Patillon, Jean, Antoine

Biographie


Ex-lieutenant de cavalerie au 12e chasseurs. En mai 1831, il fit parvenir la lettre suivante au général Fabvier, président de la Commission des récompenses nationales, afin d’obtenir une reprise d’activité : « Après une honorable carrière militaire […] appelé depuis sept mois à Paris pour quelques intérêts financiers, les ordonnances parjures du 25 juillet me frappent, j’endosse mon uniforme et vole me multiplier à l’extérieur et intérieur de l’Hôtel de ville. Je prends sous ma responsabilité un commandement et durant les trois grands jours j’ai su avec douceur, honnêteté mais fermeté influer sur les mouvements de notre force et maintenir l’ordre dans tous les postes jusqu’à ce que nos chefs se soient mis en pleine possession de l’autorité. Dès que j’ai vu mon service superflu, j’ai été l’offrir à mon arrondissement, le (ancien) VIIe ; J’ai pris la liberté, dans les premiers jours d’août, d’en offrir la continuation à M. le maréchal de France, ministre de la Guerre, pour la garde municipale à cheval de Paris, où je puis apporter toute l’utilité de mon expérience. Jaloux d’y signaler mon zèle et d’y briguer de plus en plus l’estime générale, mes services montrent que cette arme m’est familière, un dévouement sans borne, l’attente et le désir d’être utile à ma patrie, l’occasion s’est présentée, je l’ai saisie avec empressement et la saisis encore de nouveau, mon général, en vous priant en grâce d’être pour moi l’interprète auprès de M. le maréchal ministre de la Guerre à l’effet d’obtenir le service demandé pour l’emploi de mon grade dans la garde municipale à cheval de Paris. Cette arme m’est favorite, mes moyens et mon entier dévouement à la cause peuvent satisfaire et remplir les vues du gouvernement. Dans l’espoir, etc. » Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] VIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet. Il apportait dans sa lettre la précision supplémentaire qu’il avait reçu, le 28 juillet, par ordre du général Zimmer, alors chef d’état-major le commandement des différents postes intérieur et extérieur de l’Hôtel de ville. Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Je, soussigné, certifie que M. Patillon, Jean, Antoine a tenu une très belle conduite à l’Hôtel de ville, que je l’ai employé trois jours de suite lorsque je commandais tout le poste de l’Hôtel de ville, qu’il a été occupé à la garde de la caisse municipale qui m’était confiée, qu’il a apporté dans les diverses missions dont il a été chargé beaucoup de zèle, d’activité et de courage. Sa bonne conduite dans ces événements doit lui mériter la faveur du gouvernement. » Signé, le 15 février 1831 (mais la légalisation de la signature date du 20 mai 1831) : Vaucher (voir Vaucher, Alexandre), demeurant 25, place Royale. Il fut, entre-temps, nommé lieutenant à Besançon (Doubs) en octobre 1831. Sans autre trace de cette dernière activité, on trouve cependant dans La Gazette des tribunaux en date du 7 février 1841, repris par La Phalange du 10 février 1841, l’article suivant à son propos : « Ce matin, un vieillard aux traits amaigris, au regard découragé et éteint, se présentait devant le commissaire de police du quartier de la Cité, M. Fleuriet. “Je suis sans pain, Monsieur, lui dit-il, sans asile, et mon dénuement est tel que je viens ici vous prier de m’envoyer mourir dans un dépôt de mendicité : ce ne sera pas long du reste, car j’ai maintenant soixante et onze ans.” Ces paroles avaient sans doute coûté de grands efforts au pauvre vieillard, car à peine les avait-il prononcées qu’une vive rougeur couvrit son front ; il chancela, et le commissaire s’empressa de le faire asseoir. “Je me nomme Patillon, Jean-Antoine, dit le vieillard lorsqu’il fut revenu à lui ; je suis ancien officier au 12e régiment de chasseurs à cheval ; j’ai servi pendant vingt-quatre ans, ainsi que mes états de service que voici l’attestent ; mais la Restauration venue, on trouva que je n’étais plus bon à rien, on me réforma.” “N’avez-vous pas de parents, quelques amis qui puissent vous venir en aide ?” demanda le magistrat. “J’avais quatre enfants ; quatre braves et dignes soldats comme leur père : ils ont été plus heureux que moi, ils sont morts sous le drapeau !” Le vieux soldat essuya une larme, perdue dans les rides et les cicatrices de son visage, puis il continua : “J’avais aussi des amis ; de braves camarades qui m’ont traité en frère ; j’ai longtemps partagé leur bourse et leur pain : presque tous sont morts, ceux qui survivent sont malheureusement infirmes et aussi pauvres que moi... Je n’avais que vingt-quatre ans de service, il en fallait trente pour obtenir une pension de retraite. A la révolution de 1830, j’eus un moment d’espoir, je crus que mes bons et rudes services pourraient faire compensation aux six années qui me manquaient ; comme pis-aller, je demandai mon admission à l’hôtel des Invalides. Mais on m’opposa toujours la loi, qui condamne un vieux soldat à mourir de faim quand il a perdu ses forces avant d’avoir servi trente années sous le drapeau.” A l’appui de ce qu’il venait de dire, le vieil officier tira de dessous les haillons qui le couvraient une liasse de papiers qu’il déposa entre les. mains du commissaire. C’étaient ses brevets, ses états du service, les certificats les plus honorables, les plus glorieux. Et il réclama de nouveau le bienfait d’une détention dans un dépôt de mendicité. L’honorable magistrat, vivement ému, s’empressa de faire droit à la réclamation du vieux soldat. Mais que pouvait-il ? Le pain de la prison est désormais le seul accordé à un de ces vieux braves qui, pendant vingt ans, ont frappé l’Europe de stupeur et d’admiration. L’officier du 12e régiment de chasseurs à cheval aura un abri dans la maison de mendicité de Saint-Denis ; et dès ce soir il va prendre place, lui troisième sur les matelas infects de deux lits rapprochés pour recevoir les membres grelotants de misérables qui n’ont d’espoir et de désir qu’une prompte mort. » Il demeurait 25, rue de Poitou (dans une lettre qu’il rédige) ou 27, rue de Poitou (sur la couverture de son dossier) en juillet 1830 ; 8, barrière Poissonnière en 1831. Archives de la préfecture de police AA 406.

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