Paris, Théodore, Marie, Augustin
Biographie
Né le 10 nivôse an IX (31 décembre 1800) à Auray (Morbihan), fils de Paris, Hubert, marchand, et de Lebedesque, Marie, Françoise, son épouse. Cartonnier. Il combattait le 29 juillet à la prise du Louvre en compagnie de Moitié, Vayron, Leuillier et Herochamp, Pierre, Joseph, quand ce dernier tomba atteint d’un coup de baïonnette à la main gauche et de plusieurs coups de crosse dans les reins. Lui-même fut blessé d’un coup de feu à la main droite, rue de Rohan ; il fut immédiatement pansé par Robert, Joseph, Alexandre (voir ce nom), étudiant en médecine, qui combattait à ses côtés, puis fut transporté à l’Hôtel-Dieu ; il eut la main amputée. Il adressa à la Commission des récompenses nationales, le 15 mars 1831, une Notice sur les faits arrivés les 27, 28 et 29 juillet 1830 et auxquels le sieur Paris, Théodore, Marie, Augustin, né le 31 décembre 1800 à Auray département du Morbihan a pris part, et ainsi rédigée : « Le 27 à 3 heures de l’après-midi, je me rendis rue Saint-Honoré. La gendarmerie chargea plusieurs fois sur le peuple, partant de la place du Palais-Royal et dépassa la rue du Coq. N’ayant point d’armes, nous la repoussions à coups de pierres, en nous retranchant dans les allées. A dix pas de l’endroit où je me trouvais, j’atteignis un brigadier d’un coup de pierre à la tête et renversai son chapeau, ce qui fit pousser un cri de victoire. Le chapeau fut déchiré en mille pièces et une quarantaine de personnes s’en disputaient les morceaux. Dans une charge suivante, plusieurs cavaliers furent démontés et s’échappèrent cependant, étant à proximité de la place. Les charges de la gendarmerie cessèrent et je profitai de cet intervalle pour traverser la place, dans le but de voir si je rencontrerai le brigadier que j’avais décoiffé, présumant qu’il devait avoir l’œil à la coque ; je ne le reconnus pas. Je fus témoin qu’un cuisinier, revêtu de son uniforme et armé de son couteau de cuisine chercha vainement à passer, disant qu’il demeurant dans le Palais-Royal. On s’y opposa vivement et, à ce refus, il traita les gendarmes de brigands, canailles, etc., etc., que leur temps touchait à sa fin ; il fit un demi-tour pour se retirer. C’est alors que, m’apercevant qu’un brigadier de gendarmerie à cheval faisait signe aux gendarmes à pied qui étaient au poste de l’Egout (place du Palais-Royal) de l’arrêter, je courus après le cuisinier pour le prévenir, ce qui favorisa son évasion. J’en fus quitte pour une menace de la part des bons gendarmes, que je saluai le chapeau à la main. Au même moment, le 3e de la garde était aux prises avec les bourgeois, rue Saint-Honoré, et repoussé à coups de pierres. On envoya, pour le soutenir, un détachement du 5e de ligne. L’officier supérieur de la garde royale donna ordre à celui de la ligne de faire feu, ce qu’il refusa formellement. Ce refus fut entendu par le peuple et valut aux soldats le cri de Vive la ligne ! L’officier de la garde royale, outré de cet échec, commanda le feu à son détachement, qui rentra rue Saint-Honoré, en tiraillant. Plusieurs citoyens furent tués et blessés. Immédiatement après, les boutiques d’armuriers furent enfoncées, rue Saint-Honoré, et des paquets de lames d’épées et de sabres étaient jetés dans la rue. Quelques fusils, pistolets et poignards furent emportés par des hommes qui criaient Vengeance ! Courons aux faubourgs ! Ils portaient avec eux les victimes du 3e de la garde. Je rentrai à mon domicile sur les 7 ou 8 heures du soir environ. Je rencontrai un marchand de vins de ma connaissance. Il était porteur d’un panier de bouteilles et s’entretenait avec deux individus de ce qui venait de se passer. Nous fûmes accostés par deux sergents de ville, qui nous dirent de ne pas ainsi faire d’attroupements, ce qui leur valut de la part du marchand de vins la menace d’une de ses bouteilles par la figure. Il ajouta que c’était à eux qu’il défendait de s’attrouper. 28 juillet. Le 28, vers les 6 heures du matin environ, je me dirigeai du côté du Pont-Neuf. Un gendarme à pied traversa le pont au moment où l’on cassait les réverbères. Il affectait un air de narguer les citoyens. Il fut poursuivi et, au coin de la rue Gît-le-Cœur, un garde national lui tira un coup de fusil, qui ne l’atteignit pas. Cependant il fut arrêté, désarmé mais il parvint à s’échapper. De là, je fus place du Carrousel, où je trouvai un détachement de différents corps de la garde royale. Je voulus traverser la rue de Rivoli pour aller rue Saint-Honoré et sans qu’on prît la peine de me crier de ne passer pas, je fus mis en joue par un Suisse et un garde royal, qui étaient de faction rue de Rivoli. Je passai néanmoins et, outré de la menace que l’on venait de me faire, j’en donnai connaissance au premier individu que je rencontrai et qui voulut s’assurer du fait en se présentant lui-même. La même menace fut récidivée. Immédiatement après, les Suisses, postés aux coins des rues de Rohan et de Richelieu, firent une décharge sur le peuple dans la rue Saint-Honoré et tuèrent quatre individus au coin de la rue de … (manque dans le manuscrit). Exaspéré par ce que j’avais vu et entendu, je me dirigeai vers mon quartier (place Maubert) dans l’intention d’avoir des armes. En passant sur le Pont-Neuf, je vis un détachement du 3e de la garde et un peloton de lanciers qui revenaient du côté de la Grève. Plusieurs hommes de ce détachement étaient blessés et sans armes. Je fus place du Châtelet, ayant entendu dire qu’on désarmait le poste. A mon arrivée, les débris du corps de garde étaient en flammes vers le milieu de la place et je fus témoin qu’une voiture de deuil fut arrêtée par des individus armés de bâtons. Le cocher ne voulant pas arrêter fut cause qu’un bâton fut lancé dans les carreaux de la voiture, ce qui occasionna plusieurs blessures à la figure d’un jeune homme qui accompagnait deux prêtres, dont l’un était un vieillard et l’autre âgé d’environ quarante ans. Ce dernier se saisit d’un bâton et frappa, en maître bâtonniste, tous ceux qui l’environnaient. Un individu sans arme, indigné des blessures que le prêtre faisait à droite et à gauche, lui sauta sur le dos et le renversa sur le pavé, ce qui valut au prêtre une douzaine de coups de bâton sur les reins. Cependant il se releva, retomba à deux ou trois reprises différentes et reçut enfin un coup de pistolet à la jambe, ce qui l’empêcha de se sauver. Le peuple lui fit crier Vive la Charte ! tout en voulant le tuer et le jeter à l’eau. Cependant avec sept à huit individus que je trouvai de mon avis, nous parvînmes à l’arracher à la multitude et à l’emmener chez un distillateur à l’entrée de la rue. Nous ne réussîmes à éloigner les personnes qui l’environnaient qu’en faisant courir le bruit que le prêtre venait de rendre le dernier soupir. Un instant après, j’aperçus un peloton de cuirassiers venant du quai à la Ferraille, passer sur le pont au Change, le quai aux Fleurs, le pont Notre-Dame et se diriger vers la Grève. Il fut, un instant, arrêté sur le quai Pelletier par le qui-vive d’un individu armé est posté au coin de la Grève, ce qui néanmoins ne l’empêcha pas d’avancer et lui fit prendre le galop pour franchir plus promptement le passage. N’ayant point encore d’arme, je me rendis au Panthéon, où l’on devait en distribuer et je me fis accompagner par mon neveu (voir Pignol, Jean-François, Baptiste), que je rencontrai en chemin. N’ayant pu nous en procurer, nous fûmes à l’Odéon, de l’Odéon au XIe (ou peut-être IIe, N.D.A.) arrondissement, où on n’en distribuait pas davantage. On n’envoya vingt hommes d’entre nous pour s’emparer du télégraphe ; de là on se dirigea place Dauphine, où on rencontra un détachement de la ligne avec lequel on fraternisait. On se dirigea ensuite sur le quai de la Vallée, en face la préfecture, où il fut échangé plusieurs coups de fusils avec les gendarmes retirés dans le jardin (un gendarme y fut tué). On prit la route de la Grève et, en passant au pont de l’Hôtel-Dieu, je m’armai d’un fusil au poste même. Au bout de la rue de la Juiverie, un détachement du 50e de ligne nous empêcha de passer, ce qui nous fit diriger notre marche par les rues basses de la Cité et, de là, après avoir échangé pendant plusieurs heures nos coups de feu avec la garde et les Suisses stationnés à la Grève, je fus témoin qu’un Suisse qui s’était avancé sous l’arche du pont d’Arcole, eut le temps de tirer plusieurs coups de fusil avant que nous ayons pu l’abattre. Sur les 4 heures, un jeune homme, n’ayant point d’arme, fut chercher le shako et le fusil du Suisse sans avoir été atteint par le feu ennemi. Entre 4 et 5 heures, un convoi de munitions venant du quai aux Fleurs et escorté par un peloton de la ligne, traversa le pont Notre-Dame, le quai Pelletier pour se rendre à la Grève. Le détachement ne l’accompagna que jusqu’à la moitié du quai. Nous continuâmes le feu en face de la Grève jusqu’à 9 ou 10 heures du soir, moment où les troupes se retirèrent dans l’Hôtel de ville. Je restai dans les environs jusqu’à minuit, pour savoir ce qui se passait. Le feu étant totalement cessé, je rentrai chez moi, où je m’occupai avec ma femme, qui s’était approvisionnée de balles dans la soirée, à faire de soixante-dix à quatre-vingts cartouches. Je me reposai une couple d’heures. 29 juillet. Je sortis de chez moi, accompagné de mon neveu, sur les 5 heures du matin, pour me diriger sur la Grève. Mais, ayant entendu tirer du côté du Louvre, je tournai vers cet endroit mes pas. Etant sur le Pont-Neuf, je m’aperçus qu’il n’y avait que quelques bourgeois embusqués derrière les boutiques du pont et qui tiraient sur les Suisses retirés dans la colonnade du Louvre, lesquels ripostaient de temps à autre. Voyant que la distance était trop éloignée pour atteindre nos ennemis, je longeai le quai jusqu’à la maison du marchand de vin qui est en face la pompe. Mes compagnons d’armes me suivirent aussitôt et nous soutînmes, l’un après l’autre, le feu pendant environ deux heures. La difficulté de ne pouvoir tirer que chacun à son tour me fit chercher une positon où je serais à même de faire feu sans relâche. Je me dirigeai donc, sur les 8 heures, rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois à la barricade qui existait au coin du tourniquet. On ne lassait passer que les hommes armés, en leur donnant des munitions suffisantes. Je remarquai, pendant une heure que je restai au coin de l’église, que plusieurs armes furent brisées par les balles que les Suisses ne cessaient de nous adresser. Je vis avec peine que la position n’était pas plus avantageuse que celle je venais de quitter, attendu que nous étions encore obligés d’attendre notre tour. Impatienté d’être aussi gêné que dans la première position, je frappai sur l’épaule de mon voisin, que j’emmenai à la porte de l’église et lui fis part de l’intention où j’étais de monter dans les tours. Aussitôt nous voulûmes enfoncer la porte à coups de crosse de fusil. Ces coups furent entendus par nos compagnons d’armes, qui nous aidèrent par leurs coups également redoublés à attirer l’attention des personnes renfermées dans l’église. Un prêtre vint nous ouvrir la porte qui conduit aux tours. Nous pûmes nous apercevoir à sa figure altérée qu’il pensait que l’on voulait attenter à ses jours. Nous le rassurâmes bientôt, en lui disant que nous ne demandions qu’une position convenable pour attaquer nos ennemis avec plus d’avantage. Il est à présumer que le bruit de l’ouverture des portes de l’église fut répandu dans toutes les rues adjacentes car, cinq minutes après, l’église n’était plus qu’une forteresse et de toutes parts la fusillade se faisait entendre. Moi et mon neveu, après avoir couru les toits de l’église, nous nous postâmes à la partie gauche de la balustrade située à la façade de l’église. Nous nous aperçûmes bientôt que les Suisses avaient changé de position en occupant le rez-de-chaussée du Louvre et ripostaient à nos vives attaques par un feu bien nourri. N’ayant plus que deux cartouches, nous chargeâmes nos armes, mon neveu et moi. Au moment où nous allions lâcher la détente, deux balles vinrent frapper le mur entre nos deux têtes. Nous tirâmes néanmoins puis nous descendîmes des tours pour nous procurer des cartouches. Je fus témoin d’une scène qui avait lieu entre un jeune homme et le Suisse de l’église au sujet d’une hallebarde. Celui-ci ne voulait pas la lâcher, en raison sans doute des cercles en or qui l’ornaient, ce qui avait indigné le jeune homme, furieux de voir que ses intentions étaient mal interprétées. Il trouva cependant le moyen de mettre le Suisse à la raison, en faisant voltiger dans l’église les cercles de l’arme qu’il ne voulait pas abandonner. En sortant de l’église, nous reçûmes, moi et mon neveu, autant de munitions que nous pouvions en désirer. Nous déchargeâmes quelques coups de la position que nous avions précédemment tenue. Un jeune homme, de douze à quinze ans, s’exposa au point d’aller ramasser une balle venue du Louvre et qui s’était aplatie en frappant contre une pierre ; il fut assez malheureux pour être traversé d’un coup à la cuisse gauche, ce qui le fit tomber. Je remis mon fusil à mon neveu et j’eus bientôt mis le blessé à l’abri d’un nouveau danger. Je le transportai au bout de la rue où était la barricade et le déposai entre les bras de personnes qui pansèrent sa blessure. Enfin, je quittai de nouveau ma positon et fus au coin de la rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, où je brûlai une douzaine de cartouches. Le feu des Suisses, qui s’était ralenti, nous fit croire qu’ils évacuaient le Louvre du côté du quai. Nous courûmes donc jusqu’au Pont-Neuf par la rue de l’Arbre-Sec et, rendus auprès du pont, nous reconnûmes bientôt notre erreur. De là, j’aperçus vers le milieu du quai, entre le pont des Arts et la grille du Louvre, un homme étendu ; on distinguait à peine les mouvements qu’il faisait pour appeler à son secours. A côté de lui, gisait un cheval tué. En descendant sur le quai, je demandai à différentes personnes si l’on avait essayé d’aller relever ce malheureux ; on me répondit que non et que cela était impossible, en raison du feu que les Suisses, qui étaient à la grille, ne cessaient de faire sur les citoyens qui étaient à l’autre extrémité du pont des Arts. Je me dirigeai néanmoins le long des maisons et j’eus bientôt atteint la première embuscade que j’avais occupée le matin. Plusieurs tirailleurs s’étaient glissés derrière la pompe et dans les escaliers qui conduisent aux bateaux de bois. Je me décidai à passer la rue et m’embusquai le long du grillage en bois qui ceint le Louvre et, de là, je me dirigeai le long du trottoir pour aller ramasser le blessé. Je m’aperçus bientôt que d’autres personnes avaient la même intention car je vis s’avancer deux ou trois individus, dont l’un était porteur d’une corde. Il se hasarda jusqu’au détour du trottoir et, de là, il balança la corde jusqu’à la distance de deux ou trois pieds du blessé, qui n’eut pas la force de s’avancer pour l’atteindre, ce qui fit dire à celui qui l’avait jetée qu’il était impossible de lui porter secours. Après m’être approché de la sorte de ce citoyen qui nous avait enfin aperçus, je ne voulus pas me retirer sans tenter de le délivrer. Je demandai donc à mon neveu s’il était décidé à me suivre ; il n’hésita pas à me répondre que oui. Je m’élance vers le malheureux et remarque que mon neveu ne m’abandonnait pas car il était à temps pour essuyer la fusillade qui fut dirigée contre nous. Nous fûmes assez heureux pour n’être pas atteints ni l’un ni l’autre. Nous saisîmes donc le blessé et nous l’avions au plus retiré à moitié que le nommé Clairambaut (voir Clairambault, Jean, Hippolyte ?) vint nous aider à le mettre à l’abri. Nous vîmes que ce blessé avait le bras et la cuisse cassés. Clairambaut, avec les autres personnes qui étaient restée spectatrices, se chargèrent de le transporter à une ambulance. Je restai avec mon neveu à attendre un jeune homme bourgeoisement vêtu qui venait des Tuileries et qui longeait la rivière. Je lui fis signe qu’il y avait du danger. Il ne m’écouta pas et je fus surpris qu’en passant devant la grille du Louvre il ne fut pas tiré sur lui. Je le sommai de venir à moi, chose qu’il hésita à faire et qu’il ne fit que lorsqu’il me vit le coucher en joue. Il ne fut pas sitôt près de moi que j’aperçus dans la poche gauche de sa redingote un papier roulé, que je saisis. En le déroulant, je fus frappé de la signature du duc de Raguse. Je fis marcher le porteur de cet écrit jusqu’en face de la pompe, où il me fut enlevé par la masse du peuple. Au même moment, je vis un détachement de citoyens qui passait la barricade touchant au Pont-Neuf et qui était dirigé par deux chefs à cheval, dont un était élève de l’Ecole polytechnique et l’autre vêtu à la russe. Le bruit se répandit que l’on attaquait le Louvre par les trois grilles à la fois, que l’on était décidé à vaincre ou mourir. Le mot était dit et, accompagné d’une vingtaine d’hommes qui étaient en tirailleurs et de cette façon en avant du détachement, nous nous élançâmes à la grille faisant face au pont. Là, nous fûmes bientôt rejoints par les chefs du détachement. Nous reçûmes les décharges des Suisses et réciproquement ils essuyèrent les nôtres. Mon neveu monta à la grille et nous nous assurâmes qu’un peloton de la garde et un peloton suisse se dirigeaient du côté du Carrousel. La grille fut ouverte et une balle qui vint s’aplatir à l’un des barreaux m’enleva la peau d’un doigt de la main droite. Nous traversâmes le Louvre et nous vîmes en dehors de la grille de la rue du Coq une masse de citoyens. Nous arrivâmes sous l’horloge et un nommé Roger, sapeur-pompier, chef du poste, vint nous dire qu’il avait une centaine de fusils chargés à notre disposition et autant de sabres. On le pria de les distribuer à ceux qui se trouvaient sans arme. A cette grille, nous essuyâmes une nouvelle décharge de la garde et nous allions poursuivre en dépassant le Louvre lorsque les troupes firent un mouvement et nous laissèrent apercevoir deux pièces, qui nous saluèrent de mitraille. Il y eut à côté de moi un citoyen très bien vêtu qui dérangea mon neveu pour prendre sa place et qui reçut un biscayen dans la poitrine. Ce malheureux était porteur d’une carabine des gendarmes de chasse, que mon neveu prit en échange d’un fusil de grenadier, qui était trop pesant pour lui. Cependant la fusillade, qui se faisait toujours entendre à la colonnade du Louvre, nous fit craindre un moment de nous trouver entre deux feux. Mais un renfort que nous reçûmes nous engagea à charger de nouveau la garde et à forcer les deux pièces à se retirer. Nous eûmes la satisfaction de voir à notre tête nos deux cavaliers et en face de l’ennemi. Notre renfort nous avait amené un tambour, qui ne cessait de battre la charge, et un porte-drapeau qui marchait à ses côtés, accompagnés de jeunes gens de l’Ecole polytechnique. La garde royale était à l’entrée du Carrousel lorsqu’elle nous fit un signal. L’élève de l’Ecole polytechnique, qui était à cheval, nous fit cesser le feu, en disant que les troupes se rendaient. Nous approchâmes et à une dizaine de pas nous reçûmes une vigoureuse décharge, qui heureusement ne fut que très peu meurtrière. Indignés de ce trait infâme, nous chargeâmes à outrance. Une partie des troupes se dirigea sur les Tuileries et l’autre vers la rue de Rivoli. Nous fûmes indécis pour savoir lesquels poursuivre et après quelques coups de feu échangés de part et d’autre, je vis à côté de moi tomber place du Carrousel un jeune homme de l’Ecole polytechnique, qu’on nous dit être Baduel (voir Baduel, Louis, Henri), blessé d’une balle au talon. Enfin le drapeau tricolore fut arboré sur l’arc de triomphe et nous entrâmes dans les Tuileries. Nous dirigeâmes nos pas, mon neveu et moi, vers la chapelle et du haut de la galerie nous vîmes dans l’enceinte trois gardes royaux qui demandaient grâce à des individus qui, entrant avec nous, voulaient tirer sur eux. Nous parvînmes à les en détourner et à faire emporter ces blessés dans un lieu de sûreté. Immédiatement après, d’autres personnes se mirent à casser dans la chapelle différents objets et à arracher les franges des draperies. J’en arrêtai une qui emportait avec elle dix à douze livres pesant de ces franges et la fis me les remettre, non sans peine. Je les déposai chez le portier, qui était à l’entresol et sortis, accompagné de mon neveu, du château des Tuileries pour aller au coin du Carrousel, où le feu était engagé. Nous forçâmes la garde à quitter les écuries et le perron par la rue de Rivoli. L’ayant suivie, nous nous emparâmes dans la même rue d’un caisson attelé de ses chevaux dont un fut tué d’une balle qu’il reçut dans le poitrail. Un citoyen muni d’un casque et d’une cuirasse monta sur un de ces chevaux et un nègre s’assit sur le caisson. Ils l’emmenèrent sur la place du Carrousel. Le caisson renfermait encore des gargousses et des boulets. Le feu s’engagea rue de Rohan, où les soldats occupaient la maison du coin de la rue. Nous eûmes un feu très vif à soutenir et d’autant plus défavorable qu’il était très difficile d’atteindre les militaires parce qu’on voyait à peine aux fenêtres et que nous ne pouvions leur riposter sans être sans cesse exposés. Enfin de la rue Saint-Honoré, on avait plusieurs fois chargé pour avoir une pièce qui était au coin de la rue de l’Echelle. Les corps des citoyens couvraient le pavé. Après environ une heure de combat, nous voulûmes de notre côté nous porter sur cette même pièce et sous la maison du chapelier. Au moment où j’allais tourner le coin de la rue, nous reçûmes une décharge et je fus atteint d’une balle à la main droite. Plusieurs traversèrent ma redingote et mon neveu, à mes côtés, en reçut trois mortes dans sa botte droite, ce qui lui occasionna une blessure assez légère à la même jambe. Une autre personne près de nous reçut également une balle qui lui traversa le côté : elle fut obligée de se traîner pour se retirer de dessous le feu. Blessés, on nous conduisit chez un marchand de vins (par Noala, Jean entre autres N.D.A.), rue de Rivoli, où l’on nous pansa. On me demanda mon arme et mon neveu ne voulut la donner qu’après avoir été la décharger avec la mienne au même endroit où j’avais reçu ma blessure. Alors seulement il se dessaisit de nos armes. Nous fûmes un moment effrayés car on parlait de mettre le feu à la maison où nous étions, attendu que cette maison tenait au carré de bâtiment où étaient retirées les troupes. Cependant, au bout d’une demi-heure, on vint nous prévenir que nous étions maîtres sur tous les points. Je fus porté sur une des portes du marchand de vins à une ambulance non loin de là et immédiatement après transporté à l’Hôtel-Dieu. Mon neveu m’escortait, l’arme au bras, ayant eu soin de bander sa blessure avec un mouchoir. Je ne cessai d’entendre crier tout le long du chemin Vive les braves ! Je remarquai des individus faisant ôter les chapeaux lorsque nous passions devant eux. Arrivé à l’Hôtel-Dieu, je fus déposé salle Marthe et j’eus bientôt à mes côtés M. Dupuytren, entouré de plusieurs élèves. En inspectant ma blessure, je le vis faire un mouvement qui me fit comprendre qu’il n’y avait point de guérison. Je lui observai que s’il jugeait l’amputation indispensable, je désirais qu’elle fut faite de suite. Cinq minutes après, l’opération était achevée. » Un rapport de la mairie relatait ainsi sa participation aux combats : « Le 27, il combattit à la rue Saint-Honoré contre les gendarmes et le 3e de la garde. Le 28, à la Grève depuis le commencement de l’action jusqu’à la prise. Le 29, dès le matin au Louvre jusqu’à la prise. Pendant le fort du combat, s’exposa au milieu du feu le plus vif pour retirer un blessé tombé sous son cheval. Il arrêta un porteur de proclamations de Raguse. Entra l’un des premiers au Louvre et aux Tuileries, continua à combattre jusqu’à la rue de Rohan, où une balle lui traversa le poignet droit au moment où il se précipitait sur la pièce de canon. Il est amputé. » Chanonat, Pierre, Adolphe (voir ce nom), dans le récit qu’il faisait de sa propre participation aux combats, donnait les indications suivantes de la participation de Paris : « […] Le lendemain, je me rendis vers les 4 h 30 ou 5 heures du matin vers le Pont-Neuf ou déjà les Suisses tiraient des colonnades du Louvre et des croisées. Je fus me poster au coin du marchand de vin, sur le quai, dit au rendez-vous des charbonniers. Quelques instants après, nous traversâmes et nous nous mîmes en tirailleurs sous la grille qui renferme la dépouille de nos frères d’armes. Je fus témoin d’un fait qui eut lieu sur la chaussée : un homme était blessé depuis le matin ; aucun des combattants n’osèrent aller le retirer de dessous son cheval, où il était pris lorsque l’intrépide Paris s’élança avec un autre ou deux et parvint au milieu des balles meurtrières à le délivrer. A ce trait de bravoure mon amour-propre se sentit piqué. Je ne cherchais plus qu’une occasion pour me montrer. Cet instant ne tarda pas nous avançâmes sept ou huit et nous fîmes front à la grille du Louvre. Nous fîmes le feu. Après avoir fait feu, je glissai seul le long du mur. Lorsque je fus arrivé à la porte, un sergent suisse me coucha en joue, en me criant de mettre mon arme à terre. Moi je lui criais de se rendre. Nous nous couchions en joue tous les deux mais je n’avais plus rien dans mon fusil. Il presse la détente de son fusil, le chien s’abat et le coup ne part pas. Il eut l’imprudence de rester à la grille, il relève le chien et frotte avec son ongle sa pierre. Comme nos baïonnettes se croisaient je relève mon arme et lui perce la poitrine. Il tomba la tête appuyée le long de la grille, son arme tombée à terre je la saisis par dessous la porte et la tira vers moi. Je me retirai de la place où j’étais avant et j’armais un jeune homme avec l’arme que j’avais prise à ce sergent. Le Louvre fut pris presque aussitôt. Nous prîmes ensuite les Tuileries. Après nous nous portâmes à la rue de Rohan, où je commandais un peloton. Le peloton que j’avais l’honneur de commander fut illisible. Je m’avançais avec le brave Paris. Nous tînmes le feu environ dix minutes, au bout desquelles ils firent une décharge sur nous. Je fus atteint d’une balle qui me traversa le ventre de part en part. et Paris la reçut dans le poignet dont il fut amputé. » Il reçut un secours de cent vingt francs en août et un autre de quarante francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Paris fit partie avec Delestre (président du jury), Condé Louis-Philippe Antoine, Chanonat Pierre Adolphe, Dufresne Olivier Claude, Grün Sébastien Jacques, Herfort François Joseph, Laugier Adolphe, Leuillier Antoine Pierre, Maës Nicolas Joseph, Mercier Célestin Joseph Valentin, Parquet Charles Egalité, Vayron François Benjamin, Vitry Pierre Hippolyte, Vitte Joseph Marie, des seize membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) XIIe. Il se retira de la séance, le 19 janvier 1830, quand le jury délibéra sur les droits que pouvait avoir son neveu, Pignol, Jean-Baptiste, à une décoration honorifique. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le certificat suivant constatait son indigence : « Les soussignés certifient que le nommé Théodore, Marie, Augustin Paris, cartonnier, demeurant rue des Noyers n° 24, amputé de la main droite par suite d’une blessure qu’il a reçue dans les glorieuses journées de juillet dernier, a à sa charge sa belle-mère âgée de près de soixante ans, infirme, avec son neveu orphelin et sans état. » Signé, le 10 septembre 1830 : Raboin, propriétaire ; Lehoux (voir Lehoux, Louis, Etienne), demeurant 49, place Maubert ; Bonnefoy. Le 31 mars 1831, devant le maire du (ancien) XIIe arrondissement, comparurent : Vayron, François, Benjamin (voir ce nom), imprimeur en taille douce, demeurant 51, rue Galande ; Grün, Sébastien, Jacques, (voir ce nom), mécanicien, demeurant 14, rue du Plâtre-Saint-Jacques ; Favre, Jean, Amand, fabricant d’encre d’imprimerie, demeurant 5, rue du Plâtre-Saint-Jacques ; Lepique, Pierre, propriétaire, demeurant 17, rue des Anglais ; Brion, Pierre, Philippe, marchand tonnelier, demeurant 9, rue du Plâtre-Saint-Jacques. Ils attestèrent savoir que Paris, Théodore, Marie, Augustin avait « combattu pour la liberté dans les journées de Juillet ; que le 29 du même mois, ayant reçu, dans la rue de Rohan, un coup de feu à la main droite, il a été transporté à l’Hôtel-Dieu, où le jour même il a été amputé de la main droite ; qu’après cette opération il est resté trois semaines audit hôpital et ne peut plus exercer sa profession ». Il reçut un secours de trente francs, le 11 février 1831, un secours de trente francs, le 25 février 1831, un secours de cinquante francs, le 11 mars 1831, un secours de cinquante francs, le 6 avril 1831, un secours de soixante francs, le 30 avril 1831, un secours de soixante francs, le 31 mai 1831, à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça à sept voix pour la croix, aucune voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement (sous son nom mais avec les seuls prénoms de Marie, Augustin sur les listes de décorés Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 8 mars 1831, la conclusion suivante : « A été atteint, dans les journées de Juillet, d’une blessure par arme à feu à la main droite, de son bord cubital vers son bord radial, à travers les os du carpe, suivie de déchirure aux chairs et de fracas aux os, qui ont nécessité l’amputation de la main dans l’articulation radio-carpienne. » Il fut admis, par décision du jury médical de la Commission des récompenses nationales, en date du 8 mars 1831, dans la 6e classe des blessés et pensionné de huit cents francs. Il lui fut accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. A la date du 3 mars 1831, on trouve le procès-verbal suivant de la séance du jury de cet arrondissement : « Le jury du (ancien) XIIe arrondissement, appelé à juger la conduite tenue par deux de ses membres, MM. Roblin (voir Roblin, Louis, Simon) et Paris, le 1er mars courant, après avoir entendu contradictoirement les personnes sus désignées et s’être éclairé sur la gravité des faits et après une délibération, a pris la décision suivante : “Considérant que M. Roblin a été le provocateur de la rixe arrivée. Considérant que par ces faits il a compromis la dignité du jury et qu’en outre en allant solliciter des signatures contre un de ses collègues, il a tenu une conduite peu digne des honorables fonctions dont il était revêtu, le comité a décidé à l’unanimité que M. Roblin serait hautement réprimandé, lui laissant d’ailleurs à décider quelle conduite ultérieure doit tenir un membre aussi sévèrement réprimandé. En ce qui concerne le sieur Paris : considérant que bien que les propos tenu par lui soient le résultat de la provocation, néanmoins le jury l’engage à être plus circonspect à l’avenir. La présente décision sera insérée au procès-verbal de ce jour. Le jury ayant acquis, dans le cours de la séance, tant par la déposition des témoins que par les déclarations de M. Roblin, que celui-ci était le rédacteur d’une protestation calomnieuse contre M. Grün (voir Grün, Sébastien, Jacques), et qu’il avait même sollicité les signataires à y apposer leurs noms, sur la proposition d’un membre, le jury a décidé à l’unanimité que M. Roblin cesserait dès ce moment de faire partie du jury. » Soigné à la maison de convalescence de Saint-Cloud, il délivra le certificat suivant en faveur de Sevin, Jean-Baptiste : « Les blessés de Juillet, ne pouvant refuser leur témoignage pour un homme qui s’est montré, comme eux, digne de porter le nom français certifient que le nommé Jean-Baptiste Sevin, pendant les trois journées, n’a fait que des actions d’honneur. C’est un vrai citoyen, un ami de la liberté. Il les a ensuite servis à Saint-Cloud, avec tout le zèle qui l’anime pour les libérateurs de la France. » Jorry, Sébastien, Louis, Gabriel (voir ce nom) invoqua son témoignage (sous le seul nom de Paris ; a priori pas d’autres que ce Paris-là) pour tenter de faire rétablir les droits de son fils, Jorry, Alcibiade, à la décoration, dont il avait été privé par l’omission de son nom sur les listes définitives. Il signa, le 4 septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Moreau, Pierre, Paul : citoyen Pierre, Pol Morau (sic) a pris les armes dans les glorieuses journées de Juillet, qu’il s’est conduit en brave et qu’il a essuyé le feu depuis le commencement de l’attaque du Louvre jusqu’à la fin. » Il comparut, le 17 août 1831, devant le juge de paix du (ancien) XIIe arrondissement, pour attester que Herochamp, Pierre, Joseph, le 29 juillet 1830 « combattant au Louvre contre les Suisses, a été en leur présence blessé à la main gauche d’un coup de baïonnette et qu’il a reçu plusieurs coups de crosse dans les reins ; qu’il a été transporté à l’Hôtel-Dieu le même jour ; que depuis s’étant ressenti de ses blessure il est entré le 18 février dernier à l’hospice de la Pitié, où il est décédé le 30 mars suivant des suites de ses blessures ». Il signa, le 5 juillet 1831, le certificat suivant en faveur de Robert, Joseph, Alexandre, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je, soussigné, certifie que M. Robert, Joseph, Alexandre, étudiant en médecine, combattant à mes côtés rue de Rohan, le 29 juillet, a déposé les armes pour me prodiguer les soins de son art, ayant reçu une balle dans la main droite, blessure qui a nécessité l’amputation du membre. » En 1830, il avait à sa charge sa belle-mère et un neveu orphelin. En 1831, il était employé à l’octroi. Il était l’un des membres du jury nommés par les blessés du (ancien) XIIe arrondissement pour l’adoption ou le rejet des demandes relatives à l’habillement de garde national, le 6 janvier 1831. Son uniforme de garde national lui fut fourni gratuitement. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il fut arrêté le 13 mai 1839, avec Parent, François, né vers 1807 à Soissons (Aisne), cordonnier, demeurant à Belleville, pour injures et menaces envers la force armée. Leur arrestation fit l’objet du procès-verbal suivant : « Le nommé Paris et le nommé Parent ont été arrêtés selon un rapport signé du commandant du poste de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Le premier, pour avoir frappé un garde national en lui disant que la révolte durerait trois jours et le second pour avoir, en état d’ivresse, injurié la garde. Le lieu de leur arrestation n’est pas indiqué. » En 1848, il était découpeur de bois, marié et sans enfant. La veuve de Paris, Chauliac, Marguerite, née le 6 messidor an IV à Paris, coloriste, qu’il avait épousée le 30 novembre 1822 à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement de Paris, fut blessée, sans gravité, d’un coup de baïonnette à la main gauche et à la partie supérieure et antérieure de la jambe droite et de plusieurs meurtrissures aux jambes, alors qu’elle tentait de détourner une baïonnette dirigée sur un tambour de la garde nationale, le 23 février 1848 vers 15 heures, à la barricade de la rue Planche-Mibray, et après avoir essuyé plusieurs charges de municipaux. Elle resta onze jours malade. Elle sollicita des secours. Elle joignait à sa demande le certificat suivant, signé le 23 février 1848 par Hoffmann, Jules, Adrien, peintre en bâtiment, ancien militaire au 11e léger, 3e bataillon, 4e compagnie, brigadier au chemin de fer de l’Ouest-Versailles (c’est quoi ce titre en plus ?) : « Je certifie avoir sauvé la femme Paris, aux barricades de la rue Planche-Mibray, où elle a été blessée d’un coup de baïonnette à la jambe droite et de plusieurs contusions aux jambes ainsi qu’à la main gauche. Je me suis mis à la panser et quelques instants après je fus obligée de porter à la morgue un de mes compatriotes qui venait d’être tué à ladite barricade. Il était 3 heures du soir, après avoir essuyé plusieurs charges de cavalerie de la garde municipale à cheval, sur le pont Notre-Dame. » Elle reçut un total de deux cent quatre-vingts francs entre mai et octobre 1848 (vingt-cinq francs le 31 mai ; cent francs le 1er septembre ; cent francs le 26 septembre ; dix francs en juin ; vingt-huit francs le 13 octobre ; dix-sept francs à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement à une date non précisée. En septembre 1849, « dénuée de toutes ressources et sans travaux », elle sollicitait des secours pour soulager sa « fâcheuse position ». La police donna sur son compte les renseignements suivant : « […] Née Chaulme (sic), rue Mouffetard, n° 65, couturière (sic), sans enfant, elle est malheureuse. Sa conduite est bonne. Sans fâcheux antécédents connus. » Elle reçut un secours de quarante francs en décembre 1849. Le dossier de sa veuve est aussi aux secours à divers titres. Il demeurait 24, rue des Noyers en 1830-1831 ; 22, rue Saint-Denis en 1839 ; rue Grenata en 1848 ; sa veuve, 65, rue Mouffetard en 1848 ; 328, rue Saint-Denis en 1849 (il n’est pas parlé d’une veuve…). Premier état, arrêté le 19 août 1830, des secours distribués par Le Constitutionnel ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 40 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 45 ; Dix jours de 1830, Souvenirs de la dernière révolution, par A. S. officier d’infanterie de l’ex-garde royale, deuxième édition, Paris, chez Hivert, 1831, p. 28 ; Histoire de ce qui s’est passé dans cet hôpital pendant et après les trois grandes journées, suivie des détails sur le nombre, la gravité des blessures et les circonstances qui les ont rendues fatales, Prosper Ménière, docteur en médecine de la faculté de Paris, ancien chirurgien interne des hôpitaux et hospices civils de la même ville, Heideloff et Canel, Paris, 1830, p. 329 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 108 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la 6e classe auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du XIIe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 112 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Jorry, Alcibiade ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (cité trois fois dont la deuxième sous le numéro 23 et le seul nom de Paris), la troisième fois sous le numéro 715 et le nom de Paris, Théodore ; Archives de Paris VD6 672 n° 1 Commission des récompenses nationales, jury médical ; Archives de Paris VD6 682 n° 3, pièces produites par les blessés ; Archives de Paris VK3 12, idem un feuillet intitulé Noms des blessés présents à la ville, idem un feuillet intitulé Liste des blessés adressés à M. le préfet de la Seine, sur son invitation en date du 21 décembre ; Archives de Paris VK3 14, une pièce en date du 8 mars 1831 ; Archives de Paris VK3 22, relevé des quittances remises à M. le pair de France, préfet de la Seine, par M. Delestre, délégué de la Commission des récompenses nationales, à l’appui des paiements faits aux blessés de Juillet, veuves et orphelins, depuis le 2 février 1831 jusqu’au 31 mai inclusivement ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 3 mars 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 25 janvier 1831 la mention pour Clairambault, Jean, Hippolyte, en date du 29 janvier 183 la mention pour Noala, Jean, idem Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, propositions honorifiques du 20 janvier 1831 (sous le nom de Paris, Marie, Augustin), idem Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques adressées à la Commission, pour la décoration spéciale, séance du 10 décembre 1830, M. Maës président (sous le nom de Paris, Marie, Augustin) ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 35, liste des décorés des 27, 28 et 29 juillet, qui ont été habillés en exécution de l’arrêté de M. le préfet de la Seine, idem une liste Blessés de Juillet hommes habillés ; Archives de Paris VK3 42 in dossier Chanonat, Pierre, Adolphe ; Archives de Paris VK3 45 in dossier Guedret, Antoine ; Archives de Paris VK3 50 ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 in dossier Sevin, Jean-Baptiste ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/58 in dossier Herochamp, Pierre, Joseph ; Archives nationales F/1dIII/70 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) XIIe arrondissement, blessés de la 6e classe ; Archives nationales F/1dIII/95 (sous le nom de femme Paris, née Chauliac) ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys ; Archives nationales F/15/3884, Commission des récompenses nationales, détenus politiques 3e catégorie, indemnités (sous le nom de Paris, Théodore, Marie, Auguste) ; Archives de la préfecture de police AA 369, Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 27 février 1850, minutes 100-104 (sous le nom de Paris, Théodore, Marie Augustin) ; Archives de la préfecture de police AA 404 in dossier Moreau, Pierre, Paul ; Archives de la préfecture de police AA 411 in dossier Robert, Joseph, Alexandre ; Archives de la préfecture de police AA 425, soulèvement républicain des 12 et 13 mai 1839 ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations. Il faut retrouver le neveu