Pandellé, Joseph
Biographie
Né en 1800 (le 20 nivôse an VII, 10 mars 1799 dans le Dictionnaire historique du mouvement ouvrier mais il y a un problème avec la référence que donne le Maitron) à Agen (Lot-et-Garonne). Imprimeur en caractères. Il combattit, le 28 juillet 1830, jusqu’à dix heures du soir, à la Grève et au Pont d’Arcole, en compagnie de Aernoudts (voir Aernoudts, Jacques, Cornil), Grand (voir Grand, Pierre), Lemarinel (voir ce nom), Moluçon (voir ce nom). Le 29, il fit partie d’un groupe de combattants qui, avec Serrot, François, Auguste, Marie, Folmer, Bescher et Croupet s’étaient assemblés, sur la place de l’Odéon pour attendre des ordres. Le groupe se dirigea vers la caserne de Babylone. A l’approche de la rue de Babylone, près de la caserne, le groupe reçut une décharge de coups de feu, qui tuèrent ou blessèrent plusieurs des assaillants. Parmi les tués, se trouva Serrot, qui fut atteint de deux coups de feu, un à la tête et l’autre à la poitrine ; son corps fut porté à la morgue par Bescher, Pandellé et Croupet. On trouve dans Trois jours !!! Histoire politique, militaire et anecdotique de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, par E.M.S. la relation suivante de sa participation aux combats : « Un ouvrier imprimeur, M. Pandellé, entra le premier par une croisée, malgré le feu le plus vif des Suisses, dans la caserne de Babylone. Il pénétra dans une vaste salle qui paraissait vide ; mais bientôt, apercevant quelques matelas en mouvement, il se disposait à faire feu, lorsque son bras fut arrêté par l’élève de l’Ecole polytechnique, M. Vaneau, qui fut tué peu de temps après. Au même instant, un vieux sergent suisse, sa femme et ses deux enfants, sortirent de dessous les matelas où ils s’étaient réfugiés. Le feu, cependant, avait été mis aux portes, et ces infortunés allaient être brûlés, lorsque le brave Pandellé s’empara des deux enfants, les descendit par la croisée par laquelle il était rentré, et mit toute la famille en sûreté dans la maison de la rue de Sèvres, n° 38. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 13 décembre 1830, à trois voix pour la croix, quatre voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement (sous le nom de Pandelet, Edouard, Joseph sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). Il signa, le 10 janvier 1831, le certificat suivant qui constatait les circonstances du décès de Serrot, François, Auguste, Marie : « Nous déclarons et constatons que, dans la journée du 29 juillet dernier, étant assemblés sur la place de l’Odéon où nous attendions les ordres pour partir, nous nous dirigeâmes sur la rue de Babylone et nous avions dans nos rangs le nommé François, Auguste, Marie Serrot. A l’approche de la rue de Babylone, près de la caserne des Suisses, nous reçûmes de leur part une décharge dont plusieurs des nôtres furent tués et blessés. Après nous avoir emparé de la caserne (sic), nous secourûmes nos frères et nous avons reconnu dans les neuf morts, que nous avons portés à la morgue, le malheureux et brave François, Auguste, Marie Serrot, qui avait été atteint d’une balle à la tête et une autre dans la poitrine. C’est comme témoins oculaires que nous certifions et délivrons le présent. » De la même manière, il comparut, le 13 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) XIe arrondissement, pour attester avoir parfaitement connu Serrot, François, Auguste, Marie et « que le 29 juillet dernier ledit sieur Serrot étant avec eux à l’attaque de la caserne de Babylone, a été tué en leur présence par deux coups de feu, l’un à la tête, l’autre à la poitrine ; qu’ils ont également parfaite connaissance que le même jour 29 juillet dernier François, Antoine Serrot, frère plus jeune du défunt, a été blessé d’un coup de baïonnette au pouce de la main gauche à l’attaque de la caserne de la gendarmerie, faubourg Saint-Martin ». Il signa, le 3 septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Cartron, André, Marie, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants de la rue Bourg-Labbé : « Nous, soussignés, certifions à qui appartiendra que le sieur André, Marie Carteron (sic), imprimeur, demeurant à Paris, impasse Clopin n° 10, près l’Ecole polytechnique, a combattu avec nous dans les journées de Juillet, rue Saint-Honoré, où il a été fait prisonnier par le 3e régiment de la garde royale. Parvenu à s’échapper, il a combattu au Louvre et rue de Rohan. Ce que nous affirmons sur l’honneur. » Il signa, le 27 août 1830, le certificat suivant en faveur de Chatelin, Barthélemy : « Nous, soussignés, certifions à qui appartiendra que le sieur Chatelin, Barthélemy, né à Mitry (Seine-et-Marne), le 20 février 1795, a été blessé à la poitrine à la défense de l’Hôtel de ville et au pouce de la main gauche, en désarmant un capitaine suisse à Rambouillet [ce qui n’est a priori pas exact, N.D.A.], ce qui est à notre connaissance et que nous affirmons sur l’honneur. » Il signa, le 3 septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Perrier, Julien, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, certifions à qui il appartiendra que le sieur Julien Perrier, imprimeur, demeurant à Paris, rue du Faubourg-Saint-Jacques n° 10, a combattu avec nous à l’Hôtel de ville et au Louvre et qu’il a fortement contribué à faire rentrer dans l’ordre les prisonniers de l’hôpital du Val-de-Grâce, qui étaient déjà parvenus à désarmer un homme du poste. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Pandelet, Edouard, Joseph), auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Pendant l’instruction du procès de l’attentat du 28 juillet 1835, Bescher dit, à la question du magistrat qui lui demandait quels étaient ses rapports avec Pandellé : « Je l’ai connu dans la révolution de Juillet ; il a été arrêté dans une affaire de coalition, à la fin de 1833 ; il a été acquitté par le tribunal correctionnel. » On trouve dans le dossier de Bescher plusieurs lettres de lui. Une, de 1834, qu’il écrit depuis sa prison et où il termine ainsi : « […] Il vient de nous arriver trente patriotes et nous en attendons encore ce soir. » En janvier 1834, Pandellé était à La Force ; en mars 1834, il était à Sainte-Pélagie. Il connaissait sûrement O’Reilly puisqu’il lui devait quatre-vingt-cinq francs. En janvier 1834, depuis La Force, il se plaignait qu’il n’avait plus d’argent car il ne mangeait pas les vivres de la maison. Manifestement sa femme se plaignait qu’elle n’avait plus d’argent et que lui en eût reçu beaucoup de soutien puis aussi : « Je suis très mécontent de la manière dont agissent les imprimeurs de mon imprimerie depuis mon arrestation voilà cinq semaines : ils m’ont fait treize francs entre cinquante ouvriers, ainsi 1 et 2 liards (?) chacun. Des autres imprimeries, je n’ai encore rien reçu, ainsi vois les confrères comme ils sont généreux [...]. Tu ne dois pas ignorer que voilà le terme échu et ayant un propriétaire très chien, il va tracasser ma femme. [Fais] une collecte chez mes amis ou chez les tiens enfin chez les patriotes pour me faire une petite somme dont tu remettras moitié à ma femme et l’autre moitié à moi vu que j’ai besoin de plusieurs effets pour passer en jugement, je n’ai ni pantalons ni gilets. L’on vient de faire une collecte pour ceux qui sont détenus avec moi. La collecte ne doit pas se partager vu que ce sont leurs amis qui leur ont fait cette somme. Je te prierais de ne rien demander aux imprimeurs de chez nous. Ainsi, mon ami, je compte sur toi vu qu’il n’y a que toi qui peut me rendre ce service. » Dans cette lettre, il demandait de saluer plusieurs personnes; certains noms sont illisibles d’autres : Gravinal, Bartellemi, les frères Pierron, Bovinet, Pourvoyeur, Aubert, Siméon, Lombardo, Rullière, Gourmont et Collète à saluer plus spécialement (tous ces noms sont orthographiés manifestement phonétiquement et sont quasi illisibles). Depuis Sainte-Pélagie, toujours en 1834, il écrivait : « Nous n’avons pas encore de nouvelles de notre jugement ; je désirerais bien te voir pour te parler pour avoir un avocat ; on m’a donné une marche pour cela et je voudrais t’en parler pour voir ce que tu penses. Car je vois que si je ne m’occupe pas d’en prendre un, les citoyens qui sont avec nous ne m’en donneront pas ni à moi ni aux autres. Il est transféré à Sainte-Pélagie, il est à la pistole et paye 1,85 franc tous les dix jours. Bescher fera passer quatre-vingt-cinq francs à O’Reilly. On trouve dans le Dictionnaire historique du mouvement ouvrier la notice biographique suivante, que nous reproduisons : « […] Marié et habitant 1, rue de la Vieille-Boucherie […], il était membre de la Société des Droits de l’Home et sans doute de sa commission de propagande, puisqu’il fut arrêté, lors d’une réunion de cet organisme, le 8 décembre 1833, chez Napoléon Lebon et Jean-Jacques Vignerte, au 27, rue Jean-de-Beauvais. Les participants arrêtés, une dizaine environ dont Berrier-Fontaine, Lebon, Marthé, Vignerte furent accusés d’avoir encouragé et préparé les grèves de l’automne 1833 dans un but politique. Le procès eut lieu du 26 au 28 avril 1834. Pandellé fut acquitté. Il est signalé pour avoir été détenu en 1834 avec Recurt pour affaire politique. S’agit-il de la même ? Il ne semble pas avoir été inquiété lors du procès des journées insurrectionnelles d’avril. Demeurant cette fois 40, rue Jean-de-Beauvais, il fut l’un des orateurs lors du premier banquet communiste tenu le 1er juillet 1840 à Belleville, où il porta un toast au courage des Polonais. En 1842 et 1843, on pouvait se procurer le Code de la communauté de Th. Dezamy à son domicile, toujours 40, rue Jean-de-Beauvais. En 1848, il était compositeur et prote d’imprimerie. Après Février, il était employé à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, entré lors du renvoi par Barbès de tout le personnel et désigné pour être chef du bureau de la garde nationale. Il assistait la femme du maire Gornet dans les travaux qu’elle dirigeait pour les femmes. Il distribuait tous les secours et c’est par lui que passaient tous ceux qui avaient recours à l’assistance. Quoique devenu infirme (on ne sait à quelle occasion), cet ancien combattant repris les armes en juin 1848 et se trouva avec fusil au coin de la rue Jean-de-Beauvais où il habitait (toujours la même rue mais semble-t-il au 31). Bien qu’il attribuât son arrestation à “la malveillance d’une dénonciation dénuée de tout fondement”, il fut condamné, le 7 août 1848, à la transportation et subit trois mois de prison sur un ponton, avant d’être gracié le 19 décembre suivant, sur l’intervention de Bérard, représentant du Lot-et-Garonne. Pandellé, père de trois enfants, s’installa dans sa ville natale, Agen, où il était connu pour ses idées républicaines. En 1851, il fut soupçonné d’avoir participé à l’insurrection locale contre le coud d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte. Interrogé, le 23 décembre 1851, Pandellé déclara qu’il avait quitté Paris pour Agen “pour y vivre en dehors de tout mouvement politique”. Il reconnaissait avoir été vu sur la place à Agen lors des troubles du 4 décembre 1851 mais prétendit qu’il n’avait jamais pris des armes et déclara : “Je n’ai pour mon compte proféré aucun cri, je me suis simplement promené sur la place, le commissaire de police et le sergent de ville avaient l’œil sur moi.’ Par décision de la commission militaire de Bordeaux en 1852, il fut transporté, destiné à Algérie plus mais il bénéficia d’une remise. Il finit ses jours à Agen, où l’on disait de lui en octobre 1870 : “C’est notre doyen en démocratie.” Quand on demanda au vieillard (soixante-douze ans, “estropié, incapable de travailler”), interné dans l’hôpital Saint-Joseph, ce qu’il voulait de la nouvelle république, il répondit : “Si la république croit me devoir quelque chose, aujourd’hui je lui demande un verre de vin pur et une nourriture plus variée et surtout plus confortable. Vive la République !” En 1881, à quatre-vingt-deux ans, il était toujours à l’hospice. » L’ouvrage donne les sources biographiques a priori intéressantes suivantes : Archives nationales CC 616, registre de la Loterie patriotique ; Archives nationales BB 30/398 département de Lot-et-Garonne, insurrection de décembre 1851 ; Archives nationales F/7/2585 insurgés de juin, 8888 (Pandellé) ; Archives de la Guerre Vincennes, justice militaire (1848) dossier 7500, justice militaire (1851), dossier 667 (vide) ; Archives du département de Lot-et-Garonne IV E 1/8, déclaration de naissance 21 ventôse 20 nivôse dans la date donnée par la notice biographique du Maitron an VII (11 mars 1799) ; 4 M 33, dossier Pandellé ; 4 M 39 Etat nominatif des personnes du département qui ont été frappées par des mesures gouvernementales en décembre 1851 ; 4 M 42 Commission militaire insurrection décembre 1851, dossier Pandellé ; Archives de Paris, registres d’écrou DY/4 19-3231, DY/8 7-1046 ; La Tribune, 12 décembre 1833 sur l’arrestation de la rue Jean-de-Beauvais ; La Gazette des tribunaux, 26-30 avril 1834 ; Premier banquet communiste, le 1er juillet 1840, Pillot ; Histoire des conseils de guerre de 1852, ou Précis des événements survenus dans les départements à la suite du coup d’Etat de décembre 1851, Paris, 1869, p. 218 (sans nom d’auteur ? la date de publication est bonne ?). En 1848, employé à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, il signa, le 30 mars 1848, un certificat en faveur de Masson pour attester sa participation aux combats de Février. Il demeurait 97, rue Saint-Jacques (mais 31, rue Saint-Jacques dans le certificat qu’il signe in Archives de la préfecture de police AA 378 in dossier Chatelin, Barthélemy ; bien 7, rue Saint-Jacques dans le certificat qu’il signe in Archives de la préfecture de police AA 407 in dossier Perrier, Julien) en 1830-1831. Trois jours !!! Histoire politique, militaire et anecdotique de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, par E.M.S. caporal dans la garde nationale, témoin oculaire, Paris, Levavasseur, 1830, p. 53 ; Le Réveil du lion ou Paris dans les immortelles journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; précis des événements, heure par heure… suivi d’un chant triomphal… par un patriote de 89, Paris, Lerosey, 1830, p. 224-225 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (sous le nom de Pandéllé, Edouard, Joseph et cité deux fois dont la deuxième sous le numéro 633) ; Archives de Paris VD6 682 n° 3 ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 13 décembre 1830, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants (sous le nom de Pandelet, Edouard, Joseph) ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/42 in dossier Arnoud (lire Aernoudts, Jacques, Cornil) ; Archives nationales F/1dIII/75 in dossier Serrot, François, Auguste, Marie ; Archives nationales CC 675 dossier Bescher p. 12 ; Attentat du 28 juillet 1835, Cour des pairs, rapport d’instruction de la Cour des pairs, volume I, Imprimerie royale, Paris, 1836, interrogatoire Bescher du 7 septembre 1835 ; Archives de la préfecture de police AA 376 in dossier Cartron, André, Marie ; Archives de la préfecture de police AA 378 in dossier Chatelin, Barthélemy ; Archives de la préfecture de police AA 401 in dossier Masson, Jean, Joseph ; Archives de la préfecture de police AA 407 in dossier Perrier, Julien. Voir Maitron. Voir sans doute Pandelet, Edouard, Joseph ?