Parfait, Noël

Biographie


Né le 30 novembre 1814 à Chartres (Eure-et-Loir) (mais le 30 novembre 1813 dans sa notice biographique in Archives nationales 282 AP 1 à 282 AP 10 ; le 28 novembre 1813 dans le Dictionnaire du mouvement ouvrier). Papetier, âgé de seize ans au moment de la révolution. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement. Il signa un certificat en faveur de Taillebert, Henry et ainsi rédigé : « Je certifie qu’en ma présence à la caserne de la rue Mouffetard, mon ami Henri Taillebert s’est avancé seul et que sans tirer un seul coup de fusil, il nous a fait ouvrir les portes de la caserne, dont nous avons pris les armes. Je l’ai vu en outre dans plusieurs autres endroits se battre vaillamment. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Nous empruntons à sa notice biographique du Dictionnaire du mouvement ouvrier de Maitron les informations suivantes : « […] Issu de l’artisanat et du petit commerce – son père était marchand de bas à Chartres – Noël Parfait était l’aîné d’une famille de neuf enfants. Mis en apprentissage chez un imprimeur local à douze ans, l’enfant apprit la typographie et la reliure et se donna une culture d’autodidacte extrêmement solide. En 1829, il vint à Paris, où il exerça le métier de commis libraire, place Royale. Il eut peut-être l’occasion d’y rencontrer un autre habitué de ce lieu, Auguste Blanqui, et il participa dès lors aux réunion de l’opposition au régime. […] Membre de la Société des Amis du peuple puis de la Société des Droits de l’Homme. […] Ses quatre Philippiques, […] Au roi (1832), […] Au peuple (1832), […] Aux ministres (1833), […] Aux Chambres (1834) entraînèrent des poursuites systématiques […]. La première Philippique lui avait valu l’acquittement par le jury d’assises, en mai 1833, la troisième une amende de trente francs en juin, son inculpation et sa comparution au Procès des vingt-sept un autre acquittement, en décembre, mais l’Aurore dun beau jour (1833) cri de révolte contre le massacre par la troupe des insurgés du cloître Saint-Merry allait lui coûter sa propre liberté pour deux longues années de prison entièrement accomplies. […] Dénonçant les provocations policières qui aboutirent à l’émeute de juin 1832, il écrivit : “Ainsi qu’aux trois grands jours, la barricade sainte/Offre au peuple attaqué sa tutélaire enceinte.” […] Il passait pour avoir lui-même combattu avec les insurgés du cloître Saint-Merry. […] Membre également de l’Association libre pour l’éducation du peuple, Parfait enseignait aux ouvriers qui adhéraient à la Société des Droits de l’Homme, dont il était secrétaire de la section du quartier Saint-Merry, et il propageait le culte de la grande Révolution. Se réclamant de Robespierre, de Saint-Just, de la constitution de l’an II, de 93 et même de Babeuf, il évoluait vers un socialisme mal défini, empreint de mystique et de messianisme, que partageaient la plupart de ses amis du moment. Condamné à deux ans de prison par la cour d’assises de la Seine, en septembre 1833, incarcéré à Saint-Pélagie, Parfait devait être de nouveau inculpé à propos des affaires d’avril 1834, l’insurrection lyonnaise et parisienne de la Société des Droits de l’Homme. […] Au procès des vingt-sept, il s’était qualifié de “républicain” pour définir son état, ce qui avait eu pour effet d’irriter le procureur, mais le tribunal relaxa les prévenus de complot contre le régime. A la Conciergerie où il avait été transféré, Parfait avait retrouvé ses compagnons, Raspail, Kersausie, et les avocats du “parti républicain” qui profitèrent de la tribune ainsi offerte pour attaquer durement le régime. L’entente apparente entre les inculpés masquait des divisions survenues en prison entre Raspail et Kersausie. Deux orientations de la Société des Droits de l’Homme s’étaient fait jour et Noël Parfait avait soutenu la plus radicale, celle qui ajoutait les questions sociales aux questions politiques. Raspail avait d’ailleurs été “jugé” par ses codétenus et condamné pour avoir insulté les plus pauvres d’entre eux. Conduit à La Force et à Bicêtre, en punition, à plusieurs occasions, Parfait passa l’essentiel de sa peine à Sainte-Pélagie, d’où il fut libéré en septembre 1835. La nouvelle législation sur la presse [les lois de septembre 1835, N.D.A.] rendait délicate l’opposition au grand jour puisque le terme même de républicain devenait un délit, et les journalistes d’opposition durent se reconvertir, beaucoup dans la petite presse, d’autres comme Parfait dans le vaudeville. Correcteur à La Presse, fondée par Emile de Girardin en 1836, journaliste au National, secrétaire et nègre de Théophile Gautier, il vécut de sa plume jusqu’en 1848. Ses œuvres pour la scène n’ont plus qu’un rapport très lointain avec son engagement antérieur mais, par l’intermédiaire du Glaneur dEure-et-Loir, qui publiait régulièrement ses chroniques, Parfait maintenait un lien avec la politique. Sa nombreuse parentèle lui assurait également une audience amicale et, pour les Beaucerons, Parfait incarnait une forme de réussite sociale liée à sa présence dans les milieux littéraires les plus prestigieux de la capitale. En rapport avec le vieux conventionnel Sergent-Marceau, qui achevait son existence près de Nice, Noël Parfait fut à l’initiative de l’érection d’un monument dédié au général Marceau à Chartres, à la fin de la monarchie de Juillet. Par ce biais, comme par la publication dans le journal local d’observations sur son voyage en Algérie, entrepris par Théophile Gautier en 1845 le républicain préparait l’avenir. Présent à Paris lors de la révolution de février 1848 et, selon ses dires, combattant des barricades, Noël Parfait adhéra rapidement à la Société républicaine centrale de Blanqui et s’éleva contre la publication du document Taschereau, se situant par conséquent plutôt dans la partie avancée du mouvement républicain que dans sa version modérée. A Chartres où il effectua de nombreux séjours, sa position était plus retenue, probablement par calcul parce qu’il connaissait les mentalités de sa région et qu’il comptait briguer les suffrages de ses concitoyens. Intervenant systématiquement lors de plantations d’arbres de la liberté, notamment le 11 avril 1848, Parfait s’évertuait à distinguer la république souhaitée de celle de 1793, qu’il semblait renier : “[…] La fraternité, la solidarité, tel est l’esprit sublime de notre révolution ! Riches ! Ne la craignez pas, car elle ne veut point vous dépouiller ; elle sait qu’aujourd’hui la fortune, la propriété sont moins souvent le privilège de la naissance que le fruit légitime du travail ! Et vous, ouvriers, bénissez-la, car elle doit apporter enfin un remède à vos souffrances et vous tirer de la misère, non par l’aumône, qui corrompt, mais par le travail qui ennoblit […].” Absent du club chartrain, il fut cependant pris à partie par les conservateurs et dénoncé comme un dangereux terroriste, ce qui lui fit perdre des vois lors de la consultation. Candidat à l’Assemblée constituante, porté en neuvième position par les électeurs d’Eure-et-Loir, il recueillit plus de 20.000 voix soit 23,4 % des inscrits alors que le sixième et dernier élu du département en obtint 27,1 %. […] Partisan de la candidature Cavaignac aux élections présidentielles, Parfait participa avec l’éditeur Pierre, Jules Hetzel, son ami d’enfance, à la création de la Revue comique à lusage des gens sérieux puis du Spectateur républicain, deux périodiques hostiles à l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence. Rallié à la candidature de Ledru-Rollin, il eut la déception de voir ce dernier n’obtenir que 1,8 % des suffrages des inscrits en Eure-et-Loir, mais il préparait alors activement sa campagne pour la Législative. Dès le mois de septembre 1848, Parfait avait commencé à publier des Lettres parisiennes dans le Glaneur dEure-et-Loir, ce qu’il fera jusqu’en avril 1849. Commentant la politique nationale, mais en la filtrant à l’intention de son public, il préparait les électeurs à faire de lui leur représentant, ce qui devait lui permettre d’être élu en troisième position en mai 1849 avec 22.755 voix. Un des “chefs du parti rouge” à Paris, selon l’ancien indicateur Lucien Delahodde, Parfait était considéré comme très modéré dans son département. Ce divorce apparent entre les deux attitudes traduit probablement les ambiguïtés de la république de 1848. Démocrate socialiste, montagnard selon tous les témoignages décrivant les travaux de la Législative, Noël Parfait devait tenir compte de l’état des esprits de ses mandants s’il souhaitait exercer une action publique, ce qui l’amena à nuancer très fortement la coloration de son engagement. Par la publication de comptes rendus de mandat qu’il intitulait Lettres politiques, il maintenait un lien solide avec ses électeurs mais ne fut cependant pas admis à prendre la parole le jour de l’inauguration du monument en l’honneur de Marceau (21 septembre 1851). La loi sur le colportage le frappa et réduisit sa capacité à communiquer avec ses concitoyens, mais son opposition farouche à la personne du prince-président devait de toute façon le conduire à l’exil. Membre du petit groupe de la gauche qui s’opposa physiquement au coup d’Etat du 2 décembre 1851, il choisit Bruxelles comme lieu de son séjour forcé à l’étranger. Secrétaire d’Alexandre Dumas père, correcteur pour Hetzel des œuvres de Victor Hugo, employé d’édition, Noël Parfait devint, entre 1852 et 1859, un véritable professionnel des lettres. Après l’amnistie de 1859, Michel Lévy le ramènera à Paris pour en faire son homme de confiance. Il demeurera jusqu’à sa mort, en 1896, le directeur littéraire de la maison Michel puis Calmann-Lévy, alors la principale maison d’édition de littérature générale française. Parallèlement à cette carrière prestigieuse qui va bouleverser ses habitudes et lui faire côtoyer des hommes qu’il avait jadis combattus, les orléanistes notamment, Parfait continua à suivre la politique de très près. Membre du comité central républicain chargé de surveiller les élections législatives en 1863, il refusa d’être candidat en Eure-et-Loir, pour ne pas avoir à prêter serment. Un an plus tard, il signa le Manifeste des soixante en faveur des candidatures ouvrières aux élections, position qu’il avait déjà adoptée en 1863, en appuyant la proposition Beslay concernant la promotion des candidatures de Tolain et Jean-Jacques Blanc. Fortement engagé dans une action de soutien au mouvement coopératif naissant, il appartint dès ses débuts à L’Association, qui devint en 1866 La Coopération. Ce choix exprimait l’évolution d’un homme qui n’éprouvait aucune sympathie pour l’Internationale et vantait les mérites de l’association capital-travail. Demeuré un opposant convaincu à l’Empire, Noël Parfait fut élu représentant d’Eure-et-Loir en février 1871. Violemment hostile à la Commune, partisan de Thiers, il appartint sous la IIIe république à l’Union républicaine de Gambetta. Réélu constamment député de 1876 à 1893, il fut un républicain de plus en plus conservateur qui eut à subir, à ce titre, les attaques des formations de gauche et des socialistes. Dans le Dossier politique qu’il fit éditer en 1894, il avait réécrit les pages de sa jeunesse et transformé le jeune ouvrier des barricades de 1830 en un étudiant romantique plus conforme au modèle social qu’il avait adopté […]. » L’ouvrage cite les sources biographiques suivantes mais trop étendues pour être d’une quelconque utilité : Archives nationales CC 585 à 599 et Archives nationales CC 611 à CC 616 ; F/1dIII/33 à 41 ; Archives de Paris série Y pour les prisons ; Archives départementale d’Eure-et-Loir, état civil série E et surveillance policière série M. Cette notice biographique étant rédigée par Mollier, Jean-Yves, ce dernier cite les deux ouvrages qu’il a consacrés à Parfait : Noël Parfait (1813-1896), Biographie littéraire et historique, thèse de doctorat de lettres, Université Paris III, 2 volumes, 1978, consultable à la Bibliothèque nationale ; Noël Parfait, une trajectoire républicaine au XIXe siècle in La Terre et la Cité. Mélanges offerts à Philippe Vigier, Créaphis, Paris, 1994. Parfait demeurait 21, place Royale en 1830 ; à Chartres en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 471 n° 5, liste des décorés de Juillet auprès du (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1 in dossier Taillebert, Henry ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) VIIIe arrondissement ; Marianne au combat, limagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Flammarion, Paris, 1979. Il y a un fonds Parfait aux Archives nationales (282 AP 1 à 282 AP 10), qui n’est pas intéressant pour la révolution de 1830. On y trouve dans la notice biographique suivante, rédigée par les Archives : « Né à Chartres le 30 novembre 1813, est le type même de journaliste politique. Ayant acquis quelque notoriété par ses vigoureux écrits pamphlétaires contre la monarchie de Juillet (Les Philippiques), il devient après la révolution de 1848 commissaire du gouvernement à Chartres, puis est élu, par son département, représentant du peuple à l’assemblée législative (mai 1849. Expulsé après le coup d’Etat du prince-président, il se retire en Belgique, où il se consacre à des travaux littéraires. Rentré en France après l’amnistie de 1859, il est attaché à la librairie de Michel Lévy comme correcteur et se tient jusqu’à la fin de l’Empire à l’écart de la politique. Lors des élections de 1871, Noël Parfait est élu à l’Assemblée nationale par la circonscription de Chartres. Il y sera réélu jusqu’en 1885. »

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