Pavy
Biographie
« On sait la part que M. Thiers eut dans la révolution de Juillet ; elle est fort grande. Il avait, dit-on, jeté ce cri : Nous enfermerons les Bourbons dans la Charte pour les en faire mieux sortir. Il fut le rédacteur principal du National, créé contre la branche aînée ; enfin ce fut lui qui partit de l’hôtel de M. Laffitte pour aller dire à Louis-Philippe : Un passeport ou le trône.
Ce qu’on sait moins, c’est sa part d’action dans la rue au moment de la résistance.
J’ai eu, en ce point, l’occasion de connaître un témoin de ses faits et gestes. Après 48, je rencontrai chez un de mes amis un citoyen de la Nouvelle-Orléans, Français de naissance, nommé M. Pavy, et voici ce qu’il me dit : – A l’époque de la révolution de 1830, j’étais étudiant à Paris. Pendant l’insurrection, je pris les armes et me mis au service des insurgés et à la garde d’une barricade élevée près de la place des Victoires. Tandis que j’étais là, attendant l’attaque, je vis un petit monsieur monter sur un tas de pavés voisins et haranguer les gens du peuple. Il s’approche ensuite de nous et je reconnais M. Thiers. Il se met à parler encore et à prêcher la résistance. Parmi les hommes qui l’écoutaient il s’en trouvait un, en chemise et les bras nus, qui portait au bout d’un long bâton un mouchoir rouge, en guise de drapeau. Ce mouchoir rouge offusquait M. Thiers, car, sans me connaître, il se pencha vers moi et me dit : « Monsieur, vous qui êtes armé et qui me paraissez être un bon citoyen priez donc cet homme de descendre sa loque, c’est le drapeau de 93 et cela ne nous convient pas. » Je fis ce que M. Thiers me demandait et j’engageai l’insurgé populaire à ôter son mouchoir rouge du bout de son bâton. Il opposa quelque résistance ; cependant il finit par céder, et alors M. Thiers congédia la troupe de ce point et lui indiqua le Louvre comme but du combat. Je la suivis, mais avant de partir M. Thiers me demanda mon nom. Je le lui déclinai ; il me coula dans l’oreille quelques instructions, puis me donna rendez-vous pour le soir au bureau du National. J’assistai à la prise du Louvre et fus décoré de Juillet. Voilà comment je fis la connaissance de M. Thiers.
Devenu citoyen des Etats-Unis et établi commissionnaire en marchandises à la Nouvelle-Orléans, je m’y suis marié. Toutes les fois que mes affaires m’ont amené en Europe, je suis allé voir M. Thiers et j’ai toujours reçu de lui bon accueil. Ainsi, bien avant M. de Lamartine, M. Thiers avait repoussé le drapeau rouge, mais pas avec la belle phrase du poète ; il avait dit bonnement : Priez donc cet homme de descendre sa loque… – Sa loque, oh ! comme c’est dans le style familier du politique, et comme ce mot donne un cachet de vérité au récit ! Je n’ai pas cru devoir passer sous silence cette anecdote, parce qu’elle est un document curieux pour l’histoire de M. Thiers. » Souvenirs personnels et silhouettes contemporaines, Auguste Barbier, Genève, 1973, p. 330-331. C’est lequel des Pavy ?