertoire des expeditions négrières françaises au XVIIIe siècle, tome 1, Jean Mettas, SFHOM 1978.], les faire embarquer pour le Port-au-Prince ou Léogane. Pour cela, il donne tout pouvoir par procuration devant le notaire parisien Me Poultier [AN, MC/ET/XXXIII/617] à M. de Sainte Colombe, lui-même habitant de Saint Domingue [Dans le Paris du XVIIIe siècle, Pierre Vinette et la famille de la Ferronnays, Pierre Bardin, GHC 2014 http://www.ghcaraibe.org/articles/2014-art09.pdf]. Rien n’y fera. D’autant que les défenseurs de Pampy et Julienne ont préparé un long mémoire qui est une attaque en règle, non seulement contre Mendès lui-même, mais contre les juifs en général. L’antisémitisme prend alors le pas sur l’antiesclavagisme [Pierre Pluchon, op. cit., pages 18 à 37].

»Voltaire, ayant pris connaissance du mémoire rédigé par Le Moyne des Essarts, l’un des avocats de Pampy et Julienne, lui répond : “Je ne sais pas Monsieur si le Code Noir permet d’écrire le nom d’une négresse sur un de ses tétons et celui du nègre sur une de ses fesses, tout ce que je sais, si j’étais juge, j’écrirais sur le front du juif : Homme à pendre [sic] [Pierre Pluchon, op. cit., page 274].”

»Le 23 février 1776, l’Amirauté rend sa sentence. Pampy et Julienne sont declarés définitivement libres. Mendès devra leur payer 100 livres pour gages impayés depuis leur arrivée en France, plus 30 et 60 livres de provisions, déjà accordées le 5 février [AN, Z/1D/134. Voir aussi les notices 564 et 565 du Dictionnaire des gens de couleur de la France Moderne, tome 1, dirigé par Érick Noël , Éditions DROZ].

»Evidemment le procureur Poncet de la Grave rappelle à Isaac Mendès qu’il lui est interdit d’attenter à la personne et aux biens des deux anciens esclaves. Mendès ne retournera plus à Saint Domingue. La Dlle Braunsweig regagnera l’île où elle décèdera, au Petit-Goave, le 15 juillet 1777.

»Que devinrent les deux autres protagonistes de cette affaire ? Malgré nos recherches, il n’a pas été possible de savoir ce que devint Julienne, dont le nom exact est Aminthe Julienne, après son affranchissement. On peut croire cependant qu’elle réussit à se fondre dans la population parisienne, comme le firent bon nombre de ses compatriotes. C’est le cas de Gabriel Pampy, qui va trouver sa place dans cette population en étant au service d’une famille aisée.

»Le 4 juin 1777, il vient se faire enregistrer, comme le veulent les décrets royaux, au greffe de la Table de Marbre de l’Amirauté, attestant demeurer chez l’abbé de Serre, rue des Postes, paroisse Saint Etienne du Mont, puis il revient le 23 mai 1783, déclarant être au service de Madame de Versigny, rue de la Lune [depuis le 12 octobre 1780] [AN, Z/1D/139]. Cette dernière déclaration ne précise pas que sa vie, entre ces deux dates, a complètement changé. Chez Madame de Versigny, Pampy est employé depuis deux ans et demi comme laquais. Ayant certainement belle allure, âgé de 25/26 ans, on peut l’imaginer assez élégamment vêtu d’une veste ou d’une casaque galonnée d’or, pantalons bouffants, coiffé d’un turban, vêture à la turque, très à la mode pour la domesticité de couleur dans les milieux aisés de la bourgeoisie parisienne. Des tableaux de ces temps le démontrent.

»Au service de Mme de Versigny sert aussi, comme cuisinière, une jeune fille native d’Amiens, Marie Louise Boulanger/Boullanger. Une inclination partagée l’ayant rapprochée de Pampy, que croyez-vous qu’il arriva ? Une petite fille est née, âgée maintenant de quinze mois, “dont les parents prennent grand soin, la maman allaitant elle-même son enfant”.

»Evidemment Pampy a fait part de son désir d’épouser Marie Louise Boullanger. Personne n’y voit d’objection, sauf le curé de la paroisse Notre-Dame de Bonne Nouvelle qui envoie un mémoire à M. le lieutenant de police, précisant que Pampy est Nègre né à Saint-Domingue et que la jeune fille est Blanche née en France. Il ne refuse pas de célébrer ce mariage, la petite fille ne pouvant rester illégitime. Il va donc demander à l’archevêque de Paris l’autorisation de les unir, lui-même ne pouvant s’y résoudre, s’appuyant sur l’arrêt du Conseil, en date du 5 avril 1778, qui interdit aux Blancs de l’un ou l’autre sexe de contracter mariage avec les Noirs.

»Ce sera la seule fois où la couleur de la peau sera mise en avant. En réalité, la vraie raison, même si la référence à l’article en question est exacte, est le fait que Pampy ne peut fournir d’extrait de baptême, bien que l’ayant réclamé trois fois sans avoir reçu de réponse. L’archevêque de Paris va donc désigner un juge “official” qui, après audition de Pampy et de divers témoignages, tranchera définitivement. […]

»Le 10 janvier 1783, malgré le défaut de présentation, l’official, M. Robinault Dubois Basset, donnera permission au curé de la paroisse Notre-Dame de Bonne Nouvelle, d’unir Gabriel Pampy avec Marie Louise Boullanger.

»Il n’a pas été possible de trouver l’acte de mariage, disparu avec des millions d’autres, lors des incendies allumés pendant la Commune. Cependant, ce dernier fut très rapidement célébré puisque “le cinq mai mil sept cent quatre vingt quatre, en la paroisse Saint-Laurent, fut baptisé Charles Gabriel Victor [Archives de Paris, état civil reconstitué, naissances], né d’hier, fils de Gabriel Pampy, bourgeois de Paris, et de Marie-Louise, Thérèse Boulanger son épouse, demeurant rue Neuve-Saint-Denis de cette paroisse. Le parrain Charles Cézar [C’était le premier témoin de l’enquête de 1783], officier de maison rue du Sentier, la marraine Victoire Ruelle fille majeure faubourg Saint-Denis. Signé Cézar et Dubertrant Vicaire”.

»La lecture de cet acte de baptême permet de constater que le “jeune créol”, arrivé à Paris il y a moins de dix ans, passe du statut d’esclave à celui de bourgeois parisien, ce qui implique une évolution sociale autre que celle de laquais chez Madame de Versigny. Dans un document postérieur, il sera reconnu comme “piqueur de chevaux”. Aurait-il été intégré dans un équipage pour courir le gibier ? Rien ne vient le confirmer. D’autant qu’à partir de cette date il a été impossible de le retrouver.

»De la même façon, nous ne savons ce qu’est devenue la petite-fille née avant mariage.

»Pour une raison inconnue à cet instant, la famille va partir s’établir à Caen, où le fils, Charles Gabriel Victor, va épouser le 24 septembre 1808 Françoise Catherine Bellissent.

»L’acte précise qu’il est âgé de 24 ans et 4 mois, fils mineur de feu Gabriel Pampy, piqueur de chevaux, et de Marie-Louise Thérèse Boulanger, exerçant la profession de cocher. Le monde du cheval est également celui de son épouse, âgée de 36 ans, née à Caen en janvier 1772, veuve de Jean Laplanche lui-même cocher.

»Parmi les documents présentés se trouvent “l’acte de décès du père du futur, l’acte de consentement de la mère dudit futur passé le 28 août 1807, devant Jourdan et son collègue, notaires impériaux en cette ville [Ces deux actes n’ont pas été trouvés.]”, ainsi que l’acte de décès de Jean Laplanche premier époux de la future. […]

»De cette union naîtront deux enfants : Louis Charles Léopold Pampy, né le 9 mars 1812. Nous y reviendrons. Marie Élisa Pampy, née le 30 mai 1809 à Caen, décédée le 26 mars 1870 à Caen. […]

En ce qui concerne Louis Charles Léopold Pampy, né le 9 mars 1812, sa destinée fut différente et quelque peu agitée. A l’âge de 18 ans, il participe à la révolte populaire de juillet 1830, connue sous le nom des Trois Glorieuses, qui aboutit à l’abdication du roi Charles X. Au cours des combats, l’armée sous la direction du général Marmont tira sur le peuple lui-même armé. Au cours des combats, plus de 500 personnes et 150 soldats furent tués. Louis Charles Léopold fut grièvement blessé de deux balles, l’une à l’estomac, l’autre au bras gauche, lors de la prise des Tuileries le 29 juillet, ce qui lui valut d’être décoré de la Croix de Juillet, sur proposition de la Commission des récompenses nationales. En 1831, il s’engage au 15e régiment d’infanterie légère et acquiert très rapidement le grade de sous-lieutenant. Nommé capitaine en 1842, il sera jugé par un tribunal militaire et mis en non-activité en 1848, accusé d’être couvert de dettes, et d’avoir une conduite irrégulière. Célibataire, habitant à Suresnes, de nombreux témoignages favorables sur sa conduite exemplaire permettront au général inspecteur de proposer sa remise en activité le 22 octobre 1849, au 15e R.I., cantonné à Grenoble où il décèdera à l’hôpital le 27 décembre 1849 [Archives de la Défense à Vincennes. Dossier 5YE 1756]. Pendant toutes ces années, les parents ont quitté Caen et sont venus s’établir à Paris. Le père, Charles Gabriel Victor, est courtier marchand de chevaux, habitant 50 rue Basse-du-Rempart. Son épouse Françoise Catherine Bellissent décèdera âgée de 58 ans le 20 avril 1830. Charles Gabriel Victor sera admis à l’hôpital Beaujon le 25 octobre 1836, salle Saint-François, et y décèdera le 18 novembre suivant des suites d’une hypertrophie du cœur [Archives de Paris, Hôpital Beaujon, DQ8505]. La mère Marie Louise Thérèse Boulanger, veuve de Gabriel Pampy, restée à Caen, décèdera à l’hôpital Saint Louis le 14 juillet 1834, âgée de 81 ans [Archives Départementales du Calvados, 2MI/EC/1635]. » Premier état, arrêté le 19 août 1830, des secours distribués par Le Constitutionnel ; Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 39 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 44 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire catégorie de la IIe classe du IVe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 72 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Duclos, Louis, Constant ; Archives de Paris VD6 281 n° 1, Etat nominatif des militaires décorés de la croix spéciale ou de la médaille, inscrits sur les listes du (ancien) IVe arrondissement de Paris ; Archives de Paris VD6 281 n° 1 (lettre du préfet de la Seine, en date du 1er février 1832, dossier Lataye, Anne, Louise mademoiselle) (sous le seul nom de Pampy) ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830, Liste des militaires, Etat général contenant les noms, prénoms, âges, professions, demeures, états civils des victimes de la grande semaine, et les secours qui leur ont été donnés ; Archives nationales F/1dIII/33 état des sous-lieutenants nommés sur la présentation de la Commission des récompenses nationales (sous le nom de Pampy, Léopold) ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés temporairement pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement et par la caisse municipale, pendant le mois de novembre 1831 et état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, état par ordre alphabétique des blessés et autres victimes des événements de Juillet, secourus dans la mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, du 8 octobre 1830 au 10 mars 1831, et depuis cette dernière époque jusqu’au 6 avril suivant, état des (91) citoyens dont les blessures ont entraîné une incapacité de travail pendant un an ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/70 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) IVe arrondissement, blessés de 1re catégorie de la 2e classe ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations ; Journal militaire officiel, année 1831, premier semestre, Paris, Anselin, 1831, p. 567 (sous le nom de Pampy, Léopold).

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