Peigné, Jean, Théodore
Biographie
Né le 4e jour complémentaire de l’an VII (19 septembre 1799 ; mais le 19 septembre 1799 et le 20 septembre 1799 in Archives nationales F/1dIII/37 ; le 20 septembre 1799 in Archives nationales F/1dIII/38 A et in Archives nationales F/1dIII/70 sur la couverture de son dossier) à Saint-Dié (Loir-et-Cher), fils de Peigné, Julien, maître marinier, et de Nay, Françoise, son épouse. Ancien militaire au 37e de ligne, ayant fait la campagne d’Espagne en 1823. Compagnon charpentier (par erreur garçon marchand de vins sur les listes du Constitutionnel ; mais bien marchand de vins in Archives nationales F/1dIII/37). Le 29 juillet il commandait un groupe de combattants dans la rue de Rohan. Il fut atteint de trois coups de chevrotines, l’un à l’avant-bras, les deux autres au bras droit, d’un coup de baïonnette à la poitrine et de quelques blessures superficielles. Il fut soigné par le docteur Pichot, Jacques, François (voir ce nom), médecin à Bercy, et au sujet duquel le maire de Bercy avait délivré le certificat suivant : « Nous, soussigné, maire de la commune de Bercy, certifions qu’il est à notre parfaite connaissance que M. Pichot, Jacques, François, ex-chirurgien de l’artillerie à cheval de l’ex-garde impériale, chevalier de la Légion d’honneur, docteur en médecine de la faculté de Paris, membre du conseil municipal et médecin du bureau de bienfaisance de cette commune, y demeurant, a traité et soigné gratuitement jusqu’à leur parfaite guérison, les nommés Piganiol (voir Pigagnole, Clément), Philippon (voir Philipon, François), Peignié (voir Peigné, Jean, Théodore), Chavoin (voir Chavoin, Nicolas), Gallois (voir Gallois, Jean, Marin), Barrouin (voir Barroin, Simon, Auguste), Personnet (voir Personnet, Jacques) ; lesquels font partie des onze habitants de cette commune qui ont été blessés en combattant pour la cause de la liberté dans les mémorables affaires de juillet 1830. Que nous avons été témoin du zèle assidu avec lequel il a traité lesdits blessés, leur fournissant à ses frais linge, charpie, drogues, etc., que, sous ce rapport, il a acquis des droits à leur reconnaissance et à la nôtre et nous nous faisons un plaisir de lui en donner ici un témoignage particulier. » En septembre 1830, il adressa une lettre au général Fabvier, président de la Commission des récompenses nationales, pour solliciter une place de garde forestier. Il expliquait ainsi sa participation aux combats (sic) : « […] Comme ancien militaire, à la vue de mes camarades, ils m’ont appelé à les commander. Une grande partie de ces braves sont morts sur le champ de bataille et à mes côtés. C’est avec le cœur d’un brave Français qui j’ai supporté trois assauts différents, notamment faubourg Saint-Antoine, place de Grève et la conquête du Louvre et au coin de la rue de Rohan, où j’ai reçu trois blessures au bras droit et un coup de baïonnette au côté droit dont cette dernière m’a mis hors de combat. » Sa demande était apostillée par la recommandation d’un adjoint au maire de Bercy. Il joignait à sa demande plusieurs certificats. Le premier, ainsi rédigé (sic) : « Nous, soussignés, certifions que le nommé Peigné, Théodore, ancien militaire au 37e de ligne, maintenant quai de Bercy n° 36, dans les mémorables journées de juillet 1830, nous l’avons reconnu pour chef et qu’il s’est montré digne de courage et de patriotisme, qui mérite reconnaissance. Après avoir livré le combat du faubourg Saint-Antoine et de la Grève, dans la journée du 28 juillet, et après avoir formé plusieurs postes pendant la nuit pour la tranquillité publique et le maintien de l’ordre. Le 29, il dirigea sa compagnie à la rue de Rohan contre les gardes royaux, d’où il reçut trois blessures au bras droit et un coup de baïonnette au côté, ce qui, loin de lui diminuer son courage, cela ne fit qu’augmenter son intrépidité au combat et ne se retira qu’après avoir gagné la victoire, ce qui lui donne des droits aux récompenses nationales légitimement dues à sa valeur et son courage. » Signé, le 22 février 1831 : Roussey ; Matouhot illisible ; Juliard ; Périard, P. ; Gendron ; Libert, qui le recommandait pour un grade de sous-officier et un secours pécuniaire ; Piette ; Personnet (voir Personnet, François, Jacques ?) ; Martin ; Cosset ; Pichot, chirurgien-major de la IVe légion de la banlieue ; Chavois ou Chavoin. Le deuxième, signé le 1er octobre 1830, de Buchoz-Hilton (voir Buchoz, Louis, Christophe, Pierre dit Buchoz-Hilton), colonel au 1er régiment des volontaires de la Charte, et ainsi rédigé : « Le nommé Peigné, Théodore, âgé de trente et un ans, demeurant à Bercy quai n° 36, commandant un détachement sous mes ordres les 28 et 29 juillet, a été blessé rue de Rohan à 2 heures et demie du soir, au bras droit de deux chevrotines et une balle et a de plus une blessure au côté d’un coup de baïonnette. Ce brave s’étant conduit d’une manière toute recommandable, je l’ai nommé sous-lieutenant audit régiment ; mais, préférant entrer dans une administration civile, il n’est pas resté au service. Je crois qu’il est de mon devoir de le recommander à la Commission pour obtenir un emploi de garde de porte et garde forestier des domaines du gouvernement. En faisant droit à sa demande, ce ne sera lui donner qu’un faible acompte aux droits qu’il a à la reconnaissance de la patrie. » Le troisième, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, chevalier de la Légion d’honneur, certifie que le nommé Peigné, demeurant à Bercy, a reçu trois coups de feu au bras droit et un coup de baïonnette dans l’hypochondre droit pendant la journée du 29 juillet dernier, ainsi que le prouve un certificat que je lui ai délivré et qui a été légalisé à la mairie de Bercy. Les blessures sus énoncées donnent au sieur Peigné des droits aux secours accordés aux personnes qui se trouvent dans sa position. » Signé, le 31 août 1830 : Pichot (voir Pichot, Jacques, François). Le 22 février 1831, il modifia sa demande, préférant prendre « du service dans telle compagnie d’élite » à laquelle on l’affecterait comme sous-officier. « Soutien d’un père avancé en âge et privé depuis quelques mois de travailler par des infirmités », il reçut un secours de quatre-vingt-dix francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIVe arrondissement, sous-préfecture de Sceaux. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de l’arrondissement de Sceaux. Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 2 avril 1831, la conclusion suivante : « A été atteint, dans les journées de Juillet, premièrement, d’une blessure par arme à feu (chevrotines), l’une à l’avant-bras, les deux autres au bras du côté droit ; deuxièmement, d’un coup de baïonnette à la partie inférieure de la poitrine du côté droit ; blessures superficielles, actuellement et depuis longtemps guéries mais avec quelques difficultés et quelques douleurs. » Il fut admis dans la 2e catégorie de la 2e classe des blessés et reçut une indemnité de six cents francs versés sur deux ans. Il reçut, à titre de blessé de la 2e catégorie de la 2e classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Il prêta son serment le 26 mai 1831 et reçut sa croix le 28 juin 1831 à la sous-préfecture de Sceaux ; le serment était ainsi rédigé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Le 7 févier 1831, garde national dans la compagnie de Bercy, il sollicita que son habillement lui soit délivré gratuitement « ayant épuisé toutes ses ressources pour sa guérison et n’ayant que de bien faibles moyens d’existence » Il fut nommé sous-officier, sur proposition de la Commission des récompenses nationales et affecté au 20e léger (il refusa l’affectation ?). Il reçut, en tant que décoré, une gratification de vingt-cinq francs à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution, en juillet 1833. En 1838, marchand de vins au port de Bercy, il sollicita la gratification accordée par le roi à l’occasion de la naissance du comte de Paris. La police donna alors sur son compte les renseignements suivants : « Compagnon charpentier en 1830, il s’est établi en 1832, marchand de vins traiteur au port de Bercy, n° 63, près le parc, où, à force d’ordre et d’économie, il vit du produit de son petit établissement et de celui d’un passage d’eau dont il a pris le fermage en 1836, pour la commodité des personnes qui prennent ou quittent les bateaux à vapeur sur le port de Bercy. Le sieur Peigné soutient son père, qui est entièrement à sa charge. C’est un homme honnête, laborieux et qui jouit d’une bonne réputation. Il fait régulièrement son service de garde national et est dévoué au gouvernement. On croit savoir que dans les journées de Juillet, il prit une part très active aux affaires qui eurent lieu au pont d’Arcole, à la porte Saint-Antoine et dans la rue de Rohan, où il fut blessé. » Il reçut alors quarante francs. En 1850, infirme et ne pouvant plus travailler depuis longtemps, toutes ses ressources épuisées, sans soutien, dans une affreuse misère, il sollicita un secours. La même administration donna sur son compte les renseignements suivants : « […] Ancien marchand de vins, actuellement marinier […], marié, sans enfant. […] Il a cédé sa maison [de marchand de vins, N.D.A.] à son neveu, le sieur Peigné, il y a quinze mois, à cause des pertes successives qu’il a éprouvées dans ses affaires, et est allé faire sa résidence à Meung (Loiret). D’après les renseignements recueillis, le sieur Peigné a laissé de très bons souvenirs de lui sur le port de Bercy, où il s’est toujours conduit d’une manière irréprochable. Il est décoré de Juillet et n’a demandé aucun secours tant qu’il a été établi, mais ayant sa femme alitée et se trouvant sans ressources, il mérite qu’on prenne intérêt à lui. » Il reçut alors un secours de soixante francs, à titre de décoré de la Croix de Juillet. Il comparut (il semble bien signer Pegnié), le 14 mars 1831, devant le juge de paix du canton de Charenton, pour attester pour y avoir été présents, que Morel, Etienne, Charles « a été tué le 29 juillet 1830 rue de Rohan à 2 heures après-midi auprès dudit sieur Peigné, commandant une réunion de vingt hommes, l’un des témoins certifiant en combattant les troupes armées contre les citoyens ». Il demeurait maison Cabanis sur les listes du Constitutionnel en septembre 1830 et in Archives de Paris VD6 3 ; 36, port de Bercy en 1830-1831 (dont in Archives nationales F/1dIII/33, in Archives de Paris VK3 50, sur les lettres et certificats qu’il fait parvenir à la Commission, aussi in Archives nationales F/1dIII/38 A et in Archives de Paris VK3 37 sur le registre de la mairie) ; à Bercy en 1833 ; 78, port de Bercy en 1850. Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Liste n° 8, des blessés de Juillet ayant reçu une indemnité temporaire, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont été admis à des secours temporaires (300 fr. pendant deux ans), le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la IIe catégorie de la IIe classe de l’arrondissement de Sceaux auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 92 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet de l’arrondissement de Sceaux ; Archives de Paris VK3 13, lettre du maire de Bercy en date du 30 juillet 1833 ; Archives de Paris VK3 37, état nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, qui ont retiré leur croix des bureaux de la sous-préfecture de Sceaux après avoir prêté entre les mains du sous-préfet le serment prescrit par l’article 4 de l’ordonnance du roi du 30 avril 1831 (sous le nom de Peigné, Jean, Théodore) ; Archives de Paris VK3 50, idem in dossier Pichot, Jacques, François ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, liste générale de présentation et de nomination de sous-officiers (sous le nom de Pegnié, Théodore) et aussi Commission des récompenses nationales, deuxième état de sous-officiers (sous le nom de Pegnié, Théodore) ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIVe arrondissement, état des sommes payées aux blessés pensionnés temporairement pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Sceaux, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des (243) citoyens blessés dans les journées de Juillet et admis en raison de leurs blessures à des secours temporaires basés d’après le jury médical ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, arrondissement de Sceaux ; Archives nationales F/1dIII/68 in dossier Morel, F/1dIII/70 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives, (ancien) XIVe arrondissement, sous-préfecture de Sceaux, blessés de la 2e catégorie de la 2e classe ; Archives de la préfecture de police AA 369, Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet 1830, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 20 mai 1850, minutes 105-109, idem rapport du 3 septembre 1850, Allocation de secours s’élevant ensemble à 12.610 francs à 218 décorés ou blessés de juillet, 25 veuves de décorés et 1 ascendant de blessé de Juillet, minutes 129-134.